LANCELOT
Le Trou d'Uri.
qu'il fouilla à - elle, il se brûla vigoureusement
les doigts : c'était le lingot qui était redevenu charbon.
Le pont subsista cinq cents ans, comme l'avait promis le diable.
si ion veut chercher la vérité cachée derrière ces voiles mystérieux, mais transparents de la tradition, ce sera surtout lorsqu'il sera question de ces grands travaux attribués .1 1 ennemi du genre humain qu'elle sera facile a découvrir. Ainsi, presque partout en Suisse il y a des chaussées du diable, des ponts du diable, des châteaux du diable, qu'après une investigation un peu sérieuse on reconnaîtra pour des ouvracre, romains. Contre l'exemple des Grecs, qui, dans leurs Invasions détruisaient et emportaient, les Romains, dans leurs enquêtes, apportaient et bâtissaient. Aussi, à peine l'Helvétie fut-elle soumise par César, qu'une tour s'éleva à Nyon (Novidunwn), un temple à Moudon /Mus Dm,,,: l'une voie militaire, aplanissant le
sommet du Saint-Bernard, traversa l'Helvétie dans sa plus
ans; puis un jour apparurent sur les m." nou-
veaux peuples, venus on ne sail d ou unades
cherchant une patrie, s'établissant sel leurs femmes et leurs enfants, là où 11 bien,
1 1 ant limant eux ave le rei du monde comme les berger- aux avec le
bois de la houlette, et faisan os que
avait adoptées pour ses fil aine de
Dieu poussa vers l'Helvétie "llds et les
Allemaniii ils s établirent depuis Gen L Conî
puis Baie Jusqu'au S incul-
tes et sauvages 1 ommi
rent sal I tJ 1 nnement en face des monuments que la civiiisatii.n romaine 1 ■ ipables de proi
de par 1 ■•s, leur orgueil pie des
hommes les avaient produites, et toute œuvre qui leur parut au-dessus de leurs forces fut 1 !UX-cl
omplalsantè coopération de lennemi des hommes.
. , ,.. . .. lx Ue
ette n-
i nom jeune fllle
lança, sans
risque de se
le la jeune
seul maître de
■e Claude
ir et l'abîme qu'il fran-
leur.
river aper-
1 un des "■
' i terre de la Fabl légendes diab.
,1- une épopée tout et i«e, accomplie par une nation
î fîurclen. sur l'autel «le iic-me où nacp:it Guillaume
XMX
une \< iieb
i h us pris congé de
;r fait I .lu DiabU et le saut <lu :
us bonne mémoire, en vue
1er duquel nous
de w aller Furst, l'un
de la Suisse Depuis ce temps, nous
;i . lie/ d'autres
peupli -ml d'autn ; nous en avons rap-
-, souvenirs, qui i1 mai- qui
Dotre Helvétlt jt) des
!.vcs et ibuleux, i i terre
te montagne qui cet di
.liions
ciel SI co Mros poi
quelque familiers que BOUS
mi
1 leurs.
(h I II. I. '
ail eu Helvétii ■ d d! can-
Juanl a l'empereur, il poss i. nient
outrées, . les i omtes de
quantité considérable de villes, de forte-
qui font aujourd'hui partie des cantons
i ... Zug, Argovie, eu-., etc. Les autres
1rs « talent ceux i. i.itel et de Rapperscûfl >i.
i. i de fane 1 histoire individuelle de cette «muante, toujours en guerre et eu plais - le sang et l'or de ses vassaux, el
ut iliaque cime de montagne de tours et de fortemur les aigles de le ils s'abat-
pour y enlever l'objet de leur désir. qu'ils revenaient mettre en su; . les D - .t.'
eaux. Et que l'on ne croie pas que les laïques raient a ces dépréd.i I s puissants
; i onstance, de Ci lusanne Ti-
me manière, et les riches abbés de Sainti suivaient l'exe i liefs mitres,
comme la petite noblesse celle des hauts barons. Au milieu de «ette terre couverte «les laves et d'oppresi i Utes communes étaient restées libres ; c étaient celles d'I'ri. «le SchwlU et d'Dnterwald, qui, dès ISM, préïi.y.ui - de malheur el les i U Uleuses
nu '. s .-'aient réunies e mutuellement envers et contre toUi leurs personnes, leurs familles, leurs biens, et à s'aider, le cas échéant, par ■ ■ pal les armes. Cette alliance leur avait fait donner te nom d'Eldgenossen (t). c'est-a-dire allies par lit déjà alarmé de cette première démons- ■i hostile, voulut les forcer à renoncer a la prol de l'empereui leur seul suzerain, el de se soumettre à plus immédiate et p ■■■■■ i Habs-
bourg, afin <|ue. si aucun de ses fils lu au trône
de ces n - cela, échappaient a la noble maison des
Schwltz et Dnterwald avaient trop vu «piels 11 autour d'eux, pour être dupes d'une pareille i il- repoussèrent donc les
. 1 1- en fur. ut fait i paT les *
les pi . i ..i pas de la pro u de l'empereur régnant, ou, sel usitée
u ' parât point de l'Empire.
ri leur fit répondn gCte
mme enfants «le sa famille .royale, offrit des ' leurs principaux citoyens, et parla d'une création de dix
ommuni Hab rleu montagnards ré
nt que «e qu'ils demandaient étalent le maintien
de l.in non de nouvelles faveurs: alors
voyant qu'il n'y avait r .mmes
par la corruption, voulut voir ce qu'on. . faire
par la tyrannie: il leur envoya en conséquence «leux baillis
i il connaissait le caractère despotique et
emporti enl Hermann Guessler «le Brounelg et le
chevalier Berlinguer de Landenl aux baillis
s'établirent dan- le pays même des CO Ce que leur-.
■ aient jamais permis «te faire: T.andenherg
T'nterwalden. et Guessler, ne trouvant : jour «Hune
de lui dans le pauvre pays qui bu en partage.
r une foi laquelle il donna le nom ilTrf
ie mis a
d'Albert qui espérait à l'aide .le «ette
tyrannie déterminer les confé.L lier d'eux-
l 'Empire et a se mettre sous la «le la
i ■ conséquence, les péages furent aug-
i.liis petites fai par de fortes amen-
rat tes avec hauteur et mé] tern un Guessler faisait sa tournée dans le li s. huit?, il devant une maison que ion
.. et .mi appartenait à Werner Stauffaçher .lit-il i n uyer
l | .; .reilles
quand les i hauml pour
■ ^ et,
i; er au dessus de
noue
. le mer
i 'i.-mln.
er Stauffa sur le seuil de
aussi- OUT1 di r là leur ouvrage et de
I eux Ils obéi]
logia ilu met hugutti'il.
EN SUISSE
Lorsque Werner Stauffacher revint, il regarda av& nement cette maison solitaire, el demanda . sa femme pourquoi les ouvriers s'étaient retires, qui leur en donné l'ordre.
— -Moi. répondit-elle.
— Kl pourquoi cela, femme ?
— i'aive qu'une chaumière est tout ce qui! faut a des vassaux er
Werner poussa un soupir et eau faim et soif; il s'attendait er le dîner préparé. 11
S'assit à table ; sa femme lui servit du i ain et de l'eau et S'assit près de lui.
— N'y a-t-il plus de vin au cellier, plus de chamois dans les montagnes, plus de poissons dans le lac, femme? dit Werner.
— Il faut savoir vivre selon sa condition ; le pa l'eau sont le diner des vassaux et des serfs.
Werner fronça le sourcil, mangea le pain et but l'eau.
La nuit vint, ils se couchèrent. Avant de s'endormir, Werner prit sa femme entre ses bras et voulut 1 embrasser; elle le repoussa.
— Pourquoi me repousses-tu. femme ? dit Werner (l).
— Parce que des vassaux et des serfs ne doivent point désirer donner le jour a des enfants qui seront vassaux et serfs comme leurs pères.
Werner se jeta à bas du lit, se rhabilla en silence, détacha de la muraille une longue épée qui y était pendue, la Jeta sur ses épaules et sortit sans prononcer une parole.
Il marcha sombre et pensif jusqu'à Brunnen. Arrivé là, il fit prix avec quelques pècheuTS. traversa le lac. arriva deux heures avant le jour à Attinghausen, et alla frapper à la maison de Walter Furst, son beau-père. Ce vieillard vint ouvrir lui-même, et, quoique étonné de voir paraître son gendre à cette heure de nuit, il ne luf demanda pas la cause de cette visite, mais donna l'ordre à un serviteur d'apporter sur la table un quartier de chamois et du vin..
— Merci, père, dit Werner, j'ai fait un vœu.
— Et lequel?'
— De ne manger que du pain et de ne boire que de l'eau Jusqu'à un moment peut-être bien éloigné encore.
— Et lequel ?
— Celui où nous serons libres.
Walter Pirrst s'assit en face de Werner.
— Ce sont de bonnes paroles que celles que tu viens de dire ; mais auras-tu le courage de les répéter à d'autres qu'au vieillard que tu appelles ton père?
— Je les répéterai à la face de Dieu qui est au ciel, et à la face de l'empereur qui est son représentant sur la terre.
— Bien dit, enfant : il y a longtemps que j'attendais de fa part une pareille visite et une semblable réponse. Je commençais à croire que ni l'une ni l'autre ne viendraient
On frappa de nouveau : Walter Furst alla ouvrir, t'n Jeune homme armé d'un bâton qui ressemblait à une massue était debout à la porte; un rayon de lune éclaira en ce moment ses traits pâles et bouleversés.
— Mechtal ! s'écrièrent, à la fois Walter Furst et .Stauffacher
— Et que vlens-tu demander? continua Walter Furst. effrayé de sa pâleur.
— Asile et vengeance! dit Mechtal d'une voix sombre
— Tu auras ce que tu demandes, répondit Walter Furst. si la vengeance dépend de moi comme l'asile.
— Qu'est-H donc arrivé. Mechtal?
— Il est arrivé que j'étais à labourer ma terre, et que J'avais à ma charrue les deux plus beaux bœufs de mon troupeau, lorsqu'un valet de Landenberg vint à passer et s'arrêta ; puis après un instant, s'approchant de mon attelage :
« — Voilà de trop beaux bœufs pour un vassal, dit-il ; il faut qu'ils changent de maître.
• — Ces bœufs sont à moi. lui dis-je, et comme j'en ai besoin, je ne veux pas les vendre.
« — Et qui parle de te les acheter, manant!
« A ces mots il tira de sa ceinture un couteai] dépouiller le gibier et coupa les traits
« — Mais si vous me prenez cet attelage, comment ferai-. je pour labourer ma terre?
« — Des paysans comme toi peuvent bien traîner leur charrue eux-mêmes, s'ils veulent manger le pain, dont ils ne sont pas dignes.
« — Tenez, lui dis-je. 11 en est encore temps, si vous passez votre chemin, je v. .ne.
■ — Et où est ton arc nu ton arbali iarlep ainsi?
■ Il y avait près de moi un jeune arbre. Je le brisai.
« — Je n'ai besoin ni de l'un ni de l'autre, von- voyez que Je suis armé, lui dis-je.
Il) Qu'on me permette 'le rapporter la tradition -ni--, dans toute naïveté; c'est le seul moyen de lui conserver la cou
« — .Si tu fais un pas, n: I | , ,, ]ltre comme
un chamois.
il bond, je fus près de lui, le bâton levé. Et moi, si vous pca e âge, je
comme un taureau il étendit le bras et toucha le joug. Oui . rots qu'il le toucha du bout du doigt.
'ton tomba, et le val.
i rompu le bras, comme m c eu de saule.
— Et tu avais bien fait, et c'é! U . s'écrièrent les deux hommes.
— Je le sais, et je ne m'en repens pas. continua -Méditai ;
ie ne fus pas moins forcé de m? sauv ionnai
mes bo u h.ai tout le j ' flan
k ; puis, la nuit venue. |< p ius, qui êtes
bon et hospitalier; je pris la passe de Surchen. et me voilà.
— Sois le bienvenu, Mechtal, dit Walter Furst en lui tendant la main.
— Mais ce n'est point tout, continua le jeune homme; 11 nous faudrait un homme Intelligent, que nous pussions envoyer à Sarnen, afin qu'il qui s'est passé depuis hier, et quelles mesures de vengeance ont été prises contre moi par Landenberg.
En ce moment, un pas alourdi paT la fatigue se fit entendre; un instant après, un norme frappa en disant:
— Ouvrez, je suis Ruder.
Mechtal ouvrit la porte pour se jeter dans les bras du serviteur de son père; mais il le trouva si pâle et si abattu, qu'il recula épouvanté.
— '.m'y a-t-il, Ruder? dit Mechtal d'une voix tremblante
— Malheur sur vous, mon jeune maître ! malheur sur le pays qui voit tranquillement de pareils crimes! malheur sur moi, qui vous apporte de si fatales nouvelle? !
— Il n'est rien arrivé au vieillard ? dit .Mechtal ; ils ont respecté son âge et ses cheveux blancs? la vieillesse est
— Respectent-ils quelque chose ? y a-t-il quelque chose de saint pour eux?
— Ruder!... s'écria Mechtal en Joignant les m
— Ils l'ont pris, ils ont voulu lui faite dire où vous étiez, et, comme il ne le savait pas pauvre vieillard ! ils lui ont crevé les yeux.
Mechtal jeta un cri terrible. Werner et Walter Furst se regardèrent, les cheveux hérissés et la sueur sur le front.
— Tu mens : s'écria Mechtal en saisissant Ruder au collet, tu mens! Il est impossible que des homme- commettent de pareils crimes! Oh! tu mens! Dis-moi que tu mens!
— Hélas ! répondit Ruder.
— Ils lui ont crevé les yeux, dis-tu? et cela, parce que te m'étais sauvé comme un lâche! IN ont crevé les yeux du père parce qu'il ne voulait pas livrer le fils! Ils ont enfoncé une pointe de fer dans les yeux d'un vieillard, et cela à la face du jour, du soleil, de Dieu! Et nos montagnes ne se sont pas écroulées sur leurs nos lacs n'ont pas débordé pour les engloutir! le tonnerre n'est pas tombe du ciel pour les foudroyer! ... Ils n'ont plu de nos larmes, et ils nous font pleurer le sang ! Ah ! ah ! mon Dieu, mon Dieu ! prenez pitié de nous !
Et Mechtal tomba comme un arbre déraciné, se roula et mordit la terre. Werner s'approcha de Mechtal.
— Xe pleure pas comme un enfant, ne te roule pas comme une bête fauve ; relève-toi comme un homme, nous vengerons ton père. Mechtal !
Le jeune homme se retrouva debout, comme si un ressort l'avait remis sur ses pieds
— Nous le vengerons! avez-vous dit. Werner?
— Nous le vengerons ! reprit Walter Furst.
— Ali ! fit Mechtal en jetant un écl U de voix qui ressemblait au rire d'un fou.
En ce moment, le refrain d'une cïl se fit
entendre à quelque distance, et, au détour au ch min, on vit i!ix premiers rayons du jour, ap] nage.
ntrez, s'écria Ruder en s'ad
■ i!i' Walter Furst ; c'est ' irai.
— Et qui pourrait nous être utile, ajouta Werner. Mechtal, accablé, tomba sur un lune.
Pendant ce temps. l'étranger toujours:
cétait un homme île quarante 11 vStu
d'une espèce de robe brune qui lui m 'aux
genoux seulement, et qui tenait I -tume
J et le vêtement dï il - cheveux
es moustai hi i un i eux des
bourre. Indiquaiei trtenall au rlot-
tali fort ind r d's llleuxs,
et l'on ïhraft pu
i . un homme i irre, s'il n'eût porté, à.
une écritoire pendue à sa ceinture, et,
wde de flècta s
• Ierré devant
encore a quel-
" vastu sl i.er les redevan-
savez, le r
p un quart d'heure avec nous*
— Pour q
ue va te dire ce Jeune homme ...
Ha de lui et lui tendit la main.
larmes, Irèn I lui dit-il.
je le sang ! répondit Mechtal...
ta tout ce qui venait d'arriver uta ce récit avec une grande compassion et
• .ous résolut dit Guillaume, lorsqu'il eut
fini
ronger et de délivrer notre pays, répondirent
les '
i, l dé-
peuples dit ' ■ nllaume.
i, eut.
t, "Il si vail-
lant ,. comme un moine quand on te
parle i omn
Dieu a fuit la montagne pour le daim et le cha
pour l'homme. Voilà pourquoi II a dot, l'adresse au chasseur Vous
st, en m 'appelant un ■ je ne suis qu'un pauvre «Masseur.
Guillaume ; Ta < :• avec tous, fri Oui mmes le sulvtreii
tr du • hei
— h ne ( sur lui, dit Werner Stauffa et ce] mt allié
délivrance de notre
oeuvre J dl( Me. htal yeux pleurent, et ceux de mon père
enr
d'une commune différent'-
il, d Ont< l • mol,
unis. dix hommes sur
- valent ui
ital Walter
■ Werner ■
Parmi les •,.,, (,„| ^t-
valeni
roulnt-ll i
il lelgnli
qu'une chose aussi simple vous lasse une telle impression.
— Conrad, dit la jeune femme, ne pouvez-vous remettre
affaire ?
— Impossible !
pouvez-vous m'emmener avec vous?
— Impossible :
— Allez, alors.
id la regarda.
— .serais-tu jalouse, pauvre enfant?
len sourit tristement.
us non. c'est Impossible, continua-t-11 ; il est arrivé quelque chose que tu me caches?
l'eut-être ai-je tort de craindre, répondit Roschen.
— Et que peux-tu craindre dans ce village, au milieu de nos parents, de nos amis.
Tu connais notre jeune seigneur, Conrad?
— Oui, sans doute, répond, en fronçant le sourcil ; eh bien?
— Eh bien, il m'a vue à Alzellen avant que je fusse ta femme.
— Et il t'aime? s'écria Conrad en fermant les poings et en la regardant fixement.
— Il me l'a dit.
— Autrefois?
— Oui. et je l'avais oublié : mais, hier, je l'ai rencontré sur le chemin de Stanz. et il m'a mêmes paroles
— Bien, bien, murmura Conrad. Insolents seigneurs ! ce n'était donc pas assez de mon amour pour la patrie? vous voulez que j'y joigne ma haine pour vous? Mais hâtezle nouveaux crimes sur vos têtes, le Jour
de la vengeance va venir.
— Qui menaces-tu ainsi? dit Roschen Oublies-tu qu'il est le maître.
irts et de ses valets ; mais
moi. Roschen, je suis de condition libre, citoyen de la ville
mz, seigneur de mes terres et de ma maison; et sl
Je n'ai pas droit, comme lui. d'y rendre justice, j'ai droit
la faire
— Tu vois bien que j'avais raison de craindre. Conrad
— Ainsi, tu ne me quitteras ras?
— J'ai donné ma parole, il faut que je la tienne.
— Tu me i mpagner, alors?
— Je t'ai déjà dit que c'était I
Mon Dieu, Seigneur! murmura Rosi lien.
— Ecoute, reprit Conrad, nous nous effra\ peutêtre : je n'ai dit à personne que je dusse partir: personne ne le sait donc. Je ne serai absent que Jusqu'à demi
i i prés di toi, et m
— Dieu le veuille 1
rad embrassa Roschen et la quitta Le rendez-vous était, nous l'avons dit, au Orutll D ; personne n'y manqua
petite plaine que forme ut mrée de buisson Mue, dans la nuit du 11 novembre 1307, la terre donn i lei l'un de ses plus sublimes spectacles, celui ,i
-ne leur honneur, de rendre, an risque ■ vie la llbi ut un peuple. Walter Furst, wer-
ner Stauffacher et Mechtal étendirent le bi têrent
devant oui tes rots ri 1rs peupla /r, ne
h r pour leurs frères, d'entreprendre rler tout en commun; de ne plus souffrir, ma • commettre d'Injustice . de respecter 1rs droits ,1 lei propriété! du comte de Habsbourg; de ne taire aucun mal aux baillis Impériaux, mais de. mettre un ti tyrannie . priant Pieu, sl ce serment lui était agréable, de le faire connaît! \n même Instant,
trois souri es , l'eau vive Jaillirent aux pieds de- trois chefs
injures crièrent alors gloire au Seigneur' ' la main, firent à leur tour le serment de rétablir la liberté mes d ■ oeur '.niant a l'exécution de ce dessein, il ml» A la nuit du i" Janvier 1308 ; puis, le lour approirèrent, et chacun Teprit le chemin
■ de sa cabane
me diligence que fit Conrad, il était midi lorsqu'au ' lu Hall, nwyl, il aperçut le village de Wolfai ■ i vUlagi la maison où l'attendait Ros tranquille Ses craint.- se calmèrent
I reta pour ie-.plrer En ce il lui sembla qu, oreilles,
-ur une bouffée de vent II tressaillit, et se remit en
entendit le fols
I qui ! ni ■' i' Il 'i. mit. car était
■ el 11 crut te nattri celle de Roschen Cette voix
le la t. .ire. || s'élança vers le village
Itn
EN SUISSE
A peine eut-il fait vingt pas, qu'il aperçut une femme accourant a lui échevelôe, éperdue qui dès qu'elle l'aper- ,ui. étendit 1rs bras, prononça si sans avoir la
force d'aller plus avant, tomba au milieu du chemin. Conrad ne fit qu'un bond pour arriver près délie. Il avait reconnu Roschen.
— Qu'as-tu ma bien-aimée? s'écria-t-il
— Fuyons, fuyons ! murmura Roschen en essayant de se relever.
— Et pourquoi faut-il que nous fuyions?
— Parce qu'il est venu, Conrad, parce qu'il est venu pendant que tu n'y étais pas.:.
— Il est venu !..
— Oui... et abusant de ton absence et de ce que j'étais seule...
— Parle donc ! parle donc !
— Il a exigé que je lui préparasse un bain...
— L'insolent!... Et tu as obéi?.
— Que pouvais-je faire, Conrad? Alors il m'a parlé de son amour... il a étendu la main sur moi... C'est alors que je me suis sauvée, t'appelant a mon aide... j'ai couru comme une insensée... puis, quand je t'ai aperçu, les 'forces m'ont abandonnée, et je suis tombée tout à coup comme si la terre manquait sous mes pieds.
— Et où est-il ?
— A la maison... dans le bain...
— L'insensé ! s'écria Conrad en s'élançant vers Wolfranchiess.
— QUe vas-tu faire, malheureux?...
— Attends-moi, Roschen, je reviens...
Roschen tomba à genoux, les liras tendus vers l'endroit où avait disparu Conrad. Elle resta ainsi un quart d'heure, immobile et muette comme la statue de la Prière ; puis tout à coup elle se releva et poussa un cri. C'était Conrad qui revenait, pâle et tenant à la main une coignée rouge de sang.
— Fuyons. Roschen! dit-il à «on tour; fuyons, car nous ne serons en sûreté que de l'autre côté du lac. Fuyons sans suivre de route... loin des sentiers, loin des villes... fuyons, si tu ne veux pas que je meure de crainte, non pour ma vie. mais pour la tienne !...
A ces mots, il l'entraîna à travers la prairie.
Roschen n'était pas une de ces fleurs délicates et étiolées comme il en pousse dans nos villes; c'était une noble montagnarde, forte et puissante en face du danger, faite au soleil et à la fatigue. Conrad et elle eurent donc bientôt atteint le pi'ed de la montagne. Conrad alors voulut se reposer ; mais elle lui montra du doigt le sang qui couvrait le fer de sa coignée.
— Quel est ce sang? lui dit-elle.
— Le sien... répondit Conrad.
— Fuyons, s'écria Roschen, fuyons vers la grotte ! Alors ils s'enfoncèrent dans le plus fourré de la forêt,
gravissant les flancs de la montagne par des sentiers connus des seuls chasseurs. Plusieurs fois Conrad voulut s'arrêter encore ; mais toujours Roschen lui rendit le courage en lui assurant qu'elle n'était pas fatiguée. Enfin, une demiheure avant la tombée de la nuit, ils arrivèrent au sommet d'un des prolongements du Rœstock : de là ils entendaient le bêlement des troupeaux qui rentraient à Seidorf et à Bauen, et devant ces deux villages ils apercevaient, couché au fond de la vallée, le lac de Waldstetten, tranquille et pur comme un miroir. A cet aspect, Roschen voulait continuer sa route ; mais sa volonté dépassait ses forces ; aux premiers pas qu'elle fit, elle chancela. Alors Conrad exigea d'elle qu'elle prît quelques heures de repos, et il lui prépara un lit de feuilles et de mousse sur lequel elle se coucha tandis qu'il veillait près d'elle.
Conrad entendit mourir l'une après l'autre toutes les clameurs de la vallée, il vit s'éteindre, chacune à son tour, toutes les lumières qui semblaient des étoiles tombées sur la terre. Puis, aux rumeurs discordantes des hommes succédèrent les bruits harmonieux de la nature ; aux lueurs éphémères allumées par des mains mortelles, cette splendide poussière d'étoiles que soulèvent les pas de Dieu : la montagne a. comme l'Océan, des voix immenses qui s'élèvent, tout à coup, au milieu des nuits, de la surface des lacs, du sein des forêts, des profondeurs des glaciers. Dans leurs Intervalles on entend le bruit continu de la cascade on le fracas orageux des avalanches, et tous ces bruits parlent au montagnard une langue sublime qui lui est familière, et a laquelle il répond par ses cris d'effroi ou ses chants ,i, reconnaissance; car ces bruits lui présagent le calme ou la tempête.
Aussi Conrad avait-il suivi avec inquiétude la vapeur qui. ternissant le miroir du lac. avait commencé de S'élever i sa surface et qui. montant lentement dans la vallée, avait été se condenser autour de la tête neigeuse de l'Axemberg Plusieurs fois déjà il avait tourné avec anxiété les yeux vers le point du ciel où la lune allait se lever, lorsqu'elle apparut, mais blafarde et entourée d'un cercle brumeux qui
voilait sa pâle splendeur ; de temps en temps aussi dej
brises passaient, portant avec elles un, aveur humide 81
terreuse . et alors Conrad >.■ i, , , ornait vers l'occident, les
int avec l'instinct d'un limier et murmurant a demi
VOlX :
— Oui, oui, je vous reconnais, messagers d'orage, et je vous remercie; vos avis ne seront pas perd
Enfin une dernière bouffée de vent apporta avec elle les premières vapeurs enlevées au lac de X, m, hatel et aux marais de Morat. Conrad reconnut rru'il étall temps rtir, et se baissa vers Roschen.
— Ma bien-aimée. murmura-t-il à son oreille, ne crains rien, c'est moi qui t'éveille.
Roschen ouvrit les yeux et jeta les bras au cou de Conrad.
— Où sommes-uous? dit Roschen. J'ai froid
— Il faut partir, Roschen ; le ciel est a l'ouragan, et nous avons le temps à. peine de gagner la grotte de Rikenbacli, où nous serons en sûreté contre lui; puis, lorsqu'il sera passé, nous descendrons à Bauen, où nous trouverons quelque batelier qui nous conduira à Brunnen ou a Sissigen,
— .Mais ne perdons-nous pas un temps précieux, Conrad ? et ne vaudrait-il pas mieux gagner tout de suite les rives du lac? Si l'on nous poursuivait
— Autant vaudrait chercher la trace du chamois et de l'aigle, répondit négligemment Conrad Sois donc tranquille de ce côté, pauvre enfant; mais voici l'orage, partons.
En effet, un coup de tonnerre éloigné, se fit entendre, parcourut en grondant les sinuosités de la vallée, et s'en alla mourir sur les flancs nus de l'Axemberg.
— Tu as raison, il n'y a pas un instant à perdre, dit Roschen ; fuyons, Conrad, fuyons !
A ces mots, ils se prirent par la main, et coururent, aussi vite que leur permettaient les difficultés du terrain dans la direction de la grotte de Rikenbach
Cependant l'ouragan s'était déclaré en même temps que les premiers rayons du jour, et se rapprochait en grondant. De dix minutes en dix minutes, des éclairs sillonnaient le ciel, et des nuages, s'abattant sur la tète des fugitifs, leur dérobaient un instant l'aspect de la vallée, et. glissant rapidement le long de la montagne, les laissaient imprégnés d'une humidité froide et pénétrante qui glaçait la sueur sur leur front. Tout à coup, et dans ces intervalles de silence où la nature semble rappeler à elle toutes ses forces pour la lutte qu'elle va soutenir, on entendit dans le lointain les aboiements d'un chien de chasse
— Napft ! s'écria Conrad en s'arrêtant tout à coup
— Il aura brisé sa chaîne et aura profité de sa liberté pour chasser dans la montagne, répondit Roschen.
Conrad lui fit, signe de faire silence, et il écouta avec cette attention profonde d'un chasseur et d'un montagnard habitué à tout deviner, salut et péril, d'après le plus léger indice. Les aboiements se firent entendre de nouveau. Conrad tressaillit.
— Oui, oui, il est en chasse, murmura-t-il ; mais sais-tu bien quel gibier il guette?
— Que nous importe ?
— Qu'importe la vie à ceux qui fuient pour la conserver? Nous sommes poursuivis, Roschen ; l'enfer a donné une idée à ces démons ; ne sachant où me retrouver, ils ont détaché N'apft. et se sont fiés à son instinct.
— Mais qui peut te faire croire?...
— Ecoute, et remarque avec quelle lenteur les aboiements s'approchent ; ils le tiennent en laisse pour ne pas perdre notre piste; sans cela, Napft serait déjà près H,- nous, tandis que. de cette façon, il en a pour une heure encore avant de nous rejoindre.
Napft aboya de nouveau, mais sans se rapprocl manière sensible; au contraire, on eût, dit que
plus éloignée que la première fois i fait entendre.
— 11 perd notre trace, dit Rose le, la voix
s'écarte.
— Non, non, répondit Conrad, Napfl bon chien
pour leur faire défaut, c'est l écoute,,
, r- ru violent coup de tonne l i ' les aboie-
ments uni venaient effectlvemi nt hlre "e
plus près; mais a peine tu 11 - I qu'ils retentirent de nouveau.
— Fuyons, s'écria !.' i
— Et' que nous servira Si i in deux heures, nous n'avons le la entie nous et ceux qui nous poursuivent nous sommes perdus I
A ces mois, il lui pu' >■ main et l'entraîna.
— Où vas-tu. où va nia Roschen; tu perds la direction du lac.
— Viens viens- il faut nue nous luttions de pi
ces chasseurs d'hommes ; Il y a trois lieues d'ici au lac.