‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 73 sur 124 · LE MANUSCRIT · texte numérisé non relu

LE MANUSCRIT

DE

naPoléon-le-petit.

Le manuscrit de Napolcoa-le-Petit comprend 239 feuillets écrits d*un seul cote; on pourrait noter les diversités d'origine d'après le modèle, la couleur et la consistance du papier. En général le papier est bleu et mince, de format presque carré, 21 centimètres de largeur sur 27 centimètres de longueur; des feuillets sur papier pelure ont été ci et là détachés du manuscrit de VHifhire iun Crime; parfois on rencontre quelques feuillets de modèles différents collés sur le papier bleu ou des notes sur papier jaune.

Tout le chapitre Extrait d'un livre intitule : le Crime du 2 décembre avait été paginé séparément par Victor Hugo, sur feuillets doubles, de i à 11, soit vingtdeux pages qui , dans la pagination définitive, vont du feuillet 75 au feuillet 99.

Des blancs ont été souvent ménagés pour recevoir tel ou tel détail qui doit être recherché ou bien une citation de discours, ou enfin un chifiFre qui n'a pu être inscrit qu'après vérification. Ce souci de l'exactitude a conduit Victor Hugo à ajouter parfois sur les épreuves des paragraphes entiers.

L'écriture est fine , cursive ; les lignes sont pressées les unes contre les autres quand Victor Hugo s'abandonne à sa fièvre d'inspiration; sur les feuillets ajoutés ou colles sur le manuscrit l'écriture est plus grosse, les lignes sont plus espacées.

Deux titres : l'un que nous reproduisons en fac-similé, l'autre qui porte :

Na^l/ott-le-?etir.

et cette note à l'encre rouge :

(Ce manuscrit contient deux choses retirées du livre et par conséquent inédites, la première, c'est la fin du chapitre sur la tribune, à partir de Hosan9$a, répond Af. Parûis. - La deuxième, c'est tout le morceau sur la dernière guerre et la paix universelle, dont la copie est ci-jointe.)

On a lu au Reliqiut, p. 210-211 et p. 221-223, ces fragments inédits.

Pas de titres de chapitres au manuscrit.

Le premier chapitre est daté en te te : 7 mai.

Feuillet 12. — Mandat des représentants. En regard de ces mots : ik crier juHice , ce passage inédit entouré d'un trait à l'encre :

(La justice devient quelquefois une furie sans cesser d'être la justice : Aliquando Themkfit Nemesk. )

mpvnimi «atioialk.

2i6 LE MANUSCRIT DE NAPOLEON-LE-PETIT.

Feuillet 14. — ^^$E EN DEMBUKS. Avant de commcocci le chapitre, cette date 14 jain i8)i, et, aa coin, une note bîfffe : Afptl à la muàiMu btÊMoint. Tout le coo menccment du chapitre (feuillets 14 et i^) est ^crit sur deux demi-pages blanchi collées sur les feuillets bleus.

Feuillet 10. — On sb kéveillbra. Sur papier pelure bUnc,daté : i8j2,BraxeUc 10 janvier. — Page détachée sans doute du manuscrit de YfiiHmn imm Crimt. Non brèmes ratures.

Feuillet 17. — PoKTKAiT. Date en tête : jo mai. L-es lî» premières lignes de t feuillet et les huit premières du suivant sont biffées : c'était le «portrait* d Louis Bonaparte i an ajoute colle en marge du feuillet 17 donne ce portrait très di

Même chapitre. — Tout an paragraphe commençant par : M. Lmik BtM^artt . laijii valoatiirs intm-vir sefialifk, n'existe pas dans le manuscrit. Il a ct^ ajouta sut U épreuves, avec tous les détails concernant le second décret d'expulsion (voir p. 12] Sans doute ce dernier renseignement sera parvenu i Victor Hugo pendant lacorrcction

Feuillet 34. — Pouk faire suite aux fanÉcyuques. L'alinéa commençant f> CCS mots , raient, c'eH là tautn furet it M. BoHafartt, continuait ainsi :

It croît que tout s'achite : la probité, l'honneur, la iîdclit<f au drtpeau, la lo^oti le dévoucmcnc, le succès, la gloire, l'empire, et il mêle cet emploi de l'argent a nom de Napoléon.

Livre 11. — Le Gouvernement. Chapitre iv, les Finances. Les deux premiei paragraphes ont été ajoutés sur les épreuves.

Feuillet 41. — Sur papier blanc, et très raturé; ce feuillet contient, sani div sion, la fin du chapitre v, i^ Liberté db la pressk, et le conuneocement du clu pitre VI, Nouveautés en fait de légalité j avant d'en écrire tes premières lignes Victor Hugo a collé en marge un fragment de journal, au-dessus duquel on lit c passage inédit :

Justju'où va l'arbiuaitc imbécile de ces préfets dictateurs de clocher, on le voit les faits sont là, et on ne peut le croire :

]JÈmaHcipatfur dc Cambrai vient d'être «averti» pour s'être permis d'éaire dai un article intitule Questions sur les boissons <|ue : four mérittr et eoMstner l'a^^t et le nSpeâ au pauvre, il faut se montrer jnîie emert lui.

Feuillet 48. — Au chapitre: les Adhérents, en regard de cette phrase : «Ceux-ci ils sont deux, ont été jusqu'à voter et signer sa déchéance*, on lit les deux noms Stourm, Qucntin-Bauchart.

Feuillet 51. — En tête de ce feuillet, commençant le chapitre : AiEHS agita AtOLEM, ces lignes biffées ;

Récapitulons,

Qu'cst-il sorti dc ce crime ?

Qu'cst-il sorti de tous ces crimes î

LE MANUSCRIT DE NAPOLEON^LE-PETIT irj

Quc8t-il sorti de ce parjure, de ces massacres, de ces déportations, de ces proscriptions, de ces spoliations, de ce vote, et de ce serment?

Un gouvernement? non, c'est plus (|u'un gouvernement. C'est une espèce de création; cest tout un monde inconnu.

En regard la date : 25 juin.

Feuillets 58, 59, 60. — La Toute-Puissance. Aux trois premières pages de ce chapitre , des fragments de papier collés sur les feuillets bleus et identiques à ceux employés pour les notes prises en vue de VHifbire iun Crime, Ces fragments ont été écrits en mai 1852 puisqu'on y lit cette phrase (feuillet 58) :

Voulez-vous le juger depuis cinq mois qu'il règne? [Écrit en mai.]

Pourtant, tout le reste du chapitre doit dater de juillet ^ vers cette époque, Victor Hugo, en collant ces notes sur son manuscrit, a biffé le nombre : mq, et écrit audessus : stft. On lit en effet dans l'édition originale :

\bule2-v0us le juger depuis sept mois qu'il règne? [Rectifié en juillet.]

Feuillet 67. — Vers la fin du chapitre : Recapitulation , à propos de l'ignorance du paysan , Victor Hugo avait placé un point d'interrogation devant la phrase suivante :

L'ouvrier des villes, ton frère, sait cela, sache-le de ton côté, et le quiproquo cesse, et la France est délivrée, et la République et la civilisadon sont sauvées.

Ce passage , non employé dans le volume , a été développé dans : le Suffrage universel (Rcliqiut, p. 214-217).

Feuillet 70. — Le livre III, le Crime, daté : i*' juillet, commençait ainsi : Les morts sont loin, les morts sont morts.

Victor Hugo a ajouté au-dessus douze lignes formant les deux premiers alinéas : Mais ce gouvernement, ce gouvernement horrible, hypocrite... (Voir page 63.) Le chapitre suivant : le Coup d'État aux abois, est daté : 6 juin.

Feuillet 77. — La lettre de Jérôme Bonaparte à son neveu n'est pas dans le manuscrit; un blanc est ménagé pour y introduire la copie. Victor Hugo attendait sans doute la communication de cette pièce importante.

Feuillet 82. — Le seul écrit au recto et au verso, détaché probablement du manuscrit de VHi/bire iuu Crime. — Papier blanc.

Feuillet 92. — Sur papier blanc. En haut cette mention : infercalation. L'auteur, par cette intercalation, a coupé le récit des faits; le feuillet va de ces mots : Ahl vous médire^, monsieur Bonaparte , jusqu'à : Je continue (pages 83, 84).

Feuillet 98. — A la fin du livre III est collé en marge le plan, en quelques lignes, du dernier paragraphe.

Feuillet 113. — Livre IV, Suite des crimes. En rcgird da paragraphe nommant Patureau Francœar, est collée une coupure du journal où Victor Hugo a puise quelques renseignements. — Dans ce chapitre , plusieurs passages ont été ajoutés sur tes épreuves ou sur la copie destinée à l'impression, à partir de l'alinéa commençant par : Ajoute^ la chafie aux hommes (page 98) jusqu'à celui inclus finissant par : U tmmontai de r ancienne maison impériale (page 100).

Puis , après avoir écrit ces développements , Victor Hugo a sans doute appris l'exécution de Charlct, car nous trouvons aux feuillets 114, 115, 116, 117 et 118 une grande intercalation paginée, sur feuillets doubles , A , B, C, à l'encre rouge et envoyée directement à l'imprimerie $ au haut du feuillet A, cette note, aussi à l'encre rouge :

Note pour rimprimeur.

Cette intercalation doit être placée livre IV, dans le chapitre 11 intitulé hts autres crimes^^\ entre le paragraphe qui finit par : Tanàenne étiqueUe de la maiou imp/riale^^\ et le paragraphe qui commence par : Oh! cachons nos visages dans nos mains.

Une phrase, dans ces cinq feuillets, nous donne à peu près la date où ils ont été écrits : Le 2p juin, il y a quelques jours à peine. L'intercalation date donc di^ commencement de juillet.

Pour l'incident concernant le représentant Viguier (voir page 98), il ne figure ni dans le manuscrit ni dans l'édition originale in-12; on le lit pour la première fois dans l'édition in-32, publiée la même année, à un mois de distance.

Feuillet 124. — La Jacouerie. Un passage resté inédit et non biffé :

Qify a-t-il donc eu.^

Car enfin, ceci est vrai également, sur plusieurs points de territoire, on a tiré des coups de fiisil, on s'est battu, le sang a coulé, on s'est cntre-iué.

Dans le même chapitre, les feuillets 125, 126, 127 sont sur papier pelure blanc.

Livre V, le Parlementarisme. — Les feuillets 133, 134, 135, 136, 137 et 138 forment une intercalation paginée, sur feuillets doubles. A, B, G, et contiennent tout un grand développement sur la tribune, à partir de ces mots : La triimme fiweçaise! Il faudrait un livre pour dire ce que contient ce mot (la Tribune, livre \^ P<^ 115) et finissant avant le dernier paragraphe du chapitre : les Orateurs (page 119). Dans ce dernier paragraphe même, feuillet 139, après la citation latine : Admonet et magna teffatur, ce passage resté inédit :

\bix qui rassurait les effrayés, voix qui consolait les déshérités, voix qui endormait les souffrants .

Les feuillets 148 et 149 sont entièrement inédits, ce sont ceux qui sont mentionnés sur le titre du manuscrit, c'est une fin nouvelle du chapitre : la Tribune détruite. (Voir Reliquat, p. 210, 211.)

La première division du livre VI n'existe pas dans le manuscrit.

(') Ce titre ayant iii donne au livre même, le chapitre u a pris comme titre : Sunrs des crimes. — (*} Modifié ainsi : U cérémonial de Vancitune maitou impériale.

Feuillet 155. — Examen DU VOTE. Un extrait de journal contenant la déposition' du soldat du 6* de ligne (voir page 132) est collé dans le manuscrit. ^

Feuillet 156. — Le bas du feuillet a été coupe et ce morceau contenant 16 lignes a été collé au milieu du feuillet i)8. On le voit, Victor Hugo n*aimait. pas ise recopier. . . ...

Feuillet 164. — Le Cote moral de la question. Daté en tête : 29 mai.

Feuillet 176, livre VII, l'Absolution (deuxième forme). — En marge, un bout de papier collé contient une variante du développement sur le sermeht (voir page 152) :

Mais le serment que, pour sauver le pain de ses enfants et ne pas mourir de Ëilm, on prête à Monseigneur le citoyen Charles-Louis, prince-président de la République Empire français ou française, un peu Bonaparte, un peu Napoléon, un peu traître, un peu rebelle, un peu parjure, le serment qu'on prête au 2 décembre, neveu du

18 brumaire, oh! ce serment-là est sacré!

Feuillet 180. — Des extraits de journaux collés sur le manuscrit et relatifis au procès da juge \^rney ont fourni les notes du chapitre : Curiosités de la chose.

Feuillet 181. — La lettre de Quentin-Bauchart (voir page i)8) manque au manuscrit; le blanc est ménagé pour l'insérer. Une grande partie du feuillet est collée et écrite au dos d'une brochure intitulée :

O^nion inn voleur artiffiqtu et litt/raire sur la contrefaçon.

Feuillet 188. — Le livre VIII, le Progrès inclus dans le coup d'Etat, avait d'abord pour titre : Pourquoi je suis satisfait. — Au coin du feuillet le mot : Fin,

Feuillet 193. — A la fin du chapitre : Lenteur du progrès normal, et en tcte du chapitre suivant, quelques lignes biffées :

Vue d/mouffration! ^i Feât faite? et de qui fut-elle venue, et comment feàt-on reçue?

Une fréJiâioM! qm F eût risquée, et comment T eut-on accueillie?

S^uon se rende compte en effet de la façon dont les choses se pafient habituellement.

Et Victor Hugo commençait le chapitre : Ce qu'eut fait une assemblée.

La première partie de la Conclusion avait comme variante : le Personnage ou Petttesse du personnage.

Feuillet 205, Conclusion, II* division. — Apres les mots : BMe a besoin dhre gardée par des iultitutions jahuus , clairvoyantes, bien armées , nous trouvons douze lignes entourées à l'encre rouge et à l'encre noire, avec cette indication en marge : Affonge asieurs.

«Toutes ces institutions, institutions au point de vue politique, aux deux points <lc vue naturel et social (qui se confondent) sont des droits.

La première de ces institutions, le premier de ces droits, c'est la liberté de la

On a dit que la liberté de la presse était la bouche du peuple. Elle est plus que

2$o LE MANUSCRIT DE NAPOLEON-LE-PETlT.

la bouche, clic est l'oidtle, clic est l'ccîl. Elle est la fooctioo même, la fencdon te cnti^ du cerveau de la nation , qui pense et qui veiHc. »

FeoilIeC 108 , III' division , j* alinéa. • :t inédit :

- Ce petit d^cloppcmcnt entoura d'un b

C'est la venu civique qui s'en va, c'est la foi au juste et au bien qui dimîot c'est la loyauté universelle qui h&iie et se courbe devant un succ^ abocoinab Ceîl fhoiintur ^m graiid femple ^m thamtmit. C^îr page 181.)

Penillet 110, même division. — Passage inédit :

O triste revue, et qu'il faut passer sans ccssel on a beau &ire, on a beau s'cnfi devant eux et fermer les yeux pour ne pas les voir, ils reparaissent partout, on retrouve toujours. Rcgaidons-lcs donc en &ce une dernière fois. Le m^tre, on eonnaît... (Voir page i8j.)

Feuillet J19. — Commençant la deuxième partie de la Conclusion. Dat^ : 10 m

Feuillet iîJ- — Tris important développement inédit sur la paix nnivenell comprenant la moitié du feuillet ii}, les feuillets 116, 117 et 118. La plus gran partie est écrite sur des morceaux de papier jaune ou blanc coUéi sur le papier bl du manuscrit. (Voir Reliquat, pages m, m et ii).)

Feuillet 139. — Le dernier du manuscrit, est daté ; 11 juillet i8)i, 11 hcoi

du soir.

NOTES DE L'ÉDITEUR

Le 2 décembre i8)i, Louis Bonaparte violait son serment de fidélité à la République et à la Constitution. Il chassait TAssemblée, faisait emprisonner un grand nombre de représentants et pourchasser ceux qui étaient restés libres , lançait Tarmée contre une population sans armes, semait partout la terreur et assurait, dans la journée sanglante du 4 décembre , le succès de sa criminelle tentative.

Tout essai de résistance devenait désormais inutile $ les représentants qui avaient pu échapper aux recherches de la police n'avaient plus qu'une résolution à prendre : gagner la frontière.

Plusieurs d'entre eux étaient déjà partis sous divers déguisements, munis de £aux passeports. Victor Hugo éuit resté un des derniers à Paris, et n'avait pas songé à se procurer des papiers pour quitter la France. En revanche, on y songea pour lui. Il avait eu l'occasion autrefois de rendre service à un ouvrier qrpographe , nommé Lanvin , ainsi qu'en témoigne cet extrait d'une lettre adressée à Victor Hugo en 1842 :

Si l'oubli ou riadifférence énervent nos £1-

c dites y un intérêt aussi précieux que celui

que vous daignez me témoigner est bien fait

pour ranimée une àme^ quelque abattue

qu'elle soit. Aussi tous les efforts de la mienne

vont ten4re désormais k mériter la protection

que vous m'accordez. Elle vous est acquise ,

cette ime que vous régénérez. Daignez donc

l'accepter. Monsieur^ et croire que rien ne

peut égaler ma reconnaissance que le profond

dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être

\^tre très humble serviteur,

Lanvin.

La femme de ce brave homme gardait encore neuf ans plus tard le souvenir de ce bienfait. Ce fut elle qui , la première, eut l'idée d'obtenir pour Victor Hugo un passeport au nom de son mari ; elle savait à quelles difficultés elle se heurterait; il fallait d'abord désigner la destination et justifier les motifs du voyage ; elle arrêta son plan : Lanvin connaissait M. Luthereau, imprimeur à Bruxelles; il dirait qu'il allait travailler dans cette imprimerie et, pour plus de sécurité, il écrirait d'avance à M. Luthereau pour l'avertir qu'il venait en Belgique sur sa demande.

Lanvin approuva le plan et commença ses démarches. Il avait son livret d'ouvrier. Le signalementconcordait tant bien que mal, plus mal que bien, avec celui de Victor Hugo ; c'était un coup à risquer.

Il se mit donc en mesure de remplir toutes les formalités : il se rendit , muni de son livret, avec deux témoins patentés, chez le commissaire de police.

Le commissaire rédigea un papier autorisant l'ouvrier à retirer son passeport à la préfecture. Par inadvertance ou par fantaisie, il avait apporté une variante dans le signalement : à la place de »ez ordinaire, il avait écrit «fjr tfis gros. Ce pouvait être une désignation ncheuse.

Ce n'était pas tout; lorsqu'il avait demandé à Lanvin sa profession, celui-ci lui avait répondu : compositeur. Un des témoins , non prévenu , s'était écrié tout naïvement : «Tiens! je vous croyais employé à la sténographie de l'Assemblée nationale. »

NOTES DE L'ÉDITEUR

C'était exact. Lanvin avait dû renoncer à son état de typographe à cause d*un affaiblissement de la vue et était alors employé comme porteur du compte rendu de la chambre au journal rAfiemhlie Hationale.

Mais aussitôt le commissaire manifesta sa surprise : «Pourquoi ce changement de profession ? pourquoi cette fausse indication? Etes-vous bien Lanvin? Un instant : avant de vous remettre le papier pour la préfecture, apportez-moi un certificat du gérant du journal constatant votre identité et les fonctions que vous remplissez. »

La formalité était aisée à remplir, mais aussitôt après, des agents de police s'étaient présentés chez Lanvin, l'avaient interrogé , lui avaient demandé pourquoi il voulait un passeport pour Bruxelles.

— Pour gagner un peu plus à l'étranger, répondit-il.

— Mais quand partirez- vous ?

— Quand j'aurai fait quelques rentrées d'argent.

Enfin , après des courses et des démarches , Lanvin put retirer son passeport et le remit à Victor Hugo.

Le II décembre, à 8 heures du soir, Victor Hugo partait pour Bruxelles sous le nom de Lanvin, et le 12, à 7 heures du matin , il disait dans une lettre à sa femme : «Ecris-moi à cette adresse :

Af* Lanvin, Bruxelles, pofk reliante, it

Une note écrite par Victor Hugo nous apprend que Lanvin *a été récompensé de son dévouement :

J'avais^ en quittant.Paris, une inquiétude au sujet du brave Lanvm qui m*avait prêté son passeport; je reçus \ Bruxelles cette lettre qui me tranquillisa :

«Paris, 25 décembre.

«Rassure-toi, toi seul as couru des dangers, Lanvin n'en a couru aucun. Au contraire, il est récompensé, et c'est juste. Il a bien fait de te prêter son passeport. Je peux lui donner une place, et je la lui donne. Et \ cette place est attachée, pour l'avenir, une petite pension

de retraite. Ce brave Lanvin devra cela \ si bonne action, et \ toi. Tu vois que les proscrits ont le bras long. Je t'embrasse et je te

suis dévoué.

«Ton cousin,

«Adolphe T&^BUCHBT.i

Victor Hugo erra à travers la ville, à la recherche d'un gîte , découvrit l'hôtel de la Porte-\^rte, loua la chambre 9, à coté de celle d'un autre représentant proscrit, Versignj, et se contenta d'an lit et de deux chaises.

Il se rappelait que Charles Rogier loi avait £ait une visite il j avait vingt ans rue Jean-Goujon $ quelle excellente occasion pour la lui rendre et connaître un peu les dispositions du gouvernement belge à l'égard des proscrits ! M. Rogier était alors ministre de l'intérieur.

L'accueil fut cordial; Victor Hugo voulut cependant reconnaître un peu le terrain.

Il avait en effet de grands projets. N'allait-il pas se heurter à la timidité d'un petit état redoutant toujours le voisinage d'un grand ? Très résolument il annonça à son interlocuteur qu'il venait à Bruxelles, mais sans condition, que son intention éuit de faire l'histoire de ce qui venait de se passer et de ce qu'il avait vu; qu'il ne se déciderait à cette publication qu'auunt qu'elle n'aggraverait pas le sort de ses fils , détenus en ce moment à la Conciergerie pour délits de presse, en compagnie de Paul Meurice et de Vacquerie.

Rogier dressa l'oreille. Cette publication lui paraissait devoir créer de graves embarras à la Belgique. Victor Hugo promit alors que, s'il donnait suite à son projet, il irait à Londres.

La conversation se termina très familièrement et sur un ton plaisant, le ministre offrit des chemises à Victor Hugo qui était arrivé sans linge et sans vêtements ^'^

''1 Correspondance,

Les proscrits étaient nombreux à Bruxelles. Ils envahissaient journeUement la petite chambre de la Porte-Verte ; c'étaient Versignj, Labrousse, Hetzel, Charras , Madier de Montjau , etc. } tous enflammés de colère contre Louis Bonaparte et racontant avec une violente indignation les faits dont ils avaient été les acteurs ou les témoins ; ils savaient que Victor Hugo voulait écrire cette histoire et ils voyaient en lui Thomme qui pouvait traduire avec le plus d*éclat leurs rancunes et leur révolte.

Au numéro 73 du boulevard de 'Waterloo habitait , dans un somptueux hôtel , Alexandre Dumas , exilé volontaire , qui devait prendre comme secrétaire Nodl ParÊût, un des 83 représentants du peuple y expulsé le 9 janvier. Dumas était toujours en route, ce qui était très avantageux, car il devenait ainsi un fisicteur très sur et très commode pour porter à M"* Victor Hugo les lettres de son mari.

Quoique entouré de nombreux compagnons y Victor Hugo se sentait dépaysé, un peu déconcerté par cette incertitude de l'avenir $ il avait laissé bien des afiaires en ^oufirance , et la présence de sa femme lui ' paraissait nécessaire pour s'entendre avec elle sur une foule de choses essentielles et impossibles à écrire. Aussi M** Victor Hugo vint-elle passer quelques jours à Bruxelles, le 17 décembre.

Cette visite avait été une diversion.

Ce qui lui manquait, c'étaient ses enfanu, et surtout csa petite Adèle» qu'il aimait tendrement.

Adèle lui écrivait souvent et Victor Hugo lui répondait le 19 décembre 18 51 :

Ma bien-iimée petite Adèle, tu n'as écrit Qiie charmante lettre. Merci de la fleur. Elle tentait encore bon. Il m*a semblé^ chère enfant, que tu m'envoyais ton âme. Ta mère retourne près de toi, près de vous tous. Elle est bien heareuse. Moi, je vais vivre seul, proscrit dans le nord, dans le brouillard.

dans le travail sans relâche. Je me donnerai des forces en pensant k vous.

C'est pour vous que je vais travailler, c'est pour toi, ma fille chérie. Les temps rudes que tu m'entendais prédire quelquefois sont arrivés. Tu t'en ressentiras peut-être toi-même un peu, quoique j'aie tout fiit pour toucher le moins possible k votre bien-être. Soyons tous forts, soyons tous unis. C'est Ik le vrai bonheur, que tant de catastrophes extérieures n'ètent pas aux cœurs vrais et profonds.

Courage, chère enfant bien -aimée, quelque chose me dit qu'avant peu nous nous reverrons tous. Je t'embrasse sur les deux joues. Ecris-moi...

La famille n'était pas riche à cette époque. Cette séparation compliquait encore la vie. Victor Hugo , voulant garder son indépendance, vivait très modestement, mais il comptait sur le livre qu'il avait commencé pour réparer les brèches que la proscription faisait à son budget.

Depuis le 12 décembre, il était à sa table, écrivant sans relâche son Hilhire du Deux-Décembre, qui devait s'appeler plus tard VHifhire iun Crime, Il recueillait tous les renseignements, classait des notes prises pendant les journées du coup d'État, les rédigeait; il recevait les amis \ mais il ne pouvait se défendre d'une certaine mélancolie; l'année finissait sur une grande épreuve, écrivait-il à M"* Victor Hugo :

Nos deux fils en prison, moi en exil. Cela est dur, mais bon. Un peu de gelée améliore la moisson.

Cependant d'anciens représentants et d'anciens ministres étaient venus le voir dans son «bouge» de la Porte-Verte, le 31 décembre. C'était une faible consolation dans sa solitude :

Demain , jour de l'an , je ne serai pas Ik pour vous embrasser tous, mes chers bien-aimésC).

La proscription , très triste et très maussade, lui réservait parfois des surprises.

CorreSp9i$da9€e.

NOTES DE L'ÉDITEUR

Dans les premiers jours de janvier 1852, se présenta un homme « portant d*étroits favoris noirs coupés très courts, les cheveux à peine visibles sous un large chapeau de feutre rond, vêtu d'une soutane qui le cachait de la tête aux pieds . . . Victor Hugo regardait, surpris, cette figure d'ecclésiastique dont il avait comme un vague souvenir, lorsque l'inconnu prit la parole : Citoyen Victor Hugo , dit-il , vous m'avez longtemps été suspect, je ne pouvais me défendre contre vous d'tm sentiment de défiance en songeant que vous aviez soutenu Louis-Philippe et proclamé, le 24 février, la régence de la duchesse d'Orléans. Le pair de France m'obscurcissait en vous le démocrate. Je me demandais si vous étiez sincèrement républicain. Ce doute a duré trois ans. Il a cessé en trois jours. Je vous ai vu les 2, 3 et 4 décembre, cela m'a suffi. Je suis Victor Schœlcher, voulez-vous me donner la main ^'^ ? »

Victor Hugo pouvait d'autant plus sourire à cette boutade que Schœlcher pendant ces journées du coup d'État n'avait cessé à Paris de rendre hommage au courage de son collègue.

Lies proscrits, depuis un mois, avaient pu organiser leur nouvelle existence et ne songeaient plus maintenant qu'aux moyens de faire une guerre acharnée au coup d'État. Louis Blanc, qui éuit à Londres, se proposait de fonder, avec Pierre Leroux, un journal hebdomadaire sous le patronage d'un comité composé de trois français, de trois allemands et de trois italiens, et proposait à Victor Hugo d'être l'un des trois français.

Viaor Hugo hésitait. Son fils François- Victor lui enleva toute incertitude en insistant énergiquement pour l'isolement, beaucoup plus grand, et beaucoup plus fier ) il lui écrivait de sa prison :

Ne te mêle k aucun lystèmc. Aucun nom, 4ucun homme ne peut t'ajouter. Tu te dimi-

"» Us IhmmfS de FexU, par Charles Hugo.

nuerats aux dépens d'autroi. Je te dis celapoar certaine proposition.

Victor Hugo partagea cet avis.

Sa petite chambre d'auberge lui paraissant trop étroite , il alla s'installer, le 5 janvier, u6, place de l'Hotel-de-Ville, dans tme halle immense avec trois feoêtres sur la place. Il s'était procuré quelques meubles. Il écrivait toute la matinée, une partie de la journée, et le soir; on savait qu'il n'aimait pas à être dérangé. Aussi l'ami qui entrait ne lui adressait pas la parole, restait dans un coin, et attendait. La page terminée, Victor Hugo tournait la tête et la conversation s'engageait ; tout visiteur devenait pour lui un collaborateur et lui apportait le récit des faits dont il avait été le témoin.

Le 8 janvier 1852 Victor Hugo écrivait à sa femme :

Les journaux belges appellent Bonaparte NapêUm-k-Fetii, Ainsi j'aurai baptisé les deux phases de la réaction, Asr Bnrgmves et Néfêlém- U-Prtii^^K C'est déj^ quelque chose, — en attendant mieux ^*K

Victor Hugo annonçait le 11 janvier i sa femme qu'il était banni , il l'avait appris par Labrousse qui lui dit : «^bns êtes banni, avec 68 représentants dn peuple , comme chefs socialistes . . . J'ai vu le décret.» Mais M"* Victor Hugo connaissait déjà la nouvelle, car elle écrivait à son mari aussitôt :

C'est Béranger qui m'a apporté le Mmùkur.

C'est par lui que j'ai su que tu éuis exfulsé» Je lui ai demandé s'il avait passé par de pareils temps, l'empire compris, il m'a dit que rien ne ressemblait k ceci. A cette nouvelle qui m'apprenait ton expulsion, je n'ai été ni abattue, ni attristée. Je suis partie apprendre

'*' On nommait Bitrgraves les monarchiste» de l'Assemblée dont M. Mole était le chef. Qijaiit au mot NapoJéoit'U-Petit, Victor Hugo l'avait prononcé, pour la première fois, dans ton mémorable discours du 11 juillet 1851, bien avant de le prendre pour titre du livre auquel, en janvier 18)2, il ne songeait pas encore.

^ CêrreSpondanfe.

ta proscription k nos enfants ^^^ Si un individu m*eùt abordée pendant la route , cet individu aurait vu inon vjsage illuminé de fierté. Nos enfants sentent ainsi que moi. . .

L'effet de cette liste de proscription a été de consterner et de terrifier, bien plus que d'exaspérer. Quand je demande : que dit-on ? le plus souvent il m'est répondu : on n'ose rien dire. Il j a bien quelques salons frondeurs, mais ordre leur est donné de se fermer. On prétend qu'il a été enjoint \ M. de Broglie de fermer le sien. Les proscrits qui sont \ Paris n'ont pu partir encore.

No€l Pariait est venu hier chez moi. Il s'était présenté la veille au ministère de l'intérieur pour se mettre en r^le. Il lui a été dit qu'il ne pouvait quitter Paris sans une lettre de départ.

U suppose qu'il se fait un travail afin d'assigner \ chacun d'eux une résidence particulière. Ces pauvres gens attendent le bon plaisir du gouvernement. Girardin attendait avanthier cet ordre du gouvernement. . .

M"* Victor Hugo parlé ensuite du bruit qui court sur rajournement de la réception de Montalcmbert , l'Académie française ayant adressé une demande au gouvernement pour que la proscription de trois académiciens fât Icyéc et désirant insérer dans les discours quelques phrases flatteuses pour le pouvoir au cas OÏL celui-ci accueillerait fisivorablement cette demande. Les trois académiciens étaient Victor Hugo, Thiers et de Rémusat. M** Victor Hugo termine ainsi :

Ma volonté bien arrêtée est d'aller te trouver aussitôt la prison de Toto^*) terminée. Ma joie sera, mon cher bien-aimé^ de partager ton exil.

Le lendemain du jour oii Victor Hugo annonçait à sa femme son bannissement , il écrivait sur un petit bout de papier la note suivante :

12 janvier 1852. Bruxelles.

Me voici banni.

Je suis hors de France pour le temps qu'il

<*> Charles et François-Victor, alon à la Conciergerie.

w François-Victor.

plaira \ Dieu, mais je me sens inaccessible dans la plénitude du droit et dans la sérénité de ma conscience. Le peuple se réveillera un jour, et ce jour-lk, chacun se retrouvera \ sa place, moi dans ma maison, M. Louis Bonaparte au pilori.

En attendant ce jour, qu'il aurait cru sans doute plus rapproché , il devait songer à assurer l'indépendance et l'avenir des siens. Il tenait par- dessus tout à leur conserver le bien-être comme il l'écrivait à sa fille Adèle; il s'occupait donc de nouer des af&ires de librairie, et il en informait sa femme :

La contrefaçon se meurt ici ; elle est cernée et bloquée par les traités internationaux, il y a donc toute une industrie belge qui réclame et qui va périr, 25,000 ouvriers imprimeurs sans pain, force plaintes, etc. — Le gouvernement belge serait frappé de cette idée qu'en profiunt de notre présence (Dumas, Thiers et moi) \ Bruxelles, on pourrait nous acheter des droits de propriété, légitimer ainsi la contrefaçon, £iire tomber les traités par ce seul fait, et rendre vendahUs une foule de livres qui sans cela pourriront en magasin. En outre, rendre la vie \ la librairie belge, etc. On pourrait en venir jusqu'k m'acheter non-seulement les Mihrs^^^ mais la propriété même de mes œuvres. On parlerait par cent mille francs. Ceci étant, il fiut un peu voir venir.

Victor Hugo a confiance dans ses projets de librairie, il ne songe plus seulement à une librairie littéraire à Bruxelles , mais à une librairie politique à Londres. D'accord avec Hetzel, le 17 janvier il écrit à sa femme :

Probablement j'arriverai k construire une citadelle d'écrivains et de libraires à'oh, nous bombarderons le Bonaparte...

Pour réussir \ mener la chose ï bonne fin, il fiut vivre ici stoTque et pauvre, et leur dire k tous : je n'ai pas besoin d'argent; je peux attendre, vous voyez... Je travaille toute la journée et je vis avec 1,200 francs par an(*\

Mais cela ne suffisait pas. La Belgique avait peur. L'Angleterre avait peur.

«•' Premier titre des Mkérahles, '*' Cêm^nâamce,

NOTES DE L'ÉDITEUR

Et cependant Victor Hugo ne se décourageait pas, témoin ces deux notes :

i8|i. 11 janvier. Btusellei.

J'iimc la proscription, i'aime l'exil, j'aime mon gilctai de la grande place, j'aime la pauvreté, j*aime l'advertii^ , j'aime tout ce que je touSre pnur la liberté, pour la patrie et pour le droit; j'ai la conscience joyeuie; mai) c'eti (oujoun une chose douloureuse de mirchcr sur la terre ^irang^e.

Hier un chien qui m'aime ici fiait saut^ sur mes genoux; Il y ^laii mal ï l'aise, pourtant il voulait y rester. Je disais : le ctxor est content, mais les pattes lonc malheureuses. Telle

Bruxelles, mars iSfi.

Vie pauvre, exil, mais liberté. Mal logé, mal couché, mal nourri. Qu'importe que le corps soit i l'étroit pourvu que l'esprit soit au large!

Il travaillait.

Charles Hugo sortait de prison le i9 janvier. Victor Hugo devait songer i le loger. A la lîn da mois, il quittait le n° i6 de la grande place et allait an n* 17 changeant pour la troisième fois de domicile. II occupait au premier étage une chambre très haute de plafond, meublée d'un divan de crin qui se transformait en lit, de six chaises, d'une table ronde pour le travail et les repas, d'un vieux miroirsuimontant une cheminée i il avait une haute fenêtre dans laquelle s'encadrait le magnifique hôtel de ville.

Le logis du pofie proscrit était bien pauvre, mais quel luw que cette fenêtre! Sa chambre avait une exposition superbe sur

Victor Hugo organisait ainsi sa journée :

Je me live, écririii-il à sa femme le 14 février, ï huit heures du matin ; puis je me mets au travail. Je travaille jusqu'il midi : déjeuner. Je reçois jusqu'il trois heures. A trois heures, je travaille. A cinq heures, dîner. Je digère (fjânene ou visite quelconque) jus-

'" La Htmmti Je l'esàt, par Charles Hugo.

qu'ïdix heurei. A dis hearei, je reatre,etj travaille jusqu'il minuit O.

Le dîner avait liea i uble d'hôt avec Alexandre Danus, Nod Parlait Banccl, etc.

On *e communiquait les nonvclle reçues de Paris et d'aillears régolîère ment manvaites, le* joarnaux étant san cesse lODS le coup des aTertîstcmcntt des poursuites, des suspensions, de suppressions. Les prisonniers de la Cor ciergeric , toujours vaillants , cherchaien une formule qui leur permît de ne p rester les témoins muea de l'arbitraire Paul Mcurïce écrit de la prison , le ai fil vriei, à Victor Hugo :

...Ici, toujours le même marasme et I même irritation sourde. La France s'enuairai peut-Jtre sous Louis-Philippe, maisaujourd'hi 3i coup sAr elle s'cmbitc dans toute l'accei tion du terme. La bourgeoisie est encore sot le coup du décret de confîscatiaD des bien des Orléans. Le peuple o'a pas du tout goAl < le sodaliime à l'américaioe • du présideni Tout le monde est sAr que cela finira, mai comment cela finin-t-il? voilï la question.

Vous avu lu l'ukase sur la presse. C'est I censure la plus cruelle, la censure exercée m soi même, par soi-même, avec la conlîscatio pour perspective si l'on ■ la moindre pitié d sa conscience et la moindre faiblesse pour 1 liberté. Un journal en-il possible dans de tdli conditions? Nous avons dit (ton \ Betnar qui est veau nous voir hier avec llntentio de bire reparaître fÉiiwtmeMi. Il assure qu' trouverait le cantionnemenc. La seule aÂii vraisemblable serait celle-ci ; une feuille d l'ancien petit format de FB^itWMwi À Jai itli II mamin, qui donnerait tous les jouis ui feuilleton, ne ferait jamais d'article dedîscni sion et se bornerait, dans le haut, \ une put et simple chronique, réimpression du Mtmilm procès- verbaux officiels des chambres, (aio d dehors et du dedans. Ce serait comme un muette protestation quotidienne. Mais ce! même est-il 'faisable, vous absent et vos (i alUnc vous rejoindre p Auguste voudrait pou tant avoir votre avis U-dessusf

Et votre livre, oh en est-îlf Vbilk oh e

"' CnrrlptëdMitr.

HISTORIQUE DE NAPOLEON-LE^PETIT l^j

et puis chaque jour il recevait de nouveaux renseignements qui nécessitaient des remaniements $ pour toutes ces considérations il se voyait forcé d'ajourner cette publication. Il n*en souffla pas mot à M"* Victor Hugo. Mais il avait son projet. Pendant six mois il s'éuit documenté, il avait reçu de nombreuses dépositions , il avait le manuscrit de deux volumes, il avait vécu et revécu cette histoire $ il avait exalté sa colère au contact de ses compagnons d*exil ; il pouvait écrire cette fois, d'un jet rapide, un acte d'accusation contre Louis Bonaparte, s'affranchir un geû des £aits et des documents pour répondre au coup d'Etat par un geste d'indignation et un cri de flétrissure, et se livrer à une improvisation vibrante, enflammée, toute frémissante des passions qui l'environnaient. Il dressa aussitôt le plan du livre qu'il devait appeler Nafoléon-U-Pet/t : il utilisa une demi-page blanche d'une fouille de documents parlementaires belges , et jeta les notes suivantes à la suite les unes des autres :

notre pensée. Vous travaillez pour nous tous. Et combien attendent impatiemment avec nous cette bouffée d'air libre et pur! Ce sera la revanche de la France !

Dans le courant d'avril , Victor Hugo se livrait à toutes sortes de projets ; c'était tout d'abord de vendre son livre VHifhire dmDeMx-Dêambre en Angleterre, de quitter la Belgique dans la première quinzaine de mai, d'aller i Londres et de là à Jersey $ il jetait en même temps les bases d'un journal , le Moniteur universel des peuples, rédigé par Kossuth , Mazzini , d'autres encore et lui; il élargissait sa première idée de fondation de librairie, puisque maintenant il en voulait une à Londres, une autre à Bruxelles, une troisième à New- York. Mais il ne se dissimulait pas que ces projets le chassaient irrévocablement de la Belgique.

M"* Victor Hugo , qui devait venir rejoindre son mari avec son fils François- Victor sorti de prison et sa fille Adèle et s'installer auprès de lui , dut, en présence de ce nouveau plan, renoncer à cette idée. Mais elle se rendit seule au commencement de juin à Bruxelles pour arrêter les dernières résolutions.

Victor Hugo , d'après la note publiée en tête de VHifhire îun Crime, avait terminé le 5 mai 18^2 son Histoire du Deux- Décembre; il aurait donc pu la foire paraître, incomplète, il est vrai, à l'époque où M"* Victor Hugo venait passer quelques jours avec lui} mais il y avait plusieurs obstacles : le premier et le plus considérable , c'est que personne n'osait acheter le manuscrit; qu'il y avait de gros risques à courir : risques de procès \ et de gros frais à engager, cette histoire, contrairement aux prévisions de l'auteur, formant deux volumes. Passé encore pour un petit volume, mais deux gros volumes à publier, c'était une tentative hardie. Victor Hugo pensait en outre et surtout que cett» œuvre devait être revisée, que les événements le forceraient peut-être à ajouter des chapitres ;

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