FONTAINEBLEAU
On comprend qu'avec le plan d'exploration que nous avions formé, le voyage commençait pour nous a la bai rière. En effet, il est assez curieux, lorsqu'on marche vers un pays, de le voir venir, en quelque sorte, au-devant de soi ; de reconnaître où deux peuples commencent à se mélanger, arrivent à se fondre, et finissent par se séparer Les Gaulois et les Romains ont franchi les Alpes chacun de leur côté, les uns pour aller prendre le Capitole, les autres pour venir fonder Lyon ; depuis, les Italiens et les Français ont 6uivi la route frayée par leurs ancêtres : les premiers sont venus avec les Médicis nous apporter leurs arts immortels ; les seconds sont allés avec Napoléon imposer à Rome leur royauté d'un jour ; si bien que chaque peuple a laissé aux deux versants des montagnes qui les séparent l'un de l'autre une trace qui va s'effacant au fur et à mesure qu'elle s'enfonce au cœur du pays opposé, mais que des yeux exercés reconnaissent toujours et partout. On ne s'étonnera donc pas que, rencontrant â quinze lieues de Paris la civilisation de Léon X et de Jules II, nous y fassions notre .première halte.
Au reste, Fontainebleau est si près de nous, qu'il n'y aurait rien d'étonnant que nous trouvassions à dire sur cette ville quelque chose que l'on ne sût pas encore. Il y a par an, à Paris, deux mille personnes, à peu près, qui font cinq cents lieues pour aller admirer les stanze de Raphaël et la chapelle Sixtine de Michel-Ange; il n'y en a pas cinquante qui se dérangent entre leur déjeuner et leur souper pour venir voir les seules fresques que nous possédions en France, quoiqu'elles soient cependant de Rosso et du Primatice.
D'ailleurs, Fontainebleau est aussi l'un de nos châteaux historiques : Louis le Jeune en fit consacrer la chapelle par Thomas Becket, et Philippe-Auguste, du pain qui y restait de sa table royale, nourrissait les pauvres de 1 Hôtel- Dieu de Nemours; saint Louis, qui l'appelait son désert, pensa y mourir, et Philippe le Bel y naquit ; Louis XI y commença une bibliothèque que Louis XII fit transporter à Blois ; François Ier y donna des fêtes à Charles-Quint, son ennemi, et Henri II des tournois à Diane de Poitiers, sa maîtresse ; Charles IX y signa la grâce de Condé. et Henri IV l'arrêt de Biron ; Louis XIII y reçut le baptême d'eau, et Henriette de France le baptême de sang ; Christine y rit assassiner Monaldeschi, et Louis XIV y révoqua ledit de Nantes; enfin, Pie VII y déposa la tiare, et Napoléon la couronne.
Ce fut en 1539 que Charles-Quint traversa la France pour se rendre en Flandre, et s'arrêta à Fontainebleau. On a beaucoup vanté la magnanimité de François I", qui n'abusa punit de la confiance de son rival, tandis qu'a notre avis, c'est la grandeur de Charles-Quiiit qu'il faut admirer dans cette circonstance. En effet, de ces deux rois, dont l'un a laissé la réputation d'un chevalier, et l'autre celle d'un politique, c'est toujours Charles-Quint qui fut le héros de courage et de loyauté ; François Ier, au contraire, refusa le duel offert, et manqua au traité signé. Les trois épées que le chevalier brisa â Pavie ne firent point oublier que le roi provoqué n'avait pas tiré la sienne ; et ceux de sa vieille noblesse qui croyaient à la religion, du serment, fûtil fait à un ennemi, se souvinrent toujours, quoique Charles- Quint sortît de France sans y laisser une rançon, que le • roi François Ier avait oublié d'envoyer la sienne en Espagne. Ce n'est pas ainsi qu'avait fait le roi Jean après la bataille de Poitiers ; lorsqu'il vit que le traité de Bretigny serait par trop onéreux à la France, il retourna mourir en Angleterre.
C'est que déjà la monarchie était en décadence: c'est que de funestes influences commençaient à fausser la volonté suprême; c'est que le règne des favorites, qui perdit la royauté, commençait avec la duchesse d Etampes, qu'on appelait la plus belle des savantes et la plus savante des belles, et à qui le roi avait sacrifié la comtesse de Chateauibriand. C'était alors le temps aussi des amours naissantes de Diane de Poitiers, qu'on appelait la grand.- senéchale, et du jeune dauphin Henri II. La duchesse d Etampes n'avait pu oublier à quel prix mademoiselle de Saint- Vallier avait, disait-on, sauvé la vie à son père, compromis dans la révolte du connétable de Bourbon, et,, après s'être emparée du cœur du roi, elle la poursuivit d'une véritable haine de rivale dans ses amours avec le dauphin
Haineuse, vénale et traître, elle fut le mauvais génie de la
royauté, dont madame de Chateaubriand a lange;
aussi, lorsque i harles-Quint arriva a Fontaineble .-.
ne manqu. a -a mission infernale, et, tandis qu'elle
marchait, appuyée au bras de François I«, au-devant de
son hôte impérial, elle se pencha à l'oreille de ? m amant.
et. de la même voix qu'elle lui eût dit : . Je I aime
lui donna le conseil d'une infâme trahison En ce moment,
les deux souverains se rencontrèrent.
' n frère, dit Frain résentant la duchesse
d Etampes au noble voyageur, voici une 1 elle dame qui me donne un conseil : c'est de vous retenir prisonnier dans ce château Jusqu'à ce que vous ayez déchiré le traité de Madrid
— Si le conseil est bon, il faut le suivre, répondit froidement le hautain Flamand
Et 11 marcha à la droite d. François I", avec autant de calni' irance que si celui-ci lui avait fait un sim-
ple compliment de bienvenue.
Mais, deux heure= après, e.mme on allait se met table, e: que la du. hesse ..r Etampes présentait, à genoux, de 1 eau à Charles-Quint dans une aiguière d'or, le maître du Mexique, en «e lavant les mains, oublia, au fond du bassin, un diamant d'un demi-million La duchesse s'en aperçut et le fit remarquer à IVmpereur; mais celui-ci. Jouant cetie fois encore, le -rae de son rirai
— Je rois l>ien que cet anneau veut changer de maître et 11 e=t en trop belles mains pour que Je le reprenne.
e moment, la duchesse changea aussi; et, loin d exciter plus son amant a devenir traitre envers son hôte, ce fut elle qui devint pour son hôte tral
car, lorsqu'en 15M. c'est-à-dire cinq ans après la scène que nous venons de raconter, Cbarles-Quini et Henri vin attaquèrent n, ]a comtesse d'Etampes livra à
reur le plan des opérations de la campagne Depuis un siècle, le bruit de ces grandes querelle*éteint, roi et favorite étalent allés rendre compte à Dieu du sang répandu et des promesses factions couronnées étalent passées entre François I"' et Louis XIV enfant, lorsque, le 3 octobre 1G57, des équipages de voyage, venant par la route d'Italie, s'arrêtèrent
la cour du palais de Fontainebleau. De la première
re, on vit descendre une petite femme de trente à
trente-cinq ans, d'une figure Irrégulière mais fortement
caractérisée, retue d un costume de fantaisie qui tenait de
l'un et de l'autre sexe. Elle était accompagnée de deux
-. dont l'un, disait-on. était son amant- de trois
s, qui remplissaient différentes charges auprès d'elle et de quelques soldats corses et allemands tpti lui diraient
rdes. File parlait » chacun dans sa propre langue rnmm' ait sa langue maternelle En ce
moment, le prieur des Trinitalres ayant traversé la cour el,e ! la parole en latin Celte femme 1
c'était la fille de Gustave-Adolphe, la reine Christine de qui. le 16 Juin 165V avait abdiqué la couronne paternelle dans le château dTpsal. et qui, arrivant de Rome ',"' 1! otestantlame, venait de recevoir à
ebleau
Lor>qu en 1830 nous fîmes représenter à l'Odéon un
drame dont cette reine était l'héroïne, les principaux re-
a furent la lâcheté de Wonal-
d?*cl" te Christine. Aujourd'hui que ta
n a plus l atr d un plaidoyer dans notre propre cause nous rae", tfueUe
que le père Lebel, supérieur des Trinitaii - a laicet événement, afin que l'on ju. en supposai!! que l'on nait point encore tout à fait oublie notre drame si nous
,'U, quart du matin " en la conciergerie to château, m'envoya de ses valets de pied II me dit qu'il avait ordre de Sa Majesté de me met). prieur du couvent Je lui ré] et Je lu| ais '•»« >lr la voior i^esté *aé?'" ralnte
'■' I Os m'y Ht - à Ia
ine la i mec
J» I"; ie Sa Ma],
très hnmi.' a Elle me dit trae, i
Plus dj jeusse a Ia „,„. Pt étant entrée d n<.
tle me dam
répondis ma lr ,,,,
,:''T ' mbles
' en la bonté de m'en remercier reine me dit n portais un babil qui l'obi e fier en n
fit promettre, sous le sceau de la confession de tarder et de tenir le secret qu elle me voulait découvrir Je n* ré ponse a Sa Majesté qu'en matière de secret, j'étais naturel , lement aveugle et muet; que, l'étant a 1 égard de toute , sorte de personnes, a plus forte raison -je devais pour une princesse comme elle; et J'ajoutai que l'E dit qu U est bon de tenir caché le secret d'un roi Sacromcntun régis abscorulere bunum est.
« Après cette réponse, elle me chargea d'un paquet de papiers, cacheté en trois ou quatre endroits sans aucune inscription, et me commanda de le lui remettre en pi de oui eue me le demanderait ; ce que je promis a Sa Majesté Suédoise.
• Elle me commanda ensuite de bien observer le le Jour, l'heure et le lieu qu'elle me donnait ce i et, sans autre entretien. Je me retirai avec ce paquet et laissai cette reine dans la galerie
« Le samedi, dixième Jour du même mois de novembre à une heure après midi, la reine de Suède m'envova quérir par un de ses valets de chambre, lequel m'ayant dit que sa Majesté me demandait, j'entrai dans un cabinet pour prendre le paquet dont elle m .. ... )a pensée
que J'eus qu'elle m'envoyait quérir pour le lui ren.i suivis ce valet de chambre, lequel, m 'avant mené par la porte du donjon, me fit entrer dans la galerie des Cerfs et. aussitôt que nous fûmes entrés, il ferma la porte me tant d'empressement, que j'en fus étonné. Avant a vers le milieu de la galerie la reine qui parlait a un d ■ St.S^llf' gu'u" nommail le marquis j'ai su depu. c était le marquis de Monaldeechl). je m'approchai de cette princesse. Après m'avoir fait la révérence, elle me demanda dun ton de voix assez haut, en la présence de et de trois autres hommes qui y étaient, le paquet quelle m avait confié. Deux des tro.s étalent i, la retae
de quatre pas. et le troisième assez Elle me parla en ces termes :
« — Mon père, rendez-moi le paquet que je vous ai donné i. et je le lui présentai. Sa Ma, esté l'avant pris et cous | . . iouïri, et pm les le"ltr<?v
et les écrits qui étaient dedans ; elle les fit voir et lire à ce marquis d'une votx grave et d'un port assuré et demanda s'il les connaissait bien. Ce marquis les dénia mais en pâlissant. '
« — Ne voulez-vous pas reconnaître ces lettres et ces écrits- lui dit-elle, n'étant a la vérité que des copies que cette reine elle-même avait transcrites.
«Sa Maies se, ayant laissé songer quelque temps
edit marquis, tira de dessous elle les originaux et les lui montrant, l'appela traitre. et lui fit avouer son ' écriture et son signe Elle l'interrogea plusieurs fols; à quoi ce marquis, s'excusant, répondait du mieux qu'il pouvait rejetant la faute sur diverses personnes. Enfin. Il se leta'anx pieds de cette reine, lui demandant pardon ; et. en même temps, les trois hommes qui étaient là présents tirèrent leurs épées hors du fourreau, et ne la remirent ou avoir exécuté le marquis.
« Il se releva et tira cette reine tantôt dans un coin de la galerie, et tantôt à un autre, la suppliant toujours de l'entendre et de le recevoir dans ses excuses. Sa Majesté ne lui dénia jamais rien, mais l'écouta avec une grande patience, sans que jamais elle témoignât la moindre inapottunité ni au.-un signe de colère. I , tournant vers
mol, lorsque ce marquis la pressait le plus de l'écouter ei de l'entendre :
« — Mon père, me dit-elle, voyez et soyez témoin — s'approchant du marquis, appuyée sur on petit bâton d'ébène à poignée ronde — que Je ne pi homme, et que je donne à ce traître • le temps qu'il vent et plus qu il n'en saurai! désirer personne offensée, pour se justifier, e'il le reut
« Le maniais, pressé par cette reine, lui plers et deux on trois petit ,; , il Date
de sa poche, de laquelle il tomha deux d'argent, et. après une heure et plus di mar-
quis ne corn . cette reine par -, Ma.
Jesté s'approcha un peu de moi ei me ,,,|X
assez élevée, mais grave et modérée :
■ — Mon père. Je me retire et vous laisse cet homme: "-le a mourir In de son .
" Qu je n'au
rais pas eu plus de frayeur Et, à ces mots, ce marquis se Jetant à ses pieds et moi de même, en lui demandant
pour ce pauvre marquis, elle me dit qu pouvait pas. et que , i mlnel «nie cl
bien qu'elle lui avait communlip. . \e su.
Jet, ses affaires les plus Importantes et ses plus secrètes •re qu'elle , J reprocher les
lie lui avait far n'elle
eut pu faire A un frère. l'ayant toujours regardé comme tel. el Une lance seule lu] devait servir de bourreau.
].E MIDI DE LA FRANCE
Après ces mots. Sa Majesté, se retirant, me laissa avec ces troi oui avaient leurs épée.^ nues dans le dessein 6 ver cette exécution. Après que cette reine fut sortie, le marquis se jeta à mes pieds, et me conjura avec n traiter après Sa Majesté pour obtenir son pardon. Ces trois hommes le pressaient de se confesser, avec lépée contre les reins, sans pourtant le toucher ; et moi, avec la larme à l'oeil, je l'exhortais de demander pardon à Dieu. Le chef des trois partil pour aller vers Sa Majesté, pour lui demander pardon et implorer sa miséricorde pour le pamvre marquis . mais, revenant triste de ce que sa maîtresse lui avait commandé de se dépêcher, il lui dit en pleurant
« — Marquis, songez à Dieu et a votre âme, il faut mourir.
« A ces paroles, comme hors de lui, le marquis se Jeta a mes pieds une seconde fois, en me conjurant de re-
'■ i une fois vers la reine pour tenter la voie
du pardon et de la grâce ; ce que je fis. Ayant trouvé seule in .Majesté dans sa chambre avec un visage serein et suis aucune émotion, je m'approchai d'elle; me laissant tomber a SCS pieds, les larmes aux yeux et les sanglots au cœur, je la suppliai, par la douleur et les plaies de Jésus-rim-t, de faire miséricorde et grâce a ce marquis. Cette reine témoigna être fâchée de ne pouvoir accorder ma demande, après la perfidie et la cruauté que ce malheureux lui avait voulu faire endurer en sa présence; après quoi, il ne devait jamais espérer de rémission ni de grâce, et me dit que l'on avait envoyé plusieurs sur la roue qui ne l'avaient pas tant mérité que ce traître.
« Voyant que je ne pouvais rien gagner par mes prières sur l'esprit de cette reine, je pris la liberté de lui représenter qu'elle était dans la maison du roi de France, et. qu'elle prit bien garde à ce qu'elle allait faire exécuter, et si le roi lé trouverait bon : sur quoi. Sa Majesté me fit réponse qu'elle avait fait cette justice en présence de l'autel, et qu'elle prenait Dieu à témoin si elle en voulait à la personne de ce marquis, et si elle n'avait pas déposé toute haine, ne s'en prenant qu a son crime et â sa trahison, qui n'auraient jamais de pareils, et qui touchaient tout le monde ; outre que le roi de France ne la logeait pas dans sa maison comme une captive réfugiée, elle était maltresse de ses volontés pouir rendre et faire justice â ses domestiques en tout lieu et en tout temps, et qu'elle ne devait répondre de ses actions qu'à Dieu seul, ajoutant que ce qu'elle taisait n'était pas sans exemple ; et, quoique je répartisse à cette reine qu'il y avait quelque différence ; que, si les rois avaient fait quelque chose de semblable, c'avait été chez eux et non ailleurs ; mais je n'eus pas plus tôt dit ces paroles, que je m'en repentis, craignant d'avoir trop pressé cette reine. Partant, je lui dis encore ■
« — Madame, dans l'honneur et l'estime que vous vous êtes acquise en France, et dans l'espérance que tous les bons Français ont de votre négociation, je supplie très humblement Votre Majesté d'éviter que cette action, cmoiqu'à l'égard de Votre Majesté, madame, elle soit de justice, me passe néanmoins dans l'esprit des hommes pour violente et pour précipitée ; faites encore plutôt un acte généreux et de miséricorde envers ce pauvre marquis, ou, du moins, mettez-le entre les mains de la justice du roi. et lui faites laire son procès dans les formes : vous en aurez toute la satisfaction, et. vous conserverez, madame, par ce moyen. le titre d'admirable que vous portez en toutes vos actions parmi tous les hommes.
■ — Quoi ! mon père, me dit cette reine, moi en qui doit résider la justice absolue et souveraine sur mes sujets, me voir réduite à solliciter contre un traître domestique' dont les preuves de son crime et de sa perfidie sont en ma puissance, écrites et signées de sa propre main ?
« — 11 est vrai, lui dis-je, madame; mais Votre Majesté est moitié intéressée.
« Cette reine m'interrompit et me dit :
« — Non. non, mon père, je le vais faire voir au roi. Retournez, et ayez soin de son âme; je ne. puis, en conscience, accorder ce que vous me demandez.
« Et ainsi me renvoya. Mais je connus, à son changement de vuix en ces dernières paroles, que, si cette reine eût pu différer l'action et changer de lieu, qu'elle l'aurait fait indubitablement ; mais l'affaire était trop avancée pour prendre une autre résolution sans se mettre en danger de laisser échapper le marquis et mettre sa propre vie au basa rd
« Dams ces extrémités, je ne savais nue faire ni à qpioi me résoudre ; de sortir, je ne pouvais, et, quand je l'aurais pu, je me voyais engagé par un devoix de charité et de, conscience à secourir le marquis pour le disposer â bien mourir.
« Je rentrai donc dans la galerie, et, embrassant ce pauvre malheureux, qui se baignait en larmes, je l'exhortai dans les meilleurs termes et les plus pressants qu'il me fut possible et qu'il plut, à Dieu de m inspirer, de se résoudre à la mort et songer â sa conscience, puisqu'il n'y
avait plus dans ce monde d'espérance de vie pour lui, et qu'offrant et souffrant sa. mort pour la justice, il
en Dieu seul jeter ses espérances pour l'éternité
trouverait ses consolations.
« A cetie triste nouvelle, après avoir poussé deux ou
trois grands cris, il se mit a ger s à mes pieds, m'étant
assis sur un des bancs de la galerie, et commença sa conion; mais, lavant bien avancée, il ^e leva deux fois et s'écriait. Au même instant, je lui fis fane des actes de foi, renonçant à toutes pensées contraires il acheva sa confession en latin, français et italien, ainsi qu'il se pouvait mieux expliquer dans le trouble où il était. L'aumônier de cette reine arriva comme je l'interrogeais en l'éclalrclssement don doute, et ce marquis, l'ayant aperçu, sans attendre l'absolution, alla à lui, espérant grâce à sa faveur- Ils parlèrent bas assez longtemps ensemble, se tenant les mains et retirés en un coin, et, après leur conférence finie, l'aumônier sortit et emmena ave; lui le chef des trois commis pour celte exécution; et, peu après, l'aumônier étant demeuré dehors, l'autre revint seul et lui dit :
« — Marquis, demande pardon à Dieu: car, sans plus attendre, il faut mourir. Es-tu confessé?
« Et, lui disant ces paroles, le pressa contre la muraille du bout de la galerie, où est la peinture de Saint-Germain en I.aye ; et je ne pus si luen me détourner que je ne visse qu'il lui porta un coup dans l'estomac du côté droit ; et ce marquis, le voulant parer, prit l'"pée de la main droite, dont l'autre, en la retirant, lui coupa trois doigts, et l'épée demeura faussée. Et pour lors il dit à un qu'il était armé dessous, comme en effet il avait une coite de mailles qui pesait neuf à dix livres; et le même à l'instant redoubla le coup dans le visage, après lequel le marquis cria :
« — Mon père ! mon père !
« Je m'approchai de lui, et les autres se retirèrent un peu à quartier ; et, un genou en terre, il demanda pardon à Dieu, et me dit encore quelque chose, où je lui donnai l'absolution, avec la pénitence de souffrir la mort pour ses péchés, pardonnant à tous ceux qui le faisaient mourir ; laquelle reçue, il se jeta sur le carreau; et. en «tombant, un autre lui donna un coup sur le haut de la tête qui lui emporta des os : et, étant étendu sur le ventre, faisant signe qu'on lui coupât le col, le même lui donna deux ou trois coups sur le col sans lui faire grand mal, parce que la cotte de mailles, qui était montée avec le collet du pourpoint, para et empêcha l'excès du coup. Cependant je l'exhortais de se souvenir de Dieu et d'endurer avec patience, et autres choses semblables. En ce temps-là, le chef vint me demander s'il ne le ferait pas achever : je le rembarrai rudement, et lui dis que je n'avais pas de conseils à lui donner là-dessus, que je demandais sa vie et non pas sa mort ; sur quoi, il me demanda pardon, et confessa avoir eu tort.de m'avoir fait, une telle demande.
« Sur ce discours, le pauvre marquis, qui n'attendait qu'un dernier coup, entendit ouvrir la porte de la galerie. Reprenant courage, il se retourna, et, ayant vu que c'était l'aumônier qui entrait, se traîna du mieux qu'il put, s'appuyant contre le lambris de la galerie, demanda à parler à lui. L'aumônier passa à la main gauche de ce marquis, moi étant à la droite; et le marquis, se tournant vers l'aumônier et joignant les mains, lui dit quelque chose comme se confessant ; et, après, l'aumônier lui dit de demander pardon à Dieu ; et. après m'avoir demandé permission, il lui donna l'absolution. Ensuite, il se retira, me disant de demeurer près du marquis, et qu'il s'en allait voir la reine de Suède. En même temps, celui qui avait frappé sur le col dudit marquis, et qui était avec l'aumônier à sa gauche, lui perça la gorge d'une épée assez longue et étroite, duquel coup le marquis tomba sur le côté droit, et ne parla plus, mais demeura plus d'un quart d'heure à respirer, durant lequel je lui criais et l'exhortais du mieux qu'il m'était possible. Et ainsi le marquis perdit son sang, finit sa vie à trois, heures trois quarts après midi. le lui dis le Dr. profundis avec l'oraison ; et après, le chef des trois lui remua une jambe et un bras, déboutonna son haut-dechausse et son caleçon, fouilla dans sou gousset, et ne trouva rien, sinon en sa poche un petit livre d Heures de la Vierge et un petit couieau. Ils s'en allêcent ton» trois, et moi après, pour recevoir les ordres de Sa Cette
reine assurée de la mort dudit marna' un re-
gret d'avoir été obligée de faire faire cette exécution en la personne de ce marquis, mais qu'il était de la justice de le faire pour son crime et sa trahison, et quelle priait Dieu de lui pardonner. Elle me commanda d'avoir soin de ],. faire enlever de là et de l'enterrer, et me dtt quelle voulait faire dire plusieurs pour le repos de son
âme Je fis taire i bière ei le fis mettre dans un ton)
',' u, i cause de la brume, "" et des mauvais
chemins et le fis conduire â la paxols$a d'Avon par mon
vicaTre et ChapeU listé de trois hommes, avec ordre
de l'enterrer dans 1 église, près du bénitier; ce qui fut fa.t ,.,,,,, heures trois quarts du soir »
meurtre, il trouva mauvais que
quelqe te lui prétendit être roi et Justicier dans
- il lit donc signifier a Christine son
mécoi par le cardinal Mazarin, el lettre
que Christine lui répondit :
M détail de •talent tris mal informés. Je UDge que / tant de gens . éclalrcir d- la procédé ne devrait i>ou qu'il est: mais je n aurais jamais cru que ni vi tre Jeune maître orgueilleux le moindre résinent. Apprenez, êtes, valets et maîtres, petits et grands, qu'il m -r ainsi que Je
ce sr.r "tre sorte. Vous jouez
un personnage de rang; mai- , il vous aient déterminé à
m écrire, j • ai pour m en Intriguer un
sachiez et d il vou-
dra l'entendre me se soucie fort peu de votre
<our, et encore moins de vous; que. pour me Venger, Je
formidable puissance : l'a voulu ainsi ma volonté est une me vous devez respecter. Vous taire est votre devoir-
plus que vous feraient us égaux, avant faire plus de bruit qu'il ne convient.
enfin, nions le cardinal, que Christine est reine il OÙ elle est et en linéique lieu qu'il lui plaise d'habiter, les hommes, quelque fourbes qu'ils soient, vaudront encore mieux qui affides.
« Le prince de i de s'écrier lors-
que vous le reteniez prisonnier inhumainement à Vlncennes : -Ce vieux renard ni cessera Jamais d'outrager les
• bons serviteurs de l'Etat, a moins que le parlement ne
• congédie ou ne punisse sévèrement cet illustrissime faquin
• de i
de minière à
liiol vous ne sauriez
trop iventurer jamais
us n nne ; quelque au
du monde je serai instruite de vos menées. J'ai des
iussi adroits urvelllants, que ique moins luen
soudoyés. » •
de France, il il Mazai . ir, vint
me de Suède t
- WltlL
I ■ ; il dut
ce dernier événement qui : ,i,,nt
mine on a pu le v . .ir par la lettre it le style
Christine :
ajoura1 nul malade a
qui l'on ■ jx.lir le guérir du
qu un i e et un peu '!■ t en-
li ramenl guéi l mi ,,,,e ie
enfin Ini ui
impalt . mais u vingtcinq i ' îles
la fin de la ^ li i oulj m hleau
lut al \v y
prit i ter le
u lavorl II lui bien I que dura
son ri inné, marqué de
quelqu ■ slgnalenl
la roj du Harry ;
. - \\l, il
■ toul 1 Intervalle qu i viell-
la Jeunesse de Napoléon, rien qui mérite
la natssan • roulait au moins s'en
rapprocher par les habitudes, vint, vers 18M, faire un voyage .1 Fontainebleau; et. voyant dans quel délabrement était tomhée cette ancienne résidence royale, n donna des ordres pour son entière restauration. Tout à coup ies iravaux furent pressés avec une activité étrange: c'est que Fontainebleau était marqué comme le lieu de l'entrevue qui allait avoir lien entre Napoléon et le pape Pie VII qui quittait Home pour le venir sacrer empereur.
Mais Napoléon était un de ces génies impatients qui ne savent i>oint attendre Aussi mil pour Pie VII. ■ qu il ru pour Marie-Louise en 1810: au lieu de demeurer à Fontainebleau Jusqu'à ce que le pape eût fait son entrée, il monta en | alla au-devant de lui : la remontre
eut lieu à la 1 n. C'est là que. douze ans
plus tard. Louis Wllf. impatient a son tour comme Napo-
niif de Naples, fiancée de son neveu le du.
Pie VII monta dans la voiture de 1 empereur, droite, et. le 25 novembre les deux heur
midi, ils rentrèrent ensemble à Fontainebleau, où la journée.
In ai avoir posé sur sa tète une
aune couronne, . t lui avoir fait cette devise ■ Dieu me née. malheur .1 qui la touche '. ■ apprit à Cènes la nouvell 1 qui s'organisait contre lui. Aussitôt il
mente en \. l'impératrice, et. en cinquante heu-
res, il arrive a Fontainebleau: là, I; n lui pré-
pare à la hâte appartement et souper, il se fait ouvrir là porte de et, tout en man-
quelques fruits qu'il se fan apporter, tout en faisant dire à l'impératrice de prendre du repos, il combine le plan de cette fameuse campagne qui commença par la .1 I lin et qui Unit par la bataille d'Austerll
Soit souvenir des jours de Louis xi\ innalssanos
pour cette nuit .1 inspiration, Na] v.iges
à Fontainebleau, et donna, en 18 Sques
aslon du mariage de son frère brème pour lequel il venait de tailler un royaume au coeur de l'Allemagne, la princesse Frédéi-ique-Catherine de Vurteraberg. pendant le séjour d'un mois que Ht alors la eour A Fontainebleau que fui ntinental, et que
le Portugal fut divisé en trois lots la partie septentrionale fut donnée au roi rt'Etrurie pour le dédommag la Toscane, qui 1 la France; la partie méri-
dionale fut il. mnée .1 titre d ité a Manuel c
impense de ses bons et loyaui vinres du milieu fin une un ïtn
Au mois de juin i*es. le ; iv arriva a Fontainebleau. Il venait échanger s oyaume d'Espagne •
Indes contre une prison royale de F"i
En 1S09. Napoléon 1 1 mtalnebleau Le vainqueur
de Wagram et de Frie.lland était alors 1 1 ap
■ ■ lui manquai ! r son
in hérltii oj i^e, le
divorce fut décidé et annoncé à l'Impératrice d'une manière officielle: Il est vrai que déjà, depuis quati 1 divorce
était la crainte Incessante ■ .le la paie
trlce. En partant de Milan, et comme elle pleural! ei
tpoléon 'u pleures pour une séparation momentanée Si le chagrin de quitter ses ci il puissant c'est donc un.
grandi ir ; Juge don alors ce qu<
venl soufl rlr Bn ont pas
qu'un met : niais Napoléon perdait si peu de paroles, que chacun ait une signification En t- le Fonl écrel teriler toutes les u ses ânes les différents
royaumes où n régnai! pa 'ion.
I.e 19 Juin 1819 Pie Vil rentra a Fontainebleau, mais rue, cette fols, personne allât au-devant de lui que. cette fols 11 n'y revenait plus comme souverain pontnals ■ omme prisonnier.
le eommenoement de janvier 1813 Napoléon revient 1819 veti mille un -
1 fortune Son humeur altlère
aigrie di 1 Invaincu 1 ..mi ri 1 r qu'il
n'était peut-être pas Invincible. Celui-là qui Bétail .ru un
rcé d'avouer qu'il n'était qu'un
bomi
11 voulu! 1 pour la vi\ terminer 1
n forma d ■ ton 1 . ■ On lui dit que. malgré la i*rmisslon qui
lui a-. mener dans I - Jardins, er
quolqi ituies Im-
1 disposition, li ...ulu faire
un pas hors .le sa chambre.
— Oui oui. murmura Napoléon. Il veut qu'on le croie prisonnier.
Et 11 se M am Pie vu
L'entrevue fut U parait et ce-
LE MIDI DE LA FIUNCE
pendant elle n'amena aucun résultat. Pie VII voyait pencher Napoléon, comme ces statues des faux dieux que les premiers pontifes poussaient de leur doigt puissant ; il ne voulut rien céder. Napoléon sortit de chez lui d'autant plus furieux, que, par respect pour son caractère et pour son âge. il avait été forcé de se contenir; mais, dans la galerie de Diane, rencontrant le. cardinal Fescli, il raconta ce qui venait de se passer; et, comme le cardinal Fesch se taisait :
— Avez-vous entendu le canon dans la journée?
— Oui, sire.
— Je ne m'étais donc pas trompé ! Dans quelle direction?
— Dans la direction de Paris.
— C'est bien cela. A quelle heure a-t-il cessé?
— A cinq heures.
Et la carriole reprend sa course, comme emportée par le vent.
A dix heures du soir, Napoléon n'est plus qu'à cinq lieues
Napoléon ordonna de brûler toutes les ma'chandises anglaises qui seraient saisies en France.
— Mais où donc, s écria Napoléon, ce vieillard obstiné veut-il quo je l'envoie?
— Au ciel, peut-être, répondit le cardinal.
Et cette réponse calma à l'instant même l'empereur.
Pie VII iista a Fontainebleau jusqu'au 21 janvier 1814, et, pendant toute sa captivité, c'est-à-dire pendant près de deux ans, fidèle a s'a résolution première, il ne voulut pas franchir le seuil de sa chanibn..
Cependant l'horizon septentrional s'assombrissait de plus en plus ; l'orage s'avançait menaçant vers Paris, et, chaque jour plus rapproché de la capitale, on entendait gronder comme un tonnerre lo canon de l'ennemi.
Le 3U mars 1814, à neuf heures du soir, une carriole, venant de Villeneuve-sur-Vanne, arrivait à Fontainebleau en brûlant le pavé : un courrier la précédait de dix minutes,, en criant : •> L'empereur ! l'empereur ! » En une seconde, les chevaux furent, dételés et rattelés ; Napoléon n'eut quo le temps d'échanger quelques paroles avec le maître de poste.
des barrières: il relaye à Fromenteau et repart avec la même rapidité. Parvenu aux fontaines de Juvisy, il croise un aide de camp, qui passe lui-même de toute la vitesse de son cheval. Il reconnaît son uniforme. I appelle, échange quelques paroles avec lui, descend de voiture sur la grande route, va s'asseoir sur un des bancs de pierre qui la bordent, cause longuement et vivement avei le messager, se fait apporter un verre d'eau puisé a. la fontaine, remonte avec le même visage dans la voiture, et de la même vnix dont il avait crié: « Paris! » crie aux postillons: — Fontainebleau i
Paris s'était rendu à cinq heures du soir, et l'ennemi devait y entrer au point du jour!
Cinq jours après, Napoléon écrivait sur un bout de pa pier volant ces quelques lignes, les plus importantes peutêtre qu'une plume humaine ait jamais tracées :
.. Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Eu-
son serment, déclare qu il reses enfants aux trônes de Frai d Ital ■ • st aucun sacrifice, même celui de sa vie,
gui! faire aux Intérêts de la France. »
On montre à Fontainebleau la table sur laquelle ces rites: mais nul ne sait ce qu'est devenu • Impérial
,'iit du lï au 13. le silence du ! tout, à
on sort i ipnt. on se
bacun dent e passe,
et des voix confi. oent :
— L'empereur
ette nouvel! - la chambre
qu il occupe ; mais la porte s'est refermée sur le grand Mal l'.ertrand, sur le duc de VI tr
ii Ivan : personne ne peut plus re. on écoute, on entend des gémissements, (ont.
Tout à coup, la porte s'ouvre et se referme : le docteur Ivan comme un spectre. On veut l'interroger;
mais il étend la main à cet ordre
en lui faisant place. 'Il descend rapidement le? escaliers, entre dans la tour, trouve un cheval a v gril-
le- monte dessus, s'éloigne au galop et disparaît dans l'obscurité.
Le lendemain 13 avril. Napoléon se lève et s'habille comme à l'ordinaire; seulement, sa belle tête, toujours calme et l lus pâle que d'habitude.
Maintenant, voici ce qu'on raconte : Napoléon avait entendu parler du poison de Condorcet. Vu moment de la retraite de Russie, résolu a ne pas tomber vivant entre les mains de l'ennemi, il avait fait venir Cabanis et lui avait demandé de lui faire préparer une com- ■ notable: Cabanis avait écrit l'ordonnance et le docteur Ivan l'avait fait exécuter. Pendant retraite. Napoléon avait porté cette composition dans un sa r ni il a son cou : puis, nue fois ren
France. II l'avait déposée dans un secret du nécessaire de uni ne le quittait jamais et qu'en mourant il légna fils. '
le silence de la nuit, pendant une de ces lonaies qui, depuis deux OU trois ans. lui étaient habituelles, voyant que tout, l'abandonnait avec sa fortune. Lie) r-, et que les autres étaient traî-
nes, n avait pensé an r«ii?on qui dormait depuis deux ans rat de son nécessaire Le valet de chambre qui
veillait dan! La i e voisine l'avait entendu se lever,
fentes de la porte, vu délayer uno M dans un verre puis boire et se recoucher. Pendant ! on quart d'heure, il s'était fait un profond silence: ' la lutte du courage contre la douleur ; mais la dOU- AVBil enfin vaincu Anx frémissement? que Napoléon Bé, le valet était accouru, avait interrogé, prié. sut. plié: puis, voyant qu'il ne pouvait obtenir aucune réii ê hors de la chambre, et. courant i lu 7. les plus Intimes de l'empereur, il avait fait entendre an bruit desquels tout, le palais s'était éveillé. OUS lavons dit, le grand-maréchal Bertrand, le dm " le dm de Vicente et Ivan étaient accou-
rus; • dernier, Napoléon s'était soulevé
soi son m ut écrié en lui montrant le sache!
— Ton' i > trahit donc Ici. mémo le poison ! . Uors i\an avait perds i pondre, sans
a sorti, étant monté sur le nier cheval qu'il îvait peu il disparu.
Ulez : i m et on brera la chambre
ame
OU apprend deux
■ . ■ rai autrichien Koller, vient iTarrlver \ midi, les voilures
ei se
prendre les armi
'm le
ipoit on de 'i 'in
• dr i •• m Le duc . i. néral I'lahaul sont en mission.
N.ii te un Instant sur le perron, embrasse
d'un coup d œil tout ce qui lentoure, sourit tristement, puis descend vivement, trouve à chaque degré une mata qu'il serre; puis, s avançant au milieu de se< soldats, fait signe qu il veut parler. On écoute. Alors, de cette même voix vibrante dont il faisait ses proclamations de Marengo, d 'Austerlitz et de la Hoskova :
Idats de ma vieille garde, dit-il, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans. je vous ai trouvés constamment sur le chemin de l'honneur et de la gloire Dans ces derniers temps, comme dans ceux de notre prospérité. \
- des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n était point perdue; mais la guerre était interminable, c'était la guerre civile, et la France n en serait devenue que plus malheureuse; j'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie. Je pars vous, nie- amif de servir la l ■ son bonheur était mon unique pensée, il sera toujours l'objet de mes voeux. Ne plaignez pas mon sort: si J'a senti à me survivre, c'est pour servir encore à votre gloire: je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble. Adieu, mes enfants: je voudrais vous r tous sur mon cœur. — Que j'embrasse encore votre drapeau...
Et Ici la voix lui manque, et le drapeau qu'il prend dans ses bras cache i -es larmes. — On n'entend que
des sanglots. — Tous ce- hommes pleur nt comme des enfants qui \
Mais la voix d< iitendre de i
— Adieu encore une fois, dit-il. mes vieux compagnons. une i passe dans v
Et i! s'élance dans la voiture oii l'attend le maréchal - La voiture part, et Napoléon disparaît aux ds de ses vieux frère? d'aï
Nous le retrouverons à l'Ile d'Elbe.
Ce fut M. Jamln, auteur dune brochure à laquelle nous emprunté force lionnes choses, qui nous fit le^ inclen et moderne, depuJ chambre où Frai it visiter Léonard de Vinci mou-
rant jusqu'à celle où l'empereur signa son abdication (1!- Puis il non - ■ a l église d'Avon et nous m
cette tomlx> de Monaldeschl, que, la relation du père J.ebel à la main iu pied de son héni-
inand même une main plus pieuse que savante n'aurait point écrit sur la dalle funéraire cette courte épitaphe : ru an Moinadechl.
dans la même é:iiso. assuret-on. qu'ont été enterrées les entrailles de Philippe le Bel. On montre la dalle qui les recouvre: mais de l'inscription, effacée par h -
par les genoux d «n ne peut lire
que ces mots: Qui trtpasta l'on de /incarnation 12ir>. le jour de Patquei
\ux deux .ores de la porte, scellées dans la muraille. -,mt les tombes de Vaubanton et de Bezout.
En sortant de l'église, nous primes rongé de notre
ml cicérone, et, remontrai en voiture, nous nous remîmes en >•
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ir i i: M
i, même soir vers les neuf heures, non? ai
i i dans les environs d ne ville un [eune
i n le ma connaissance qui vlva
deux beaux ' i inelle lui rapp
dix ou don n vres de rente, dont il m
dément la i arl n dix mois sur le
Paris- 1 souvent ta-
on conduisaient vers l'embouchure de ■ basse chi promettani
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and ' tri la m i,l(' i"
m infi re de Marslllj
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LE MIDI DE LA FRANCE
mandâmes s'il n'y avait point île par la ville quelques curiosités i voir en attendant le souper, que notre hôte ne s'engageait a servir que dans une demi-heure. On nous répondit qu'il n'y avait que la manufactures d'ancres et de boulets dont les forges devaient justement aller en ce. moment. Nous nous acheminâmes vers les forges.
J'ai peu de sympathie pour les manufactures ; les machines â grandes forces mécaniques m'effrayent toujours par leur impassibilité- Il y en a surtout dont l'état est de laminer, et qui laminent éternellement. Quelque chose qu'elles accrochent de leurs dents de fer. une fois accro- • lie - la chose doit passer par le trou, plus ou moins grand, vers lequel elles poussent les matières fabrlcahles ; de quelque volume que soit la chose qui entre, fut-elle grosse comme une solive, elle en sortira menue comme un aiguille, a tricoter. Quant à la machine, elle tourne, c'est son droit c'est son devoir ; peu lui importe la matière qu'elle broie et qu'elle allonge. Vous lui présentez une barre de fer, le monstre l'attire à lui et la dévore; vous ne retirez pas assez vite la main, la machine vous pince le bout du doigt, tout est fini; vous avez beau crier: s'il n'y a pas là un ouvrier avec une hache pour vous couper le poignet, après le doigt vient la main, après la main le bras, après le bras la tête, après la tête le corps. Cris, jurements, prières, rien n'y fait; le plus court, pour vos amis ou votre famille, c'est de vous attendre de l'autre côté de la machine. Vous y êtes entré homme, vous en sortez fil de laiton ; en cinq minutes, vous avez grandi de deux cents pieds. C'est curieux, mais ce n'est pas agréable.
Aussi je regarde toujours fort respectueusement ce genre d'ustensile, comme en général toutes les choses auxquelles il est impossible de faire entendre raison : il en résulta que, peu familier avec les moyens mécaniques à l'aide desquels procédait M. Zéni, directeur de la manufacture de Cosne. je m'arrêtai tout d'abord sur le seuil pour prendre connaissance des localités.
J'ai rarement vu une chose plus sombrement poétique que cet immense bâtiment, dont il était impossible d'apercevoir les extrémités, et qui n'était éclairé que par la lueur de deux forges alors en exercice. Le feu changeant qui s'élevait des fourneaux colorait les cercles qu'il embrassait, et revêtait les hommes et les objets compris dans le cercle des teintes les plus fantastiques, depuis le rouge ardent jusqu'au bleu pâle. Puis, de temps en temps, les flammes s'en allaient mourant ; on tirait du brasier pâli un fer ardent, on le posait à l'aide de pinces énormes sur quelque enclume colossale, et cinq ou six marteaux retombaient en cadence. A chaque coup qu ils frappaient, des gerbes d'étincelles jaillissaient, illuminant comme un éclair les profondeurs les plus reculées de ces voûtes sans lin. Alors, et pour une seconde, on apercevait, fonctionnant dans l'ombre, des instruments inouïs, gigantesques, pareils de forme à des poissons inconnus de quelque mer ignorée, dont, pendant les moments d'obscurité, on n'entendait que les grincements. Il y en avait qui, semblables a des ciseaux de géant, ouvraient tout seuls leurs mâchoires d'acier, et qui. à chaque fois qu'ils se refermaient, tranchaient, comme des fétus de paille, des barres de fer de la grosseur de la cuisse. Il y en avait d'autres qui comme un éléphant, allongeaient une trompe de .haines, et qu! soulevaient des poids énormes; il y en avait d'autres enfin dont il était impossible de distinguer ni la forme ni la destination, et qui opéraient à l'écart, mystérieusement, dans l'ombre, comme des malfaiteurs qui se cachent pour commettre quelque crime. M. Zéni nous invita à entrer pour regarder de plus prés toute sa ménagerie métallique, et pour voir donner le dernier coup de marteau à la maîtresse ancre de lu Dryade, qui l'attendait à Rochefort. Cette ancre pesait plus de neuf mille. Force me fut donc de m/aventurer dans cette caverne de Polyphème.
Nous errions dans ses profondeurs, lorsque M. Zéni nous appela : on allait effondrer un four plein de fonte. Nous vînmes non- ranger près d'une rigole en sable, dans laquelle 3eva.it rouler le liquide ardent. Les deux forges s'éteignirent l'une après l'autre, et les ouvriers accoururent aux deux cOtés du moule. L'obscurité se fît plus profonde, et bientôt la manufacture ne fut plus éclairée que par l'orifice rougi du four. Le maître fondeur l'ayant attaqué avec une pince, nu troisième ou quatrième coup, l'obstacle qui retenait la fonte fut brisé, et le métal, pareil a une lave, sortit à gros bouillons des flancs de la fournaise, et s'allongea comme un immense serpent de tlamme sur une longueur de soixante à quatre-vingts pieds1. Un ouvrier me raconta qu un jour un de ses camarades, qui, distrait par son voisin, ne suivait pas l'opération, avait été surpris par le métal en fusion. Le malheureux jeta un cri et tomba comme un arbre qu'on pousse; il .avait les deux pieds coupés au-dessus de la cheville. Quant aux membres absents, on chercha a .-n retrouver quelque trace dans la lave: la lave les avait dévorés, il n'en restait aucun vestig».
\ la fin de ce récit, Je lis remarquer â Jadin que la demi-henr e i s avait .i. n tre hôto pour la pré-
paration de notre souper était plus qu'écoulée, et nous prîmes congé de M. Zéni, en le chargeant de nos compliments pour toutes ses machines
En revenant . nous vîmes force groupes Cosne paraissait dans une agitation tout à fait, anormale Toute ville de province de bonnes vie et mœurs doit se coucher à neuf heures du soir: il en êtail prés de dix. et toutes les bon tiques de la ville étaient ouvertes, tous les habitants étalent dans les rues. Nous nous informâmes de ce qui causait un mouvement si extraordinaire, et nous apprîmes que le docteur M..., le même qui était accusé d'empoisonnement sur la personne de sa femme ef de son enfant, venait de se suicider dans sa prison en s'ouvrant l'artère rurale. Cette nouvelle réhabilita Cosne dans notre esprit. Il y avait effectivement, dans un semblable événement de quoi tenir une ville de six mille âmes éveillée une demi-heure de plus que d'habitude.
En rentrant à l'hôtel, nous trouvâmes Ambroise R .., qui, ayant appris notre arrivée, nous attendait. Xous lui offrîmes de partager notre souper; mais il refusa le cadavre du docteur M.... dont il venait, appelé par les nui.! de constater l'identité, lui avait ôté l'appétit.
Nous lui demandâmes alors par quel hasard il se trouvait mêlé comme témoin dans cette horrible affaire, et il nous raconta une de ces histoir ; desquelles res-
sortent toutes les bizarreries d^ la perversité et de la faiblesse humaines.
Le docteur M... habitait un village à deux ou trois lieues de la campagne d'Ambroise : ils étalent liés depuis longtemps, presque amis de collège, et se voyaient autant que la distance et leurs affaires réciproques le permettaient.
Le docteur avait épousé une jeune fille des environs, nui lui avait, apporté en dot une centaine de mille francs, dont elle lui avait fait donation par son contrat de mariage au cas où elle mourrait sans enfants. Au bout de dixmois, la jeune femme accoucha d'une fille, et l'époux et le père parurent aussi joyeux l'un que l'autre.
Trois ans s'écoulèrent. Tout à coup, on entendit dire que madame M... venait de mourir subitement (in courut à la maison mortuaire, comme c'est l'habitude en province ; on trouva le mari désolé : il tenait sa fille embrassée, et disait que sa fille seule pouvait lui faire supporter 1
Trois mois après, l'enfant tomba malade â son tour, et, quelques soins que lui prodiguât son père, elle mourut-
Pendant trois mois, à dix lieues a la ronde, on ne parla. que du malheur du pauvre docteur M .. Il fut longtemps sans paraître même chez ses meilleurs ami* et. lorsqu'on le revit, chacun le trouva horriblement changé. Au reste, l'intérêt que chacun lui'portait fut profitable â sa fortune; en moins d'un an. sa clientèle doubla.
Il y avait dix-huit mois, à peu près, que le docteur M... avait perdu sa femme, lorsque celle d'Ambroise. qui,, depuis quelques jours, tt'attendait plus que le moment d'accoucher, se sentit prise de douleurs, Ambroise monta aussitôt i. val, et. courut â fond de train chercher le docteur M... Le docteur M, . revint avec lui â Marsilly. C'était vers les deux heures de l'après-midi
Le travail dura jusqu'à *ept heures du soir : à sept heures du soir, la femme d Ambroise accoucha d'une jolie petite fille. En voyant, l'enfant, le docteur M... faillit se trouver mal. On pensa, que cette vue avait rappelé au pauvre père la perte qu'il avait faite, et que la joie de son ami avait redoublé sa douleur.
A dîner, le docteur mangea â peine. Vers les neuf heures, le domestique d'Ambroise. qui en avait reçu dans In journée l'ordre du docteur lui-même lui 'lie et vint lui annoncer que, s'il voulait retourner chez lui, sa monture était, prêt.- r.e docteur se leva, puis pr aussitôt se rassit en pâlissant. Ambroise vil le mouvi m il lui prit la main. Sa main était froide el i grosses gouttes de SUSUT roulaient sur son Eroi lui demanda co qu'il avait: le docteur souri' et répond» que ce n'était rien. Ambroise, qui avail entendu pa son ami de la nécessité où il était de reto lui le même soir, lui fit en hésitant 1 ofl nuit n MarsUly. Le docteur, sans répondre aes pas
vers la porte; mai rrivé sur le seuil. 1] a
reculant tout à coup :
— Oui. dit-il, je resterai.
— Te sens-tu mal? demanda Amie.
— Non; mais j'ai i ', répondit le médecin.
\ cette étrange i "'dn -s'>n am,, '',"
face il v avait vingt ans qu'il le c laissait, et qu il e
connai ail , ' i ' brave. Cent fois dans l
sa cli itèli l :"" "
imais il .... i moin-
dre signe de i rai. il- Liblesse; -m, ....... ni
mort .dé s, féline '
de ce m le lul Pendant la nuit, 11 avait.
quoique la M urgente, trouvé moyen, sou? diffé-
rents prétextes de ne point aller cliez ceux qui le demandaient Ami rappela ces plaintes, et. se souvenant (juart de lieue de Maisilly, il y avait un bois à traverser, 11 offrit au docteur ou de le faire reconduire, ou de lui prêter ses pistolets, s'il craignait d'être Mais le docteur secoua la tête en répétant deux fois :
— Ce n'est pas cela I ce n'est pas cela i
Ambroise, qui ne demandait pas mieux qu'il restât, pour le cas où sa femme aurait besoin de nouveaux soins, n'inpas davantage, et il ordonna a son domestique de couvrir un lit pour son hôte Alors le docteur lui demanda s'il lui était égal que ce lit fût dressé dans sa propre chambre. Ambroise, n'ayant aucun motif de s'y opposer, y consentit ; seulement, il passa près de sa femme : elle dormait. Ambroise recommanda qu'on le réveillât s'il arrivait quelque chose de nouveau, puis laissa l'accouchée sous la surveillance de la femme qui devait la garder, et revint dans la chambre où il avait laissé le docteur.
Il le trouva se promenant à grands pas et d'un air agité ; mais, pour le moment, il n'y fit pas autrement attention. Il prit une des bougies qui avaient déjà brûlé toute la soirée, invita le docteur à prendre l'autre, et passa avec lui dans sa chambre à coucher, qui, d'après la demande du docteur, était la chambre commune.
Ambroise se coucha et souffla sa bougie ; le docteur se coucha de son côté, mais laissa brûler la sienne : Ambroise s'endormit.
Au milieu de la nuit, des gémissements le réveillèrent. A part un faible rayon de lune qui filtrait a travers les Persiennes et qui venait éclairer d'une pale lueur une partie de son lit, toute la chambre était dans l'obscurité. Il crut d'abord qu'il avait pris quelque rêve pour la réalité ; mais les gémissements recommencèrent : ils partaient du lit du docteur.
— Est-ce toi qui te plains, Louis? demanda Ambrois* Un nouveau soupir répondit à cette demande.
— Souffres-tu?...
Cette demande amena une espèce de sanglot, mais voilà tout.
— Ah çà ! rêves-tu, ou es-tu éveillé? demanda Ambroise avec une certaine Impatience et en se soulevant sur son lit.
— Je veille, répondit le docteur; depuis dix-huit mois, je ne dois plus.
— Que veux-tu dire? demanda Ambroise.
— Ecoute. Il y a trop longtemps que cela m'étouffe ! 11 faut que Je te dise tout, sinon j'en mourrais l
— Ali cal es-tu fou? demanda Ambroise; qu'as-tu d
à dire?
— Attends dit le docteur, cela vont être dit a voix basse Il y avait dans la voix de son camarade de chambrée Un
■accent si profondément sombre, qu Ambroise se sentit frissonner de tous ses membres; il chercha sur sa table de nui! un briquet phosphorlque. l.e docteur, ay.mi entendu le mouvement, devina l'Intention et s'écria:
— Non, non, pas de lumière! je ne parlerais pas.
En \mbrolse l'entendit descendre de - id
lit, le vit aller a la fenêtre el tirer le rideau île manière à intercepter li i lyoi di lune qui tombait sur son lit:
11 i ente ons de son chevet, il
étendit la m n celle du docteur Lu main du docteur était glacée comme une main de marbn et cependant couverte de sueur \i ,,. , ,er la
sienne; mais le docteur la retint avec forci -
el en même temps tomba
— Mais, au nom dn - loi, qu a ria Ambroise.
— Ne devines tu rien 1 di manda le docteur.
— Que venu I u (nie le devine?
N" ; celui qui te tient la main, qui
est la à mi misérable !.. un
infâme' un m plus que tout cela, un empol-
or ?...
Imbrolse fit un mouvement si violent, qu'il retira sa main, si ferme q
— Malheureux, i s'écrla-t-Il ; et pourquoi venir me dire celé i mol ? qui le fo .:.
— Ali qui me force? Le r | ce Dieu?...
I M-ce ma terni ma fille?...
Et il proi i inte.
Ami lie,
— "' ' ' ' ' mais n'ira-
ut que Je te dise tout ouffe qu
oulagé Unbrolse, j'ai empoisonné Ise, J'ai empoisonné ma Olli itx mains vers le riel, et i
1 "' eu ' mon i
— Nul ne le savait, nul n'avait de soupçon, nul n en au-
ne.n prop
nonciateur en moi-même ; a tout moment, ce fatal secret est sur mes lèvres. C'est sans doute quelque grand coupable qui a institué le premier la confession ; mais le fait est qu'il m'a semblé que, si j'avouais mon crime, je serais soulagé. Ce matin, quand tu m as envoyé chercher, je songeais à toi; cela m'a semblé un avertissement du ciel, et dès lors, j'ai été décidé. Il est vrai qu'un moment j'ai faibli, et que j'ai été sur le point de partir. S'il eût fait grand Jour, je serais parti ; mais il faisait nuit, et. la nuit Le docteur étendit la main et saisit celle d'Ambrolse.
— Et. la nuit, continua le docteur en lui serrant la main de sa main glacée, la nuit, j'ai peur i...
— Mais pourquoi viens-tu me dire toutes ces affreuses choses, à moi?... Je ne suis pas un prêtre... je ne puis pas t absoudre.
— Mais tu es mon ami. et tu peux me consoler
— Eh bien, alors, écoute, dit Ambroise en se rapprochant de lui ; je vais te parler en ami. et non en prêtre puisque c'est un conseil que tu es venu chercher et non une rémission.
— Parle, parle.
— Un jour ou l'autre, ton crime sera connu Le docteur frissonna.
— C'est la prison, c'est léchafaud ! c'est peut-être pis Je bagne!... Tu as un père et une sœur: ton père sera déshonoré, ta sœur ne trouvera plus de mari. Prends mes pistolets, et va te brûler la cervelle au coin du bois de Marsilly; je t'accompagnerai, et je rapporterai l'arme Dea^sâ^iné1 dlra 1™ tu as été attaqué par des voleurs et
— e; si, au moment, le courage me manque, ni je me blesse, et si je ne me tue pas?
.-,*1™: écr,'s we c'est toi-même qui tes tué, enferme le billet dans le tiroir de la table de nuit, et. si tu te manques... eh bien, mol, je t'achèverai...
Le docteur poussa un gémissement, Ulcha la main d'Ambroise et se renversa en arrière.
Puis, après un moment de silence :
— C'est bien, dit Ambroise, tu es un lâche ! Va te recoucher, et n'en parlons plus
— Et... et jamais ce que je t'ai .confié ne sortira de ta
— Misérable ! murmura Ambroise. est-ce que tu me prends pour une canaille comme toi?
Le docteur se traîna sur ses genoux du côté de son lit ■ Ambroise descendit du sien et passa dans la i bambre do sa femme.
Le lendemain, Il demanda ce quêtait devenu le docteur on lut dit qu'il était parti au point du jour.
Il fut six mois sans le revoir. Au bout de six mois il apprit que le docteur était arrêté, comme soupçonné de
I ' mpoisonni mi ut de sa femme et de sa Bile i e domestique du docteur, qui logeait au-dessus de lui, et,, mie de l'entendre se promener, se couche" et se relever au lieu de dormir étal! descendu une nuit, avait regardé par le trou de la serrure, avait m son martre a genoux au mil
la chambre, et l'avait entendu demander pardon A sa femme et à sa fille. Ce domestique était un homme que lui avait donné son beau-père, et qui était très atta, h u mus
maîtres, n alla tout raconter au vieillard qui *■ fll1'' ' de sa petlt-fllle laissait sans famille Le vieil-
l'"'1 '■"■>" bien ,n qui Ique ,- ma
' éteints faute de preuves; il avar
ont II s'en allait mourant et isolé, comme un arbre qui sèche dans un coin, lorsque le récit fle son m ilen domestique vint lui n
11 demanda au domestique s'il pourrait lui faire voir et lui faire entendre à lui-même ce qu'il avait vu; le domestique lui répondit que rien n'était p i qu'il
le cacherait dans sa chambre, et qn, comme chaque nuit, même chose recommençait, il n'avait qu'à regarder et perralt el entendrait a » : que
lui avait vu et entendu.
I I i liose se ht ainsi qu'elle avait été dite l.e vieillard, plus convaincu encore i leur du meurtrier c,ue par ses paroles, se rendit la même nuit chej ie procureur du roi et fit sa déposition,
Le lendemain, le docteur M fut an
A I"1 11 Lvoua tout, et raconta lui-même la