APPEL AU PEUPLE
«Français!
« La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s*ccoulc aggrave les dangers du pays. L'Assemblée qui devait être le plus ferme appui de Tordre est devenue un foyer de complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans l'intérêt général, elle forge des armes pour la guerre civilej elle attente aux pouvoirs que je tiens directement du Peuple^ elle encourage toutes les mauvaises passions j elle compromet le repos de la France j je l'ai dissoute, et je rends le Peuple entier juge entre elle et moi.
«La Constitution, vous le savez, avait été faite dans le but d'aflFaiblir d'avance le pouvoir que vous alliez me confier. Six millions de sufirages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je l'ai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les outrages m'ont trouvé impassible. Mais aujourd'hui que le pacte fondamental n'est plus respecté de ceux-là mêmes qui l'invoquent sans cesse , et que les hommes qui ont perdu deux monarchies veulent me lier les mains, afin de renverser la République, mon devoir est de déjouer leurs perfides projets, de maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul souverain que je reconnaisse en France : le Peuple.
«Je fais donc appel loyal à la nation tout entière, et je vous dis : Si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien , me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher et m'enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l'abîme.
« Si, 2u contriirc, vous avez encore confiance en moi, donnez-moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous.
< Cette mission consiste i fermer l'cre des révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à créer des institutions qui survivent aux hommes et qui soient enfin des fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable.
« Persuadé que l'instabilité du pouvoir, que la prépondérance d une seule Assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets a vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une Constitution que les Assemblées développeront plus tard :
« 1* Un chef responsable, nommé pour dix ansj « 2*" I>es ministres dépendant du pouvoir exécutif seul $ « 3'' Un conseil d'Etat formé des hommes les plus distingués, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif^
< 4^ Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste qui £ausse l'élection ^
« I' Une seconde Assemblée formée de toutes les illustrations du pays, pH^uvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques.
cCe svstcme, créé par le premier consul au commencement du siècle, a déjà donné à la France le repos et laprospérité^ il les lui garantirait encore.
* Telle est ma conviction profonde. Si vous la partagez, déclarez-le par vos suffrages. Si, au contraire, vous préférez un gouvernement sans force, monarchique ou républicain, emprunté i je ne sais quel passé ou à quel avenir chimérique, répondez négativement.
rt Ainsi donc, pour la première fois depuis 1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et pour quoi.
H Si je n'obtiens pas la majorité de vos suffrages, alors je provoquera la réunion d'une nouvelle Assemblée, et je lui remettrai le mandat que j'ai reçu de vous.
H Mais si vous crovez que la cause dont mon nom est le symbole, c'està-dire la France rcgcncrce par la Révolution de 89 et organisée par TEmpereur, est toujours la vôtre, proclamez-le en consacrant les pouvoirs que je vous demande.
« Alors la France et TEuropH: seront préser\xes de l'anarchie, les obstacles s'aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront, dans TarTCt du Peuple, le décret de la Providence.
- Fait la paliis Je TEIyvéc, !c 2 Jcccmbrc 1851.
*c Lolis-Napoléon Bonaparte. »