‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 85 sur 124 · PARIS DORT 5 COUP DE SONNETTE · texte numérisé non relu

PARIS DORT 5 COUP DE SONNETTE

Le 2 décembre 185 1, le représentant Versigny, de la Haute-Saône, qui demeurait à Paris, rue Léonie, n** 4, dormait. Il dormait profondément; il avait travaillé une partie de la nuit. Versigny cuit un jeune homme de trentedeux ans, à la figure douce et blonde, très vaillant esprit, et tourné vers les études sociales et économiques. Il avait passé les premières heures de la nuit dans letude d'un livre de Bastiat qu'il annotait, puis, laissant le livre ouvert sur sa table, il s'était endormi. Tout à coup, il fiit éveillé en sursaut par un brusque coup de sonnette. 11 se dressa sur son séant. Gétait le petit jour. 11 était environ sept heures du matin.

Ne devinant pas quel pouvait être le motif d'une visite si matinale, et supposant que c'était quelqu'un qui se trompait de porte, il se recoucha, et il allait se rendormir, quand un second coup de sonnette, plus significatif encore que le premier, le réveilla décidément. 11 se leva en chemise, et alla ouvrir.

Michel (de Bourges) et Théodore Bac entrèrent. Michel (de Bourges) était le voisin de Versigny. 11 demeurait rue de Milan, n° 16.

Théodore Bac et Michel étaient pâles et semblaient vivement agités.

— Versigny, dit Michel, habillez-vous tout de suite. On vient d'arrêter Baune.

— Bah! s'écria Versigny, est-ce que c'est l'affaire Mauguin qui recommence ?

— C'est mieux que cela, reprit Michel. La femme et la fille de Baunc sont venues chez moi il y a une demi-heure. Elles m'ont fait éveiller. Baune a été arrête dans son lit à six heures du matin.

— Qu'est-ce que cela signifie? demanda Versigny. On sonna de nouveau.

— Voici qui va probablement nous le dire, répondit Michel (de Bourges). Versigny alla ouvrir. C'était le représentant Pierre Lefranc. 11 apponait

en effet le mot de l'énigme.

— Savez-vous ce qui se passe ? dit-il.

— Oui, répondit Michel, Baune est en prison.

— C'est la République qui est prisonnière, dit Pierre Lefranc. Avcz-vous lu les affiches?

— Non.

PARIS DORT 5 COUP DE SONNETTE. l-Jl

Pierre Lcfianc leur expliqua que les murs se couvraient en ce moment d'affiches, que les curieux se pressaient pour les lire, qu'il s'était approche de l'une d'elles au coin de sa rue, et que le coup était fait.

— Le coup! s'écria Michel, dites le crime.

Pierre Lcfranc ajouta qu'il y avait trois affiches, un décret et deux proclamations, toutes trois sur papier blanc, et collées les unes contre les autres.

Le décret était en très gros caractères.

L'ancien constituant Laissac, logé, comme Michel (de Bourges), dans le voisinage (4, cité Gaillard), survint. Il apportait les mêmes nouvelles et annonçait d'autres arrestations faites dans la nuit.

Il n'y avait pas une minute à perdre.

On alla prévenir Yvan, le secrétaire de l'Assemblée nonmié par la gauche, qui demeurait rue Boursault.

Il fallait se réunir, il fallait avertir et convoquer sur-le-champ les représentants républicains restés libres. Versigny dit : Je vais chercher Victor Hugo.

Il était huit heures du matin, j'étais éveillé, je travaillais dans mon lit. Mon domestique entra, et me dit avec un certain air effi-ayé :

— Il y a là un représenunt du peuple qui veut parler à monsieur.

— Qui.?

— Monsieur Versigny.

— Faites entrer.

Versigny entra et me dit la chose. Je sautai à bas du lit.

11 me fit part du rendez-vous chez l'ancien constituant Laissac.

— Allez vite prévenir d'autres représentants, lui dis-je. Il me quitta.

HISTOUIE. — L 19

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HISTOIHE DX'N CRIME.

CE Qui rÊTAlT PASSÉ DAKS LA NUIT.

Atsct jq tnlrf Socmccf oc 712ÎS 2fi4t(, FEipliiiadc do Inyalidcs était CZT2SCZ en rrirt t2sec( îxyiJrrigiiitt^ czxdzuÔ de gmic-loQS en bois, enfermes czzrz dmi ::z3SÊth d'Aihics^ scpsrcs pu une me peipcodiculaîic an portail ca IrT2l:£c^^ Cent rue éizn cocpcc pir titû mes panïïfVs à la Scioc. Il j zTkzz la ie laret^ £2Z?<:^ of: les enfuis Tenaient jouer. Le milieu des huit ioulizgnni était niarjuc par vu picdesol qui zmt porté sous l'empiic le lion ic brcnzc de Saint-Marc pm à Venise^ sous U rcsouaration, une figure de Louis^ X\7II en ziait«rc blanc, et sous Looîs-Miîlxppe un buste en pîitrc de LafaTcttC- Le palais de rAsscmblce coosdtnante ayant ctc presque atteint par une colonne dlnscigcs le 11 iuin i&f8, et les casernes manquant ajx environs, le général Caraignac m construire, a trois cents pas du palais législatif y dans les boulingrins des luTalides, plusieurs rangées de longues baraques, sous lesquelles le gazon disparut. Ces baraques, où Fon pouvait loger trois ou quatre mille hommes, reçurent des troupes destinées spécialement à détendre r.\s5cmbléc nationale.

Au i" décembre i^^r , les deux régiments casernes dans les baraques de TEsplanadc éuient le 6' et le 42* de ligne^ le 6% commandé par le colond I>cgardarens de Boissc, fameux avant le Deux-Décemlxe^ le 42% par le colonel Espinassc, fameux depuis.

La garde nocturne ordinaire du palais de l'Assemblée était composée d'un bataillon d'infanterie et de trente soldats d'artillerie avec un capitaine. IvC ministère de la guerre envoyait en outre quelques cavaliers desanésafûre le service d'ordonnances. Deux obusiers et six pièces de canon, avec leurs caisv>ns, étaient ranges dans une petite cour carrée située a droite de la cour d'honneur, et qu'on appelait la cour des canons. Le chef du bataiUon commandait cette petite garnison sous les ordres du commandant militaire du palais placé lui-même sous la direction immédiate des questeurs. A la. nuit tombée, on verrouillait les grilles et les portes, on posait les sentinelles, on donnait les consignes, et le palais était fermé comme une citadelle. Le mot d'ordre était le même que celui de la place de Paris.

I^s consignes spéciales rédigées par les questeurs interdisaient l'entrée d'aucune force armée autre que la troupe de service.

Dans la nuit du i*^ au 2 décembre, le palais législatif était gardé par un bataillon du 42'.

La séance du i" décembre, fort paisible et consacrée à l'examen de la loi municipale, avait fini tard, et s'était terminée par un scrutin à la tribune. Au moment où M. Baze, l'un des questeurs, montait à la tribune pour déposer son vote, un représentant appartenant à ce qu'on appelait « les bancs élyséens » , s'approcha de lui et lui dit tout bas : CeH ceUe nuit qu'on vous enlève. On recevait tous les jours de ces avertissements, et on avait fini, nous l'avons expliqué plus haut, par n'y plus prendre garde. Cependant, immédiatement après la séance, les questeurs firent appeler le commissaire spécial de police de l'Assemblée. Le président Dupin était présent. Le commissaire interrogé déclara que les rapports de ses agents étaient « au calme plat » , ce (iit son expression, et qu'il n'y avait, certes, rien à craindre pour cette nuit. Et comme les questeurs insistaient : «Bah!» dit le président Dupin, et il s'en alla.

Dans la même journée du i" décembre, vers trois heures du soir, comme le beau-père du général Le Flô traversait le boulevard devant Tortoni, quelqu'un avait passé rapidement près de lui et lui avait jeté dans l'oreille ce mot significatif : on^^ heures — minuit. On s'en émut peu à la questure et quelques-uns en rirent, c'était l'habitude prise. Cependant le général Le Flô ne voulut pas se coucher avant que l'heure indiquée fôt passée et resta dans les bureaux de la questure jusque vers une heure du matin.

Le service sténographique de l'Assemblée était fait à l'extérieur par quatre commissionnaires attachés au Moniteur, et chargés de porter à l'Imprimerie la copie des sténographes et de rapporter les épreuves au palais de l'Assemblée où M. Hippolyte Prévost les corrigeait. M. Hippolyte Prévost, chef du service sténographique, et logé en cette qualité au palais législatif, était en même temps rédacteur du feuilleton musical du Moniteur. Le i*' décembre il éuit allé voir à l'Opéra-Comique la première représentation d'une pièce nouvelle, il ne rentra qu'après minuit. Le quatrième commissionnaire du Af(?/r//wrr l'attendait avec l'épreuve du dernier feuillet de la séance. M. Prévost corrigea l'épreuve, et le commissionnaire s'en alla. Il était en ce moment-li un peu plus d'une heure, la tranquillité était profondes excepté la garde, tout dormait dans le palais.

Ce fiit vers ce moment de la nuit qu'un incident singulier se produisit. Le capitaine adjudant-major du bataillon de garde à l'Assemblée vint trouver le chef de bataiUon, et lui dit : — Le colonel me fait demander. — Et il ajouta, selon le règlement militaire : — Me permettez- vous d'y aller.'^ — Le commandant s'étonna. — Allez! dit-il avec quelque humeur, mais le colonel a tort de déranger un officier de service. — Un des soldats de garde entendit, sans comprendre le sens de ces paroles, le commandant se promenant de long en large répéter à plusieurs reprises : Que diable peut-il lui vouloir?

28o HISTOIRE D'UN CRIME.

Une demi-heure après, Tadjudant-major revint. — Eh bien, demandait commandant, que vous voulait le colonel? — Rien, répondit l'adjudant, il avait à me donner des ordres de service pour demain. — Une partie de la nuit s'écoula. V:rs quatre heures du matin, l'adjudant-major revint près du chef de bataillon : — Mon commandant, dit-il, le colonel me fait demander. — Encore! s'écria le coomiandant, ceci devient étrange 5 allcz-y pourtant.

L'adjudant-major avait, entre autres fonctions, celle de donner les consignes, et par conséquent de les lever.

Des que l'adjudant-major fut sorti, le chef de bataillon, inquiet, pensa qu'il était de son devoir d'avertir le commandant militaire du palais. 11 monta à l'appartement du commandant qui s'appelait le lieutenant-colonel Niolj le colonel Niol était couché} les gens de service avaient regagne leurs chambres dans les combles 5 le chef de bataillon, tâtonnant dans les corridors, nouveau dans le palais, connaissant peu les êtres, sonna à une porte qui lui sembla celle du commandant miliuire. On ne vint pasj la pone ne s'ouvrit pointj le chef de bauillon Redescendit sans avoir pu parler à personne.

De son côté, l'adjudant-major rentra au palais, mais le chef de bataillon ne le revit pas. L'adjudant resta près de la grille de la place de Bourgogne, enveloppé dans son manteau , et se promenant dans la cour comme quelqu'un qui attend.

A l'instant où cinq heures sonnaient à la grande horloge du dôme, les troupes qui dormaient dans le camp baraqué des Invalides furent réveillées brusquement. L'ordre fut donné à voix basse dans les chambrées de prendre les armes en silence. Peu après, deux régiments, le sac au dos, se dirigeaient vers le palais de TAsscmbléc. C'était le 6* et le 42'.

A ce même coup de cinq heures, sur tous les points de Paris à la fois, l'infanterie sortait partout et sans bruit de toutes les casernes, les colonels en tête. Les aides de camp et les officiers d'ordonnance de Louis Bonaparte, di^éminés dans tous les casernements, présidaient à la prise d'armes. On ne mit la cavalerie en mouvement que trois quarts d'heure après l'infanterie, de peur que le pas des chevaux sur le pavé ne réveillât trop tôt Paris endormi.

M. de Persigny, qui avait apporté de l'Elysée au camp des Invalides l'ordre de prise d'armes, marchait en tête du 42*, à côté du colonel Espinasse. On a raconté dans l'armée, car aujourd'hui, blasé qu'on est sur ces faits douloureux pour l'honneur, on les y raconte avec une sorte de sombre indifférence, on a racontQ qu'au moment de sortir avec son régiment, un des colonels, on pourrait le nommer, avait hésité, et que l'homme de l'Elysée,

tirant alors de sa poche un paquet cacheté, lui avait dit : — Colonel, j'en conviens, nous entrons dans un grand hasard. Voici sous ce pli, que je suis chargé de vous remettre, cent mille francs en billets de banque pour les éventualités, — Le pli fiit accepté, et le régiment partit.

Le soir du 2 décembre, ce colonel disait à une femme : — J'ai gagné ce matin cent mille francs et mes épaulettes de général. — La femme le chassa.

Xavier Durieu, qui nous a raconté la chose, a eu plus tard la curiosité de voir cette femme. Elle lui a confirmé le fait. Certes! elle avait chassé ce misérable : un soldat, traître à son drapeau, oser venir chez elle! Elle! recevoir un tel homme! Non! elle n'en éuit pas là! — Et, disait Xavier Durieu, eUe a ajouté : Moi, je ne suis qu'une fiUe publique!

Un autre mystère s'accomplissait à la préfecture de police.

Les habitants attardés de la Cité qui rentraient chez eux à une heure avancée de la nuit, remarquaient un grand nombre de fiacres arrêtés sur divers points, par groupes épars, aux alentours de la rue de Jérusalem.

Des la veille, à onze heures du soir, on avait consigné dans l'intérieur de la préfecture, sous prétexte de l'arrivée des réfugiés de Gênes et de Londres à Paris, les brigades de sûreté et les huit cents sergents de ville. A trois heures du matin, un ordre de convocation avait été envoyé à domicile aux quarante-huit commissaires de police de Paris et de la banlieue et aux officiers de paix. Une heure après, tous arrivaient. On les fit entrer dans des chambres séparées et on les isola les uns des autres le plus possible.

A cinq heures, des coups de sonnette partirent du cabinet du préfet^ le préfet Maupas appela les commissaires de police l'un après l'autre dans son cabinet, leur révéla le projet, et leur distribua à chacun sa part du crime. Aucun ne refusa j quelques-uns remercièrent.

Il s'agissait de saisir chez eux soixante-dix-huit démocrates influents dans leurs quartiers et redoutés par FÉlysée comme chefs possibles de barricades. Il fallait, attentat plus audacieux encore, arrêter dans leur maison seize représentants du peuple. On choisit pour cette dernière tâche, parmi les commissaires de police, ceux de ces magistrats qui parurent les plus aptes à devenir des bandits. On partagea à ceux-ci les représentants. Chacun eut le sien. Le sieur Courteille eutCharras, le sieur Desgranges eut Nadaud, le sieur Hubaut aîné eut M. Thiers et le sieur Hubaut jeune le général Bedeau. On donna le général Changarnier à Leras et le général Cavaignac à Colin. Le sieur Dourlens eut le représentant Valentin, le sieur Benoist le représentant Miot, le sieur AUard le représentant Cholat. Le sieur Barlet eut M. Roger (du Nord); le général Lamoricière échut au commissaire Blanchet. Le commissaire Gronfier eut le représentant Greppo, et le commissaire Boudrot le représentant Lagrange. On distribua aussi

les qucstcon : M. Bazc an scor Piimonii, et k gcncnd Le Flô ao âcur Bcrtoglio.

Des mandats d'amener arec les noms des rq>frscntants avaient été dresses dans le cabinet même du préfet. On n'avait laioé en Uanc que les noms des commissaires. On les remplit au moment du départ.

Outre la force armée qui devait les a»stcr, on r^a que chaque commissaire serait accompagné de deux escouades. Tune de sergents de ville, l'autre d'agents en bourgeois. Ainsi que le préfet Maupas l'avait dit i M. Bonaparte, le capitaine de la garde riq>ublicaine Baudinet fut adjoint au commissaire Leras pour l'arrestation du général Changamier.

Vers cinq heures et demie, on fit approcher les fiacres préparés qui attendaient, et tous partirent, chacun avec ses instructions.

Pendant ce temps-là, dans un autre coin de Paris, Vieille rue du Temple, dans cet antique hôtel Soubise dont on a feit llmprimerie royale, aujourd'hui Imprimerie nationale, une autre partie de l'attentat se construisait.

Vers une heure du matin, un passant qui gagnait la Vieille me du Temple par la rue des Vieilles-Haudriettes remarqua, i l'ange de ces deux rues, plusieurs longues et hautes fenêtres vivement éclairées. C'étaient les fenêtres des ateliers de l'Imprimerie nadonale. Il tourna i droite et entra dans la Vieille rue du Temple^ un moment après, il passa devant la demi-lune rentrante où s'ouvre le portail de l'Imprimerie^ la grande porte était fermée^ deux factionnaires gardaient la porte bâtarde latérale. Par cette petite porte qui était entrc-baîllée, le passant regarda dans la cour de l'imprimerie et la vit pleine de soldats. Les soldats ne parlaient pas, on n'entendait aucun bruit, mais on voyait reluire les bayonnettes. Surpris, le passant s'approcha. Un des factionnaires le repoussa rudement et lui cria : Au large!

Comme les sergents de ville à la préfecture de police, les ouvriers avaient été retenus à l'Imprimerie nationale pour un travail de nuitj en même temps que M. Hippolyte Prévost rentrait au palais législatif, le directeur de rimprimcrie nationale rentrait à l'Imprimerie, revenant, lui aussi , de l'Opcra- Comique, où il était allé voir la pièce nouvelle, qui était de son frère, M. de Saint-Georges. A peine rentre, le directeur, auquel il était venu un ordre de TÉlysce dans la journée, prit une paire de pistolets de poche et descendit dans le vestibule qui communique par un perron de quelques marches avec la cour de l'Imprimerie. Peu après, la porte de la rue s'ouvrit, un fiacre entra, un homme qui portait un grand portefeuille en descendit. Le directeur alla au-devant de cet homme et lui dit : — C'est vous, monsieur de Bévillc? — Oui, dit l'homme.

On remisa le fiacre, on insuUa à 1 écurie les chevaux, et l'on enferma le cocher dans une salle basse* on lui donna à boire et on lui mit une bourse

dans la main. Les bouteilles de vin et les louis d'or, c'est le fond de ce genre de politique. Le cocher but et s'endormit. On verrouilla la porte de la salle basse.

La grande porte de la cour de l'Imprimerie était à peine fermée qu'elle se rouvrit, donna passage à des hommes armés qui entrèrent en silence, puis se referma. C'était une compagnie de gendarmerie mobile, la 4" du i* bataiUon, commandée par un capitaine appelé La Roche d'Oisy. Comme on pourra le remarquer par la suite, pour toutes les expéditions délicates les hommes du coup d'État eurent soin d'employer la gendarmerie mobile et la garde républicaine, c'est-à-dire deux corps presque entièrement composés d'anciens gardes municipaux ayant au cœur la rancune de Février.

Le capitaine La Roche d'Oisy apportait une lettre du ministre de la guerre qui le mettait, lui et sa troupe, à la disposition du directeur de Tlmprimerie nationale. On chargea les armes sans dire une parole, on posa des factionnaires dans les ateliers, dans les corridors, aux portes, aux fenêtres, partout, deux à la porte de la rue. Le capitaine demanda quelle consigne il devait donner aux soldats. — Kien de plus simple, dit l'homme qui était venu dans le fiacre j quiconque ejiaiera de sortir ou d* ouvrir une croisée, fusille.

Cet homme, qui était en e£Fet M. de Béville, officier d'ordonnance de M. Bonaparte, se retira avec le directeur dans le grand cabinet du premier étage, pièce solitaire qui donne sur le jardin $ là il communiqua au directeur ce qu'il apportait, le décret de dissolution de l'Assemblée, l'appel à l'armée, l'appel au peuple, le décret de convocation des électeurs j plus la proclamation du préfet Maupas et sa lettre aux commissaires de police. Les quatre premières pièces étaient entièrement écrites de la main du président. On y remarquait çà et là quelques rature^.

Les ouvriers attendaient. On plaça chacun d'eux entre deux gendarmes, avec défense de prononcer une parole, puis on distribua dans l'atelier les pièces à imprimer, coupées en très petits morceaux de façon que pas un ouvrier ne pût lire une phrase entière. Le directeur déclara qu'il leur donnait une heure pour imprimer le tout. Les divers tronçons furent rapportés ensuite au colonel Béville qui les rapprocha et corrigea les épreuves. Le tirage se fit avec les mêmes précautions, chaque presse entre deux soldats. Quelque diligence qu'on y mît, ce travail dura deux heures, les gendarmes surveillant les ouvriers, Béville surveillant Saint-Georges.

Quand ce fiit fini, il se fit une chose suspecte et qui ressemble fort à une trahison de la trahison. A traître traître et demi. Ce genre de crime est sujet à cet accident. Béville et Saint-Georges, les deux affidés entre les mains desquels était le secret du coup d'État, c'est-à-dire la tète du président, ce secret

qui ne clcrait a aocon prix oampiicr srant l'heure sous peine de voir tout aYoïter, eurent l^dée de le coafier tout de suite a deux cents hommes cpour se rendre compte de TeflctB , comme Fex-colonel Bcrille l'a dit plus tard, un peu naïvement. Os lurent les mystérieux documents tout frais imprimes aux gendarmes mobiles ranges dans la cour. Ces anciens gardes municipaux applaudirent. S'ils eussent hué, on se demande ce qu'auraient £ût les deux essayeurs du coup d'État. Peut-être M. Bonaparte se fût-il réveillé de son rcvc a Vincenncs.

On mit en hberté le cocher, on attda le fiacre, et a quatre heures du matin l'officier d'ordonnance et le directeur de l'Imprimerie nationale, désormais deux criminels, arrivèrent i la préfecture de pohce avec les ballots de décrets. Là les flétrissures conmiencerent pour eux, le préfet Maupas leur prit la main.

Des bandes d'afficheurs, embauchés pour cette occasion, partirent dans toutes les directions, emportant les décrets et les proclamations.

C'cuit précisément l'heure où le palais de l'Assemblée nationale était investi. 11 y a, rue de l'Université, une porte du palais qui est l'ancienne entrée du palais Bourbon et i bquelle aboutit l'avenue qui mène à l'hôtel du président de l'Assemblée} cette porte, appelée porte de la présidence, était, selon l'usage, gardée par un factionnaire. Depuis un certain temps l'adjudant-major, mandé deux fois dans la nuit par le colonel Espinasse, se tenait immobile en silence près de cette sentinelle. Cinq minutes après avoir quitté les baraques des Invalides, le 42* de ligne, suivi à quelque distance du 6" qui avait pris par la rue de Bourgogne, débouchait rue de l'Université. Le régiment, dit un témoin oculaire, marcha comme on marche dans la chambre d'un malade. Il arriva à pas de loup devant la porte de la présidence. Cette embuscade venait surprendre la loi.

Le factionnaire, voyant venir la troupe, se mit en arrêt} à l'instant où il allait crier qui vive, l'adjudant-major lui saisit le bras, et, en sa qualité d'officier chargé de lever les consignes, lui ordonna de livrer passage au 42*5 en mcmc temps il commanda au portier ébahi d'ouvrir. La porte tourna sur SCS gonds} les soldats se répandirent dans l'avenuC} Persigny entra et

dit : C'est fait.

L'Assemblée nationale était envahie.

Au bruit des pas, le commandant Meunier accourut. — Commandant, lui cria le colonel Espinasse, je viens relever votre bataillon. Le commandant pMitv il murmura à voix basse : je vois ce que c'est, et son œil resta un moment fixe ;\ terre. Puis tout à coup il porta rapidement la main à ses cp.uilcs Cl arraclia ses cpaulcttes^ il tira son épée, la cassa sur son genou, jcia les deux trottons sur le pavé, et, tout tremblant de désespoir, il cria

d'une voix terrible à son colonel : — Colonel, vous déshonorez le numéro du régiment!

— C'est bon ! c'est bon ! dit Espinasse.

On laissa ouverte cette porte de la présidence, mais toutes les autres entrées restèrent fermées. On releva tous les postes, on changea toutes les sentinelles, le bataillon de garde fut renvoyé au camp des Invalides, les soldats firent les faisceaux dans l'avenue et dans la cour d'honneur $ le 42*, toujours en silence, occupa les portes du dehors, les portes du dedans, les cours, les salles, les galeries, les corridors, les couloirs 5 tout le monde dormait toujours dans le palais.

Bientôt arrivèrent deux de ces petits coupés appelés quarante-sous et deux fiacres, escortés de deux détachements de garde républicaine et de chasseurs de Vincennes et de plusieurs escouades d'hommes de police. Les commissaires Bertoglio et Primorin descendirent des deux coupés.

Comme ces voitures arrivaient, on vit paraître à la grille de la place de Bourgogne un personnage chauve, jeune encore. Ce personnage avait toute la tournure d'un homme du monde qui sort de l'Opéra, et il en venait en effet, après avoir passé par une caverne, il est vraij il arrivait de l'Elysée. C'était M. de Morny. Il regarda un instant les soldats faire les faisceaux, puis poussa jusqu'à la porte de la présidence. Là il échangea avec M. de Persigny quelques paroles. Un quart d'heure plus tard, accompagné de deux cent cinquante chasseurs de Vincennes, il s'emparait du ministère de l'intérieur, surprenait dans son lit M. de Thorigny effaré, et lui remetuit à bout portant une lettre de remerciement de M. Bonaparte. Quelques jours auparavant le candide M. de Thorigny, dont nous avons déjà cité les paroles ingénues, disait dans un groupe près duquel passait M. de Morny : — Comme ces montagnards calomnient le président ! pour violer son serment, pour faire un coup d'État, il faudrait qu'il fût un misérable, — Réveillé brusquement au milieu de la nuit, et relevé de sa faction de ministre comme les sentinelles de l'Assemblée, le bonhomme, tout ahuri et se frotunt les yeux, balbutia : Eh, mais! le président eH donc un,..? — Oui, dit Morny avec un éckt de rire.

Celui qui écrit ces lignes a connu Morny. Morny et Waleswski avaient dans la quasi-famille régnante la position, l'un de bâtard royal, l'autre de bâtard impérial. Qu^était-ce que Morny? Disons-le. Un important gai, un intrigant, mais point austère, ami de Romieu et souteneur de Guizot, ayant les manières du monde et les mœurs de la roulette, content de lui, spirituel, combinant une certaine libéralité d'idées avec l'acceptation des crimes utiles, trouvant moyen de faire un gracieux sourire avec de vilaines dents, menant la vie de plaisir, dissipé, mais concentré, laid, de

bonne humeur, féroce, bien mis, intrépide, laissant volontiers sous les verrous un frère prisonnier, et prêt à risquer sa tête pour un fircrc empereur, ayant la même mère que Louis Bonaparte, et, comme Louis Bonaparte, un père quelconque, pouvant s'appeler Beauhamais, pouvant s'appeler Fiahaut, et s'appclant Morny, poussant la littérature jusqu'au vaudeville a la politique jusqu'à la tragédie, viveur tueur, ayant toute la frivolité conciliablc avec l'assassinat, pouvant être esquissé par Marivaux, à la condidoo d'être ressaisi par Tacite, aucune conscience, une élégance irréprochable, infâme et aimable, au besoin parÊiitement duc$ tel éuit ce malfaiteur.

Il n'était pas encore six heures du matin. Les troupes commençaient i se masser place de la Concorde, où Leroy-Saint-Arnaud, i cheval, les passait en revue.

Les conunissaires de police Bertoglio et Primorin firent mettre en bataille deux compagnies sous la voûte du grand escalier de la questure, mais ne moDtèrcnt pas par là. Ils s'étaient fût accompagner d'agents de police qui connaissaient les recoins les plus secrets du palais Bourbon. Ils prirent par les couloirs.

Le général Le Flô était logé dans le pavillon habité par M. de Feuchères du temps de M. le duc de Bourbon. Le général Le Flô avait chez lui cette nuit-li sa sœur et son beau-frère, qui étaient venus lui £aire visite à Paris et qui couchaient dans une chambre dont la porte donnait sur un des corridors du palais. Le commissaire Bertoglio heurta à cette porte, se la fit ouvrir, et se rua brusquement lui et ses agents dans cette chambre où une femme était couchée. Le beau- frère du général se jeu à bas du lit, et cria au questeur qui dormait dans une pièce voisine : Adolphe, on force les portes, le palais est plein de soldats, lève-toi! Le général ouvrit les yeux, il vit le commissaire Bertoglio debout devant son lit.

Il se dressa sur son séant.

— Général, dit le commissaire, je viens remplir un devoir.

— Je comprends, dit le général Le Flô, vous êtes un tndtre.

Le commissaire, balbutiant les mots de «complot contre la sûreté de rÉtat», déploya un mandat d'amener. Le général, sans prononcer une parole, frappa cet infâme papier d'un revers.de main.

Puis il s'habilla, et revêtit son grand uniforme de Constantine et de Médéa, s'imaginant dans sa loyale illusion militaire qu'il y avait encore pour les soldats qu'il allait trouver sur son passage des généraux d'Afiique. Il n'y avait plus que des généraux de guet-apens. Sa femme l'embrassait} son fils, enfant de sept ans, en chemise et pleurant, disait au commissaire de police : Grâce, monsieur Bonaparte!

Le général, en serrant sa femme dans ses bras, lui murmura à l'oreille : — Il y a des pièces dans la cour, tâche de faire tirer un coup de canon!

Le commissaire et les agents l'emmenèrent. Il dédaignait ces hommes de x>licc et ne leur parlait pasj mais quand il fut dans la cour, quand il vit les soldats, quand il reconnut le colonel Espinasse, son cœur militaire et breton se souleva.

— Colonel Espinasse, dit-il, vous êtes un infime, et j'espère vivre assez pour arracher de votre habit vos boutons d'uniforme !

L'ex-colonel Espinasse baissa la tète et bégaya : Je ne vous connais pas.

Un chef de bataillon agiu son épée en criant : Nous en avons assez des généraux avocats! Quelques soldats croisèrent la bayonnette contre le prisonnier désarmé } trois sergents de ville le poussèrent dans un fiacre, et un sous- [ieutenant s'approchant de la voiture, regardant en face cet homme qui, s'il était citoyen, était son représentant, et s'il était soldat, éuit son général, lui jeta cette hideuse parole : Canaille I

De son côté le commissaire Primorin avait fait un détour pour surprendre plus sûrement l'autre questeur, M. Baze.

L'appartement de M. Baze avait une porte sur un couloir communiquant à la salle de l'Assemblée. C'est à cette porte que le sieur Primorin frappa. — Qui est là? demanda une servante qui s'habillait. — Commissaire de police, répondit Primorin. La servante, croyant que c'était le commissaire de police de l'Assemblée, ouvrit.

En ce moment, M. Baze, qui avait entendu du bruit et qui venait de s'éveiller, passait une robe de chambre et criait : N'ouvrez pas.

Il achevait à peine qu'un homme en bourgeois et trois sergents de ville en uniforme faisaient irruption dans sa chambre. L'honmie, entr'ouvrant son habit et montrant sa ceinture tricolore, dit à M. Baze : — Reconnaissezvous ceci.^ — \feus êtes un misérable, répondit le questeur.

Les agents mirent la main sur M. Baze. — Vous ne m'emmènerez pas! dit-il $ vous commissaire de police, vous qui êtes magistrat et qui savez ce que vous faites, vous attentez à la représentation nationale, vous violez la loi, vous êtes un criminel! — Une lutte s'engagea, corps à corps, de quatre contre un. Madame Baze et ses deux petites filles jetant des cris, la servante repoussée par les sergents de ville à coups de poing. — Vous êtes des brigands! criait M. Baze. Ils l'emportèrent en l'air sur les bras, se débatunt, nu, sa robe de chambre en lambeaux, le corps couvert de contusions, le poignet déchiré et saignant.

. L'escalier, le rez-de-chaussée, la cour, éuient pleins de soldats, la bayonnette au fiisil et l'arme au pied. Le questeur s'adressa à eux : — On arrête vos représentants! Vous n'avez pas reçu vos armes pour briser les lois! Un sergent avait une croix toute neuve : — Est-ce pour cela qu'on vous a donné la croix? — Le sergent répondit : — Nous ne connaissons qu'un maître.

— Je remarque votre numéro, reprit M. Baze, vous êtes un régiment déshonoré. Les soldats écoutaient dans une attitude morne et semblaient encore endormis. Le commissaire Primorin leur disait : — Ne répondez pas! cela ne vous regarde pas! On porta le questeur à travers les couis au corps de garde de la Porte Noire.

C'est le nom qu'on donne à la petite porte pratiquée sous la voûte en face de la caisse de l'Assemblée et qui s'ouvre vis-à-vis la rue de Lille sur la rue de Bourgogne.

On mit plusieurs factionnaires à la porte du corps de garde et en haut du petit perron qui y conduit, et on laissa là M. Baze sous la garde de trois sergents de ville. Quelques soldats sans armes, en veste, allaient et venaient. Le questeur les interpellait au nom de l'honneur militaire. — Ne répondez pas, disaient les sergents de ville aux soldats.

Les deux petites filles de M. Baze l'avaient suivi des yeux avec épouvante ^ quand elles l'eurent perdu de vue, la plus petite éclata en sanglots.

— Ma sœur, dit l'aînée qui avait sept ans, faisons notre prière. Et les deux enfants, joignant les mains, se mirent à genoux.

Le commissaire Primorin se rua avec sa nuée d'agents dans le cabinet du questeur. Il fit main basse sur tout. Les premiers papiers qu'il aperçut au milieu de la table et qu'il saisit furent ces fameux décrets préparés pour le cas où l'Assemblée aurait voté la proposition des questeurs. Tous les droirs furent ouverts et fouillés. Ce bouleversement des papiers de M. Baze, que le commissaire de police appelait «visite domiciliaire», dura plus d'une heure.

On avait apporté à M. Baze ses vêtements, il s'était habillé. Quand la « visite domiciliaire » fut finie, on le fit sortir du corps de garde. Il y avait un fiacre dans la cour, M. Baze y monta, et les trois sergents de ville avec lui. Le fiacre, pour gagner la porte de la présidence, passa par la cour d'honneur, puis par la cour des canons ^ le jour paraissait. M. Baze regarda dans cette cour pour voir si les canons y étaient encore. Il vit les caissons ranges en ordre, les timons relevés j les places des six canons et des deux obusiers étaient vides.

Dans l'avenue de la présidence, le fiacre s'arrêta un instant. Deux haies de soldats, le bras droit appuyé sur le coude de la bayonnette, bordaient les trottoirs de l'avenue. Au pied d'un arbre étaient groupés trois hommes, le colonel Espinasse que M. Baze connaissait et reconnut, une façon de lieutenant-colonel qui avait au cou un ruban orange et noir, et un chef d'esadron de lanciers, tous le sabre à la main et se concertant. Les vitres du fiacre étaient levées 5 M. Baze voulut les baisser pour interpeller ces hommesj les sergents de ville lui saisirent les bras. Survint le commissaire Primorin} il allait remonter dans le petit coupé à deux places qui l'avait amené. — Mon-

sieur Baze , dit-il avec cette courtoisie de chiourme que les agents du coup d'État mêlaient volontiers à leur crime, vous êtes mal avec ces trois hommes dans ce fiacre, vous êtes gêne, montez avec moi. — Laissez-moi, dit le prisonnier, avec ces trois hommes je suis gêne, avec vous je serais souille.

Une escorte d'infanterie se rangea des deux côtés du fiacre. Le colonel Espinasse cria au cocher : — Allez par le quai d'Orsay et au pas jusqu'à ce que vous rencontriez l'escorte de cavalerie 5 quand les cavaliers prendront la conduite, les fantassins reviendront. — On partit.

Comme le fiacre tournait le quai d'Orsay, un piquet du 7* lanciers arrivait à toute biide : c'était l'escorte. Les cavaliers entourèrent le fiacre et l'on prit le galop.

Nul incident dans le trajet. Çà et là, au trot des chevaux, des fenêtres s'ouvraient, des têtes passaient, et le prisonnier, qui avait enfin réussi à baisser une vitre, entendait des voix effarées dire : — Qu'est-ce que c'est que ça.»^

Le fiacre s'arrêta. — Où sommes-nous.^ demanda M. Baze. — A Mazas, dit un sergent de ville.

Le questeur fut conduit au greffe. Au moment où il entrait, il en vit sortir Baune et Nadaud qu'on emmenait. Une table était au milieu, où vint s'asseoir le commissaire Primorin qui avait suivi le fiacre dans son coupé. Pendant que le commissaire écrivait, M. Baze remarqua sur la table un papier, qui était évidemment une note d'écrou, où étaient écrits dans l'ordre suivant les noms qu'on va lire : Lamoricicre, Charras, Cavaignac, Changarnier. Le Flô, Thiers, Bedeau, Roger (du Nord). — C'était probablement l'ordre dans lequel ces représentants étaient arrivés à la prison.

Quand le sieur Primorin eut terminé ce qu'il écrivait : — Maintenant, dit M. Baze, vous allez recevoir ma protestation et la joindre à votre procèsverbal. — Ce n'est pas un procès-verbal, objecta le commissaire, c'est un simple ordre d'envoi. — J'entends écrire ma protestation sur-le-champ, répliqua M. Baze. — Vous aurez le temps dans votre cellule, dit avec un sourire un homme qui se tenait debout près de la table. M. Baze se retourna : — Qui êtes- vous? — Je suis le directeur de la prison, dit l'homme. — En ce cas, reprit M. Baze, je vous plains, car vous connaissez le crime que vous commettez. L'homme pâlit et balbutia quelques mots inintelligibles. Le commissaire se levait^ M. Baze prit vivement son fauteuil, s'assit à la ublc, et dit au sieur Primorin : — Vous êtes officier public, je vous requiers de joindre ma protestation au procès- verbal. — Eh bien! soit, dit le commissaire. M. Baze écrivit la protestation que voici :

«Je soussigné, Jean -Didier Baze, représentant du peuple et questeur de l'Assemblée nationale, enlevé violemment de mon domicile au palais

de rAssembléc nationale et conduit dans cette prison par une force arme i laquelle il m'a été impossible de résister, déclare protester au nom d l'Assemblée nationale et en mon nom contre l'attentat i la reprcseoutioi nationale commis sur mes collègues et sur moi.

€ Fait i Mazas, le 2 décembre i8)i, à huit heures du matin.

tBAZE.»

Pendant que ceci se passait à Mazas, les soldats riaient et buvaient dac la cour de l'Assemblée. Os £ûsaient du café dans des marmites. Us avaia allume dans la cour des feux énormes^ les flammes, poussées par le Teni touchaient par moments les murs de la salle. Un employé supérieur de I questure, officier de la garde narionale, M. Ramon de la Croisette, se ris<{t à leur dire : Vous allez mettre le feu au palais. Un soldat lui donna un cou de poing.

Quatre des pièces prises à la cour des canons furent mises en batccr contre l'Assemblée, deux sur la place de Bourgogne tournées vers la gritt deux sur le pont de la Concorde tournées vers le grand perron.

En marge de cette instrucrive histoire, mettons un £ût : ce 42* de ligf cQît le même régiment qui avait arrêté Louis Bonaparte i Boulogn En 1840, ce régiment prêta main-forte i la loi contre le con^irateur^ c i8^i, il prêta main-forte au conspirateur contre la loi. Beautés de l'obâ! sancc passive.

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