‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 86 sur 124 · AUTRES ACTES NOCTURNES · texte numérisé non relu

AUTRES ACTES NOCTURNES

Dans cette même nuit, sur tous les points de Paris s'accomplissaient des ûts de brigandage } des inconnus, conduisant des troupes armées, et armés ux-mèmes de haches, de maillets, de pinces, de leviers de fer, de cassettes, d'épées cachées sous leurs habits, de pistolets dont on distinguait les rosses sous les plis de leurs vêtements, arrivaient en silence autour d'une oabon, investissaient la rue, cernaient les abords, crochetaient l'entrée, garottaient le portier, envahissaient l'escalier, et se ruaient, à travers les portes nfoncées, sur un homme endormi $ et quand l'homme réveillé en sursaut [cmandait à ces bandits : Qui êtes- vous? le chef répondait : Commissaire iC police. Ceci arriva chez Lamoricière, qui fut colleté par Blanchet, lequel le lenaça du bâillon j chez Greppo, qui fut brutalisé et terrassé par Gronfier, ssisté de six hommes portant une lanterne sourde et un merlin^ chez Caaignac, qui fut empoigné par Colin, lequel, brigand mielleux, se scandalisa le l'entendre «jurer et sacrer»} chez M. Thiers, qui fut saisi par Hubaut înc, lequel prétendit l'avoir vu «trembler et pleurer», mensonge mêlé au rime} chez Valentin, qui fut assailli dans son lit par Dourlens, pris par es pieds et par les épaules, et mis dans un fourgon de police à cadenas } :hez Miot, destiné aux tortures des casemates africaines } chez Roger (du Nord) qui, vaillamment et spirituellement ironique, offrit du vin de Xérès lux bandits. Charras et Changarnier furent pris au dépourvu. Ils démenaient, rue Saint-Honoré, presque en face l'un de l'autre, Changarnier ^ n'*3, Charras au n" 14. Depuis le 9 septembre, Changarnier avait con- 'dié les quinze hommes armés jusqu'aux dents par lesquels il se faisait ^cicr la nuit, et le i* décembre, Charras, nous l'avons dit, avait déchargé f>îstolets. Ces pistolets vides étaient sur sa table quand on vint le sur- '^dre. Le commissaire de police se jeta dessus. — Imbécile, lui dit Charras, ^^i^aienf été chargés, tu serais mort. Ces pistolets, nous notons ce détail, ^Ot été donnés à Charras lors de la prise de Mascara, par le général Re- ■^^a lequel, au moment où le coup d'État arrêtait Charras, était à cheval ^ la rue pour le service du coup d'État. Si les pistolets fussent restés s, et si le général Renault eût eu la mission d'arrêter Charras, il eût rieux que les pistolets de Renault tuassent Renault. Charras, certes, ^"^ pas hésité. Nous avons déjà indiqué les noms de ces coquins de police, *^j>éter n'est pas inutile. Ce fiit le nommé Courteille qui arrêta Charrasj

le nommé Leras arrêu Changarnierj le nommé Desgranges arrcu NadaïuL Ces hommes y ainsi saisis dans leurs maisons, éuient des rcprcscnonts du peuple, ils éuient inviolables, de sorte qu'à ce crime, la \iolitiop de la personne , s*ajouuit cette fbr&iturc, le viol de la Consntution.

Aucune effronterie ne manqua i cet auentat. Les agents de police coiot gais. Quelques-uns de ces drôles raillaient. A Mazas, les argousios ricanaient autour de Thiers. Nadaud les réprimanda rudement. Le sieur Hubaat jcuoc réveilla le général Bedeau. — Général, vous êtes prisonnier. — Je suis inviolable. — Hors le cas de flagrant délit. — Alors, dit Bedeau, flagiaot kIcUx Je s*>mmeil. -^- On le prit au collet et on le traîna dans un fiacre.

\\i\ se rencontrant i Mazas, Nadaud serra la main de Greppo, et Ligraogc scTTÀ h main de Lamoricière. Cela faisait rire les hommes de police. Un lUMunic Thirion« colonel, la croix de commandeur au cou, assistait à rcaou Jon i^ciicraux ci des représentants. — Regardez-moi donc en face, vous' lui vlit C^harMs. Thirion s'en alla.

.\inM« sans compter d'autres arresutions qui eurent lieu plus tard, (urcir viupriMMinés, dans la nuit du 2 décembre, seize représenunts et soixante k1ï\ lunt vitvncns. I-rCs deux agents du crime en rendirent compte iLoui l^Muipartc, C^fns, écrivit Nforny. &4d<»r, écrivit Maupas. L'un dans Targo vK'N viKm^n, Tauirc dans l'argot des bagnes^ nuances de langage.

Versigny venait de me quitter.

Pendant que je m'habillais en hâte, survint un homme en qui j'avais toute ifiance. C'était un pauvre brave ouvrier ébéniste sans ouvrage, nommé rard, à qui j'avais donné asile dans une chambre de ma maison, sculpteur • bois et point illettré. Il venait de la rue. Il était tremblant.

— Eh bien, lui demandai-je, que dit le peuple? Girard me répondit :

— Cela est trouble. La chose est faite de telle sorte qu'on ne la comprend s. Les ouvriers lisent les affiches, ne soufflent mot, et vont à leur travail, y en a un sur cent qui parle. C'est pour dire : Bon ! Voici comment cela se rscnte à eux : La loi du 31 mai est abolie. — C'est bon. — Le suffrage iversel est rétabli. — C'est bien. — La majorité réactionnaire est chassée. ■ A merveille. — Thiers est arrêté. — Parfait. — Changarnier est emîgné. — Bravo! — Autour de chaque affiche il y a des claqueurs. Ratapoil pliquc son coup d'Etat à Jacques Bonhomme. Jacques Bonhomme se laisse endrc. Bref, c'est ma conviction, le peuple adhère.

— Soit! dis-je.

— Mais, me demanda Girard, que ferez- vous, monsieur Victor Hugo.^ Je tirai mon écharpe d'une armoire et je la lui montrai.

Il comprit.

Nous nous serrâmes la main.

Comme il s'en allait, Carini entra.

Le colonel Carini est un homme intrépide. Il a commandé la cavalerie us Mieroslawsky dans l'insurrection de Sicile. 11 a raconté dans quelques iges émues et enthousiastes cette généreuse insurrection. Carini est un de s italiens qui aiment la France comme nous français nous aimons l'Italie, out homme de cœur en ce siècle a deux patries, la Rome d'autrefois et le iris d'aujourd'hui.

— Dieu merci, me dit Carini, vous êtes encore libre. Et il ajouta :

— Le coup est fait d'une manière formidable. L'Assemblée est investie, en viens. La place de la Révolution, les quais, les Tuileries, les boulevards >nt encombrés de troupes. Les soldats ont le sac au dos. Les batteries sont telées. Si l'on se bat, ce sera terrible.

HISTOniE. — I. 20

IWPBIIirilC SATIOXAIE.

Je lui répondis : — On se battra.

Et j'ajoutai en riant : — Vous avez prouvé que les colonds coircnt comme des poëtes, maintenant, c'est aux poètes à se battre cx>minc des coloDck

J'entrai dans la chambre de ma femme ^ die ne sayait rien et lisait paiâhlement le journal dans son lit.

J'avais pris sur moi cinq cents francs en or. Je posai sur le lit de ma femme une botte qui contenait neuf cents francs, tout l'argent qui me testait, et je lui contai ce qui se passait.

Elle pâlit et me dit : — Que vas-tu faire?

'— Mon devoir.

Elle m'embrassa, et ne me dit que ce seul mot :

— Fais.

Mon déjeuner était servi. Je mangeai une côtelette en deux boudica ( )ofuinc je finissais , ma fille entra. A la façon dont je l'embrassai, elle s'cmot et inc demanda : — Qu'y a-t-il donc?

— Ta mère te l'expliquera, lui dis-je.

Et je partis.

La rue de la l\)ur-d' Auvergne était paisible et déserte comme à lordinairc. Pourtant il y avait près de ma porte quatre ouvriers qui causaient Ils inc salueront.

Je leur criai :

Vous savez ce qui se passe?

Oui, diront-ils.

\\\\ bioii! cVst une trahison. Louis Bonaparte égorge la République. Lo poupic OM attaque, il faut que le peuple se défende.

- Il se défendra.

Nous me le promettez.

Ils s'ccriorent : - - Oui!

L'un d'eux ajouta : — Nous vous le jurons.

Ils ont tenu parole. Des barricades ont été faites dans ma rue (rue de la i our-d*Auvergne), rue des Martyrs, cité Rodier, rue Coquenard, et à Notre- Dame de Loretto.

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