LA FRANCE VRAIE
Insistons, cela est utile, sur ce côté profond de la question politique et sociale, si rudement secouée dans son ensemble, si vivement tranchée sur plusieurs points par le coup d'Etat.
Avant le 2 décembre, il y avait en France deux nations, la nation officielle et la nation. L'une se composait de douze cent mille individus, l'autre comptait trentequatre millions d'hommes. L'une pesait sur l'autre.
Les douze cent mille opprimaient les trente-quatre millions. C'était le plus petit qui était le plus fort. Les trente-quatre millions étaient isolés, divisés, désarmés, épars, sans lien, sans entente, sans pivot commun, gouttes d'eau, grains dépoussière, l'un à son usine, l'autre à son atelier, l'autre à son métier, l'autre à son comptoir, l'autre à sa charrue, tous à leur labeur. Ils étaient les individus. Les douze cent mille faisaient bloc. Ils étaient les personnages. Ils avaient l'épéc, la hache, le bénitier, la chaire, l'autel, le prétoire, le tribunal, le missel, la loi. Avec cela ils régnaient.
En d'autres termes, il y avait une sorte de nation artificielle qui avait eu l'art de prendre pour servante la nation réelle^ une espèce de tribu qui, en dépit de 1789, tendait à se perpétuer dans les mêmes familles par rinamovibilité, par l'hérédité, par la vénalité, par la fiscalité; un pays légal, comme on disait sous la monarchie, exploitait le pajs.
Vous figurez-vous cette combinaison sociale : ceux qui montent la garde, ceux qui disent la messe, ceux qui jugent, ceux qui cachettent de grandes enveloppes avec un timbre officiel, se constituent caste, se dégagent peu à peu et de plus en plus de cette vile mulritude qui est le peuple français, et se font payer leur garde, leurs messes, leurs sentences et leurs enveloppes par ceux qui labourent, qui tissent, qui naviguent, qui bêchent, qui piochent, qui creusent, qui forgent, qui bâtissent, qui écrivent et qui pensent. Ceux-ci sont les gouverneurs, ceux-là sont les travailleurs.
La population était parquée dans deux compartiments. — Ceci ressemble à l'Inde, direz- vous. Non, c'était la France.
2l8 RELIQUAT DE NAPOLÉON^LE-PETIT.
Et ce bel ensemble avait un nom, ce bel ensemble s'appelait l'ordie*
Le suffrage universel était venu un peu déranger cet ordre. Aussi ravait-on bien vite escamoté.
Il faut le dire, et ne pas hésiter devant les paroles sévères, cette nation officielle qui vivait d'appointements, de traitements, de salaires publics, d'abus, de sînccurcs, de parts de gâteau, d*entailles au budget, qui ne savait ni travailler ni penser, qui avait pour unique talent de s'entr'aider, d'administrateur à soldat, de soldat à prêtre, de prêtre à juge, depuis un demi-siècle, cette nation officielle qui passait pour la nation même et qui pour TEurope s'appelait la France, calomniait la France aux yeux du monde. Elle était sans foi, sans cœur, basse, souple, vénale, servile. Vingt pouvoirs, depuis cinquante ans, s'étaient servis d'elle et avaient bit d'elle ce qu'ils avaient voulu. Elle avait été lâche devant tous et derrière tous. Debout, elle leur avait prodigué toutes les génuflexions, tombés, toutes les cruautés. Elle avait trahi le directoire et passé au premier consul, elle avait trahi l'empereur et passé aux cosaques, elle avait donné le coup de pied suprême à Charles X, elle avait retrouvé le même coup de pied pour Louis-Philippe, elle avait mis en accusation à l'unanimité M. Guizot, elle avait crié : Vive la République, comme elle avait crié : Vive le Roi I Elle avait vendu la République comme elle avait vendu la rojauté. Que voule2-vous? Il faut bien vivre I C'est inÔme, mais c'est nécessaire. Aussi pourquoi ces gens-là se laissent-ils jeter par terre? pourquoi le directoire se laisse-t-il mettre dans le sac du i8 brumaire? pourquoi Napoléon s'entcte-t-il dans les conférences de Châtillon? pourquoi Charles X manque-t-il son coup d'Etat? pourquoi Louis-Philippe hésitc-t-il à massacrer et à mitrailler? que diable! on ment, on trahit, on tue, on égorge, on fusille, on massacre, mais on se maintient! on garde le trône, le sceptre, le budget, le grand livre, les Tuileries! Restez foits, nous resterons plats.
C'est ainsi que raisonnait cette nation officielle. C'est ainsi qu'elle bisaàu Et l'Europe disait : quoi I c'est là la France I
Ceci a trompé. On a crié à la décadence. Sous cette France misétable on n'a pas vu la grande France, (la définir)
A de certains moments, des écrivains, des penseurs, des philosophes, des poètes, jetaient une clameur, Élisaient un tableau, traçaient un portrait, présentaient un miroir. C'était ressemblant, et c'était hideux. C'était la société prise à vif, peinte à nu, avec toutes ses plaies, celles d'en haut comme celles d'en bas, avec la misère de tous résultant de l'exploitation de quelques-uns. Save2-vous ce que disait la nation officielle, le ministre, le préfet, le mouchard, le censeur, tous les hommes mangeant le peuple et le budget? la nation officielle s'écriait : comme cette Uttérature contemporaine est immorale!
Et la nation officielle ajoutait avec grâce, en pirouettant sur ses talons : — C'est la décadence! Nous sommes en décadence. Nous sommes le bas-empire. Nous sommes des grecs. Vous êtes des grecs. — Ah ! les misérables I
Eh bien! aujourd'hui, à l'heure où nous parlons, — le deux décembre en soit loué! — cette nation officielle est morte.
Son cadavre est encore debout. Il s'appelle toujours centralisation, magistrature, armée, clergé^ il s'appelle de plus conseil d'État, corps législatif, sénat. Il est li, il
a Tair de vivre, mais un de ces matins, une révolution sortant brusquement de Tombre touchera du doigt le Ëintôme et il croulera en poussière. Oui, la nation offi- .cielle est morte, morte sur son coup d*Etat du deux décembre, comme cet alchimiste qui expira sur la mixture vénéneuse qu'il avait faite, empoisonné par son chef-d'œuvre. Il n'eut que le temps de dire : — C'est fini. J'ai réussi. — Il était mort.
La révolution dont le souffle dissipera cette matière inerte et désagrégée qui a encore aujourd'hui la forme extérieure d'une administration, d'une armée, d'un clergé et d'une magistrature, cette révolution sera une restauration : la restauration du peuple.
Et ce jour-là, le jour où la vieille France officielle disparaîtra, le jour où ce cadavre s'en ira en cendre, le jour où ce spectre s'évanouira, on trouvera dessous, toute forte et toute jeune, la vraie nation, la vraie société, la vraie France. On verra surgir, rayonnant, des décombres de la dernière dictature, le peuple de la liberté. Les idées immortelles et nécessaires, les principes sociaux sortiront vivants de leurs hideux linceuls séculaires : la religion, du clergé 5 la justice, de la magistrature. L'ancien juge et l'ancien prêtre tomberont comme des écorces, et donneront passage, l'un à la conscience humaine, l'autre à la loi divine. Le monde s'étonnera alors, il admirera, il dira, mais d'un autre accent : Quoil c'est là la France! Qui donc parlait de décadence et de bas-empire I C'est le puissant et pacifique peuple du suffrage universel, enseignant la République aux nations. Jamais la France n'a été plus magnifique. Elle est missionnaire, initiatrice et fraternelle. Elle est le progrès vivant. Elle n'est pas moins féconde par la parole que par l'action. Elle prodigue les explications et les exemples. Elle a des révolutions au-dessus desquelles on aperçoit des penseurs comme des lumières sur des sommets. L'humanité épelle la civilisation dans les livres de ses écrivains. Il semble que, comme l'orient autrefois, l'occident ait aujourd'hui son peuple de Dieu. Que s'est-il donc passé et d'où vient que ce peuple qui nous semblait si rapetissé, nous apparaisse si subitement grandi!
Il ne se sera rien passé qu'un £dt très simple. Il y avait deux Frances, la £iusse et la vraie ^ la France diâbrme du passé, la France officielle, la France fonaionnaire, et la rayonnante France de l'avenir.
La monarchie est finie en France, par une raison toute simple $ c'est qu'elle est finie en Europe.
La monarchie est la forme politique des âges antérieurs ^ bonne alors, mauvaise aujourd'hui. C'est le vêtement trop étroit de l'enfaot qui a grandi. Il faut que la croissance des peuples s'arrête, ou que la monarchie cède et se brise. Entourez un arbre d'un anneau de fer$ dans un temps donné, ou l'arbre périra, ou l'anneau se rompra. Or, les peuples ont la vie plus dure que les arbres. Ils brisent les cercles de fer. En ce moment l'anneau est rompu en France, et il tend à se rompre partout en Europe. C'est ce fait naturel, normal, irrésistible, c'est ce fait de croissance, c'est ce friit de sève qui ruisselle et qui monte, que veut empêcher le parti qui s'intitule parti de l'ordre et auquel nous restituons son vrai nom : parti du passé.
La maison de Bourbon a été illustre. Elle s'est évanouie en France comme la
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malsoa d'Autriche en Espagne, autrement, mab pat la m^e loi providentielle La monarchie est motte entre ses mains. Aujourd'hui cetK maison n'est [Jus leptc sentce en Europe <]ue par un jeune homme, innocent du passé et Jàtîguc i l'avenir, digne de sympathie, or il est malheureux, et digne de respect, car il a innocent, (]ui aurait pu être l'élève de M. de Chateaubriand et qui n'est cjuc l'clèv de M. de Lcvis. De ce côte de l'avenir, la lumière s'en va.
La maison d'Orléans, ayant pour chef un homme considérable, Louis-Philif^ mclcc à notre histoire révolutionnaire, accessible au siècle, ouverte au progrès, a pi fÙK i^uelquc temps illusion aux hommes de h liberté. Mais (quoique appujée su CCS quatre princes dont M. de Metternich a dit : ce sont des jeunes hommes comro on en voit peu et des princes comme on n'en voit pas, quoique sanctifiée par le verms vénérables de la reine Marie-Amélie, quoique illustrée par la grande âme d Madame la duchesse d'Orléans, la maison d'Orléans, trop révolution pour la me narchic et trop monarchie pour la rcvolurion , ne sera jamais qu'une transition. Un nation se m'eut toujours, en avant ou en arrière. Si la France recule, clic tombci de la branche cadette à la branche aînée; si elle avance, elle ira de la (âmîlle d Philippe-Egalité i la République.
Page 178. [...avec Ferdinand II de Naplcs, dans la cage des hyènes.]
O Ferdinand de Naplcs qui avez tant de fois bi^ votre signature au bas de vc serments, & Nicolas de Russie qui avez tué la Pologne i coups de couteau, qu pensez-vous de cet homme.^ En êtcs-vous content? Le trouvez-vous assez &tusaii pour être prince et assez assassin pour être empereur?
Page 190. [Peu à peu la ruine se prépare. . .]
Cela est vieux, diics-vous; précisément! c'est parce que cela est vieux que cd se meurt.
Combien de temps croyez-vous que cette vieillerie puisse durer encore?
Ah! Europe monarchique, refaite à coups d'épéc tous les quarts de siècle, Europ de Charlcmagnc, Europe de Philippe Auguste, Europe de Charlet-Qgînt, Europe d Richelieu, Europe de Louis XIV, Europe de Frédéric II, Europe de Na^lcoa guerres sans (în, guerres de religion, guerres de conquêtes, guerres de successKm guerres de princes, guerres de papes, ici l'inquisition, là les francs-juges, le Rhii rouge du sang des anabaptistes, le Danube rouge du sang des juifs, le Tage roug du sang des maures, la Seine rouge du sang des huguenots, Lcyde oi^ les seigneur écrasent les paysans, Scmpacb où les paysans écrasent les seigneurs, mille ans à bûchers, de gibets, d'écha&uds et de batailles, de sang versé, aujourd'hui opprcssioi et menaces de toutes parts, la Suisse sous les pieds du Sonderbund ressuscite, le duchés sous les pieds du Danemark, les provinces rhénanes sous les pieds de L Prusse, l'Irlande sous les pieds de la Grande-Bretagne, la Sicile tous les pieds du ra de Naples, ta Hongrie et l'Italie sous les pieds de l'Autriche, la Russie suc la tête di
tous; toutes les fictions qui se heurtent, tous les mensonges qui se regardent en face, ['Angleterre, république sous le mot monarchie, coudoyant la France, monarchie tous le mot république! partout des germes de haine, des alliances contre nature, ics traités en ruines; est-ce que vous ne voyez pas que cette vieille construction ruropéenne, dont on soigne l'équilibre, n'est qu'un ensemble eftîrayant de portek-^ux? est-ce que vous ne voyez pas que tout cela est désordre, incohérence, trouble, lutte, confusion, chaos, et qu'il est temps que cette masure, l'Europe des rois, ^écroule et &sse place à ce majestueux édifice visible déjà dans l'azur de la future paix universelle et pleine du splcndide rayonnement de l'avenir, l'Europe des peuples !
L'original de ce fragment inédit est dans le manuscrit [Conclmion)^ feuillets 225 , 226, 227 et 228.
Page 195. [L'avenir, c'est la paix avec tous.]
La paix avec tous, la paix universelle, déjà, plus d'une fois, ce fait immense, qui seia la loi des générations futures, a été examiné, débattu, approfondi, raillé, répudié, nié. Puisqu'on ne se lasse pas de contester, il ne faut pas se lasser d'affirmer. Résumons donc en quelques mots et disons définitivement comment nous comprenons la solution de ce grand problème.
Ceux qui avaient intérêt à embrouiller cette question se sont plu à ne la poser jamais que dans ses termes les plus généraux : l'instinct de la guerre est-il inhérent à l'homme.^ n'y a-t-il pas dans l'homme quelque chose d'inné qui, dans des circonstances données, le poussera toujours à lutter contre son semblable.^ etc., etc. — Ils répondaient oui, on répliquait non; dispute philosophique qui n'ayant pas de limite ni de contour avait ce grand avantage à leurs yeux de ne pouvoir jamais finir. Circonscrivons le problème et simplifions-le. Faisons-le descendre des hauteurs d'une question humaine aux proportions d'une question historique et politique. Ne parlons plus paix universelle, si vous le voulez, parlons paix continentale. Cela nous suffit pour ce siècle. Souvent creuser une question, c'est la résoudre.
Nous accordez-vous, oui ou non, qu'il y a eu un temps où un château faisait la guerre à un chiteau, où une seigneurie faisait b guerre à une seigneurie, où une commune fiûsait la guerre à une commune, où, en France, par exemple, la vicomte de Thouars faisait la guerre à la baronnie de Niort? Nous accordez- vous qu'une époque est venue où cette guerre a cessé .'^ Pourquoi? Parce que, pour continuer l'exemple, le vicomte de Thouars et le baron de Niort se sont absorbés dans un personnage supérieur, le duc de Bretagne, parce que ces petites unités, le chiteau, la seigneurie, la commune, se sont absorbées et confondues dans une unité plus grande, la province? Nous accordez-vous cela? — Sans doute, car il faudrait nier l'histoire. — Maintenant, nous accordez-vous qu'il y a eu, — c'est l'époque qui vient ensuite, — un temps où la province faisait la guerre à la province, où rAquitaine- envahissait le Poitou, où la Bourgogne se ruait sur la Picardie? — Sans doute. — Nous accordez-vous qu'à l'époque où nous sommes cette guerre a disparu? Pourquoi? parce que la comté, la duché, la province, unité inférieure.
a fini par s'absorber dans une unité supérieure, le royaume $ parce que la Normandie et la Picardie, parce (}uc la Bourgogne et rA<|uitaine sont devenues la France. Eh bieni qu'est-ce que cela? c'est une loi. Une loi historique et politique. La loi de la civilisation même : l'absorption et par conséquent la pacification des unités inférieures par les unités supérieures, la transition de l'état sauvage à l'état policé, de l'état de barbarie à l'état d'harmonie. On se bat de fitmille à fiunille, puis on s'allie et l'on devient une tribu $ on se bat de tribu à tribu, puis on s'allie et Ion devient une commune^ on se bat de commune à commune, puis on s'allie et l'on devient une province; on se bat de province à province, puis on s'allie et l'on devient une nation; on se bat de nation à nation, puis on s'allie et Ton devient une fédération continentale. La loi de l'histoire le veut.
Celui qui écrit ces lignes a déjà indiqué ailleurs toutes ces évidences, mais on ne saurait trop les répéter, et il insiste ici : le jour approche, et nous le verrons, où Taccomplissemcnt de la grande loi que nous venons d'indiquer, commencée parmi nous depuis tant de siècles, s'achèvera sur notre vieux continent; le jour approche où ces grandes unités qu'on appelle nations et royaumes s'absorberont dans cette unité suprême, le continent, où, de même que la Picardie, la Normandie, la Bretagne, l'Anjou et l'Aquitaine sont devenus la France, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre deviendront l'Europe; aujourd'hui vivant en guerre, demain vivant en paix, avec un parlement continental pour arbitre; aujourd'hui royaumes divisés, demain Etats-Unis. Ceci, qu'on le sache, est Tavenir inévitable et prochain. A l'heure qu'il est, TEuropc s'appelle Guerre et l'Amérique s'appelle Union; le moment arrive, et ce sera là l'œuvre grandiose de notre siècle, où l'Europe s'appellera Union comme l'Amérique.
Et alors, premier bénéfice : les armées permanentes de moins, quatre milliards de plus par an : quatre mille millions tous les ans laissés ou restitués à l'industrie, à l'agriculture, au commerce, au travail profitable des peuples fraternels; deuxième bénéfice : la suppression des octrois et des douanes, la circulation décuplée, la richesse centuplée, le bien-être remplaçant le malaise, le socialisme en grand sans terrorisme et par la paix, aucune spoliation pour ni contre qui que ce soit, accroissement d'aisance pour tous, les problèmes sociaux se résolvant pour ainsi dire d'eux-mêmes et comme par enchantement. Et que £iut-il pour amener ce résultat merveilleux, le bonheur de deux cents millions d'hommes? non pas quelques têtes, mais quelques couronnes de moins en Europe. Que faut-il faire? deux pas : la libération des peuples opprimés et la fédération des peuples libres. Aucun bouleversement intérieur pour des états qui comme l'Angleterre, la Belgique, le Piémont, le Portugal et la Suisse, sont déjà, sous des noms divers, des républiques. Et l'on doute que l'humanité fiisse ces deux pas! Ah! elle les fera, et souhaitons-le ardemment! souhaitons cette dernière guerre que j'ai appelée quelque part la ffierre des patries contre les roj4mmes^^\ et doù sortiront les Etats-Unis d'Europe, d'où sortira le parlement continental, la fédération des nations, la fusion des races, la civilisation suprême, la Paix! Ne l'oublions pas, on ne clora la révolution universelle que par la république universelle.
»') Utkra/Mtr tt Pbtlosopbie mHées ( 1830).
RELIQUAT DE NAPOLEON-LE^PETlT. 22^
Cette dernière guerre, il faut s y préparer avec calme et recueillement. Ce sera la guerre sainte. Elle ne finira que le jour où le parlement d'Europe s'ouvrira.
Le jour venu de cette lutte sacrée, la France se lèvera. La France tirera son épcc et jettera le fourreau. Elle écrira sur son drapeau : Fratemit/ des pettpUs, Elle marchera, tendant la main aux nations et présentant le glaive aux tyrannies.
Quant à Tarrnée, comment la République victorieuse lui fera expier le crime du 2 décembre, comment la République se vengera d'elle, on peut le lui dire dès à présent. Non, la République, aujourd'hui proscrite, demain triomphante, ne dressera pas d'échafauds^ non, elle ne versera pas de sang en place publique ^ non, elle ne fera pas tomber de têtes. Le moment de l'expiation venu, les hommes en qui s'incarne à cette heiu'e l'idée républicaine diront à l'armée : Soldats, vous avez trahi la République, vous avez vendu la liberté, vous êtes éclaboussés de la tcte aux pieds du sang de la patrie et de la fange de Louis Bonaparte, soldats I vous vous ptes couverts de honte, allez vous couvrir de gloire! Ah! vous avez asservi la France! ah! vous avez été les geôliers de la liberté! eh bien, soyez ses soldats! soyez ses vengeurs! eh bien, délivrez l'Europe! partout où il y a un peuple qui souf&e, une nationalité qu'on opprime, une cité qu'on étouffe, un droit de l'homme qu'on viole, partout où il y a une nation à terre, gisante, garrottée, appelant la France, au nord, au midi, au levant, au couchant, en Lombardie, à Venise, à Rome, à Naples, à Palerme, aux bords du Rhin, en Hongrie, en Pologne, partout, allez, partez, courez, roulez vos canons, levez votre drapeau, versez votre sang, laissez vos os! prodiguez -vous! sacrifiez -vous! rachetez cet immense crime par un immense dévouement! Faites- vous tuer! Faites votre possible pour ne pas revenir! Que les trois quarts d'entre vous restent sur les champs de bataille, nous ferons passer le dernier quart sous un arc de triomphe! Redevenez des héros! soldats! vous avez dans un jour misérable mis aux fers le plus grand de tou9 l'es peuples, le peuple chef de l'humanité! il Êiut effacer de vos fronts cette souillure, faites-vous pardonner! A l'heure qu'il est, l'Europe est couverte de chaînes, allez! et ne reparaissez devant la France qu'avec toutes ces chaînes brisées dans vos mains !