‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 121 sur 283 · LE PONT DU DIABLE · texte numérisé non relu

LE PONT DU DIABLE

obtenu d'elles la per- 1 lin matin .le me présentai

il. Vl-lli]0S

lent tout à fait remises de leur mauvaise route et

EN SUISSE

'.il

de leur mauvais dîner; 11 n'y avait que M. Kcefford qui, ayant passé la nuit au milieu de irtes et de ses Itiné-

raires, paraissait beaucoup ptu^ rai gué que La veille.

C'était un singulier homme que notre chambellan ! ponctuel comme l'étiquette, monté comme une horloge, et réglé comme une romance. Avant de partir de Copenhague, il avait compulsé tous les voyageurs qui ont écrit sur la Suisse, consulté toutes les cartes des vingt-deux cantons, et avait fini par se tracer, jour par jour, au sein de la république Helvétique, un itinéraire dont il ne s'était encore écarte ni d'une heure ni d'un sentier.

Sur cet itinéraire, il y avait que, le 2S septembre, il devait descendre dans l'Oberland, en traversant le Grimsel. Il est vrai qu'il n'y était pas question de l'orage qui avait empêché ce projet, tout simple d'ailleurs, de s'exécuter comme l'avait espéré M. Kcefford.

Or, nous étions au 29 septembre au lieu d'être au 28, nous nous trouvions dans le Valais, au lieu de nous trouver dans l'Oberland, et les guides déclaraient qu'après la tempête de la veille le passage du pont Gemmi était seul praticable, et qu'il fallait renoncer à celui du Grimsel. La chose était fort égale à M- et à madame Brunton, mais elle bouleversait toute l'existence de M. Kcefford.

Je fis tout ce que je pus pour lui rendre son courage ; je lui dis que le passage du Gemmi était beaucoup plus curieux que celui du Grimsel, et que ce n'était, à tout prendre, qu'un retard d'un jour.

— Et croyez-vous, me dit-il d'un air désespéré, que ce n'est rien qu'un retard d'un jour? d'être obligé de taire le lundi ce qu'on croyait faire le dimanche, de marquer une heure et d'en sonner une autre, comme une pendule dérangée?

Madame Brunton, son mari et moi, limes ce que nous pûmes pour consoler le pauvre chambellan ; mais il était comme Rachel pleurant ses fils. Quant à sa femme, qui connaissait son caractère, elle n'osait hasarder un mot.

Cependant, comme il n'y avait pas d'autre parti à prendre. M. Kcefford se décida a subir un retard de vingt-quai iv heures et a passer le Gemmi. Je le quittai donc à peu près calme, sinon tout à fait résigné.

Depuis notre retour à Paris, j'ai su, par une lettre de notre malheureux ami à M. Brunton, qu'il n'était arrivé à Copenhague que le premier janvier au soir, au lieu du 3u décembre, il rivait manqué sa visite du jour de l'an au roi de Danemark, et avait failli perdre sa place de chambellan.

Quant à moi, qui heureusement n'avais de visite à rendre à aucun roi, je baisai la main de ces dames, et me mis en route avec Francesco.

C'était un brave enfant et tut bon compagnon, joyeux et insouciant, toujours d'une humeur libre, plus fort que ne l'est avec cinq ans de plus un jeune homme de nos villes, vif comme un lézard et léger comme un chamois.

Nous marchâmes deux heures à peu près, suivant toujours les bords escarpés du Rhône, qui de fleuve était devenu torrent, et de torrent devint bientôt ruisseau, mais ruisseau capricieux et fantasque, annonçant dès sa source tous les écarts de son cours, comme les bizarreries d'un enfant annoncent à l'aurore de la vie les passions de l'homme.

Enfin, au détour d'un sentier, nous aperçûmes devant nous, remplissant tout l'espace compris entre le Grimsel et la Furca, le magnifique géant de glace, la tête posée sur la montagne, les pieds pendants dans la vallée, et laissant échapper, comme la sueur de ses flancs, trois ruisseaux qui, se réunissant à une certaine distance, prennent, dès leur jonction, le nom de Rhône, que le fleuve ne perd qu'en vomissant ses eaux à la mer. par quatre embouchures, dont la plus petite a près d'une lieue de large.

Je sautai par-fi trois ruisseaux, dont le plus fort

n'a pas douze pieds d'une rive à l'autre. Cet exploit terminé, nous commençâmes à gravir la Fiirca.

C'est une des montagnes les plus nues et les plus tristes de toute la Suisse. Les habitants attribuent son aridité au choix que fit le Juif errant de ce passage pour se rendre de France en Italie J'ai déjà dit qu'une tradition raconte que, la première fois que le réprouvé franchit cette montagne, il la trouva couverte de moissons, la seconde fois de sapins, la troisième fois de neige.

C'est da.ns ce dernier état que nous la trouvâmes aussi. Arrivés à son sommet, je remarquai que cette neige était, de place en place, mouchetée de taches rouges comme un immense tapis tigré ; je vis, en approchant, que ces taches étaient produites par des sources qui venaient sourdre à la surface de la terre : je pensai qu'elles devaient être ferrugineuses, et je les goûtai. Je ne m'étais pas trompé : c'était la rouille qui donnait à la neige cotte teinte rougeâtre qui m'avait étonné d'abord.

Pendant que j'examinais ce phénomène, et que je cherchais à m'en rendre compte, Francesco vint à moi, et, d'un air assez embaiiassé, me demanda ma gourde, qu'il s'était chargé de faire remplir le matin à Obergestelen, et dans laquelle il avait versé du vin au lieu de kirchenwasser. Je

m'étais aperçu de cette méprl ■ en route seulement, et je i. avala pu deviner pour quai m avait ainsi

manqué aux instructions que je lui . fais données; mais comme la liqueur substituée à celle que Je buvais habituellement était un «scellent vin d'i ali , je n'avais pas considéré cette infraction a mas oi tnme un grand malheur.

Francesco, en me demandant ma gourde, ramena ma pensée sur ce petit incident, que j a i oublié. Je crus an ave d'hî giène personnel! j >rer le vin d'Italie à l'eau de cerises des Alpes, et qu'il allait, en portant ma gourde à sa bouche, me donner une preuve de cotte préférence. Je le suivis donc du coin de l oeil, tout en ayant l'air de ne le point regarder, mais cependant sans perdre de vu< un seul de ses mouvements.

Rien de ce que j'avais soupçonné n'arriva: Francesco alla se placer sur la crête la plus élevée de la montagne, et, à cheval pour ainsi dire sur les deux versants, il fit deux fols le signe de la croix, une [ois tourné vers l'occident et l'autre fois vers l'orient; puis, versant du vin dans le creux de sa main, il jeta en l'air le liquide, qui retomba autour de lui

comme une pluie d bague goutte I sur la neige

une petite tache rouge, assez pareille par la couleur aux grandes taches dont je vénal ouvria la cause. Enfin,

cette espèce d'exorcisme achevé, Francesco me remit la gourde, sans avoir même pensé à l'approcher de ses lèvres.

— Quelle cérémonie d'enfer vieas-tu de faire? lui dis-jt en replaçant la gourde à mon côt

— Ah ! me répondit-il. c'est une précaution pour qu'il ne nous arrive pas d'accident.

— Comment cela?

— Oui: nous sommes sur la route d'Italie, n'est-ce pas? c'est par ici que passent les vins qui descendent du Saint- Gothard et qu'on envoie en Suisse, en France ou en Allemagne; ces vins sont renfermés dans des barriques, et conduits par des muletiers italiens qui. presque tous, sont des ivrognes. Comme la Furca est la montagne la plus fatigante qu'ils aient à gravir pendant tout le chemin, c'est aussi pendant cette montée que le démon de l'ivrognerie les tente, et arrive ordinairement à son but en leur faisant percer les tonneaux qui leur sont confiés, et qui de cette manière arrivent rarement pleins à leur destination. Vous concevez que de pareils hommes, dépositaires infidèles pendant leur vie. ne peuvent entrer dans le séjour des honnêtes gens après leur mort- Leurs âmes en peine reviennent donc errer la nuit à l'endroit même où la tentation les a vaincues : ce sont elles qui, tout imbibées encore du vin dérobé, font, en se posant sur la neige, ces taches rouges éparses.de tous côtés; ce sont elles qui. pour se distraire, poursuivent le voyageur avec la tempête, qui font glisser son pied au bord du précipice, qui l'égarent le soir par des lueurs trompeuses. Eh bien, il n'y a qu'un moyen de so rendre ces âmes favorables, c'est de leur jeter, en faisant le signe de la croix, quelques gouttes de ce vin qu'elles ont tant aimé pendant leur vie, qu'il a été pour elles une cause de damnation éternelle après leur mort. Voilà pourquoi j'ai fait mettre dans votre gourde du vin au lieu de kirchenwasser.

Cette explication me parut si satisfaisante, que je ne trouvai d'autre réponse à faire que de renouveler pour mon compte l'opération que Francesco venait de faire p 'ur le su ii. et je ne doute pas que ce ne soit à cette précaution antidiabolique que nous dûmes d'arriver sans accident aucun à Réalp. petit village situé à la base de la terrible montagne.

Nous ne fîmes à Réalp qu'une halte d'une heure, et nous continuâmes notre route jusqu'à Andermatt. Chateaubriand et M. de Fitz-James y étaient passés quelques jours auparavant, et l'hôte me montra avec orgueil les noms des deux illustres voyageurs inscrits sur son registre.

Le lendemain matin, je fis prix avec un voiturier qui ramenait une petite calèche à Altorf. Toute notre discussion roula sur le droit que je me réservais d'ail : quand

bon me semblerait: le brave homme ne pouvait comprendre que je louasse une voiture â la condition de ne pas monter dedans.

Enfin, je lui fis comprendre, grâce a mon interprète Francesco, que, désirant voir en détail i irties de la route, une course trop rapide ne me P - ' "• Pas de me livrer à cette investigation Ci nous nous mîmes en marche, en prenant la route nouvelle du Saint- Gothard à Altorf.

Cette route, profitable surtout au canton d'Uri, a été exécutée par lui, avec l'aide de ses frères les plus riches: les cantons do Berne, de Zurich, de Lucerne, de Bâle, lut ouvrirent généreusemeni Minier appel, et lui prêtèrent, entre eux, et i ts, finit millions, qu'il acquitte religieusement en leur rendant une somme annuelle de cinq cent mille francs.

A peine fus-je à un .j.. iû lieue d mat j'usai

du privilège d'ail* r à, piejJ M fl ' i :,|i <ies

ALEXANDRE DUMAS ILLUSTRi

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i pieds et di - mains le gui i le douvi an lai igers, mais encore son d

hardiment d'une rive à g i ii franchissent d'une seule i

■ lie. celle du pont monte pieds de haut et vingt-cinq de large; du nu 1 1 :.. cinq .-m

is moins Le plus eftrayant

i i|, i- La tradition u laque! eut-être une

plus curieuses de toute la Suis-' toute

lire té.

t.i B( ai qui i un Ut creusé à soi

de profondeur entre des rochers coup* - à pic, Interceptait toute communication entre les habitants du val Cornera et ceux ■ dire entre les <

et les gens d'Url '■ Ion de continuité caui

m Ils rassemii leurs plu architectes, qu'a frais i .mmuns

rlvi .m autre, assez solides pour qu'ils résistassent plus d'un an l

■ de ce genre , La fin

donnait i i si olr que, outes i es attaques, loi ■ u bailli di i que le i

nouveau lu

écria U bailli, qui puisse nous un.

11 'les, qu'un domestique an-

— Fa le bailli.

i i de txentea la manière alli mandi

luit de couleur rouge, un just

laquelle une grande plume

par ses ondulations une gi ■ partl-

antli ii'.uii sur

n me ils le lin ms plu-

de Louis \n. et un grand

i aevad

mi dans un illli mit ses pieds

mi ni li siens sur

la lu

donc

— Pour i i:h bien ?

Ni

— Ah ' ah : fit

— Ti

i ii bien, n ne a ai U don

i continu

u u bailli

uveau, mais c'est toul us pouvons faire.

— Lh : qui reprit Satan; j'en

niant! je veux. Tenez.

11 prit un charbon tout i i du feu, comme

il eut pris une praline dans une bonbonnière.

— Tendez la main, Uu-il au bailli.

Le bailli hésitait.

N ayez pas peur, - itan.

El il lui mil entre les doigts un lingot d'or le plus pur,

ssi froid que s'il fût sorti de la mine. Le bailli le tourna et le retourna en tous sens; puis 11 voulu) le lui rendre.

Non gardez, reprit Satan en passant d un air sul-

hsani une de ses jambes sur l'autre; c'est un cadeau que Je vous fa

— Je comprends, dit le bailli en mettant le lingot dans son escarcelle, que, si l'or ne vi u pas plus de peine à faire nez autant qiion vous paye avec une autre monnaie; mais, comme je ne - le qui peut vous être agréable, je vous prierai de faire vos conditions vousmême.

Satan réfléi lui un instant.

— Je désire que l'âme du premier individu qui passera sur ce pont m'appartienne, répondit-il.

— Soit, dit le bailli

— Kédigeons lacté, continua Satan.

— Dictez vous-même.

Le bailli prit une plume, de ! du ] ipier, et se

prépara à écrire.

i minutes après, un sous-seing [orme, lait

double <-•( <(c bonne foi, était signe par Satan en son propre nom, et par le bailli au nom ci comme fondé de pouvoirs de

n- Le diable s'ei

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