DU REGISTRE DE LA HAUTE COUR DE JUSTICE
«La Haute Cour de justice,
« Vu l'article 68 de la Constitution 5
« Attendu que des placards imprimés, commençant par ces mots : Le président de la République,., et portant, à la fin, la signature Louis-Napoléon Bonaparte et de Morny, miniitre de V intérieur, lesdits placards portant, entre autres mesures, dissolution de l'Assemblée nationale, ont été affichés aujourd'hui même, sur les murs de Paris, que ce fait de la dissolution de l'Assemblée nationale par le président de la République serait de nature à réaliser le cas prévu par l'anicle 68 de la Constitution et rend indispensable aux termes dudit article la réunion de la Haute Courj
«Déclare que la Haute Cour de justice est constituée, nomme. ..^'^ pour
(') On laissa cette ligne en blanc. Elle ne fut remplie que plus tard par le nom de M. Rcoouard, conseiller \ la cour de cassation.
remplir près d'elle les fonctions du ministère public 5 pour remplir les fonc- — tions de greffier M. Bernard, greffier en chef de la cour de cassation, et, pour procéder ultérieurement dans les termes dudit article 68 de la Constitution, s'ajourne à demain trois décembre, heure de midi.
(( Fait et délibéré en la chambre du conseil, où siégeaient MM. Hardouin, président j Pataille , Moreau , Delapalme et Cauchy , j uges , le 2 décembre 1 8 j i . »
Les deux suppléants, MM. Grandet et Quénaut, offi-irent de signer larrêt, mais le président jugea plus régulier de ne prendre que les signatures des titulaires, les suppléants étant sans qualité quand la cour se trouve au complet.
Cependant il était une heure, la nouvelle commençait à se répandre au palais qu'un décret de déchéance avait été rendu contre Louis Bonaparte par une portion de l'Assemblée 5 un des juges, sorti pendant la délibération, rapporta ce bruit à ses collègues. Ceci coïncida avec un accès d'énergie. Le président fit observer qu'il serait à propos de nommer un procureur général.
Ici, difficulté. Qui nommer .^^ Dans tous les procès précédents, on avait toujours choisi pour procureur général près la Haute Cour le procureur général près la cour d'appel de Paris. Pourquoi innover.^ on s'en tint audit procureur général de la cour d'appel. Ce procureur général était pour l'instant M. de Royer, qui avait été garde des sceaux de M. Bonaparte. Difficulté nouvelle et longue discussion.
M. de Royer accepterait-il? M. Hardouin se chargea d'aller lui porter l'offre. Il n'y avait que la galerie Mercière à traverser.
M. de Royer était dans son cabinet. L'offre le gcna fort. Il resta interdit du choc. Accepter, c'était sérieux j refuser, c'était grave.
La forfaiture était là. Le 2 décembre, à une heure après midi, même pour un procureur général, le coup d'Etat était encore un crime. M. de Royer, ne sachant pas si la haute trahison réussirait, se hasardait à la qualifier dans l'intimité et baissait les yeux avec une noble pudeur devant cette violation des lois à laquelle, trois mois plus tard, beaucoup de robes de pourpre, y compris la sienne, ont prêté serment. Mais son indignation n'allait pas jusqu'à l'accusation. L'accusation parle tout haut} M. de Royer n'en était encore qu'au murmure. Il était perplexe.
M. Hardouin comprit cette situation de conscience. Insister eût été excessif. Il se retira.
Il rentra dans la salle où ses collègues l'attendaient.
Cependant le commissaire de police de l'Arsenal était revenu.
Il avait fini par réussir à «déterrer» — ce fut son mot — la Haute Cour. Il pénétra jusqu'à la chambre du conseil de la chambre civile 5 il n'avait encore dans ce moment-là d'autre escorte que les quelques agents du matin.
Un garçon passait, le commissaire lui demanda la Haute Cour. — La Haute Cour? dit le garçon, qu'est-ce que c'est que ça? — A tout hasard le garçon avertit le bibliothécaire, qui vint. Quelques paroles s'échangèrent entre M. Denevers et le commissaire :
— Que demandez-vous?
— La Haute Cour.
— Qui êtes- vous?
— Je demande la Haute Cour.
— Elle est en séance.
— Où siège- t-clle ?
Et le bibliothécaire indiqua la porte.
— C'est bien, dit le commissaire.
Il n'ajouta pas un mot et rentra dans la galerie Mercière.
Nous venons de dire qu'il n'était accompagné en ce moment -là que de quelques agents.
La Haute Cour était en séance en effet. Le président rendait compte aux juges de sa visite au procureur général. Tout à coup on entend un tumulte de pas dans le couloir qui mène de la chambre du conseil à la salle où l'on délibérait. La porte s'ouvre brusquement. Des bayonnettes apparaissent, et au milieu des bayonnettes un homme en paletot boutonné avec une ceinture tricolore sur son paletot.
Les magistrats regardent, stupéfaits.
— Messieurs, dit l'homme, dispersez-vous sur-le-champ. Le président Hardouin se lève.
— Que veut dire ceci? qui êtes- vous? savcz-vous à qui vous parlez?
— Je le sais. Vous êtes la Haute Cour, et je suis le commissaire de police.
— Eh bien?
— Allez- vous-en.
Il y avait là trente-cinq gardes municipaux commandés par un lieutenant et tambour en tête.
— Mais. . . dit le président.
Le commissaire l'interrompit par ces paroles qui sont textuelles :
— Monsieur le président, je n'entamerai point de lutte oratoire avec vous. J'ai des ordres et je vous les transmets. Obéissez.
— A qui?
— Au préfet de police.
Le président fit cette question étrange qui impliquait l'acceptation d'un ordre :
— Avez-vous un mandat?
Le commissaire répondit :
— Oui.
Et il tendit au président un papier.
Les juges étaient pâles.
Le président déplia le papier $ M. Cauchy avançait la tcte par-dessus répaulc de M. Hardouin. Le président lut :
« Ordre de disperser la Haute Cour, et, en cas de refus, d'arrêter MM. Bcrenger. Rocher, de Boissieux, Pataille et Hello. »
Et se tournant vers les juges, le président ajouta :
« Signé Maupas. »
Puis, s'adressant au commissaire, il reprit :
— Il y a erreur. Ces noms-U ne sont pas les nôtres. MM. Bércngcr, Rocher et de Boissieux ont fait leur temps et ne sont plus juges de la Haute CxHiti quant à M. Hello, il est mort.
L:i Haute Cour en effet était temporaire et renouvelable $ le coup d'Etat bris.iit la Constitution, mais ne la connaissait pas. Le mandat signé Mauffos ct.ut applicable à la précédente Haute Cour. Le coup d'État s'était fourvoyé sur une vieille liste. Étourderie d'assassins.
— Monsieur le commissaire de police, continua le président, vous le voyez, ces noms-là ne sont pas les nôtres.
- Cela m'est égal , répliqua le commissaire. Que ce mandat s'applique ou ne s'applique pas à vous, dispersez-vous, ou je vous arrête tous. l\x il ajouta :
Sur Ic-chanip.
I.cs juges se turent j un d'eux prit sur la table une feuille volante qui vtait r.urct rendu p.ir eux et mit ce papier dans sa poche, et ils s'en
I.c ciMniniss.iirc leur montra la porte où étaient les bayonnettes, et dit : Par là.
Us Nortircnt p.ir le couloir entre deux haies de soldats. Le peloton de jvuvlo icpublicaine les escorta jusque dans la galerie Saint-Louis.
I A on les l.iiNs.i libres, la tcte basse.
II C\M{ cnvirvMi trois heures.
IViul.utt quo vos choses s\iccomplissaient dans la bibliothèque, tout à côté, »linv l.uuictuic gr.uulVhambre du parlement, la cour de cassation siégeait »< M'fyau ionuuc .\ son ordinaire, sans rien sentir de ce qui se passait près »l » IK' Il t.uit vroirc que la police n'a pas d'odeur.
l'uuxNons on tout Je suite de cette Haute Cour.
I » >oM»ÀNopt heures et demie, les sept juges se réunirent chez l'un d'eux, »»hM qnt ,\\M\ euiportc l'.irrct, dressèrent procès-verbal, rédigèrent une pro-
testation, et> comprenant le besoin de remplir la ligne laissée en blanc dans leur anct, nommèrent sur la proposition de M. Qucnaut, procureur général M. Renouard, leur collègue à la cour de cassation. M. Renouard, immédiatement averti, accepta.
Us se réunirent une dernière fois le lendemain 3, à onze heures du matin, une heure avant l'heure indiquée dans Tarrct qu'on a lu plus haut, encore dans la bibliothèque de la cour de cassation , M. Renouard présent. Acte lui fut donné de son acccpution et de ce qu'il déclarait requérir l'information. L'arrêt rendu fut porté par M. Quénaut au grand greffe et transcrit immédiatement sur le registre des délibérations intérieures de la cour de cassation, la Haute Cour n'ayant point de registre spécial et ayant, dès l'origine, décidé qu'elle se servirait du registre de la cour de cassation. A la suite de l'arrct, on transcrivit deux pièces désignées ainsi sur le registre : i** Procès-verbal constatant l'intervention de la police pendant le délibéré de l'arrêt précédent 5 2" Donné acte de l'acceptation de M. Renouard pour les fonctions de procureur général. En outre, sept copies de ces diverses pièces, faites de la main des juges eux-mêmes et signées d'eux tous, furent mises en lieu sûr, ainsi qu'un calepin sur lequel avaient été transcrites, dit-on, cinq autres décisions secrètes relatives au coup d'État.
Cette page du registre de la cour de cassation existc-t-cUe encore à l'heure qu'il est? Est-il vrai, comme on l'a affirmé, que le préfet Maupas se soit fait apporter le registre et ait déchiré la feuille où était l'arrêt.? Nous n'avons pu éclaircir ce point; le registre maintenant n'est communiqué à personne, et les employés du grand greffe sont muets.
Tels sont les faits. Résumons-les.
Si cette cour appelée haute eût été de tempérament à concevoir une telle idée que celle de faire son devoir, une fois réunie, se constituer éuit l'affaire de quelques minutesj elle eût procédé résolument et rapidement, elle eût nommé procureur général quelque homme énergique tenant à la cour de cassation, du parquet, comme Freslon, ou du barreau, comme Martin (de Strasbourg). En vertu de l'article 68 et sans attendre les actes de l'Assemblée, elle eût rendu un arrêt qualifiant le crime, lancé contre le président et ses complices un décret de prise de corps, et ordonné le dépôt de la personne de Louis Bonaparte dans une maison de force. De son côté le procureur général eût lancé un mandat d'arrêt. Tout cela pouvait être terminé à onze heures et demie, et à ce moment aucune tentative n'avait encore été faite pour disperser la Haute Cour. Ces premiers actes accomplis, la Haute Cour pouvait, en sorunt par une porte condamnée qui communique avec la salle des Pas-Perdus, descendre dans la rue et y proclamer, à la face du peuple, son arrêt. Elle n'eût, à cette heure, rencontré aucun obstacle.
Enfin, et dans tous les cas, clic devait siéger en costume, dans un prétoire, avec tout l'appareil de la magistrature j l'agent de police et les soldats se présentant, enjoindre aux soldats, qui eussent obéi peut-être, d'arrêter 'agent j les soldats désobéissant, se laisser traîner solennellement en prison, afin que le peuple vit sous ses yeux, là, dans la rue, le pied fangeux du coup d'État posé sur la robe de la Justice.
Au lieu de cela, qu'a fait la Haute Cour?
On vient de le voir.
— Allez- vous-en.
— Nous nous en allons.
On se figure autrement le dialogue de Mathieu Mole avec Vidocq.
Les représentants, sortis de chez M. Daru, se rejoignirent et se rallièrent dans la rue. Là on délibéra sommairement, de groupe à groupe. On était nombreux. On pouvait en moins d'une heure, par des avertissements à domicile, rien que sur la rive gauche, vu l'urgence, réunir plus de trois cents membres. Mais où se réunirait-on.'^ chez Lemardelay.»* la rue Richelieu était gardée^ à la salle Martel.^ c'était bien loin. On compuit sur la lo' légion qui avait pour colonel le général Lauriston^ on s'en tint à la mairie du x" arrondissement. D'ailleurs le trajet était assez court et Ton n'avait pas besoin de passer les ponts.
On se forma en colonne et l'on se mit en marche.
M. Daru, nous l'avons dit, demeurait rue de Lille, dans le voisinage de l'Assemblée. Tout le tronçon de la rue de Lille compris entre sa maison et le palais Bourbon était occupé par l'infanterie. Le dernier peloton barrait sa porter mais il ne la barrait qu'à droite, et non à gauche. Les représentants sortant de chez M. Daru se dirigèrent du côté de la rue des Saints-Pères et laissèrent les soldats derrière eux. La troupe en ce moment-là n'avait pas d'autre instruction que de les empêcher de se réunir au palais de l'Assemblée j ils purent paisiblement se ranger en colonne dans la rue et partir. S'ils eussent pris à droite au lieu de prendre à gauche, on leur eût fait obstacle. Mais il n'y avait point d*ordre pour celaj ils passèrent à travers une lacune de la consigne.
Ceci donna, une heure après, un accès de colère à Saint- Arnaud.
Chemin faisant, de nouveaux représentants survenaient, et la colonne grossissait. Les membres de la droite éunt la plupart logés dans le faubourg Saint-Germain, la colonne se composait presque entièrement d'hommes de la majorité.
Au coin du palais d'Orsay, ils rencontrèrent un groupe de membres de la gauche qui s'étaient ralliés après la sortie du palais de l'Assemblée, et qui délibéraient. C'étaient les représentants Esquiros, Marc Dufraisse, Victor Hennequin, Colfavru et Chamiot.
Ceux qui marchaient en tcte de la colonne se détachèrent, vinrent au groupe et dirent : — Venez avec nous.
— Où allez-vous ? demanda Marc Dufraisse.
— A la mairie du x' arrondissement.
— Qu'y faire?
— Y décréter la déchéance de Louis Bonaparte.
— Et ensuite .'^
— Ensuite nous nous rendrons en corps au palais de l'Assemblée, nous nous ferons jour à travers les résistances, et du haut du perron nous lirons le décret de déchéance aux soldats.
— C'est bien, nous en sommes, dit Marc Dufraisse.
Les cinq membres de la gauche se mirent en marche à quelque distance de la colonne. Plusieurs de leurs amis qui s'y étaient mêlés vinrent les retrouver^ et, nous constatons ici un fait sans lui donner plus d'importance qu'il n'en a, les deux fractions de l'Assemblée représentées dans cette réunion improvisée marchèrent vers la mairie désignée sans se confondre, chacune des deux côtés de la rue. Le hasard fît que les hommes de la majorité tinrent la droite de la rue et les hommes de la minorité la gauche.
Personne n'avait d'écharpe. Aucun signe extérieur ne les faisait reconnaître. Les passants les regardaient avec surprise et ne semblaient pas comprendre ce que c'était que cette procession d'hommes silencieux dans les rues solitaires du faubourg Saint-Germain. Une partie de Paris ne connaissait pas encore le coup d'État.
Stratégiquement, comme point de défense, la mairie du x' artondisscmcnt était mal choisie. Située dans une rue étroite, dans ce court tronçon de la rue de Grenelle-Saint-Gcrmain qui est entre la rue des Saints-Pères et la rue du Sépulcre, voisine du carrefour de la Croix-Rouge auquel les troupes peuvent arriver de tant de points différents, la mairie du x* arrondissement, resserrée, dominée et bloquée de toutes parts, était une chétive citadelle pour la représentation nationale attaquée. 11 est vrai qu'on n'avait pas plus le choix de la citadelle qu'on n'eut plus tard le choix du général.
L'arrivée à la mairie put sembler de bon augure. La grande porte cochcre, qui donne sur une cour carrée, était fermée 5 elle s'ouvrit. Le poste de garde nationale, composé d'une vingtaine d'hommes, prit les armes et rendit les honneurs militaires à l'Assemblée. Les représentants entrcrentj un adjoint les reçut avec respect au seuil de la mairie.
— Le palais de l'Assemblée est fermé par les troupes, dirent les représentants, nous venons délibérer ici. — L'adjoint les conduisit au premier étage et leur fît ouvrir la grande salle municipale. Les gardes nationaux criaient : Vive l'Assemblée nationale !
Les représentants entrés, on fît fermer la porte. La foule commençait à s'amasser dans la rue et criait : Vive l'Assemblée! Un certain nombre de personnes étrangères à l'Assemblée pénétrèrent dans la mairie en même temps que les représentants. On craignit l'encombrement, et l'on mit deux
factionnaires à une petite porte latérale qu'on laissa ouverte avec ordre de ne laisser passer que les membres de l'Assemblée qui pourraient survenir. M. Hovyn de Tranchcre se tint à cette porte et se chargea de les reconnaître.
A leur arrivée à la mairie, les représentants étaient un peu moins de trois cents. Ils dépassèrent ce nombre plus tard. Il était environ onze heures du matin. Tous ne montèrent pas immédiatement dans la salle où Ton devait délibérer. Plusieurs, ceux de la gauche en particulier, restèrent dans la cour mêlés aux gardes nationaux et aux citoyens.
On parlait de ce qu'on allait faire.
Il j eut un premier incident.
Le doyen d'âge de la réunion était M. de Kératry.
Était-ce lui qui allait présider.^
Les représentants réunis dans la grande salle le désignaient.
Les représentants demeurés dans la cour hésitaient.
Marc Dufraisse aborda MM. Jules de Lasteyrie et Léon de Maleville qui étaient restés parmi les représentants de la gauche, et leur dit : — A quoi >ensent-ils là-haut? faire présider Kératry! le nom de Kératry effarouchera e peuple absolument comme le mien effaroucherait la bourgeoisie 1
Un membre de la droite, M. de Kéranflech, survint et crut appuyer l'objection en ajoutant : — Et puis, réfléchissez à l'âge de Kératry. C'est une folie. Mettre un homme de quatrevingts ans aux prises avec cette heure redoutable !
Mais Esquiros se récria :
— Mauvaise raison celle-là. Quatrevingts ans, c'est une force.
— Oui, bien portés, dit Colfavru. Kératry les porte mal.
—7 Rien de plus grand, reprit Esquiros, que les grands octogénaires.
— Il est beau, ajouta Chamiot, d'être présidés par Nestor.
— Non par Géronte! dit Victor Hennequin.
Ce mot mit fin au débat. Kératry fut écarté. MM. Léon de Maleville et Jules de Lasteyrie, deux hommes honorés de tous les partis, se chargèrent de faire entendre raison aux membres de la droitej il fut décidé que le bureau présiderait. Cinq membres du bureau étaient présents : deux vice-présidents, MM. Benoist d'Azy et Vitet, et trois secrétaires, MM. Grimault, Chapot et Moulin. Des deux autres vice-présidents, l'un, le général Bedeau, était à Mazas, l'autre, M. Daru, était gardé à vue chez lui. Des trois autres secrétaires, deux, MM. Peupin et Lacaze, hommes de l'Elysée, avaient fait défaut j l'autre, M. Yvan, membre de la gauche, était à la réunion de la gauche, rue Blanche, qui avait lieu presque au même moment.
Cependant un huissier parut sur le perron de la mairie et cria comme aux plus paisibles jours de l'Assemblée : — Messieurs les représentants, en séance.
Cet huissier, qui appartenait à l'Assemblée et qui l'avait suivie, partagea son sort toute cette journée, y compris la séquestration au quai d'Orsay.
A l'appel de l'huissier, tous les représentants qui étaient dans la cour, et parmi lesquels était un des vice-présidents, M. Vitet, montèrent dans la salle, et la séance s'ouvrit.
Cette séance a été la dernière que l'Assemblée ait tenue dans des conditions régulières. La gauche qui, comme on l'a vu, avait intrépidement ressaisi de son côté le pouvoir législatif en y ajoutant ce que les circonstances commandaient, le devoir révolutionnaire, la gauche tint, sans bureau, sans huissier et sans secrétaires-rédacteurs, des séances auxquelles manque le calque fidèle et froid de la sténographie, mais qui vivent dans nos souvenirs et que Thistoire recueillera.
Deux sténographes de l'Assemblée, MM. Grosselet et Lagache, assistaient à la séance de la mairie du x* arrondissement. Ils ont pu la recueillir. La censure du coup d'État victorieux a tronqué leur compte rendu et a fait publier par ses historiographes cette version mutilée comme étant la version exacte. Un mensonge de plus, cela ne compte pas. Ce récit sténographiquc appartient au dossier du 2 décembre} il est une des pièces capitales du procès que l'avenir instruira. On lira dans les notes de ce livre ce document complet. Les passages guillemetés sont ceux que la censure de M. Bonaparte a supprimés. Cette suppression en fait comprendre la signification et Timportance.
La sténographie reproduit tout, excepté la vie. Le sténographe est une oreille, il entend et ne voit pas. II est donc nécessaire de combler ici les lacunes inévitables du compte rendu sténographique.
Pour se faire une idée complète de cette séance du x* arrondissement, il faut se figurer la grande salle de la mairie, espèce de carré long, éclairée à droite par quatre ou cinq fenêtres donnant sur la cour, à gauche, le long du mur, meublée de plusieurs rangées de bancs apportés en hâte, où s'entassaient les trois cents représentants réunis par le hasard. Personne n'était assis, ceux de devant se tenaient debout, ceux de derrière étaient montés sur les bancs. Il y avait çà et là quelques petites tables. Au milieu on allait et venait. Au fond, à l'extrémité opposée à la porte, on voyait une table longue, garnie de bancs, qui occupait toute la largeur du mur, et derrière laquelle siégeait le bureau. Siéger est le mot convenu. Le bureau ne siégeait pas, il était debout comme le reste de l'Assemblée. Les secrétaires, MM. Chapot, Moulin et Grimault, écrivaient debout. A de certains moments, les deux vice-présidents montaient sur les bancs pour être mieux vus de tous les points de la salle. La table était couverte d'un vieux tapis de drap vert, tache d'encre i on y avait apporté trois ou quatre écritoires, une main de
était cparsc. C'est là qu'on écrivait les décrets à mesure qu'ils rndus. On multipliait les copies 5 quelques représentants s'étaient es secrétaires et aidaient les secrétaires officiels, grande salle donnait de plain-pied sur le palier. Elle était, comme ons dit, au premier étagej on y arrivait par un escalier assez étroit. Ions que presque tous les membres présents là étaient des membres ite.
:mier moment fut un tumulte tragique. Bcrryer y fit bonne figure, er, comme de tous les improvisateurs sans style, il ne restera qu'un
un nom très discuté, Berryer ayant été plutôt un avocat plaidant ateur convaincu. Ce jour-là, Bcrryer fut bref, logique et sérieux, nença par ce cri : — Que faire.»* — Une déclaration, dit M. de
— Une protestation, dit M. de Flavigny. — Un décret, dit
Fet, une déclaration, c'était du vent 5 une protestation, c'était du 1 décret, c'était un acte. On cria : — Quel décret.»* — La dédit Bcrryer. — La déchéance, c'était la limite extrême de l'énergie >ite. Au delà de la déchéance il y avait la mise hors la loi 5 la déétait faisable par la droite $ la mise hors la loi n'était possible qu'à la Ce fut en effet la gauche qui mit Louis Bonaparte hors la loi. Elle ; sa première réunion rue Blanche. On le verra plus loin. A la :e la légalité finissait 5 à la mise hors la loi la révolution commenrecommencements de révolution sont la suite logique des coups -»a déchéance votée, un homme qui plus tard a été un traître, -Bauchart, cria : — Signons-la tous. Tous la signèrent. Odilon itra, et la signa. Antony Thouret entra, et la signa. Tout à coup tory annonça que le maire refusait de laisser pénétrer dan s la salle ►entants qui arrivaient. — Ordonnons-le-lui par décret, dit Berryer. ret fut voté. Grâce à ce décret, MM. Favrcau et Monet entrèrent^ ils du palais législatif 5 ils racontèrent la lâcheté de Dupin. M. Dahirel, neneurs de la droite, était lui-même indigné et disait : — Nous ju des coups de bayonnctte. Des voix s'élevèrent : — Requérons yion. Qu/on batte le rappel. Lauriston hésite. Ordonnons- lui de l'Assemblée. — Ordonnons -le -lui par décret, dit Berryer. Ce t rendu, ce qui n'empêcha pas Lauriston de refuser. Un autre décret, encore par Berryer, déclara en forfaiture quiconque avait attenté labilité parlementaire, et ordonna la mise en liberté immédiate :sentants criminellement prisonniers. Tout cela était voté d'ems discussion, dans une sorte d'immense pêle-mêle unanime, et à n orage de dialogues furieux. De temps en temps Berryer faisait
faire silence. Puis les clameurs irritées recommençaient. — Le coup d'Etat n'osera pas venir jusqu'ici! Nous sommes ici les maîtres. Nous sommes chez nous. Nous attaquer ici, c'est impossible. Ces misérables n'oseront pas! — Si la rumeur eût été moins violente, les représentants eussent pu, ï travers les fenêtres ouvertes, entendre, tout a côté d'eux, un bruit de soldats chargeant leurs fusils.
C'était un bataillon de chasseurs de Vincennes qui venait d'entrer âlcncieusement dans le jardin de la mairie, et qui, en attendant des ordres, chargeait ses armes.
Peu i peu la séance, d'abord confuse et troublée, avait pris un aspect régulier. La clameur était devenue un bourdonnement. La voix de l'huissier criant : Silence, messieurs! avait fini par dominer le brouhaha. A tout moment de nouveaux représentants survenaient et s'empressaient d'aller signer sur le bureau le décret de déchéance. Comme il y avait foule autour du bureau pour signer, on fit circuler dans la grande salle et dans les deux autres pièces contigucs une douzaine de feuilles volantes sur lesquelles les représentants apposaient leur signature.
Le premier qui signa le décret de déchéance fut M. Dufaure, le dernier fut M. Betting de Lancastel. Des deux présidents, l'un, M. Benoist d'Azy, parlait a l'Assemblée, l'autre, M. Vitet, pile, mais calme et ferme, distribuait les instructions et les ordres. .M. Benoist d'Azjr avait une contenance convenable} mais une certaine hésitation de la parole révélait un trouble intérieur. Les divisions, même dans la droite, n'avaient pas disparu à ce moment critique. On entendait un membre légitimiste dire a demi-voix en parlant d'un des vice-présidents : Ce grand Vitet a l'air ^un séjmkre blanchi, Vitet était orléaniste.
Étant donné ravcnturicr auquel on avait affaire, ce Louis Bonaparte capable de tout, l'heure et l'homme étant crépusculaires, quelques personnages légitimistes de Tespècc candide avaient une peur sérieuse, mais comique. Le marquis de ***, mouche du coche de la droite, allait, venait, pérorait, criait, déclamait, réclamait, proclamait, et tremblait. Un autre, M. A.-N., suant, rouge, essoufflé, se démenait épcrdument : — Où est le poste? Combien d'hommes.'* Qui est-ce qui commande .»* L'officier! Envoyez-moi l'officier! Vive la République ! Gardes nationaux, tenez bon! — Vive la République! Toute la droite poussait ce cri. — Vous voulez donc la fiirc mourir! leur disait Esquiros. Quelques-uns étaient mornes^ Bourbousson gardait un silence d'homme d'État vaincu. Un autre, le vicomte de***, parent du duc d'Elscars, était si épouvanté qu'à chaque instant il s'en allait dans un angle de la cour. Il y avait là, dans la foule qui emplissait cette cour, un gamin de Paris, enfant d'Athènes, qui a été depuis un pocte
brave et charmant, Albert Glatigny. Albert Glatigny cria à ce vicomte ému : — Ah çà! est-ce que vous croyez qu'on éteint les coups d'État :ommc Gulliver éteignait les incendies!
O rire, que tu es sombre, mêlé aux tragédies!
Les orléanistes étaient plus tranquilles et avaient meilleure attitude. Cela :enait à ce qu'ils couraient eux plus de vrais dangers.
Pascal Duprat fit rétablir en tête des décrets les mots VJpublique française ju'on avait oubliés.
De temps en temps des hommes qui ne parlaient plus la langue du monent prononçaient ce mot étrange : Dupin. C'étaient alors des huées et des xlats de rire. — Ne prononcez plus le nom de ce lâche, cria Antony rhourct.
Les motions se croisaient} c'était une rumeur continue coupée de probnds et solennels silences. Les paroles d'alarme circulaient de groupe en rroupe. — Nous sommes dans un cul-de-sac. Nous serons pris ici comme lans une souricière. — Puis à chaque motion des voix s'élevaient : — C'est :cla! c'est juste! c'est entendu! On se donnait à voix basse rendez-vous rue le la Chaussée-d'Antin, n" 19, pour le cas où l'on serait expulsé de la mairie. vi. Bixio emportait le décret de déchéance pour le faire imprimer. Esquiros, vlarc Dufraisse, Pascal Duprat, Rigal, Lherbette, Chamiot, Latrade, Colavru, Antony Thouret jetaient çà et là d'énergiques conseils. M. Dufaure, ésolu et indigné, protestait avec autorité. M. Odilon Barrot, immobile ians un coin, gardait le silence de la naïveté stupéfaite.
MM. Passy et de Tocqueville racontaient au milieu des groupes qu'ils Lvaient, étant ministres, l'inquiétude permanente du coup d'État, et [u'ils voyaient clairement cette idée fixe dans le cerveau de Louis Bona- )arte. M. de Tocqueville ajoutait : — Je me disais chaque soir : je m'enlors ministre, si j'allais me réveiller prisonnier!
Quelques-uns de ces hommes qui s'appelaient hommes d'ordre grommcaient, tout en signant le décret de déchéance : Gare la république rouge! — et semblaient craindre également de succomber et de réussir. M. de Vaimesnil serrait la main des hommes de la gauche, et les remerciait de leur présence : — \feus nous faites populaires, disait-il. — Et Antony Thouret ui répondait : — Je ne connais aujourd'hui ni droite ni gauche, je ne vois [ue l'Assemblée.
Le plus jeune des deux sténographes communiquait les feuillets écrits aux eprésentants qui avaient parlé, les engageait à les revoir tout de suite, et cur disait : — Nous n'aurons pas le temps de relire. Quelques rcpréscnants, descendus dans la rue, montraient au peuple des copies du décret de [échéance signées par les membres du bureau. Un homme du peuple prit
une de ces copies et cria : — Citoyens! l'encre est encore toute fraîche. Vive la Republique!
L'adjoint se tenait i la porte de la salle, l'escalier était encombre de gardes nationaux et d'assistants étrangers i l'Assemblée. Plusieurs avaient pénétré jusque dans l'enceinte et parmi eux l'ancien constituant Bcslaj, homme d'un rare courage. On voulut d'abord les Élire sortir, mais ils résistèrent en s'écriant : — Ce sont nos affaires, vous êtes l'Assemblée, mais nous sommes le peuple. — Ils ont raison , dit M. Berryer.
M. de Falloux, accompagné de M. de Kéranflech, aborda le constituant Beslay et s'accouda à côté de lui sur le poclc en lui disant : — Bonjour, collègue ) puis il lui rappela qu'ils avaient tous les deux fait partie de b commission des ateliers nationaux et qu'ik avaient visité ensemble les ouvriers au parc Monceaux $ on se sentait tomber, on devenait tendre aux républicains. La République s'appelle Demain.
Chacun parlait d'où il était, celui-ci montait sur son banc, celui-là sur une chaise, quelques-uns sur des tables. Toutes les contradictions éclataient à la fois. Dans un coin, d'anciens meneurs de l'ordre s'effrayaient du triomphe possible des «rouges». Dans un autre, les hommes de la droite entouraient les hommes de la gauche et leur demandaient : — Est-ce que les faubourgs ne se lèveront pzs?
Le narrateur n'a qu'un devoir, raconter. Il dit tout, le mal comme le bien. Quoi qu'il en soit pourtant, et en dépit de tous ces détails que nous n'avons pas dû taire, à part les restrictions que nous avons indiquées, l'attitude des hommes de la droite, qui composaient la grande majorité de cette réunion, fut à beaucoup d'égards honorable et digne. Quelques-uns même, nous venons de l'indiquer, se piquèrent de résolution et d'énergie presque comme s'ils avaient voulu rivaliser avec les membres de la gauche.
Disons-le ici, car on reverra plus d'une fois dans la suite de ce récit ces regards de quelques membres de la droite tournés vers le peuple, et il ne faut pas qu'on s'y méprenne, ces hommes monarchiques qui parlaient d'insurrection populaire et qui invoquaient les faubourgs étaient une minorité dans la majorité, une minorité imperceptible. Antony Thouret proposa à ceux qui étaient là les chefs, de parcourir en corps les quaniers populaires, le décret de déchéance à la main. Mis au pied du mur, ils refusèrent. Ils déclarèrent ne vouloir se défendre que par la force organisée, point par le peuple. Chose bizarre à dire, mais qu'il faut constater, avec leurs habitudes de myopie politique, la résistance populaire armée, même au nom de la loi, leur semblait sédition. Tout ce qu'ils pouvaient supporter d'apparence révolutionnaire, c'était une légion de garde nationale tambours en tctej ils reculaient devant la barricade j le droit en blouse n'était plus le droit, la vérité
irmcc d'une pique n*ctait plus la vérité, la loi dépavant une rue leur faisait 'effet d'une euménide. Au fond, du reste, et en les prenant pour ce qu'ils fcaient et pour ce qu'ils signifiaient comme hommes politiques, ces membres le la droite avaient raison. Qu'eussent-ils* fait du peuple.'^ Et qu'eût fait le )euplc d'eux? Comment s'y fussent-ils pris pour mettre le feu aux masses.'^ Je figurc-t-on Fallbux tribun soufflant sur le faubourg Antoine?
Hélas! au milieu de ces obscurités accumulées, dans ces fatales compliquons de circonstances dont le coup d'État profitait si odieusement et si >crfidement, dans cet immense malentendu qui était toute la situation, Humer l'étincelle révolutionnaire au cœur du peuple, Danton lui-même l'y eût pas suffi !
Le coup d'État entra dans cette réunion impudemment, son bonnet de brçat sur la tête. Il eut une assurance infâme 5 là, du reste, comme partout. 1 y avait dans cette mairie trois cents représentants du peuple, Louis Bona- )artc envoya pour les chasser un sergent. L'Assemblée ayant résisté au serrent, il envoya un officier, le commandant par intérim du 6* bataillon des :hasseurs deVincennes. Cet officier, jeune, blond, goguenard, moitié riant, noitié menaçant, montrait du doigt l'escalier plein de bayonnettes et narjuait l'Assemblée. — Quel est ce petit blondin? dit un membre de la Iroitc. Un garde national qui était là dit : — Jetez-le donc par la fenêtre ! — Donnez-lui un coup de pied au cul! cria un homme du peuple, trouvant ainsi devant le Deux-Décembre, comme Gambronne devant Waterloo,
c mot extrême et vrai.
Cette Assemblée, si graves que fussent ses torts envers les principes de la dévolution, et ces torts, la démocratie seule avait le droit de les lui reprocher, :ette Assemblée, dis- je, c'était l'Assemblée nationale, c'est-à-dire la République incarnée, le suffrage universel vivant, la majesté de la nation debout :t visible 5 Louis Bonaparte assassina cette Assemblée, et de plus l'insulta, îouffleter est pire que poignarder.
Les jardins des environs, occupés par la troupe, étaient pleins de boueilles brisées. On avait fait boire les soldats. Ils obéissaient purement et iimplement aux épaulettes, et, suivant l'expression d'un témoin oculaire, semblaient «hébétés». Les représentants les interpellaient et leur disaient : Mais c'est un crime I ils répondaient : Nous ne savons pas.
On entendit un soldat dire à un autre : — Qu'as-tu fait de tes dix francs le ce matin?
Les sergents poussaient les officiers. A l'exception du commandant, qui pro- )ablcment gagnait la croix , les officiers étaient respectueux , les sergents brutaux .
Un lieutenant ayant semblé fléchir, un sergent lui cria : — Vous ne comnandezpas seul ici. Allons, marchez donc!
M. de Vatimcsnil demanda à un soldat : — Est-ce que vous oserez dous arrêter, nous représentants du peuple? — Parbleu! dit le soldat.
Plusieurs soldats entendant des représentants dire qu'ils n'avaient pas mangé depuis le matin, leur ofiErfrcnt de leur pain de munition. Quelques représentants acceptèrent. M. de Tocqucvillc, qui était malade et qu'on voyait tout pâle adossé dans l'encoignure d'une fenêtre, reçut d'un soldat un morceau de ce pain, qu'il partagea avec M. Chambolle.
Deux commissaires de police se présentèrent «en tenue», en habits noiis, avec leurs ccintures-écharpes et leurs chapeaux à ganses noires. L'un cuit vieux, l'autre était jeune. Le premier s'appelait Lemoinc-Tachcrat, etnoa Bachcrel, comme on l'a imprimé par erreur j le second Barlet. Il faut noter ces deux noms. On remarqua l'audace inouïe de ce Barlet. Rien ne lui manqua, la parole cynique, le geste provocateur, l'accent sardonique. Ce fut avec un inexprimable air d'insolence que Barlet, en sommant la réunion de se disperser, ajouta : A. tort ou à raison. On murmurait sur les bancs de r Assemblée : — Quel est ce polisson .^^ L'autre, comparé à celui-ci, semblait modéré et passif. Emile Péan cria : — Le vieux fait son métier, le jeune fait son avancement.
Avant que ce Tacherat et ce Barlet entrassent, avant qu'on entendît les crosses des fusils sonner sur les dalles de l'escalier, cette Assemblée avait songe à la résistance. A quelle résistance ^ nous venons de le dire. La majorité ne pouvait admettre qu'une résistance régulière, militaire, en uniforme et en épaulettes. Décréter cette résistance était simple, l'organiser était difficile. Les généraux sur lesquels la majorité avait coutume de compter éunt arrêtes, il n'y avait plus là pour elle que deux généraux possibles, Oudinot et Lanriston. Le général marquis de Lauriston, ancien pair de France, à la fois colonel de la lo* légion et représentant du peuple, distinguait entre son devoir de représentant et son devoir de colonel. Sommé par quelques-uns de ses amis de la droite de faire battre le rappel et de convoquer la lo* légion, il repondait: — Comme représentant du peuple, je dois mettre le pouvoir executif en accusation, mais comme colonel, je dois lui obéir. — Il paraît qu'il s'enferma obstinément dans ce raisonnement singulier et qu'il fut im- |M>ssible de le tirer dehors.
• Qu^il est bête ! disait Piscacory.
(^*il a d*esprit ! disait Falloux.
Le premier officier de garde nationale qui se présenta en uniforme pauu être reconnu par deux membres de la droite, qui dirent : — Cest M vie Périgord ! Ils se trompaient 5 c'ctai: M. Guilbot, chef du 3* bataillon \\\' la iv>" légion. Il déclara qu'il était prêt à marcher, au premier ordre de ^v«u sv^loncl le général Lauriston. Le général Lauriston descendit dans la
cour et remonta un moment après en disant : — • On méconnaît mon autorité. Je viens de donner ma démission. Du reste, le nom deLauriston n'était point familier aux soldats. Oudinot était plus connu de l'armée. Mais coniment?
Au moment où le nom d'Oudinot fut prononcé, il y eut, dans cette rcunbn presque exclusivement composée de la droite, un frémissement. En effet, à cette minute critique, à ce nom fatal d'Oudinot, les réflexions se pressaient dans tous les esprits.
Qu'était-ce que le coup d'État ?
C'était «l'expédition de Rome à l'intérieur» qui se faisait. Et contre qui? contre ceux qui avaient fait l'expédition de Rome à l'extérieur. L'Assemblée nationale de France, dissoute par la violence, ne trouvait plus pour ^ défendre à cette heure suprême qu'un seul général, et lequel .'^ précisément celui qui, au nom de l'Assemblée nationale de France, avait dissous par la wolcncc l'Assemblée nationale de Rome. Quelle force pouvait avoir pour ^uvcr une république Oudinot, égorgeur d'une république ? N'était-il pas •^^t simple que ses propres soldats lui répondissent : — Qu^est-ce que vous ^ous voulez? Ce que nous avons fait à Rome, nous le faisons à Paris.
Quelle histoire que cette histoire de la trahison ! La Législative française *^3.it écrit le chapitre premier avec le sang de la Constituante romaine j la *^roviclcnce écrivait le chapitre second avec le sang de la Législative fran- Ç^^sc, Louis Bonaparte tenant la plume.
En 1849, Louis Bonaparte avait assassiné la souveraineté du peuple dans
*^ personne de ses représentants romains^ en i8ji, il l'assassinait dans la per-
^nne de ses représentants français. C'était logique, et, quoique ce fût in-
ftmc, c'était juste. L'Assemblée législative française portait à la fois le poids
des deux crimes, complice du premier, victime du second. Tous ces hommes
de la majorité le sentaient, et se courbaient. Ou plutôt, c'éuit le même
crime, le crime du 2 juillet 1849, toujours debout, toujours vivant, qui
n'avait fait que changer de nom, qui s'appelait maintenant le 2 décembre,
et qui, engendré par cette Assemblée, la poignardait. Presque tous les crimes
sont parricides. A un jour donné, ils se retournent contre ceux qui les ont
fai^s, et ils les tuent.
En ce moment si plein de méditations, M. de Falloux dut chercher des yeux M. de Montalembert.M. de Montalembert était à l'Elysée.
Quand Tamisier se leva et prononça ce mot terrible : V affaire de Ko//;e! M. de Dampierrc, éperdu, lui cria :
— Taisez-vous I vous nous tuez !
Ce n'était pas Tamisier qui les tuait, c'était Oudinot.
M. de Dampierre ne s'apercevait pas qu'il criait : taisez- vous I à l'histoire.
Et puis, sans même compter ce souvenir funeste qui eût écrase en un pareil moment l'homme le mieux doue des grandes qualités militaires, le général Oudinot, excellent officier d'ailleurs et digne fils de son vaillant père, n'avait aucun des dons imposants qui, à l'heure critique des révolutions, émeuvent le soldat et entraînent le peuple. En cet instant-là, pour retourner une armée de cent mille hommes, pour faire rentrer les boulets dans la gueule des canons, pour retrouver sous le vin versé aux prétoriens l'âme vraie du soldat fi-ançais à demi noyée et presque morte, pour arracher le drapeau au coup d'État et le remettre à la loi, pour entourer l'Assemblée de foudres et d'éclairs, il eût fallu un de ces hommes qui ne sont plusj il eût fallu la main ferme, la parole calme, le regard froid et profond de Desaix, ce Phocion français 5 il eût fallu les vastes épaules, la haute stature, la voix tonnante, l'éloquence injurieuse, insolente, cynique, gaie et sublime de Kléber, ce Mirabeau militaire. Desaix, la figure de l'homme juste, ou Kléber, la face de lion ! Le général Oudinot, petit, gauche, embarrassé, le regard indécis et terne, les pommettes rouges, le front étroit, les cheveux grisonnants et plats, le son de voix poli, le sourire humble, sans parole, sans geste, sans puissance, brave devant l'ennemi, timide devant le premier venu, ayant, certes, l'air d'un soldat, mais ayant aussi l'air d'un prêtre, faisait hésiter Tesprit entre l'épée et le cierge j il avait dans les yeux une espèce d'Ainsi soit-il I
Il avait les meilleures intentions du monde j mais que faire? Seul, sans prestige, sans gloire vraie, sans autorité personnelle, et traînant Rome après lui ! il sentait tout cela lui-même et il en éuit comme paralysé. Lorsqu'on l'eut nommé, il monta sur une chaise et remercia l'Assemblée avec un cœur ferme, sans doute, mais avec une parole hésitante. Quand le petit officier blond osa le regarder en face et l'afiFlronter, lui, tenant l'épée du peuple, lui général de l'Assemblée souveraine, il ne sut que balbutier des choses malheureuses comme celles-ci : — Je viens vous déclarer que nous ne pouvons ohâr que contraints , forcés , a Tordre qui nous interdirait de rester réunis.
— Il parlait d'obéir, lui qui devait commander. On lui avait passé son écharpe et il en semblait gêné. Il penchait alternativement la tête sur l'une et l'autre épaule, il tenait son chapeau et sa canne à la main, il avait l'air bienveillant. Un membre légitimiste murmurait tout bas à son voisin :
— On dirait un bailli haranguant une noce. — Et le voisin, légitimiste aussi, répondait : — Il me rappelle monsieur le duc d'Angoulêmc.
Quelle différence avec Tamisicr! Tamisier, pur, sérieux, convaincu, simple capitaine d'artillerie, avait l'air du général. Tamisier, grave et douce figure, forte intelligence, cœur intrépide, espèce de philosophe soldat, plus connu eût pu rendre des services décisifs. On ne sait ce qui fût advenu si
la Providence eût donne à Oudinot l'âme de Tamisier ou à Tamisier les cpaulettes d'Oudinot.
Dans cette sanglante aventure de décembre, il nous manqua un habit de général bien porté. Il y a un livre à faire sur le rôle de la passementerie dans la destinée des nations.
Tamisier, nommé chef d'état-major quelques instants avant l'invasion de la salle, se mit aux ordres de rAssemblée. Il éuit debout sur une table. Il parlait avec une voix vibrante et cordiale. Les plus décontenancés se rassuraient devant cette attitude modeste, probe, dévouée. Tout à coup il se redressa et, regardant en face toute cette majorité royaliste, il s'écria : — Oui , j'accepte le mandat que vous m'offrez! j'accepte le mandat de défendre la République! rien que la République, entendez-vous bien.^ Un cri unanime lui répondit : Vive la République! — Tiens, dit Beslay, la voix vous revient comme au 4 mai ! — Vive la République! rien que la République! répétaient les hommes de la droite, Oudinot plus fort que les autres. Tous les bras se tendirent vers Tamisier, toutes les mains serrèrent la sienne. O danger! irrésistible convertisseur! à l'heure suprême l'athée invoque Dieu et le royaliste la République. On se cramponne à ce qu'on a nié.
Les narrateurs officiels du coup d'État ont raconté que, dès les commencements de la séance, deux représentants avaient été envoyés par l'Assemblée au ministère de l'intérieur pour. «négocier». Ce qui est certain, c'est que ces deux représentants n'avaient aucun mandat. Ils se présentèrent, non de la part de l'Assemblée, mais en leur nom propre. Ils s'offrirent comme intermédiaires pour terminer pacifiquement la -catastrophe commencée. Ils sommèrent, avec une probité un peu ingénue, Morny de se constituer prisonnier et de rentrer sous la loi, lui déclarant qu'en cas de refiis l'Assemblée ferait son devoir et appellerait le peuple à la défense de la Constitution et de la République. Morny leur répondit par un sourire assaisonné de ces simples paroles : — Si vous faites un appel aux armes et si je trouve des représentants sur les barricades, je les fais tous fusiller jusqu'au dernier.
La réunion du x* arrondissement céda à* la force. Le président Vitct exigea qu'on mît la main sur lui. L'agent qui le saisit était pâle et frissonnait. Dans de certains cas, mettre la main sur un homme, c'est la mettre sur le droit, et ceux qui l'osent ont le tremblement de la loi touchée.
La sortie de la mairie fut longue et embarrassée. Il s'écoula une demiheure environ tandis que les soldats faisaient la haie et que les commissaires de police, tout en ne semblant occupés que du soin de refouler les passants dans la rue, envoyaient chercher des ordres au ministère de l'intérieur.
HISTODIE. — I. 23
ni»«anmit iasmiau.
Pendant ce tcmp-li, quelques représentants, assis autour d'une ublc de la grande salle, écrivirent à leurs funilles, à leurs femmes, k leurs amis. On s'arrachait les dernières feuilles de papier^ les plumes manquaient^ M. de Luyncs écrivit à sa femme un billet au crayon. Il n'y avait pas de pains à cacheter, on était forcé d'envoyer les lettres ouvertes^ quelques soldats soff rirent pour les mettre à la poste. Le fils de M. Chambolle, qui avait accompagné son père jusque-li, se chargea de porter les lettres adressées à mesdames de Luynes, de Lasteyrie et Duvergier de Hauranne.
Le général F. , le même qui avait refusé un bauillon au président de la Constituante Marrast, ce qui de colonel l'avait fait général, le général F., au milieu de la cour de la mairie, la face enluminée, à demi ivre, sortant, disait-on, de déjeuner à l'Elysée, présidait à l'attenut. Un membre, dont nous regrettons de ne pas savoir le nom, trempa sa botte dans le ruisseau et lessuya le long du galon d'or du pantalon d'uniforme du général F. Le représenunt Lherbette vint au général F. et lui dit : — Général, vous êtes un lâche. Puis, se retournant vers ses collègues, il cria : — Entendez-vous, je dis à ce général qu'il est un lâche. Le général F. ne bougea pas. Il garda la boue sur son uniforme et l'épithète sur sa joue.
La réunion n'appela pas le peuple aux armes. Nous venons d'expliquer qu'elle n'était pas de force à le faire. Pourtant, au dernier moment, un membre de la gauche, Latrade, fit un nouvel effort. Il prit i part M. Berrycr et lui dit : — L'acte de résistance est consommé 5 maintenant ne nous laissons pas arrêter. Dispersons-nous dans les rues en criant : Aux armes! — M. Berrycr en conféra quelques secondes avec le vice-président Benoist d'Azy, qui refusa.
L'adjoint reconduisit les membres de l'Assemblée jusqu'à la porte de la mairie, chapeau bas 5 au moment où ils parurent dans la cour, prêts à sortir, entre deux haies de soldats, les gardes nationaux du poste présentèrent les armes en criant : Vive l'Assemblée! vivent les représentants du peuple! On fit désarmer immédiatement les gardes nationaux, et presque de force, par les chasseurs de Vincennes.
Il y avait un marchand de vin en face de la mairie. Lorsque la grande porte de la mairie s'ouvrit à deux battants et que l'Assemblée parut dans la rue, menée par le général F. à cheval, et ayant en tète le vice-président Vitct empoigné à la cravate par un agent de police, quelques hommes en blouses blanches, groupés aux fenêtres de ce marchand de vin, battirent des mains et crièrent : — C'est bien fait! à bas les vingt-cinq francs!
On se mit en route.
Les chasseurs de Vincennes, qui marchaient en double haie des deux côtes des prisonniers, leur jeuient des regards de haine. Le général Oudinot
disait à demi- voix : — Cette petite infanterie est terrible, au siège de Rome ils mordaient à Tassaut comme des furieux ^ ces gamins sont des diables. — Les officiers évitaient les regards des représentants. En sortant de la mairie, M. de Coislin passa près d'un officier et s'écria : — Quelle honte pour l'uniforme! — L'officier répondit par des paroles de colère et provoqua M. de Coislin. Quelques instants après, pendant la marche, il s'approcha de M. de Coislin et lui dit: — Tenez, monsieur, j'ai réfléchi, c'est moi qui ai tort.
On cheminait lentement. A quelques pas de la mairie le cortège rencontra M. Chégaray. Les représenunts lui crièrent : Venez! Il répondit en faisant des mains et des épaules un geste expressif: — Oh! ma foi! puisqu'on ne m'a pas pris!... — et fit mine de passer outre. Il eut honte pourtant, et vint. On trouve son nom dans l'appel fait à la caserne.
Un peu plus loin, c'était M. de Lespérut qui passait. On lui crie : — Lespcrut! Lespérut! — Je suis des vôtres, dit-il. Les soldats le repoussaient. Il saisit les crosses des fusils et entra de force dans la colonne.
Dans une des rues qu'on traversa, une fenêtre s'ouvrit. Tout à coup une femme y parut, avec un enfant. L'enfant, reconnaissant son père parmi les prisonniers, lui tendait les bras et l'appelait 5 la mère, derrière l'enfant, pleurait.
On avait d'abord eu l'idée de mener l'Assemblée en masse et directement à Mazasi mais le ministère de l'intérieur donna contre-ordre. On craignit ce long trajet à pied, en plein jour, dans des rues populeuses et facilement émues } on avait sous la main la caserne d'Orsay. On la choisit pour geôle provisoire.
Un des commandants montrait insolemment de l'épée aux passants les représenunts arrêtés, et disait à voix haute : — Ceux-ci sont les blancs, nous avons l'ordre de les épargner. Maintenant c'est le tour de messieurs les représentants rouges. Gare à eux !
Partout où passait le cortège, des trottoirs, des portes, des fenêtres, la population criait : Vive l'Assemblée nationale! Quand on apercevait les quelques représentants de la gauche mêlés à la colonne, on criait : Vive la République ! vive la Constitution ! vive la loi ! Les boutiques n'étaient pas fermées, et les passants allaient et venaient. Quelques-uns disaient : — Attendons à ce soir, ceci n'est pas la fin.
Un officier d'état- major à cheval, en grande tenue, rencontra le cortège, aperçut M. de Vatimesnil et vint le saluer. Rue de Beaunc, au moment où l'on passait devant la maison de la Démocratie pacifique, un groupe cria : A bas le traître de l'Elysée !
Sur le quai d'Orsay, les cris redoublèrent. Il y avait foule. Des deux côtés du quai, un double rang de soldats de la ligne, se touchant coude à coude,
contenait les spectateurs. Dans l'espace laissé libre au milieu, les membres de l'Assemblée s'avançaient lentement ayant à droite et à gauche deux haies de soldats, l'une immobile qui menaçait le peuple, l'autre en marche qui menaçait les représentants.
Les réflexions sérieuses abondent en présence de tous les détails du grand crime que ce livre est destiné à raconter. Tout homme honnête qui se met en face du coup d'État de Louis Bonaparte, n'entend au dedans de sa conscience qu'une rumeur de pensées indignées. Quiconque nous lira jusqu'au bout ne nous supposera assurément pas l'idée d'atténuer ce fait monstrueux. Cependant, comme la profonde logique des faits doit toujours être soulignée par l'historien, il est nécessaire de rappeler ici et de répéter, fût-ce à satiété, que, à part les membres de la gauche présents en petit nombre et que nous avons nommés, les trois cents représentants qui défilaient de la sorte sous les yeux de la foule constituaient la vieille majorité royaliste et réactionnaire de l'Assemblée. S'il était possible d'oublier que, quelles que fussent leurs erreurs, quelles que fussent leurs fautes, et nous y insistons, quelles qu'eussent été leurs illusions, ces personnages ainsi traités étaient des représentants de la première des nations civilisées, des législateurs souverains, des sénateurs du peuple, des mandataires inviolables et sacrés du grand droit démocratique, et que, de même que chaque homme porte en soi quelque chose de Tesprit de Dieu, chacun de ces élus du suffrage universel portait quelque chose de l'âme de la France^ s'il était possible d'oublier cela un moment, ce serait, certes, un spectacle plus risible peut-être que triste et à coup sûr plus philosophique que lamentable, de voir, dans cette matinée de décembre, après tant de lois de compression, après tant de mesures d'exception, après tant de votes de censure et d'état de siège, après tant de refus d'amnistie, après tant d'affronts à l'équité, à la justice, à la conscience humaine, à la bonne foi publique, au droit, après tant de complaisances pour la police, après tant de sourires à l'arbitraire, le parti de l'ordre tout entier appréhendé en masse et mené au poste par les sergents de ville !
Un jour, ou pour mieux dire une nuit, le moment étant venu de sauver la société, le coup d'Etat empoigne brusquement les démagogues, et il se trouve qu'il tient au collet, qui t les royalistes.
On arriva à la caserne, autrefois caserne des gardes du corps, et sur le fronton de laquelle on voit un écusson sculpté où se distingue encore la trace des trois fleurs de lys effacées en 1830. On fit halte. La porte s'ouvrit. — Tiens, dit M. de Broglie, c'est ici.
On pouvait lire en ce moment-là, sur le mur de la caserne, et à côté de la porte, une grande affiche portant en grosses lettres : révision de la constitution.
C'était l'affiche d'une brochure publiée deux ou trois jours avant le coup i'État, sans nom d'auteur, demandant l'empire, et attribuée au président de la République.
Les représentants entrèrent et la porte se referma sur eux. Les cris ces- ;crcnt} la foule, qui a parfois ses rêveries, resta quelque temps sur ce quai, muette, immobile, regardant tour à tour la porte fermée de la caserne et à deux cents pas de là, à demi entrevu dans les brumes crépusculaires de décembre, le fronton silencieux du palais de l'Assemblée.
Les deux commissaires de police allèrent rendre compte à M. de Morny de leur «succès». M. de Morny dit : Voilà la lutte commencée, CeB bon. Ce sont là Us derniers représentants qu'on Jera prisonniers.