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LE LAC DE THUN

La seconde journée que nous passâmes à Berne fut consacrée â visiter la ville, matériellement parlant. Notre excursion investigatrice de la veille en avait écrémé tout le pittoresque et toute la poésie.

Après la cathédrale, dont nous avons parlé, il nous restait encore à voir, en fait de monuments, l'église du Saint-Esprit, l'Arsenal, la Monnaie, les greniers publics, l'hôpital et l'hôtel de l'Etat, où résident les avoyers et les trésoriers. Toutes ces bâtisses datent de 1718 et 1740 ; c'est dire que tous les itinéraires les recommandent aux voyageurs comme de magnifiques constructions, et que tous les artistes les regardent comme d'assez pauvres baraques.

Nous partîmes de Berne à sept heures et demie du soir ; la route jusqu'à Thun est une des moins montueuses et des plus faciles de toute la Suisse. En général, les chemins des cantons de Vaud, de Fribourg et de Berne sont admirablement tenus ; et comme le gouvernement de ces cantons a eu le premier, je crois, entre tous les gouvernements du monde, cette pensée que les grandes routes étaient faites non seulement pour les gens en voiture, mais encore pour les piétons, il a fait placer de distance en distance des bancs comme sur une promenade, et près de ces bancs une colonne tronquée, sur laquelle les colporteurs peuvent déposer et recharger leur fardeau.

Deux heures après notre départ, la nuit nous enveloppa, mais de cette ombre transparente qui indique le lever de la lune ; elle était cependant encore invisible pour nous. La grande famille des glaciers, spectres immobiles et mélancoliques qui fermaient l'horizon et regardaient dormir la plaine, s'élevait entre elle et nous ; bientôt cependant leurs cimes se colorèrent d'un léger reflet d'argent mat qui devint de plus en plus vif. Alors, et directement derrière la tète neigeuse de l'Eïger. apparut, échancré par la montagne, un globe de feu quïm aurait pu croire un de ces fanaux de guerre qui appelaient la vieille Suisse aux armi après il reprit sa forme sphérique, parut reposer ment sur l'extrémité de la pointe aiguë, comm ' Elme au bout d'un mât ; puis enfin, se balan aérostat qui fuit la terre, il prit son vol lent et silencieux vers le ciel.

Nous continuâmes ainsi notre route au milieu de tous les fantastiques enchantements de la D lit, sa ■»e un

instant la muraille de neige vers laquelle m Ions, et

de laquelle nous arrivaient, quo- [ui S éloi-

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■ .1 ■ s autres par-

ia petite Bourgogne, qui était toujours soua même race, fut érigée en royaume, et la reine Bertne, dont nous avons vu a et le lombeau. y régnaient vers le Xe sièi lis les mœurs slmpl gleuses qui les avaient

Immortalises Biw place an luxe ei à I impiété. La

e qui leur sseurs

d'or et de plaisir), et

Ltir sur les rives du lac,

I ifin, la licence et 1 im-

in tel degré, dans ce petit royaume,

que la mis- que sa perte fut ré-

[uence, llric. le dernier seigneur de cette

ayant, le ■ mari -- iv; a une

, -.■ :■ i une ". d'un

seul coup d< ter toute cette petite llottille. Dn

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la roue du char et les soixante-sept che- Oncqaes n'en entendit repars. rip'ion gravée sur le roc indique l'endroit du lar qui fut témoin de cet événement S . - 3SI •■■ I •

raglque. le ciel para (aire un mi-

iu même genre que celui qui avait éteint la famille royale de siratlingen. Le jour s'était obscurci, les nuages iuellem.nt et nous dérobaient les rimes blani lies de la Blumlisalp et de la Yungtrau : ils s'étendaient ensuite sur la .haine de montagnes moins élevée qui formait 1 in du tableau, tronquant leurs formes pour leur il 5 plus bizarres et les plus inconnus; le Nie i ml qui s'élève dan- dj Ions parfaites â la hauteur de cinq mille avec une complaisance parfaite aux jeux les plus fantasques de res K enfin

-on sommet

aigu. ,! sur ses larges : rit la

dune perruque a \l\ ; puis.

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poitrine et s'y nouer comme une cravate

I ? ahais saut peu à \ . mem la tèie du géant

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.. urait invité tiiua.

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qu'elle avait enlevée aux dont elle d i fis remar-

iai me répondit d'une voix l.rève. et

en, et je vm nous donner une si nous n'avons pas 1,

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qui avaient rompté sur cet abri pour les en gai Hoti m n lonrna i

EX SUISSE

— Voulez-vous en faire autant que mon chapeau? leur dit-il.-. Non Eh bii n, laissez-nous faire et tenez-vous tranquilles.

En effet, il était bien visible que nous n'aurions pas le temps de joindre l'abri que les rochers nous offraient, quoique nous n'en fussions plus éloignés que de cinquante pas: le vent nous gagnait de vitesse, et il noirs annonça son approche par les sifflements aigus de ses pi liftées charle neige. Au même moment, notre petit bateau bandai snr l'eau tomme une pierre à laquelle un entant fait faire des ricochets : nous étions au milieu de 1 ouragan ; notre petit océan se donnait des airs d'avoir une tem

Cependant la chose était plus sérieuse qu'on ne pourrait le croire au premier abord ; à 1 endroit même où nous étions, et pendant le dernier hiver, un bateau chargé de bois s'était engli uti. et les bateliers ne s'étaient sauvés qu'en montant sur la pyramide que formait leur cargaison ; ils avaient passé la nuit sur cette éminence, qui, le matin, entourée de glaçons que la gelée de la nuit avait consolidés autour d'elle, s'était trouvée le centre d'une petite île polaire. Ce ne fut qu'après être restés vingt-quatre heures dans cette situation que d'autres bateliers vinrent les secourir.

Quant a nous, nous n'avions pas même cette chance de salut ; c'est ce que le pilote nous fit parfaitement comprendre en me demandant à demi-voix :

— Savez-vous nagi c

Je compris parfaitement, et, sous prétexte que, n'ayant que ma blouse, je ne voulais pas l'exposer à être mouillée, je me débarrassai de 1 espèce de fourreau dans lequel elle m'emboîtait, et je me tins prêt â tout événement.

Nous en fumes cependant quittes pour la peur ; notre bateau, toujours emporté par le vent, qui, le prenant en travers, avait l'air de vouloir le retourner, traversa ainsi le • lac dans toute sa largeur, et aborda sans accident à la pointe de la Nase, au-dessous de la grotte de Saint-Beat.

En mettant pied à terre, je remerciai la tempête au lieu de lui garder Tancune ; grâce a elle, je pouvais faire un pèlerinage au Saint-Beaten Hohle, que je n'aurais pas eu l'occasion de visiter. Je payai donc mon passage a notre pilote, et lui déclarai que, n'ayant plus qu'une lieue et demie à parcourir pour arriver à Xeuhaus, où l'on trouve des voitures pour Interlacken, je ferais le reste du chemin à pied.

L'orage dura encore une demi-heure à peu près, pendant laquelle nous trouvâmes un abri dans une cabane bâtie à la base de la côte. Ce temps écoulé, le ciel s'éelaircit, le lac cessa de bouillonner, et notre embarcation se remit en route, tandis que je commençais mon ascension, accompagné d'un gamin qui s'était offert pour me servir de guide.

J'appris de lui. chemin faisant, que la grotte que nous allions visiter avait servi de demeure â saint Beat, qui vint s'y établir au in« siècle. Il l'avait conquise lui-même sur un dragon qui y faisait sa résidence, et auquel il ordonna de laisser la place libre, ce que l'animal docile fit aussitôt. La légende dit qu il était originaire d'Angleterre et d'une illustre naissance. Avant d être converti et baptisé à Rome sous l'empereur Claude, il se nommait Suétone ; c'est de cette ville qu'il partit avec son compagnon, qui avait changé aussi son nom d'Achates en celui de Just, afin de venir prêcher le christianisme à l'Helvétie. Il y fit promptement de nombreux néophytes, dont un miracle doubla encore 'e nombre. Un jour que des bateliers refusaient de conduire saint Beat de l'autre côté du lac. au village d'Einigen, où il était attendu par une grande foule de peuple, il étendit son manteau sur le lac. et. montant dessus, il fit sur cette frêle embarcation les deux lieues qui le séparaient du village où il était attendu : dès lors, toute la contrée fut soumise à la parole de l'homme dont la mission céleste s'était manifestée par une telle merveille.

Le chemin de la grotte, comme si le saint l'eût choisi par allusion à celui du ciel, n'est rien moins que facile ; il est entrecoupé par de nombreux ravins : mon petit bonhomme de guide me montra lun deux, que les habitants nomment le Flocksgraben, et me raconta qu'un homme, voyageant de nuit, y était tombé, il y a quelques années, avec son cheval. Le malheureux se cassa les deux jambes dans cette chute, et poussa de tels cris, qu'on l'entendit de l'autre côté du lac. quoique les rives fussent distantes d'une lieue; dans lattente du secours, mourant de soif, comme il arrive presque toujours dans les cas de fracture, et ne pouvant bouger de la place où il était tombé, il avait, trempele bout de son manteau dans le ruisseau qui coulait au-dessous de lui, et l'avait ensuite sucé pour se désaltérer.

Nous parvînmes cependant, sans que rien de pareil nous arrivât, jusqu'à l'ouverture de la grotte, ou plutôt des grottes, car la caverne a deux orifices. De la plus basse de ces deux voûtes sort la source du Beatsnbach ruisseau de Saint- Beat), qui se précipite en grondant entre les rochers. C'est au bord de ce ruisseau que le saint expira, âgé de quatre-vingtdix-huit ans : son crâne fut conservé dans la caverne voisine, et offert, jusqu'en 15-28, â la vénération des fidèles ; à •cette époque seulement, deux députés du grand conseil de

la \ il le de Dénie, qui venait d'aï réformatio

ci : . r à Interlacken

nholiques n'en ayant pas sa ontinué leurs pi

i ; ■. on en ni • ■■ en 1566: elle a été

rouverte depuis cette voûte peut ?oir trente pieds à peu pris de profondeur sur quarante Inq de large.

cotte du misse; énérée, est plus

curieuse; les arcades par lesquelles 11 rivi quoi-

qu'en - n graduellement, offrent un chemin pi

ble pendant le six cents à six i cinquante

[ait aucun des préparatifs nécessaireiventurer dans ce gouffre ; d'ailleurs, les eunous faits, la chose fut bientôt impossible.

En effet, ; i ions-nous eu le temps de visiter r

de la grotte, qu il me sembla que le bruit qu'on entendait dans les profondeurs augmentait graduellement. J ' , la remarque a mon petit guide, qui écouta avec attention puis qui, sans me dire autre chose que ces mots la revue de sauvons-nous! > prit ses jambes

cou. Je ne savais pas ce que c'était que la revue de Seefeld

ait de si bon cœur, que je me mis â courir ' rière lui. sans savoir où j'allais, ni ce que je fuyais. Il s'ar rèta, je m'arrêtai. Nous nous regardâmes, il se mit a rire.

Je crus que le drôle s'était moqué de moi, et je venai> de le prendre par l'oreille pour lui témoigner le peu de goût que je prenais a ces sortes de plaisanteries, lorsque, dant la main vers la caverne, il me dit ;

— Regardez !..

Je jetai les yeux dans la direction qu il m'indiquait fus témoin d un phénomène don parut fa-

cile ; la gueule de la grotte était près ement rem

plie par le torrent, dont le volume avait plus que triplé. C'était le bruit de cette eau qui accourait que nous avions entendu, et son augmentation était due â l'eau de l'orage, qui avait filtré a travers les fentes du rocher et grossi celle de la source : si nous avions été avancés de cent pas seulement dans la caverne, nous n'aurions pas eu le temps de fuir ■. quant au nom de revue de Seefeld, par lequel on désigne cet accident, qui se renouvelle à chaque orage nouveau, mon guide m'expliqua qu : i la fois du nom du pâturage qui forme le sommet de la montagne, qu'on appelle Seefeld. et de la ressemblance du bruit qu'il produit avec celui que feraient des décharges de mousquetei tremêlées de coups de canon. Il m'assura que ces e de détonations s'entendaient de deux lieues.

Ces explications données, nous primes congé du Beaten Hohle, et nous nous mîmes en route pour Xeuhaus, où nous arrivâmes sains et saufs, et où je trouvai une petite voiture qui, moyennant la somme de un franc cinquante centimes, me conduisit à Interlacken. J'y trouvai nos passage] core très peu remis de leur frayeur, et qui allaient se mettre à table On des voyageurs cependant masquait à l'appel: ce pauvre diable avait pris une telle peur, que, en mettant le pied à terre, il fut atteint d'une lièvre qui ne lavait pas encore quitté lorsque je revins, cinq jours après, de mon excursion dans la montagne.

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