‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 68 sur 124 · PRÉFACES · texte numérisé non relu

PRÉFACES

Il est des temps dont il faut prendre rcmprcintc^ il y a dans la vie des nations des minutes horribles qu'il importe de saisir au moment où elles passent et de fixer dans leurs plus microscopiques détails. Ceci est la fonction sévère des écrivains contemporains, fonction qu'ils doivent remplir, en dehors même de toute lutte et de toute politique, dans le seul intérêt de la justice et de la vertu, dans le seul but d'éclairer à jamais, par ces exemples monstrueux, la conscience des hommes. Il est bon que le genre humain sache jusqu'où peut aller, à de certains jours, la honte \\ humaine. Quelques-uns de ces spécimens de crime et de deuil, pris sur le vif, aux

j I époques les plus diverses, ont été conservés par les sombres poètes de la Bible, par

■ j Tacite, par Pétrone, par Juvénal, par Dante. Ces incorruptibles témoins de l'his-

{ toire, ces magistrats de l'intelligence, en frappant de leur verge les tyrans contem-

porains et en les exposant nus et hideux aux jeux des peuples, accomplissaient un double devoir et rendaient un double service : ils châtiaient le présent et avertissaient l'avenir.

Nous venons de dire quel est, à notre sens, le devoir de l'écrivain. Il doit faire de toutes les époques mauvaises auxquelles il assiste des époques exemplaires. Ce devoir, quand par hasard il se complique d'une fonction publique, devient plus étroit encore. Ainsi, s'il se trouve quun écrivain, dans nos grandes transformations sociales et révolutionnaires, a reçu de la confiance de ses concitoyens le haut mandat du représentant, il doit, selon nous, considérer ce mandat comme une obligation de plus, et, en quelque sorte, comme un ordre de combat perpétuel. Tant que durent l'usurpation et la tyrannie, il doit être là et leur faire front. Il doit continuer dans ses écrits la tribune renversée; il doit se sentir accru et doublé dans la lutte par tous les citoyens qui sont en lui et qu'il représente. Ecrivain et représentant, il doit, dans ses livres, quels qu'ils soient, mêler au cri de sa conscience le cri du peuple.

On comprend, 4'après ce qui précède, que le livre qu'on a devant les yeux a été écrit sous les plus impérieuses inspirations du devoir.

En écrivant ce livre, je me dégage de toute amertume personnelle. L'historien n'est pas un homme privé. J'écarte de mon souvenir mes deux fils emprisonnés à la requête de M. Bonaparte par les tribunaux à ses ordres, l'un six mois, pour avoir outragé la guillotine (ce genre de délit était inventé avant le délit actuel d'outrage à M. Bonaparte), l'autre cinq mois, pour avoir défendu les réfugiés politiques^ j'écarte ma propre proscription. Je n'ai devant les yeux que le grief public.

Préface pour expliquer comment ce livre a ctc fait et l'authenticité des renseignements et témoignages recueillis sur le vif.

Avant le coup d'État.

L'Assemblée.

La majorité.

La minorité.

Conduite de L. B. avec l'Assemblée.

Duperie de l'Assemblée et aveuglement.

Quand celui qui écrit ces lignes, — le 17 juillet 1851, il ny a pas encore un an de cela, — s'écriait à la tribune : Nous avons pour gouvernement une immense intrigue, l'avenir dira peut-être : un complot — la majorité rugissait d'indignation et de colère et l'on criait à l'orateur : Vous êtes un infâme calomniateur!

(Voir le Moniteur, Publier ce discours enrier dans les notes.)

Ce qu'était la majorité.

Il j a une chose qu'on n'a pas encore dite et qu'il faut constater devant Thistoirc , c'est que, dans cette Assemblée, ce qu'on appelait la majorité n'était pas la majorité, la majorité vraie et compacte n'ayant qu'un principe, qu'une idée et qu'un drapeau. L'Assemblée, en efiet, se décomposait ainsi :

Républicains démocrates — progressistes — de toutes nuances. ... 2 50

Légitimistes 100

Orléanistes 140

Catholiques 80 ' ^

Bonapartistes 80

Où est la majorité ici? C'est-à-dire où est, autour du même principe, de la même idée, du même drapeau, le groupe le plus nombreux?

Évidemment c'est le groupe républicain.

En effet, en entrant à l'Assemblée, deux cent cinquante démocrates se voient entourés et assiégés par quatre minorités. Les préfets avaient nommé ceux-ci, les banquiers avaient nommé ceux-là, les curés avaient élu les autres^ mais, en somme, malgré tous les efforts et en dépit de toutes les intrigues, les quatre partis qui devaient se disputer plus tard le cadavre de la République n'avaient abouti dans la Chambre qu'à quatre minorités. Que firent ces minorités ? Elles s'allièrent. Sûres d'être battues isolément, ensemble elles étaient sûres de vaincre. Chacune mit sa petite bannière en poche, et l'on se fit je ne sais quelle apparence de but commun avec ce mot sur

le drapeau : Ordre, et cette pensée dans le cœur : Compression. — Ce sont ces quatre minorités groupées en majorité, ayant pour toute concorde un lien de haine, qui ont crié plus tard et à tout propos à la coalition I

(Tactique de ces minorités. Leurs aaes.)

Le parti orléaniste avait pour chef unhomnie triomphalement traîné à la postérité, M. Thiers, orateur éminent.

Le parti légitimiste avait pour chef M. Berryer (le caractériser). (Indiquer. . . La Rochcjaquelcln, légitimiste-démocrate, gentilhomme-citoyen). — Tout cela se décomposait et se désagrégeait, signe de mort prochaine. Vers la fin, il y avait sur le parti légitimiste une excroissance maladive, le parti fusionniste. (Le caraaériser. Assez bien. Illusions.) Le parti fusionniste avait pour chef dans TAssemblée un homme médiocre, M. Mole, et pour chef hors de l'Assemblée un homme supérieur, M. Guizot.

Le parti catholique avait pour chef M. de Monulembert.

Falloux — Riancey — Veuillot, le Marat de ce terrorisme à la fois blanc et noir.

Enfin le parti bonapartiste, qui était le néant, avait pour chef personne. Chose étrange et qui /ait réfléchir sur la puissance des nuls, c'est le néant qui a dévoré le reste.

(Peut-être ne pas caractériser durement les hommes, les nommer seulement.)

Page 14. [Mais cela ne sera pas; on se réveillera î*^]

Vous vous étonnez de ce calme profond du peuple. Vous en rendez-vous compte ? Vous marchez dessus, vous le foulez aux pieds. Il ne bouge pas. Vous le croyez mort.

Non.

Mais il est las.

Un peuple est long à digérer une révolution.

Un peuple qui a dévoré une monarchie, est un boa qui a dévore un tigre. La chose faite, il dort.

Mais prenez garde , il se réveillera.

; Page 47. [Maintenant M. Bonaparte sera-t-il ou ne sera-t-il pas empereur.^]

} 1 8;2. — Avril.

■ Louis Bonaparte se fera-t-il empereur? Oui. Tout de suite? Non. Il est à peine

\ assis, il n'est encore sûr de rien. Il voit de Tombre sous ses pieds. Passer de ce fiiu-

! teuil à ce trône ! Il y a peut-être un trou entre les deux. Il hésite, il tâtonne. Homme

• d'audace et de peur. j

I (') En tête de chaque fragment ou note duisons, entre crochets, les premières lignes

ayant trait \ un passage publié; nous repro- de ce passage, avec l'indication de la page.

Page 69. [...et qu'au coin du café Cardinal, un capitaine d'cut-major avait cté précipite de son cheval.]

4 décembre.

(Bouillonnement de l'indignation publique qui monte.)

Un officier d'ctat-major (chercher le nom) paraît sur le boulevard. On le hue. Le bon sens de la foule voyait juste 5 toute épaulette était complice. L'officier tourne bride et se jette rue Richelieu. On le poursuit. Il pique des deux. Son cheval effiirc vient donner tête babsce contre une voiture de plâtre et s'abat. Le cavalier tombe à la renverse, sa tcte &appe le pavé et son front rebondit contre le trottoir. — Une clameur s'élève : tuons-le!

— A cheval, oui. A terre, non! cric un homme qui le couvre de son corps. C'était un de ceux qui le poiirsuivaient le plus ardemment.

Cet homme arrête la foule. La colère tombe. On ne voit plus qu'un blessé.

Quelques huées pourtant persistaient. L'homme qui avait sauvé l'officier le prend dans ses bras et l'emporte. Plusieurs l'aident. La porte du n** 112 s'entr'ouvre et le blessé j passe. On la referme précipitamment, car la colère reprenait et les cris de mort recommençaient. On porte l'officier dans une écurie au fond de laquelle il y avait une fenêtre habituellement ouverte et donnant sur une cour voisine et par où l'on espérait le Ëdre échapper. Cette fenêtre était malheureusement barricadée par les gens de la maison voisine qui avaient peur.

On monte l'officier au troisième étage dans une chambre où on le couche sur un lit. Il était évanoui. On lave son visage ensanglanté. On va chercher un médecin. Pendant ce temps-là, la foule qui était devant la maison s'était dispersée.

L'officier revient à lui. Le médecin constate qu'il n'a pas d'autre blessure que la double contusion résultant de sa chute, en avant et en arrière de la tête, sans gravité du reste, et qu'il peut remonter à cheval quand il voudra.

L'officier presse les mains de ceux qui l'entourent :

— Vous m'avez sauvé, leur dit-il, qui êtes- vous?

— Des républicains.

— Et moi, répond-il, je suis légitimiste.

Une heure après il repart. On lui offre de changer de chemise.

— Non , dit-il en regardant avec complaisance sa chemise ensanglantée, cela fera mieux à l'Elysée.

Dix jours après, l'officier a eu la croix.

L'homme qui l'avait sauvé a été traduit comme assassin devant le conseil de guerre et condamné, par contumace heureusement, à mort.

L'officier, appelé à déposer, a déclaré qu'il ne se souvenait de rien.

Page 71. [Par intervalle des convois lugubres traversaient cette multitude...]

Pendant les journées du 3 et du 4, on faisait parcourir Paris par des brancards, des civières et des prolonges militaires portant ces diverses inscriptions : Ambulances, fraim des ^juipagts militaires, secours aux ileji/sj afin de terrifier la population. Mais

IHPBIVRKII «ATIOSAIR.

cctait pure mise en scène. — Le combat des trois jours s'est £iit en silence. En général, le tamboiir ni la trompette (excepte dans la nuit du 4). Ailleurs leur tactique était de Êdre croire qu'il n'j avait rien afin de paralyser. Ils forçaient de rouvrir les boutiques fermées.

Page 127. [Le bruit d'un éperon qui sonne et d'un sabre qui traîne sur le pavé.]

Et l'on s'imagine que désormais, indéfiniment, les idées, les consciences, la générosité des âmes, les instincts de liberté, l'Europe de Luther, la France de Voltaire, le progrès, la civilisation, l'esprit humain, vont se laisser mener à coups de crosse! quel rcve d'idiot!

Les feuillets 148 et 149 du manuscrit contiennent le fragment suivant, fin inédite du livre : Le parlementarisme.

Eh bien, noni la tribune n'est pas détruite! on bnse le vase, on répaûd la liqueur, voilà tout. On chasse les hommes, on ne tue pas l'idée. On brulc quatre planches, on ne brûle pas la tribune.

A l'heure qu'il est, la tribune n'est plus au palais Bourbon, elle est partout. Elle est en France, hors de France, sur tous les pavés, sous tous les arbres des chemins, sous tous les toits, dans tous les foyers, dans tous les cœurs! elle est dans le regard, dans le geste, dans le soufHe, dans le soupir! elle est dans le mot qu'on dit et dans le mot qu'on sous-entend, dans les larmes qu'on cache, dans le rire qu'on étou£Fe, dans le numéro du journal qui passe par hasard la frontière, dans ce volume que vous tenez dans vos mains. Elle est chez le pauvre, chez le riche, dans le salon où l'on s'indigne, dans la mansarde où l'on sou&e, dans l'atelier où l'on cause à voix basse des proscrits ; elle est sur ce mur où la main d'un en£int a charbonné Vive la République ! elle est dans le titre de ce livre : Napoléon-Ie-Vetit; elle est dans l'air qui vous apporte un chant, un cri, un refrain! AMons, enfants de la patrie! Écoutez! écoute, 6 peuple, c'est la tribune, c'est la tribune de France, jetée à terre, dispersée aux quatre vents, proscrite, exilée, qui flotte autour de toi et qui prend toutes les voix éparses dans l'immensité pour te parler à l'oreille.

C'est la tribune de France qui n'est plus la splendeur de Paris, mais qui est toujours l'âme du monde! l'éclipsé n'est pas la mort. Quelque jour elle reprendra sa forme visible, cette chaire des nations, et reparaîtra! Un jour, un matin, tout à coup, bientôt peut-être, à l'heure la plus inattendue, une clarté subite emplira Paris, la France, l'Europe. On fermera les yeux d'éblouissement, puis on les rouvrira, — la tribune sera debout! debout dans Paris, dans sa métropole, à son centre, sous le radieux fronton de la loi, devant cette place de la Révolution qui est en même temps la place de la Concorde. Ces trois mots resplendiront de nouveau, ces trois mots, ces trois lumières qui sont le Mane Tbecel Pharis des tyrans : liberté, égalité, FRATERNITE. Alors l'auditoirc immense, tous les peuples, et ce qui est plus que tous les peuples, tous les hommes, se pressera de nouveau au pied de l'estrade auguste. On verra sur cette estrade une figure lumineuse, le Génie de la France, qui s'appelle aussi le Progrès, et qui, calme, souriant, étranger aux vengeances et aux représailles.

ne regardant pas même cette chose hideuse qui restera du despote, un cadavre ou une mémoire, étendra le bras, et comme ce frère Luis de Léon qui, sortant des cachots de l'Inquisition, continuait après dix ans sa leçon à l'endroit précis où Talguazil du saint office l'avait intenompuc, reprendra la parole en ces termes : je disais donc...

Page 137. [Gens du coup d'État, personne ne croit à vos sept millions cinq cent mille voix.]

Le plébiscite du 20 décembre est une pièce à machines avec pluie de feu et apothéose pour tableau final. Le coup d'État, qui avait commencé par la tragédie, a fini par le mélodrame.

Page 141. [... et de l'autre côté les jérémiades et les criaillerics des femmes auxquelles on prend leurs maris, des mères...]

Familles des exil^ et des transportas. — Misères affreuses. — Enfants sans pain. — Quelaueslins chassa de leurs maisons. — Plus d'appui, etc. — Les lettres qu'elles écrivent. Détails navrants.

Hélas I combien j'en ai vu de ces lettres douloureuses et redoutables I Combien j'ai vu de ces femmes, de ces soeurs, de ces mères désespérées, les yeux tournés vers les pontons, vers l'Afrique, vers la terre de l'exil, se tordre les mains, lever les l>ras au ciel, et appeler à grands cris le jour où ce misérable homme sera puni ! le jour où le peuple, enfin réveillé, armé de pavés et de piques à défaut de frisils, lialctant de victoire, chantant et hurlant de joie, formidable, sanglant, joyeux, implacable, traînera par les pieds à la voirie ce Vitellius maigre I

Quant à nous démocrates, quant à nous proscrits, ce jour-là, nous ne le souhaitons jpas$ je dis plus, nous ne le voulons pas. Ce serait encore là une scène du bas-empire, ^t nous supplions la Providence de l'épargner à la grande France civilisée du dixneuvième siècle. Et puis il ne faut pas que cet homme ait une de ces fins tragiques auxquelles se m^e toujours je ne sais quelle lâche pitié ^ il ne faut pas que l'horreur ^u châtiment atténue Thorreur du crime $ il ne faut pas que Louis Bonaparte laisse ^lans l'histoire la traînée d'un cadavre. D'ailleurs cette façon de finir ne prouve rien. Si Vitellius a été traîné par les pieds aux Gémonies, Coligny a été traîné par les pieds â Mont&ucon.

Nous appelons sur cet homme, non la vengeance du peuple, mais la justice de la nation. Cette justice, nous la voulons régulière, solennelle, impassible, tranquille^ Mïous la voulons austère et non violente; le châtiment, nous le voulons effrayant, et sion efiroyablc. Nous voulons, spectacle grand et terrible, que la loi terrassée, dépouillée, garrottée, poignardée, mise au tombeau par cet homme, sorte gravement du sépulcre, remette sa robe, remonte à son tribunal, et le juge.

Nous disons la loi, certes, et qu'on ne confonde point, nous ne disons pas la ma- ^fCiature. A coup sûr, à l'heure où Louis Bonaparte aura disparu, et nous avons ailleun expliqué pourquoi, cette magistrature d'à présent disparaîtra. On ne fera pas

\ de mal aux individus dits magistrats^ ils se perdront dans l'ombre $ ils deviendront ce

r qu'ils voudront j le peuple ne poursuit pas des individus $ que nous importe que

Baroche, Partarricu-Lafosse et Troplong deviennent décrotteurs sur le Pont-Neuf et qu'après avoir sali leurs consciences, ils nettoient nos souliers! Nous le répétons, quand Louis Bonaparte tombera, la magistrature inamovible tombera 5 les hommes, poussière, se disperseront. L'institution, ordure, sera balayée. Mais si, pour £iire une supposition absiirde et impossible, cette magistrature alerte se retrouvait debout, s'ils restaient sur leurs sièges, ces magistrats qui viennent de jurer dans son antichambre obéissance, adoration et fidélité à M. Bonaparte, sans nul doute, ils le réclameraient

I pour le juger, mais nous ne le leur livrerions certes pas 5 ils seraient trop cruels!

Us nous prouveraient, à nous les proscrits, que nous sommes mous et cléments j

ils nous rendraient maigre nous le service de nous redresser pour cet homme quelque guillotine; ils s'efforceraient de racheter leur bassesse par leur férocité; après avoir léché le tyran , ils se mettraient à lécher le peuple. Nous savons cela. Ce sont de vieilles histoires, et Tacite, et Suétone, et Salluste en sont pleins. Non, non, rien de pareil. D'ailleurs, nous ne voulons pas d'un coup de guillotine pour M. Bonaparte. Il y a d'honnêtes gens qui sont morts ainsi. Malesherbes a été guillotiné.

I I Nous ne voulons pas d'un coup de hache; nous ne voulons pas davantage d'un i T coup de pistolet ni d'un coup de poignard.

■ ] Non, ce qu'il faut, je le répète, ce que nous voulons, c'est pour lui et pour ses complices, pour tous ses complices, un jugement grave, lent, réfléchi, solennel, entouré de toutes les garanties qu'il a refusées à ses viaimes, audiences publiques, libres plaidoiries, témoins confrontés, et, comme Thomme est bas, que la peine soit basse. Après tout, ne l'oublions pas, quoi qu'il ait Eût pour être un monstre, il n'a réussi qu'à être un drôle. Ce qui domine en lui, c'est l'escroc; sans même nous occuper de

i ses mains fourrées dans la loterie des lingots d'or, il a escroqué le pouvoir, escroqué

? le serment, escroqué le vote, escroqué l'armée, escroqué la liberté, escroqué l'opinion,

escroqué l'empire. Tenons-lui compte de cela qu'il n'est qu'un £iussaire et jugeons-le en conséquence. Faisons paisiblement et sans colère un redoutable exemple. Que le suffrage universel nomme les juges, que les sept millions cinq cent mille voix filoutéeapar le plébiscite désignent le jury, choisissent pour dégrader Napoléon -le- Petit l'édifice où a été couronné Napoléon-le-Grand , Notre-Dame, que le haut jury de France siège là, dans cette maison de Dieu devenue la maison de justice, sous l'oôl de l'Europe, en présence de l'histoire et de la postérité. Proportionnons tout, les juges [. à la nation, les débats au crime, le châtiment à l'homme. Que le tribunal soit grand

t comme la France , et que la peine soit vile comme Louis Bonaparte.

l Nous l'avons déjà dit ailleurs, et il nous semble qu'en cela nous ne devançons

î| pas l'arrêt, que nous le sentons simplement dans notre conscience tel que le pro-

} noncera alors, tel que le prononce dès à présent la conscience nationale, Poissy, voilà

î le Sainte-Hélène de celui-ci.

Et vous dites que j'injurie et que j'outrage?

■ Injurier qui? Le crime! Outrager qui? L'assassinat!

j Je serai net et dur. Qu]on n'espère de moi aucune atténuation, aucune précau-

tion, aucune clémence de style. J'appellerai les choses par leurs noms et les hommes

if

par leurs crimes. Lord C^il a qualifie ainsi les geôliers de Marie Stuart : ces hrigmdsj Davenant a appelé monfhes les bourreaux de Charles I^^ Cléry a dit, en parlant des juges de Louis XVI : ces tigres. La postérité a juge que Cléry, Davenant et lord Cécil devaient parler ainsi, elle a déclare ces colères saines et elle a loue ces serviteurs des rois pour ces honnêtes marques de leur fidélité ^ et moi qui ne suis qu'un penseur libre et un français proscrit, est-ce qu'il est possible que j'hésite, grand Dieul quand il s'agit de dénoncer à l'histoire, de souffleter par leurs actes, et de traîner sur la claie de leurs trahisons ceux qui sont tes geôliers, â Patrie, et ceux qui sont tes bourreaux, ô Liberté!

Page 159. [Ce n'est pas par là qu'il échappera.]

Désormais Louis Bonaparte, parjure, traître, faussaire, ingrat, hypocrite, incarcérateur, transporteur, proscripteur, perdu de dettes et d'orgies, libertin, bourreau, spoliateur, voleur, meurtrier et médiocre, a pris place parmi ces hommes dont le genre humain a honte et qui sont la douleur du philosophe. L'histoire est condamnée à ne jamais laisser refroidir le fer rouge. Tacite et Juvénal ont à jamais la parole sur lui. Tacite peindra son gouvernement et Juvénal son alcôve.

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