‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 112 sur 283 · PATRUM CONCORDIA · texte numérisé non relu

PATRUM CONCORDIA

PARTAM

Ml IVO SIGNAT LAPIDE

RESPIBLICA FRIBURG.

MDCCCXXTI (1).

Si l'on veut embrasser d'un coup d'oeil le champ de bataille de Moral, il faudra s'arrêter a cent lias environ de ici ôssîialf e : alors on soi la mile bâtie en

amphithéâtre sur les bords du lac, où elle baigne ses pieds : à droite, les hauteurs de Gurmel lesquelles coule

la Saline ; a gauche, le lac, que domine, en le séparant du lac île Neuchâtel, le mont Vull % tout couvert de vignes-, derrière soi, le petit village de Faoug . enfin, sous ses pieds, le terrain même où se pass i : a le plus sanglant trilogie funèbre du duc Charles, qui commença a Grauspa et finit â Nancy.

Une première défaite avait prouvé an duc que, s il avait conservé le surnom de Téméraire, il avait perdu celui d'Invincible: il y avait dès lors à son blason ducal une tache qui ne pouvait se laver que dans le sang; une seule pensée, pensée de vengeance, remplaçait chez lui la conviction de sa force; son courage était toujours pareil, mais sa confiance n n ni plus la même. On ne se fie â son armure que tant qu'elle n'a point été faussée. Néanmoins, il était poussé â sa destruction par la voix de son orgueil, et il allait dans la tempête comme un vaisseau perdu qui se brise à tous les rochers. Il avait, dans l'espace de trois mois, rassemblé une armée aussi nombreuse que celle qui avait été détruite, mais les nouveaux soldats qui la composaient, tirés les uns de la Picardie, les autres de la Bourgogne, ceux-ci de la Flandre, ceux-là de l'Artois, étaient étrangers les uns aux autres et divisés entre eux. Dans un autre temps, la fortune constante du duc les eût réunis par une confiance commune; mais les jours mauvais commençaient à luire, et ces hommes marchaient au combat avec Indiscipline et murmure.

De leur côté, les Suisses 5'étaient dispersés, selon leur habitude, aussitôt après la victoire de Granson. Chacun avait suivi sa bannière dans sou canton, car la saison de l'alpage était arrivée, et les neiges, qui fondaient au soleil de mai, appelaient sur la montagne les soldats bergers et leurs troupeaux.

Lorsque le duc de Bourgogne vint asseoir son camp, le 10 juin 1476. au petit village de Faoug, situé vers l'extrémité occidentale du lac. la Suisse n'avait donc à lui opposer pour toute force qu'une garnison de douze cents hommes, et pour tout, rempart que la petite ville de Morat. Aussi, dès que Berne, sa sceur, apprit que le duc de Bourgogne s'avançait avec toutes S, des messagers partirent pour tous les cantons, des signaux de guerre s'allumèrent sur nulles les montagnes, et le cri aux unîtes! retentit dans toutes les vallées.

Adrien de Bubemberg, qui commandait la garnison de Moin. ma ail s avancer cette armée trenli- nom-

iiue la sienne sans donner aucune marque de crainte: il rassembla les soldats et les habitant

!■ n. pi il, allaient avoir les uns des :ni'

.n ils étaient de ne plus faire qu'une fami] ■ m .in il- -i- pu' assenl tl<J

,;u il 1rs vil dans ce- - 1S, il leur l

nsevelir jusqu'au dernier si mille voix jurèrent en mm voix inra a son tour de met

cendre cette voix était celle i ibema- prises, il ■

i, Le duc de Bourgogne i lissanoe,

ma i . . italiens et m

mais messieurs les avi i ■

mettre l'esprit

l ■,, (ep i ■' Morat i.

(I) I :i r.-piiMi>|i in ill pierre»

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j m, • lui du lac.

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ei de mujiitions de

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• \ mais en

et de Gumenen

on i ■ ■ n r« de main.

lit fait le point de réunion

i ire il

sur le refus de son Romont ii i au bout de deux beuri ^ez large pour donner 1 vaut crouler la muraille, marchèrent

Ule i-i u^ dlfSi il' rallie rivante, muraille de fer. c<

iiiriit-s .lu it re-

brlser dan! de liuit i ■

- dans ce ; ssaut, et le

m coup d'arquebuse.

I i t il. B

Gumenen. Le choc retentit qui fut un Instant en grande cran

■ deux villes < e renfort arnarles.

La colère du 1 lal-même en quelque

ittant dan- un trlani

halent de lui si et la

tns interruption.

Minant la ville t un

furent t. i

hacun

ml, il

i de Bleni

ix du

ville

Df donna d'iix hem

laud vingts

, ires de Fribourg qui. pour se reconnaître dans la

avaient coupe des brandies de tilleul et les avaient

ii guise de panaches sur leurs casques et leurs clia-

• nx venaient, commandant le corps de bataille.

.valdman de Zurich et Guillaume Herter, capitaine

des gens de Strasbourg, auquel on avait donné cette part de

commandement, pour honorer en son nom les fidèles alliés

■ «menés au secours de la i lis avi

sous leurs ordres tous les cantons rangés autour de leurs bannières, dont chai une était spécialement défendue par quatre-vingts hommes rmi les vaillants, et armés

de cuirasses, de piques et de liai lies d'armes. Enfin l 'arrièregarde était conduite par Gaspard Iiertensteln de Lucerne. Mille hommes, jetés de chaque côté, à mille pas, sur les Je cette armée, éclairaient sa marche da ivralent ta pente du coteau qu'elle suivait en s'éten-

Qumenen route l'a ri i des i onfédérés

réunie pouvait être de trente a trente quatre mille hommes. Le duc de commandait à peu près un pareil

nombre d Idats: mais son camp paraissait beaucoup pins

ause de la quantité de marchands et de femmes de mauvaise vie Qu'il traînait à sa suite.

La veille, il y avait eu alerte parmi cette multitude: le l.riiii s était répandu que les Suisses avaient passé la Sarine. Le duc lavait appris avec une grande joie; toute son armée soudain en mouvement, et il avait marché jusqu a la i réte de la montagne au-devant de l'ennemi; mais la pluie était survenue, et chacun était rentré dans ses quar-

Le lendemain, le duc lit exécuter la même manœuvre. Cette lois, il put apercevoir sur l'autre coté de la colline ses ennemis retranchés dans la forêt Le i iel était sombre, et la pluie es. qui armaient en ce moment des chêne faisaient aucun mouvement Le duc, sprès deux ou trois heures d'attente, crut que c'était encore une journée

nte. De leur côté, ses généraux, \.,\:itit la poudre mouillée, les cordes des arcs détendues et les homn de fatigue, donnèrent le de la retrai ■ était le moment qu'attendaient les a dérés. A peine virent-ils le mouvement que faisait l'armée du due. que Mans île H i n avant-garde:

t.nis et taisons notre pn

mouvement fut hx rps d P-

mée et l'arrière garde, et la Vi ite-quatre mille

hommes priant pour leur liberté et la patrie monta vers

soit hasard, soit protection céleste, le

tendu sur le ciel se dé Mua pour laisser

un rayon de soleil qui alla se réfléchir sur les armes

Ite cette multitude agenouillée Mors Hans de Hallewyt

■ tira son tournant la tête du cote

,ii. ri 11

ii clarté de son soleil ; et à vos |nfants :

mée se leva d un s, -ni mouvement, en criant dune s, aie TOlx

— i ., in i

• mettant elle parvint en assez non ordre su,- ii i.i , olline i ., auparavant

! ' Ii I troupe île ■ liions de mon-

• nu mai, liaient devant l'an tra une troupe

ans de iiiass,. qui appartenaient aux chevaliers bourguignons ■ ' inimaux eus i igé la haine de leur- mi , rein les uns sur les autres; les

, hien -les a tenir tête aux taureaux ai

:uix ours, n 'eurent po , \ un r leurs ennemis

qui prirent la fu Bla fut regardé par les

■e. Les Sui*

deux troupes pour tenter deux attaques. Dès la

mille ou douzi i mes avaient été détachés du

, orps - m peu au dessus M

Var, s'étaiei vue du comte dl

• qu'ils devaient inquiéter, et cm lier par ee D

qui ommandait

n avant-garde, et Walilinan.

ommandait l'autre, combinèrent leurs mouvements de

;x en même temps ; et. paît

mrac un V et allèrent

n.illewyl la droil " ildman la gauche du

Fendu liât Ion par des I

olrcles dune multitude de bombardes a muette et Boni-

. au lllo nient ou lis ■ , lUVi •

.... ic enflammée .-•

igers de mort avalent

ipe de Ha i I louffrit le plus de

i i mure dé. harge II de lorraine et ses trois

x accoururent a son secours Au même moment, une

EN SUISSE

porte du camp s'ouvrit, et une troupe de cavaliers bourguignons sortit et fondit sur eux la lance en arrêt. Comme ils n'étaient plus qu'à quatre longueurs de lance les uns des autres, un boulet tua le cheval de René de Lorraine ; le cavalier démonté roula dans la boue; on le crut mort. Ce fut Hallewyl à son tour qui lui vint en aide et qui le sauva. Waldman, de son côté, s'était avancé jusqu'au bout du fossé; mais il avait été forcé de reculer devant le feu de l'artillerie bourguignonne : il alla reformer sa troupe derrière un monticule, et marcha de nouveau a l'ennemi.

Ce fut alors que Ion courut dire au due Charles que les Suisses attaquaient. Il croyait si peu à une telle audace, que Il s premières décharges ne l'avaient point fait sortir de son logis; il pensait que l'on continuait de tirer sur la ville.

Le messager le trouva dans sa chambre, à moitié désarmé, sans épée au côte, la tète et les mains nues. II ne voulut pas croire d'abord à la nouvelle qu'on lui annonçait, cl lorsque le messager lui eut dit qu'il avait vu les Suisses de ses propres yeux attaquer le camp, il s'emporta en paroles furieuses, et le frappa du poing. Au même instant, un, chevalier entra avec une blessure au front et son armure tout ensanglantée. Il fallut bien que le duc se rendît à l'évidence : il mit vivement son casque et ses gantelets, sauta sur son cheval de bataille, qui était resté tout sellé, et, lorsqu'on lui eut fait observer qu'il ne prenait pas son •épée, il montra la lourde masse de fer qui pendait à l'arçon de sa selle, en disant qu'une telle, arme était tout ce qu'il iallait pour frapper sur de pareils animaux. A ces mots, il mit son cheval au galop, gagna le point le plus élevé du camp, et de là, se dressant sur ses arçons, il embrassa d'un coup d'oeil tout le champ de bataille. A peine eut-on reconnu, à la bannière ducale qui le suivait, le point où l'on pouvait le trouver, que le duc de Sommerset, capitaine des Anglais, et le comte de Marie, fils aine du connétable de Saint-Poli accoururent près de lui et lui demandèrent ce qu'il fallait qu'ils fissent

— Ce que vous allez me voir faire, répondit le duc en poussant son cheval vers un endroit du camp qui venait d être forcé.

C'était encore Hallewyl avec son avant-garde ; repoussé d'un côté, il avait continué de tourner les retranchements ; trouvant enfin un point plus faible, il lavait enfoncé, et, dirigeant aussitôt les canons de l'ennemi contre l'ennemi lui-même, il foudroyait presque à bout portant les Bourguignons avec leur propre artillerie. C'était donc vers ce point que se dirigeait le duc, et cette action avait lieu sur l'emplacement même où passe aujourd'hui la route de Fribourg.

Charles tomba comme la foudre au milieu de cette mêlée ; son arme était bien une arme de boucher, et tous ceux qu'il en frappait roulaient à ses pieds comme des taureaux sous une masse- Le combat venait donc de se rétablir avec quelque apparence de fortune pour le duc, lorsqu'il entendit à son extrême droite de grands cris et un grand tumulte. Hertenstein et son arrière garde, ayant continué le mouvement circulaire indiqué a l'armée suisse par son plan de bataille, étaient parvenus a tourner le camp et l'attaquaient à l'endroit où il se réunissait au lac. C'était le point que défendait le grand Bâtard : il fit courageusement face n l'assaut et peut-être l'eût-il repoussé, si un grand désordre ne s'était mis parmi ses' gens d'armes. Adrien de Bubemberg était sorti de la ville avec deux mille hommes et venait de le prendre entre deux feux.

Cependant le duc Charles n'avait pu reprendre son artillerie, qui était aux mains des Suisses : chaque décharge lui enlevait des rangs entiers. Mais comme l'élite de ses troupes était avec lui, nul ne pensait à reculer. C'étaient les archers â cheval, les gens de son hôtel et les Anglais; peut-être eussent-ils tenu ainsi longtemps, si le duc René, qui s'était remonté, ne fut venu, escorté des comtes d'Eptingen, de Thierstein et de Gruyère, se jeter avec ses trois cents chevaux au milieu de cette boucherie- Le duc de Sommerset et le comte de Marie tombèrent sous le premier choc. C'était surtout à la bannière du duc qu'en voulait René, son ennemi mortel ; trois fois il poussa son cheval si près d'elle, qu'il n'avait qu'à étendre la main pour la saisir, et {rois fois il trouva entre elle et lui un chevalier nouveau qu'il lui fallut abattre; enfin il parvint à joindre Jacques de Maes, qui la portait, tua son cheval, et, tandis que le cavalier était pris sous l'animal mourant, et que. au lieu de se défendre, il serrait contre sa poitrine la bannière de son maître, René parvint à trouver, avec son épée à deux mains le défaut de son armure, et, se laissant peser de toute sa force sur la poignée, cloua son ennemi contre terre. Pendant ce temps, un homme de sa suite, se glissant entre les jambes des chevaux, arrachait des mains de Jacques de Maes la bannière, que le loyal chevalier ne lâcha qu'en expirant.

Dès lors ce fut. comme à Granson, non plus une retraite, mais une déroute; car Waldman, vainqueur aussi sur le point qu'il avait attaqué, vint encore augmenter le désordre. 'Le duc Charles et ce qui lui restait de soldats étaient entourés de tous côtés ; le comte de Romont, inquiété par ceux

qu'on avait détachés contre lui. ignorant d'ailleurs ce qui se passait sur ses derrières, ni pouvait venir le dégager. Il n'y avait donc plus qu'un espoir : (aire une trouée à travers ce mur vivant, dont on ne pouvait, calculer l'épaisseur, et, arrivé de l'autre côté, fuir .< • , cte chevaux vers

Lausanne. Seize chevaliers entourèrent leur duc, et. mettant leurs lances en arrêt, travi i avec lui l'armés confédérée dans toute sa profondeur. Quatre tombèrent en route: ce furent les sires de Grimberges, de Rosimbos, de Mailly et de Montaigu. Les douze qui demeurèrent en selle gagnèrent Morges avec leur maître, faisant en deux une course de douze lieues. C'était tout ce qui restait au i aire de sa riche et puissante armée.

Du moment où le duc cessa de résister, rien ne résista plus. Les confédérés parcoururent le champ de bataille, frappant tout i e qui était debout, achevant tout ce qui était tombé ; aucune grâce ne fut faite, excepté aux femmes : on poursuivit ave des barques les Bourguignons qui tentaient do fuir par le lac : l'eau était chargée de corps morts et rouge de sang, et pendant longtemps les pêcheurs, en tirant leurs filets, amenèrent des fragments d'armure et des tronçons d'épée.

Le camp du duc de Bourgogne, et tout ce qu'il contenait, tomba au pouvoir des Suisses : le logis du duc, avec ses étoffes, ses fourrures, les armes précieuses qu'il renfermait, fut donné par les vainqueurs au duc René de Lorraine, comme un témoignage d'admiratki pour son courage pendant cette journée. Les confédérés se partagèrent l'artillerie; iliaque canton qui avait envoyé des combattants en obtint quelques pièces comme trophée de la bataille- Morat en eut douze. J'allai voir, dans l'endroit où on les conserve, ces vieux souvenirs de cette grande défaite. Ces canons ne sont point coulés tout d'une pièce, mais se composent d'anneaux, alternativement saillants et rentrants, soudés les uns aux autres, mode de fabrication qui devait leur- ôter beaucoup de leur solidité.

En 1S2S et l S29 , Moral demanda des canons à Fribourg, afin de célébrer bruyamment la fête de la confédération : cette demande ne fut point accueillie, par la métropole du canton, je ne sais pour quelle cause. Les jeunes gens se rappelèrent les canons du duc Charles et les tirèrent de l'arsenal où ils dormaient depuis quatre siècles ; il leur paraissait digne d'eux de célébrer l'anniversaire de leur nouveau pacte de liberté avec les trophées de la victoire qu'ils det lient à leur vieille fédération. Ils les traînèrent donc avec de grands cris sur l'esplanade que le voyageur laisse à sa gauche en entrant dans la ville; mais, aux premiers coups, une couleuvrine et une Bombarde éclatèrent, et cinq ou six des jeunes gens qui servaient ces deux pièces furent tués ou blessés.

Nous ne nous arrêtâmes a Morat que deux heures : ce temps suffisait, de reste, pour visiter ce que la ville offre de curieux- Vers les trois heures de l'après-midi, nous remontâmes dans noire petite calèche, et nous non- mîmes ei route pour Fribourg. Au bout d'une demi-heure de marche en pays plat, nous arrivâmes au pied d'une colline que notre i nous invita à monter à pied, sous prête: de nous faire admirer le point de vue; mais de fait, je crois, par déférence pour son cheval. Je me lais il prendre à ces supercheries, sans paraître le moins du monde mer car, n'eussent été mes compagnons de voyage, j'aurais fait toute la route à pied. Cette fois, au moins, limitation du guide n'était poinl d i tifs plausi-

bles. La vue. qui embrasse tout le champ d, bal illle, la ville, . aeux lai - de Morat et de Neu 11 Indue •

C si a 1 erdnn! même OÙ Dl ''e r'"in''

gogne avait fait bâtir ses l Une de '"arche

nous conduisit ensuite a la t PB et ; me

[■eûmes-nous dépassée, que ur li • ■' celui

que nous venions de gravir, .le reconnus l'endroit où avait

mit sa halle pieu-,- □ ces. Le reste

de la route n'offre rien de remarquable que la jolie vallée de Gotteron, qui vient se r. mil ro ite une lieue avant

Fribourg et qui ' i HU'aUX portes de la ville. Sur le

sommet 0] Se a celui que nous suivions, notre guide nous

fit remarquer l'ermitage de Sainte-Madeleine, qu'il nous Invita a visiter le lendemain, et au fond de la vallée un aque-

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■ liatre

cent vingt jnarclies, qui nous t ondulsit à un pont jeté sur

I faut s retourner, ithéâtre comme une [que "ii reconnaîtra bien alors la cité gothique, :.i guerre, la cime d'une montagne

mi de proie; on verra quel ■ne militaire a tire d'une localité qui semblait i de retraite à - que

a des bommes. et comment une ceinture de inné une i A gauche de la ville, et comme une chevelure rejetée en de vieux sapins noirs poussant S (entes des rochers, d'où sort, comme un large ruban .le la maintenir, la sarine aux eaux grises, qui serpente un instant dans la vallée, et disparaît au premier détour. Au delà de la petite rivière, et sur la montagne opposée à la ville, on découvre, au-dessus d'une espèce de faubourg bân en amphithéâtre, la porte Bourguillon, à laquelle on arrive par un chemin creusé dans la montagne- Cette l 'lise mal de la fatigue qu on a prise pour arriver jusque-la: c'est une construction romaine, comme toutes celles qui restent de cette époque, lourde, massive et carrée. Près d elle, à la gauche du chemin qui y conduit. est une assez jolie petite chapelle, bâtie en 1700. dans les niches de laquelle on a pla i renient quatorze statues de saints, qui portent la date de 1650 : deux ou trois d'entre elles sont assez remarquables. L'Intérieur n'offre rien de curieux, si ce n est les nombreux témoignages de la foi des habitants: les murs sont tapisses d'ex-voto, qui tous - par la vierge Marie, sous l'invocation de laquelle est placé ce petit temple : des peintures naïves et des Inscriptions plus naïves encore constatent le cas où la puissance de la prot. ne s est révélée. L'une i -îllard au lit de mort, qu une apparition guàril : l'autre, une femme près d'être écrasée par une voiture et un cheval emporté, qu'une main invisible arrête tout à coup; une troisième un homme près de se que l'eau obéissante port 'Ire de la Vie) ■ uni dernière, un enfant qui tombe dans un précipice et dont les ailes d'un ange amortissent la chute J'ai copié l'inscription écrite au-dessous de ce dernier dessin , la voici dans toute sa pureté:

LE ÎC JII.I.Y 1799 ET TOMBE DEPIIS LE HEM Dl ROCH DU l \ MAISON lu - BOTJBOSB,

EN MONTANT A MOMTTOBOl n s,.,i | i,\\s LA SABINE, JOSEPH PIM Dl fEAO VETN8AN»

MiI.l.Y 1 l>K

l'IM.i \N^ PRBSEBVB DE HIFI' ET DE LA - - 'i D.1 I N NI AI .

Je mi où cet M ait eu lieu ;

: e~t tombé d'une hau'eur de cent quatre vingts pieds,

nant la route de Berna, istaln nous

montra l'endroit li nnent de choisir pour

uspendu qui joindra la ville -i la montagne aura hu(t cent cinquante pieds Ion de cent i Inquante il i ,i quai i des plus

fond .h la vallée. L'idée qu o un monument dont i i - rail si nm

lutant qu.lle paraissait réjouir ses babii en m de fer qu'on appelle un pot oléri . an étrange

,i tr.-n •■ .taillé

c habits ra: t et de

. ' • m '.' ,ii ne e d'un i . laln n ce tableau qui. dans m'attrista autant que i un habit mai in. a ' QOStantl i inge.

notre voiture, qui nous une Immobilité et ur a un nacre ; nous sur le pour l'ermitage de la : ! as, la

rrfita. et un , nom In de travers.

D .. nlflque.

i i lit Ni

i ,1 un ênormi parapluie qui paraissait. .1 action qu'il n ce meuble, le comptv

ite «a ralt ou huit pieds : véné-

i . •« Mue ou la

EN SUISSE

Normandie. Mous avions ri d'abord de la précaution de

notre guide, qui. vil et jovial comme un Suisse allemand, nous avait regardes longtemps avec inquiétude avant de Savoir te qui provoquait non-'' hilai q ti, enfin, au

bout d'un quart d'heure, ayant fini par en deviner la s'était dit tout haut à lui-même : — \h ! foui, c'ëtre ma parapluie, ché comprends.

Au bout de dix minutes de marche, et comme nous commencions à gravir, par une chaleur dfi vingt-i inq la rampe presque à pic qui conduit à la porte Bourguillon, et recevant d'aplomb sur la tète les rayons du soleil, nous vîmes notre guide qui avait déployé sa mécanique, et qui grimpait tranquillement par un petit sentier latéral, a lombre de cette espèce de machine de guerre, et abrité sous son toit comme un saint-sacrement sous un dais. Nous commençâmes à reconnaître que l'affection qu'il portait à son i ompagnon de voyage n'était pas aussi désintêre-nous le pensions d'abord. Mous nous arrêtâmes, suivant d'un qeil d'envie son ascension dans l'ombre mobile qui 1 enveloppait comme l'atmosphère la terre. En arrivant à la hauteur où nous étions, il s était arrêté à son tour, nous avait regardés un instant avec étonnement, comme pour s interroger sur la cause de notre halte ; nuis, nous ayant vus nous passer mutuellement une bouteille de kirschenwasser, et nous essuyer le front avec nos mouchoirs, il s'était dit. toujours parlant à lui-même, comme s'il répondait à une question intérieure: — An! foui, ché comprends, fous avre' chaud, c'est le soleil. — Puis il avait continué son ascension, qu'il avait achevée avec autant de calme qu il l'avait commencée.

En arrivant à la. voiture, comme un cavalier qui s'occupe de son cheval avant de penser à lui-même, il avait soigneusement plié son cher riflard, pour lequel je commençais à avoir une vénération presque aussi profonde que la sienne; il en avait abaissé symétriquement les plis les uns sur les autres: puis, faisant glisser dessus de toute la longueur de son lacet vert le cercle de laiton qui les maintenait, il avait solidement établi le précieux meuble dans l'angle en retour formé par la banquette de devant cle la calèche, et avait conservé, en s'aeseyant sur l'extrême bord du coussin dont son ami occupait le fond, toutes les marques de déférence qu'il croyait devoir simultanément à lui et à nous. On devine donc que. lorsque nous descendîmes pour faire à pied, et par le chemin de traverse où ne pouvait s engager la voiture, les trois quarts de lieue qui nous séparaient encore de l'ermitage, le parapluie fut le premier descendu, comme il avait été le premier monté, et que nous ne dûmes nous mettre en route qu'après qu'un scrupuleux examen eût convaincu son propriétaire qu'il ne lui était arrivé aucun accident. L'inventaire n'était pas dénué de raison. Pendant notre course en voiture, le ciel s'était couvert de nuages, et un tonnerre lointain, qui se faisait entendre dans la vallée, se rapprocha a chaque coup. Bientôt de larges gouttes tombèrent ; mais comme nous étions à moitié chemin â peu près, et que nous avions par conséquent aussi loin pour retourner à notre voiture que pour atteindre le but de notre excursion, nous nous élançâmes à toutes jambes vers le bouquet de bois derrière lequel nous présumions qu'était situé l'ermitage- Au bout, de cinquante pas. la pluie tombait par torrents, et, au bout de cent, nous n'avions plus un fil de sec sur toute notre personne ; nous ne nous arrêtâmes néanmoins que sous l'abri des arbres qui entourent l'ermitage. Alors nous nous retournâmes, et nous aperçûmes notre sacristain tranquillement à couvert sous son parapluie comme sous un vaste hangar. Il venait à nous. posant proprement la pointe de ses pieds sur l'extrémité des pierres dont était parsemé le chemin, et qui formaient un archipel de petites îles au milieu de la nappe d'eau qui couvrait littéralement la plaine; de sorte que, lorsqu'il nous rejoignit, il ne nous fallut qu'un coup d'œil pour nous convaincre que la personne de notre guide s'était conservée intacte depuis les extrémités supérieures jusqu'aux extrémiiférieures: pas une goutte d'eau ne coulait de sa chevelure, pas une tache de boue ne souillait ses souliers cirés à l'oeuf. Arrivé a quatre pas de nous, il s'arrêta, fixa ses grand? yeux étonnés sur notre groupe tout ruisselant et tout transi, et. comme *'il lui eût fallu autre i i">>e que l'aspect du temps pour lui donner l'explication de notre détresse, il dit, après quelques secondes de réflexion, et toujours - parlant à lui-même : — Ah ! foui, ché comprends, fous être mouillés, c'est l'orache.

Le gredin ! nous l'aurions étranglé de bon cœur : ie crois même que l'un de nous en fit la proposition. Heureusement que nous fûmes détournée1 de cette mauvaise pensée par les sons d'une cloche qui retentit à quelques pas de nous, et dont le bruit semblait sortir de terre de l'er-

mitage, dont nous n'étions plus qu'à quelques pas L'orage avait été rapide et violent comme un orage de montagne ; la pluie avait cessé, le ciel était redevenu pur ; nous secouâmes nos vêtements, et. quittant notre abri, nous nous acheminâmes vers la grotte, laissant notre sacri

ée où il put faire sécher

-.m parapluie. Bientôt uou m - en i.

le plus merveilleux qu'ait accompli peut-être depuis le commencement des . . ! ■ d'un homme.

En 1760, un paysan de Qru nrné Jean Dupré, pri

olution de se faire ermite et de se cret me un

ermitage comme jamais les pères du | soup-

in il en pat exister. Après nenips

dans le pays environnant une place convenable, il

i idroii même où nous étions, une de ro-

chers à la fois assez solide et assez n i put

mettre a exécution son projet. Cette ma sommet d'une ten-e végétale sur laquelle s'élèvent •: bres magnifiques, présente au midi l'une cle ses faces coupée à pic, et domine, à la hauteur de deux cents pieds, Pies, la vallée cle Gotteron. Dupré attaque cette nias> pas pour s'y creuser une simple grotte, mais pour s'y tailler une habitation complète avec toutes ses dépendances, s'imposant en outre pour pénitence de ne manger que du pain et de ne boire que de l'eau tout le temps que durerait ce travail. Son œuvre n'était point encore achevée au bout de vingt ans. lorsqu'elle fut interrompue par la mort tragique du pauvre anachorète. Voici comment :

La singularité du vœu. la persistance avec laquelle Dupré l'accomplissait, la hardiesse de cette fouille à l'intérieur de la montagne attiraient à la Madeleine nombre cle visiteurs; et comme, des deux chemins qui y conduisaient, celui de la vallée de Gotteron était le pins court et le plus pittoresque, c'était celui que préféraient les curieux. Il y avait bien un petit inconvénient. Arrivé au pied de l'ermitage, il fallait traverser la Sarine; mais Dupré lui-même se chargea de lever cette difficulté en faisant faire une barque, et en quittant ia pioche pour la rame chaque fois qu une nouvelle société désirait visiter son ermitage. Un jour, une bande de jeunes étudiants vint à son tour réclamer l'office du pieux batelier; et, comme ils étaient avec lui au milieu de la rivière, l'un d'eux, riant de la terreur d'un de ses camarades, posa, malgré les remontrances de l'ermite, ses pieds sur les deux bords de la barque, et lui imprima, en se laissant peser tantôt à bâbord, tantôt à tribord, un mouvement si brusque, qu'il la fit chavirer: les étudiants, qui étaient jeunes et vigoureux, gagnèrent la rive malgré le courant rapide de la rivière ; le vieillard se noya, et l'ermitage'resîa inachevé.

Nous parvînmes à cette grotte en descendant quatre ou cinq marches, par une espèce cle poterne qui traverse un roc de huit pieds d'épaisseur. Cette poterne nous conduisit sur une terrasse taillée dans la pierre même qui surplombe au-dessus d'elle, â peu près comme le font certaines maisons gothiques, dont les différents étages avancent successivement sur la rue. Une porte s'offrait à notre droite, nous entrâmes. Nous nous trouvâmes dans la chapelle de l'ermitage, longue de quarante pieds, large de trente, haute de vingt. Deux fois par an. un prêtre de Fribourg vient y dire la messe, et alors cette église souterraine, qui rappelle les catacombes où les chrétiens sélébrèrent leurs premiers mystères, se remplit de la population des villages voisins ; quelques bancs de bois, quelques images saintes, en forment la seule richesse. Aux deux côtes de l'autel sont deux portes aussi creusées dans le roc : l'une conduit clans la sacristie, petite chambre carrée d'une dizaine de pieds de large et de haut ; l'autre, au clocher. Ce clocher bizarre, dont la mo- ). rétention, tout opposée à celle cle ses confrères, n'a jamais été cle s élever au-dessus du niveau de la terre, mais seulement d'arriver jusqu'à sa surface, ressemble d'en a un puits, et d'en bas à une cheminée, sa cloche est suspendue, au milieu des arbres qui couronnent le sommet de la montagne, â quatre ou cinq pieds au-dessus di et le tuyau du i looher par lequel on la met en branle a soixante-dix pieds de long. — En rentrant dans la chapelle, et presque en face de l'autel, on trouve une porte rpn col duit à une chambre : de.ns cette chambre est un

ait marches qui mène à un petit jardin : de cette chambre on passe dans un bûcher, et du bùcl cuisine.

Maigre [e chétiva nourriture à laquelle idamné

digne anaj horète, il n'avait point négligé cette

■ i! tante dans la demeure des autres individus de l'espèce à laquelle ■ même la portion de son ermitage à laffu ; lection bien désintéressée, il parait avoir doi ; 'in- — Lorsque nous y entrâmes, n nous croire dans une de ces grottes que le génie de Walter Scott creuse les montagnes d'Ecosse et qu'il peuple avec une sorcière échevelée et son ftls idi : femme etait ;) i,, manteau de la vnste cheminée, dont la fumée s^éi happait par un eo quatre-vingt-huit pieds de iKie dans 1 roi : Bile grattait qui

tandis . i gaillard de vingt-six ans,

assis sur une pierre ' n.l'it ses pieds, sans faire attention

: HUMAS II LUSTRE

qu'il ! une marc d'eau qu« !l vé'-

■ pie je-

..rdent, i. minée.

et <iui h II (allô Ben i :>vec sa cou-

tableau bi- D] rendre la poésie ; la vieille femme, il • ses cheveux, tandis la téie du jeune ii.es dans l'ombre et noyai!

être entendus; mais, à un mout-ux sur nous, et ml paj le i enl ne de lumière pi I une main, elle nous a allongea le pied ml brusquement, elle le tira de l'occuorball ton! entier. Je présume qu'elle lui dit ! de nous montrer l'ermitage, car le mme pi ut en-

une langueur maladive, resta un ins-

■ ■ comau en ■ <i un air béoété, bailla, étendit les bras, et vint à nous. Il

lliglbles qui ■ humain i une 11

la torche du qu'il nous invitait a les viç

vers un corridor long

ulor était • mme des meurtrières, dans

approcha sa ton hi .le

.ira du bout du do autre

il voulait

peine la lire le nom de

presque effacé me il l'est

ubre de l'ermite,

pour un

hlffre, il qua-

nous

rail de

tructli

I m autour

qui i l a hou i i OU du

■ don .1,1 i i

e vue nous creusa horriblement l'estomac. lui demandâmes s'il n'y aurait pas moyen de se procurer ' i. les de consommation e genre de ceux qu'il venait d'absorber II nous fit réplusieurs fois notre phrase; puis enfin, après avoir u instant, il nous dit. avec la tranquille perspirai, faisait le fond de son caractère: — Ah! foui, fous mprends; , est l'exercice.

■ - répondre autrement à notre question, ferma son couteau, mil sa gourde dans *a poche, ramassa i hemina vers l'endroit où nous atténue, aussi fiegmatiquement que s'il n'avait la suite de son estomac plein deux estomacs vides. ne nous eûmes rejoint no're cocher, nous nous consultâmes pour régler nos comptes avec notre guide; il fut que nous lui donnerions un thaler -i\ francs de notre la demi-journée qu'il nous avait rnn- |e tirai donc de ma poche un Huiler, que je lui mis dans la main. Notre sacristain prit la pièce, la retourna atlas ; iv. faces, en examina l'épaisseur, afin de bien s'a* Ile n était ni effacée ni rognée, la mit dans sa poche et tendit de nouveau la main. Cette fols, je la lui pris avec beaucoup de cordialité, «t. la lui serrant de toutes mes forces, je lui dis dan-- le meilleur allemand que je pus ■ 1. ' pauvre diable fit une grimace de possédé : et, pendant qu il décollait, a l'aide de sa main gauche, les doigts de sa main droite, en murmurant quelques mots que nous ne pûmes comprendre, nous remontâmes en v, .uni.' Au ii.ut d un quart de lieue, il nous vint une pensée, ce fut de demander a notre cocher s'il avait entendu ce qu'avait dit notre guide.

Oui, messieurs, nous répondit-il.

— Eh bien ?

— Il a dit qu'un thaler était bien peu de chose pour un homme qui, comme lui. avait support, dan* nn snil jour la i haleur, la pluie et la faim

..n devine quelle impression dut faire un pareil reproche

sur d. I. mouillés

mourant ci \u*«i demeurames-nous dans l'Insen-

la plus compli seulement la traduction de ces

parole ni naturellement a demander à notre

. s'U n'j avait pas une auberge sur la route que nous

Bei - réponse fut mte.

Deux heure a et da si nous

oipen.

ï a t il une auberge sur le i bataille de Lau-

one grande plaine où Rodolphe

' m. u la noblesse Pan 1339. .

le - i len ; et i ombien de lieues encore d'Ici à BerneT

— Cinq

i i thaler de trtnhgclâ. si nous y sommes dans denx

h. val au galop avec une ardeur que

la null ilentlr, et, une heure et demie après, du

agne de BùmpUtz, nous vîmes éparpillées

vers luisants sur une

de la capitale du canton berno

Au l minutes, notre voiture S'arrêta dans la i DUT

de i h

par plu- 1, i s de î olx nous

ir. \.,u* mimes le ne/ a la

devant 1 I

que non* Il matl-

. ■ ■ u i Ittoresque de

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ijours

1 1 llgleux de* traditions • * Te in dommage de ma

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EN SUISSE

pointu; la femme île Fribourg, qui tourne trois autour de sa tète nue les na1 ci ux, dont elle

sa seule coiffure ; la \ a a qui vient par le mont

Oemml, avec son chignon de marquise et son petit chapeau de velours noir, d'où pend jusque sur son épaule un large ruban brodé d'or . enfin, au milieu d'i 11 - - la plus •use de toutes, la Bernoise elle-même, avec sa petite calotte de paille jaune, chargée de Heurs comme une corbeille, posée coquettement sur le côté de la tête, et d'où Plient par derrière deux longues tresses de cheveux blonds; son nœud de velours noir au cou, sa chemisi forges manches plis ées et son i rsage brodé d'argent.

Berne si grave, Berne si triste, Berne la vieille ville, semblait, elle aussi, avoir mis ce jour-là son habit et ses bijoux de fête : elle avait sciué ses femmes dans les rues comme une coquette des Heurs naturelles sur une robe de bal. Ses arcades sombres et voûtées, qui avancent sur le rez-de-chaussée de ses maisons, étaient animées par cette foule qui passait leste et joyeuse, se détachant par les tons vifs de ses vêlements sur la demi-teinte de ses pierres grises -, puis, de place en place, rendant plus sensible encore la légèreté des ombres bariolées qui se croisaient en tous sens, des groupes de jeunes gens avec leurs grosses têtes blondes, leurs petites casquettes de cuir, leurs cheveux longs, leurs cols rabattus, leurs redingotes bleues plissées sur la hanche ; véritables étudiants d'Allemagne, qu'on croirait â vingt pas des universités de Leipsick ou d'Iéna, causant immobiles où se promenant gravement deux par deux, la pipe d'écume de mer à la bouche, et le sac à tabac, orné de la croix fédérale, pendu à la ceinture. Nous criâmes bravo de nos fenêtres, en battant des mains comme nous 1 aurions fait au lever de la toile d'un théâtre sur un tableau admirablement mis en scène ; puis allumant nos cigares, en preuve de fraternité, nous allâmes droit à deux de ces jeunes gens pour leur demander le chemin de la cathédrale.

Au lieu de nous l'indiquer de la main, comme l'aurait fait un Parisien affairé, l'un des deux nous répondit en français largement accentué de tudesque : « Par ici; » et, faisant doubler le pas à, son camarade, il se mit à marcher devant nous.

Au bout de cinquante pas, nous nous arrêtâmes devant une de ces vieilles horloges compliquées, à l'ornement desquelles un mécanicien du quinzième siècle consacrait quelquefois toute sa vie... Notre guide sourit. — Voulez-vous attendre ? nous dit-il, huit heures vont sonner.

En effet, au même instant, le coq qui surmontait ce' petit clocher battit des ailes et chanta trois fois avec sa voix automatique. A cet appel, les quatre évaugélistes sortirent, chacun à son tour, de leur niche, et vinrent frapper chacun un quart d'heure sur une cloche avec le marteau qu'ils tenaient à la main ; puis, pendant que l'heure tintait, et en même temps que le premier coup se faisait entendre, une petite porte, placée au-dessous du cadran, s'ouvrit, et une procession étrange commença â défiler, tournant en demi-cercle autour de la base du monument, et rentra par une porte parallèle qui se ferma, en même temps que la dernière heure sonnait, sur le dernier personnage qui terminait le cortège.

Nous avions déjà remarqué l'espèce de vénération que les Bernois professent pour les ours ; en entrant la veille au soir par la porte de Fribourg, nous avions vu se découper dans l'ombre les statues colossales de deux de ces animaux, placées comme le sont â l'entrée des Tuileries les chevaux domptés par des esclaves. Pendant les cinquante pas que nous avions faits pour arriver â l'horloge, nous avions laissé à notre gauche une fontaine surmontée d'un ours, portant une bannière à la main, couvert d'une armure de chevalier, et ayant à ses pieds un oursin vêtu en page, marchant sur ses pattes de derrière et mangeant une grappe de raisin â l'aide de ses pattes de devant. Nous étions passés sur la place des Greniers, et nous avions remarqué, sur le fronton sculpté du monument, deux ours soutenant les armes de la villi comme deux licornes un blason féodal; de plus, l'un d'eux versait avec une corne d'abondance les trésors du commerce à un groupe de jeunes filles qui s'empressaient de les recueillir, tandis que l'autre tendait gracieusement, et en signe d'alliance, la patte à un guerrier vêtu en Romain du temps de Louis XV. Cette fois, nous venions de voir sorti!- ') une loge nne procession d'ours les uns jouant de la

clarinette. les antres du violon, celui-ci de i i basse, celui-là de la cornemuse; puis, à leur suite, d'autres ou î'épée au côté, la carabine sur l'épaule, marchant gravement, bannière déployi i ipi raux en serre-file II y 'avait, ou l ivi uei de quoi éveiller no i aussi étions □ ■ di note- Ame. Nos Bei ibltués à ce spectacle, riaient de nous voir rire, et, loin de s'en formaliser i iraissaiem enchantés de notre bonne humeur. Enfin, dans un moment de répit, nous leur demandâmes à quoi tenait cette reproduction continuelle d'animaux qui, par leur espèce et par leur forme, n'avaient pas jusque-là passé pour des modèles de grâce ou de politesse, et si la ville

quelque motil partiel m m que pour leur peau i . tiair.

tu nous répondirent que ,.,. ae La

ville.

Je me rappi lai alors [u'il y a i un saint

"m - sur p. , alendrie sul ujours

■ onnu pour appartenir par

par son nom il pai tti e des; d ailleurs, il é le .i i n lis polim -m i obseï - i

il- nous répondirent que c'était paj i

vaient de la langue française, qu'ils ni ient ré-

que les ours étaient le, patrons de la vi les parrains ; mais que. quanl 'i're, H • un droit incontestable, puisqui i i

eux ci11 • leur nom à Berne. En effet

qui en allei berr, veut dire ours. La plai-

santer! on le voit, levenait de plus en plus com-

i leux qui pariait le mieux français, voyant

que nous en désirions .,,„. nous ofirit ue nou's la

donner en i a l'église. On devine qu'à l'af-

fût comme je l'étais de traditions et de légendes, j'acceptai avec reconnaissance. Voici ce que nous raconta notre cicérone :

La cité de Berne tut fondée en 1191, par Berthold V, duc de Zœrlngen. A peine fut-elle ai I di murailles

et fermée de portes, qu'il s'occupa de chercher un nom pour la ville qu'il venait de bâtir, avec la même sollicitude qu'une mère en cherche un | vient de mettre au monde. Malheureusement, il parait que 1 imagination n'était pas la partie brillante de l'e prit du noble seigneuvr. car, ne pouvant venir à bout de trouver ce qu il cherchait, il rassembla dans un grand dîner toute la noblesse des environs. Le diner dura trois joui i i bo quels rien de positif n'était encore arrêté pour li bai de l'enfant, lorsqu'un des convives proposa, pour en finir, de faire le lendemain une grande chasse dans les montagnes environnantes, et de donner à la ville le nom du premier animal que l'on tuerait. Cette proposition fut reçue par acclamation.

Le lendemain, on se mit en route au point du jour. Au bout d'une heure de chasse, de grands cris de victoire -e firent entendre; les chasseurs coururent vers l'endroit d'où ils partaient un archer du duc venait d'abattre un cerf.

Berthold parut très désappointé que l'adresse de l'un de ses gens se fût exercée sur un animal de cette espèce. Il déclara en conséquence, qu'il ne donnerait pas . -a bonne et forte ville de guerre le nom d'une bête qui était le symbole de la timidité. De mauvais plaisants prétendirent que le nom de la victime offrait encore un autre symbole, que leur seigneur oubliait à dessein de relater, quoique ce fût. peutelui qui lui inspirât le plus de répugnance : le duc Berthold était vieux et avait une jeune et jolie femme

Le coup de l'archer fut donc déclaré non ivej t l'on

se remit en chasse.

Vers le soir, les chasseurs recontrèrent un ours.

Vive Dieu! c'était la un Pète dont le nom ne pouvait compromettre ni l'honneur d'un homme ni celui d'une ville. Le malheureux animal fut tué sans miséricorde, et donna a la capitale naissante le baptême avec son sang. Aujourd'hui encore une pierre élevée a un quart de lieue de Berni près de la porte du' cimetière du Muri-Stalden, constate l'authenticité de cette étymologie par une courte, mai- pré cise inscription. La voici en vieux allemand

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