‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 208 sur 283 · CADIX · texte numérisé non relu

CADIX

uUl-

omme auves et

;sque-

■ néme que nous

ouverts de

le p ilotes ilan-

i! me une

une i

- . ■ . nom

lont tous h

Bour surtout, m i Giraud:

i ère ei i lant :

beau :

ige comme le nôtre, madame, et entre douceur infinie.

seule individualité est un être fort i assimilai ■ nielles le 1.

mat en i ez nous, peintres

evall par l'autre, et je vous assure, i d'Hugo, qu'Alex,

mai al ul admirablement à celle grande Salvator r>

haltes d'admiration, ta

eût voulu I ■ dont non les mil-

l'Jalent a l< il Li terre.

madame, que nous parcourions un '.nain auredouté. Du temps mptait ses

ce ter-

tre mayoral, surtout a l'heure où nous

malUe El eux. Deux ou

■ talent leurs bras lugubres, les unes au

•i «K lier.

qu il n'y avait i le récit de notre

al

vint enoi

>ts i 1 i ■ lumière, et

ni poste ii- gendarmerie.

autlon lut comme on un u deux lieues de plaines .i traverser.

.'.liait en di

I es de

aut-i ut ntant cette

deux voitures d'Anglais y étaient descendues trois heures nous, ■^n le souper des Anglais.

dame, vous qui êtes Française plutôt deux fois qu'une, car vous êtes Parisienne ; ah : madame, ne tombez I>as dans une auberge espagnole quand on y fait a souper . Anglais.

cambule indique, madame, que nous fûmes fort frôlas par le seigneur don Calisto Burguillos, lequel nous déclara qu il n'avait le temps de s'occuper ni de notre souper ni de nos chambres Il y a une chose que je n'admets pas, c'est que lorsqu'on I irte, dans le bu' d'attirer les voyageurs: Posada de Calisto Burguillos, il y a une chose, dis-je, que je n'admets point, c'est qu'on ait le droit de mettre à la les voyageurs attirés par cette enseigne.

uentai donc de m'incliner poliment devant l'im le maître Calisto Burguillos, et j'appelai Giraud. her ami lui dis-je, il y a cinq fusils dans la voltun abine de Desbarolles. Que n

rolles s arme de sa carabine, armez-vous de vos fusils, et venez les chauffi r au feu de la cheminée. Si l'on vous demande pourquoi vous laites cela, vous répondrez que vous avez peur que vos fusils ne s'enrhument.

i inprls, répondit Giraud en s'acheminant vers la porte et en faisant signe à Alexandre, à Maquet, à Desbarolles \ bard de le suivre.

Maintenant, Boulanger, continuai-je. toi qui es d'un caractère conciliant, prends avec toi don Diego, et va avec ustre de paix à la recherche de quatre petites cham bres ou de deux grandes.

Bien, dit Boulanger, et il sortit à son tour avec don

Maître Calisto Burguillos avait suivi de l'œil toute la mise en scène.

— Bon, dit-il à sa femme, les voilà partis, ces pugnateros

;içais.

Pugnatero. madame, est un fort vilain mot dont on nous salue depuis notre entrée en Espagne. En vérité, je ne sais pas si la réputation qu'on nous fait dans ce beau pa>

au moins qu'elle est universelle.

Don Calisto ne m'ai ni, caché que J'étais i>ar le

manteau de la cheminée Sa femme lui fit signe que l.i.

11 quitta ses fourneaux et vint à moi.

— Que cherchez-vous la " me demanda-t-il.

— Je cherche un gril

— Pourquoi faire ?

— Pour faire des cotelel

— Vous avez donc des côtelettes' Non. mais vous en avez vous.

— Où ce)

Et je montrai un quartier de mouton pendu dans un de la cheminée.

— Ces côtelettes sont pour les Anglais, et pas pour TOUS

— Vous vous trompi itelettes sont pour- nou

nez de leur monter douze côtelettes sur un i lai ' esi bien assez.- les côtelettes que vous leur ai si leur part ; celles qui restent,

c'est la nôtre.

— Celles qui restent sont ixiur leur déjeuner de demain,

i ;■ notre souper de ce soir.

Voi

sûr

Oh i oh i

— Mi raud qui rentrait, son fusil ,i la main, suivi de Desbarolles, de Maquet, d'Achard et

alement leurs fusils a la main ; mon voici venir maitre Calisto Burguillos, qui a ' de nous quartier de mouton. Donne-

fusil demande-lui le prix de ce quartier de mou-

idroitement, .m.

admirablement, du bine du {■ j

s, .lit Achard ; que les fusils soi

quartier de mouton? demanda Giraud en son fusil et en prenant le couperet sur la

mdil m. u l m julll

i" mouton, me trois douros DU

et en tirant les trois la poche, laissa tomber cinq ou six onces, nrguillos ouvrit des de cet or qui roulait sur le planche] ulslne

.i massa les cinq ou six onces, et donna les trois dour. ;,ôte.

DE PARIS A CADIX

Il les passa à 'sa femme, laquelle me paraissait occuper dans la maispn une position distinguée

f,U"nUf PI*,U le mouton' le découpa avec, une habileté qui faisait le plus grand honneur à ses études analogiques saupoudra les côtelettes d'une quantité suffisante de poivré et de sel, les coucha délicatement sur le gril que je, lui présentai, puis posa le gril sur un lit égal de charbons ardens, artistement étendu par \ehard charbons

J^teZ"™ ë'°UUeS de gV^ Se "l à - Maintenant, Desbarolles, continuai-je. offrez le bras à madame Calisto Burguillos, et priez-la de vous conduit à endroit où elle met ses pommes de terre. Si vous rencontrez des œufs en route, introduisez-en douze dans Notre °-i- ';<" '■' '"' ; "LU le loQë du chemin, mon ami, vous lui demanderez des nouvelles de son père, de sa mère et de ses

«n^Hmîi!.1* fla"era' " V0US intr°dUira D6U a ^ daTs lÂTanf e* sapprocha' !e e*™ à la main, de notre hô- Zf ,', Un peu adoucie Par le contact magnétique

des douros, daigna accepter le bras qu'il lui offrait

fous deux départirent par une porte qui paraissait s'en foncer dans les entrailles de la terre iJdlal=sa't s en-

Boulanger et don Riégo reparaissaient en même temos par la. porte opposée. Ils avaient dirigé leur course ve«U pôle austral, puis ils avaient rencontré des vente ails?» ou! les avaient poussés dans un corridor; au bout du corridor «savaient découvert une longue chambre où pouvait JenTr

Boulanger, en homme de sens, avait mis la clef de cette

chambre dans sa poche et me l'apportait Les côtelettes cuisaient toujours. 7 5"!, poèle et uue casserole, demandai-je Achard s'empara d'une poêle, et Giraud dune casserole Maître Calisto Burguillos nous regarda aire d, in rPi,

stupéfait : mais, comme il était seul contre nuit e n ava

nT^aT 3rme C°ntre Cinq tuslis 1u'u"e cul" ère à pot n y avait, pas moyen de résister

Il avait bien eu un instant l'idée d'appeler les Anglais a son aide; mais c'était un homme fort instruit mt ™tti « -alisto Burguillos, et il s'était rappelé que dans a gje' lit le la Pémnsuie, les Espagnols avaient eu p us à souffre de ennemi ^ ***** Um ^ QUe de* lançais Teurl

tej'seu/ement0110 "**" * ^ C°nSerVel' ^ lui a '"« «"*

Desbarolles rentra; il avait les poches pleines de pommes

de terre et son gibecier plein d'œufs pommes

tr^Crard aVt" eu mission dc casser les œufs et de les bat-

riP?h'raU,a dT"ChPT et £,e tailler les l""™es de terre

Desbarolles devait continuer ses marivaudages près de

madame Burguillos. jusqu'à ce qu'une table lhargée de

pfrtenS dreSSée danS Un C°in iuelcon^e de l'ap

JSfïïSiï. Se 'f rifla' S°rtU avec e,Ie' et au bou' d'un quart d heure rentra en disant :

— Ouf ! messieurs, la table est prête

Dix minutes après, les côtelettes n'avaient plus besoin que d un tour de feu, les pommes de terre que d un tour de

rôle, l'omelette que d'un tour de poêle Ln^îL06 ™omfnt' madame. la cuisine de don Calisto Burguillos présentait un spectacle curieux à voir

D'abord monsieur Alexandre Dumas, votre' serviteur un éventa, de chaque main, animait, par une ventilation 'soutenue, le charbon qui faisait griller les côtelettes et frire les pommes de terre.

Giraud épluchait une seconde édition de patates destinée a succéder à la première.

LD£nJPg„° faisait semWaut de lire sou bréviaire, et liairait la fumée du gril, en regardant la poêle du coin de l'œil

Maquet tenait la queue de la poêle.

Achard pilait du poivre.

Desbarolles se reposait de ses fatigues.

Boulanger, refroidi par sa course dans les hautes latitudes, se réchauffait.

Alexandre, fidèle à sa spécialité, dormait

Enfin maître Calisto Burguillos, s'abrutissant de plus en plus a 1 aspect de l'intervention française, ne voyait point sa femme, qui, à travers les vitres de sa fenêtre, faisait signe a Desbarolles qu il manquait quelque chose de très important sur la table.

Heureusement, je veillais pour maître Calisto. J'envoyai Desbarolles a son devoir.

Dix minutes après, nous entourions une table sur laquelle fumaient douze côtelettes, deux pyramides de pommes de terre et une omelette gigantesque.

Cette vue nous donna une telle gaieté, madame et particulièrement à Boulanger, à Giraud et à Alexandre qu'à nos éclats de rire madame Burguillos entra ; que derrière elle, entrèrent les deux ou trois maritornes de la posada ; et que, derrière les deux ou trois maritornes de la posada

apparent dans la pénombre les figures étonnées de nos -fs7^^

vous gardera voue part^du' soup r^r?': ?B°S "tS: °" société vous votera, comme aXefôi E „, Tl , f/'T' la couronne de lauriers César' une

La société reconnaissante le vota à Desbarolles sans nré judice de sa couronne de lauriers. P

Tolède, 23 octobre au soir.

tean JiTn Se l6Va grisa,re' enveloppant le soleil d'un man

ss Ltj%r**£mvs pareu -■" - s-ssn-t

Au détour de la rue, nous aperçûmes le colosse sépulcral ■ il est, en vérité, bien digne de l'homme qui choisit un dé sert pour sa capitale et un tombeau pour son palais

Vous savez comment l'Escurial fut bât., n'est-ce as ma dame? Un jour, c'était vers le commencement de S' Pht ippe, assiégeant Saint-Quentin, fut forcé de diriger contre

I église Saint-Laurent une batterie de canon gui disait de grands dommages à la pauvre église. Philippe eut peur que le saint ne se fâchât de voir ainsi traiter sa demeure. 'et il fit vœu de lui en bâtir une autre sous la même invocation P us riche et plus grande que celle qu'il démolissait S Vin": Quentin pris, u voulut même faire davantage qu'il n'avait promis et imposa a son architecte, Juan-Baptista l'étrange couché Tplal r * S°n m°nument la 'orme' d'un gfil

Contre l'habitude des rois, Philippe II tint donc cette fois plus qu il n'avait promis.

Il est impossible de se faire une idée de l'aspect morne et austère que présente l'Escurial. Monument de granit bâti sur une montagne de granit, il semble un de ces yeux de » "â U1?AqXi'r de l0in' Présentent une image approchant de la. réalité. Mais la ce n'est point une erreur d'optique Quand on s est approché, qu'on a bien mesuré la petitesse de 1 homme en face de cette masse gigantesque, on trouve béante une porte qui se referme sur vous ; alors ne fût-ce quen passant que vous visitiez le monument sombre eus siez-vous la conscience de votre liberté, une fois entré ' vous frissonnez comme si vous ne deviez plus en sortir

Celui qui n'aurait jamais pu comprendre le caractère inquiet de Philippe II se ferait, en voyant l'Escurial une idée exacte de la majesté sombre du fils de Charles V

Ainsi rien ne donne l'idée de l'Escurial : ni Windsor en Angleterre, ni Peterhoff en Russie, ni Versailles en France Ainsi l'Escurial ne peut se comparer à rien qu a lu. d c'est une pensée taillée en pierre, c'est le produit d un homme et d'une époque façonnée à sa volonté par cet hoi pendant les heures d'insomnie que lui donnait ce soleil éternel toujours levé sur ses Etats.

Nul ne dira l'Escurial est beau. On n'admire pas le terrible, on frissonne devant lui. Philippe lui-même lorsque l'architecte lui remit les mille clefs du monument rêvé par son Inflexible génie, dut frémir en les touchant.

La première idée qui se présente à l'esprit, c'est que l'Es curial n'est point bâti par les procédés ordinaires, i a été creusé dans un bloc de granit. Etes-vous descendue jamais dans quelque mine avec la conscience qu'une montagne tout entière pesait sur von | h b m le nenl

qu'on éprouve en entrant à l'Escurial est analogue à i elul

Pour arriver à ions les monumens on monte; pour arriver a celui-là l'on descend. Philippe n'a pas voulu se lai d'illusion à lui-même ■ vivant il s'ensevelit dans son toin beau. C'était une tradition de famille.

II y a tout dans l'Escurial: palais, chapelle, couveni pulcre.

La chapelle est admirable d aspect. C'est peut-être le seul endroit du monument où l'on respire.

ALEXANDRE DUMAS ILLLSTRÉ

repré- ; . lonnes

iflP

iueur d'un lustre coiTûlant Incessamment.

fait r "les parties

nuan

il ; la hauteur de quinze rreuii . 1 1 i liarles V.

. le Philippe. Le fondateur pensa ient les • i .'.il.

" ii lui même et priant i Oarlos - deux reines

ht.

• Philippe il. i isrnes, de S

ins ce tombeau, que.

ruines Elite premier-né, don Carlos.

iului roi

. m il..

n 1 1 1 — : il l :il]"i

nnaltre les

\ i ipereur très auguste,

roi .1 • son nls Philippe,

lui simultanément i

les sœurs

M d un adm iveralns su

re magnlfi-

madame, I

u lieu de -

«le Mlchel-

le

par

rue. Mil

i pardonne au roi Charles II qui a retouché iial :

Aussi, madami z jamais l'Escurial, borne»

■ à trois chose- a la chapelle, au Podridera ni mourut Philippe; tout le reste ne Qu'amoindrir vos sensations pr

. .re dans la vie. elle ouvre, dans le ti lemeut qu'elle nous imprime, de si nouveaux horizons à nos veux, que je ne reculerai jamais devant une impression onder de tristesse et de terreur comme urlal Le Podridero esl le Saint-Denis de Madrid: le caveau où i»osée la poussière de^ rois ' est uni le Pan-

u d porphyre et d'autres marbres

u\. mais qui est loin d'avoir la solennelle majesté des caveaux de Saint Denis, sur la dernière marche desquels le dernier roi trépasse attend son s Poussière mi ' poussière rivante. La chambre où Philippe II mourut est celle où 11

- .innées de sa vie. cloué par la goutti SUT un fauteuil. Son alcôve regardait par une étroite lm. une le maiire autel de la chapelle: de cette façon, sans se lever miner son lu, il assistait au saint sacrifice de la Ses ministres venaient travailler avec lui danpetue chambre, et l'on montre encore la planchette de bols sur les genoux du roi et de celui qu'il admettait en sa laboi nce, servait au travail et a la ure.

tnui li grand fauteuil où, en descendant

de son lit, un a : Philippe II. Enlin. près de ce

grand fauteuil sont le tabouret d été et le tabouret d hiver

- selon la saison, le roi allongeait sa jambe malade

t la forme de plians: l'un est en

l'autre est en poil de chèvre. Sur tous deux, la marque de

i ante ans sur la moi' ble et presque mena..

Maintenant, madame, égarez-vous un instant da ridors - in, au milieu desquels vous un aveugle

plein d< - v. niiez faire toin éveillée un d

songes comme Charles Nodier les raconte dans s. m étrange a. Alors vous sentirez cet étroit boyau de pierre se rapprocher incessamment de vous, vous sentirez vntri

. - murailli - de granil ce plafond de granit, ce sol di -us aurez besoin de joui-, d air, de .-

el v..u> trouverez oontant sur la coupole

vous verrez le m. munie h l'horizon.

n quittant l'Escurial, il y a une chose que vous r. entre tout choses Ci beaux

de Zurbaran et de Murillo, aux longues robes tralrasées L'Escurl Inès est un non-

et dont rien ne semble devoir donner l'exnuV cation. l.i révolution a aboli les moines, vous dira-t-on; lontent-elles

curial apparti I donc a la terre? L'Esci donc

de ce n. moini - du reste de l'Espagne, mes-

sieurs les progressistes, me.--

lution, mais, au nom du ciel n : !■:-. m .

I Escurlal, nous m

i- un ■ mis dehors, la

Nous vers la parador de m

Burguillos Notre hûtesse nous attendait sur la

im nie \<>iis voyez, le même meuu que U

vail d'autres résulta

i-cis, puisque l'huile et le

le ii"s mœurs culi

un I ■ ur u

1er une seule imu. !>■ ■ ure de ces herb - ii api

; en contu un 00

.i x liquides

- Diadami nu pour la pi

■ i. i,,,, , onm i une salad

i la

lu monde spéculât! m . n,. de solliciici

taire fortune en 1 i

o ihl

n, me protège

DE PARIS A CADIX

Je dirai donc purement et simplement .1 uns confrères les

geurs comment on fait de» salades -ans huile et sans igre, me contentant, au lieu du titre de spéculateur enrichi, de celui de bienfaiteur de 1 humanité

On fait la salade sans huile et sans vinaigre avec des œufs fiais .: du citron.

Cette opération d'assaisonnement avait énormément préoccupé maître Calisto Burguillos, qui avait paru prendre un tel intérêt à la chose, que j'arrachai le saladier des mains de Giraud. au moment où il y revenait pour la troisième fois, et que je fis porter les dernières feuilles survivantes à notre hôte. ,

J'y ajoutai une fragment d'omelette de ma façon. J'avais oublié cet envoi, lorsqu'en descendant je trouvai maître Calisto m'attendant sur le seuil de sa porte, ei tenant un verre de chaque main et une outre sous le hra.-.

Il m'offrait le Val-de-Penas de la confraternité. En effet, maître Calisto Burguillos m'avait fait 1 honneur de me prendre pour quelque cuisinier de bonne maison, venu à. Madrid à propos des fêtes espagnoles.

Je le laissai donc dans cette erreur qui me plaçait beaucoup plus haut dans son esprit que si je lui eusse dit que j'étais l'auteur des Mousquetaires ou de Monte-Cristo.

L'heure nous pressait, il était midi, et à sept heures nous étions attendus pour un grand souper que me donnait la colonie française.

Eh: mon Dieu: oui, madame, que voulez-vous? nos coni- ■ patriotes sont faits ainsi : une fois à r étranger ils nous fêtent, nous accueillent, nous embrassent, tandis que chez nous ils nous mordent et déchirent à belles dents. L'étranger, c'est la postérité. En passant la frontière, on meurt. Ce n est plus vous, c'est votre ombre qui recueille les preuves de sympathie surgissant à chaque pas sur le chemin. et. je dois le dire, mon ombre glorieuse est reçue ici de façon à faire envie à mon pauvre corps.

C'est qu'il y a une chose dont vous ne vous doutez pas, madame, et dont certes je ne me doutais pas non plus. Je suis plus connu, et peut-être plus populaire a Madrid qu'en France. Les Espagnols croient reconnaître en moi, et quand je vous dis en moi. c'est, vous le comprenez bien, dans mes oeuvres que je veux dire, un je ne sais quoi de Castillan qui leur chatouille agréablement le cœur. C est si vrai, qu'avant d'être chevalier de la Légion d'honneur en France, j étais commandeur d'Isabelle la Catholique en Espagne. L'étranger avait pris l'initiative sur mon pays.

Je ne doute point, madame, qu'à mon retour on me fasse payer cher toutes ces gracieusetés dont je suis l'objet ici. Mais au moins, par ce que l'on pense d'obligeant de moi en Espagne, je saurai à peu près ce que "l'on pensera de moi après ma mort.

Aussi, dès mon arrivée, la plus franche cordialité s'estelle établie entre les artistes espagnols et nous. Lavega porte mon ruban de la Légion d'honneur, et moi le ruban d'Isabelle la Catholique détaché du cou de Madrazo. Tous les soirs, Breton, le Scribe de l'Espagne, et Ribera, qui porte un grand nom en peinture et qui est digne de son. nom, passent la soirée avec nous. Le foyer du théâtre d'El Principe, cette réunion de tout ce qu'il y a de distingué en artistes à Madrid, nous a été ouvert par don Carlos de la Torre et par Roméo, les deux artistes dramatiques les plus distingués de toute l'Espasme. Chaque jour un de ceux que je viens de nommer se met à notre disposition pour nous servir de cicérone, et devant lui tout s'ouvTe : galeries de tableaux, musées d artillerie, parcs et palais royaux.

Il est vrai de dire aussi que toute l'ambassade seconde nos désirs de son mieux. Monsieur Bresson, que Sa Majesté vient de faire duc de Sainte-Isabelle et grand d'Espagne, est parfait pour nous, et il y a trois jours il nous a donné, dans le charmant palais qu'il habite un raout vraiment royal.

Eh bien: donc, pour en revenir au paragraphe qui 1 ou vert cette digression, nous étions attendus à sept heures a Madrid par la colonie française qui nous offrait un dîner de cent personnes, présidé par le frère du brave colonel Camond, l'un des négocians les plus distingués de Madrid. Celui-là. madame, était aussi un dîner royal. Strauss, qui était 1 un de nos convives, nous avait ménagé une surpris. Au dessert, tout son orchestre entra. ce merveil-

leux qui depuis huit jours faisait danser rois et reines, comme de simples bergers et de simples bergères : et jusqu'à minuit il éclata en valses, en contredanses et en lanfares, comme savent seuls les faire et les exécuter les Allemands.

A minuit nous nous quittâmes: on avait fumé en cinq heures pour cinq cents francs de cigares 11 va sans dire que. tout parfumé que j'étais par l'émanation du havane. je n'étais absolument pour rien dans cette consommation. Je ne sais ce que me garde mon retour en France, madame, je ne sais dans quelles luttes inconnues je vais être

\ j'ignore quelle nouvelle hydre aux sept têtes va se dresser encore contre moi, mais ce que je sais, c'est que je rentrerai en France avec un cœur si plein de reconnais sauce pour le passé, qu'il débordera en dédain pour toute insulte à venir

Il est trois heures du matin, madame, je pars dans deux heures de Madrid pour n'y jamais rentrer peut être. Plaignez-moi, madame ; je laisse ici douze des joins les plus heureux de ma vie, et, vous qui me vous savez

que mes jours heureux sont rares.

Ainsi donc, adieu à Madrid, la ville hospitalière; adieu aux franches amitiés nées d'hier, et qui cependant seront éternelles; adieu à ces yeux de velours qui ont fait Byron le aux beautés anglaises; adieu à ces jolies mains manœuvrant 1 éventail agile et strident ; adieu à ces pieds dont les plus ordinaires chausseraient la pantoufle de Cendrillon, ou môme, madame, une pantoufle plus petite encore et que moi seul je connais.

Quand je dis moi seul, j'ai tort, madame, car vous savez que je n'ai point de secrets pour vous.

A propos, en allant avant-hier prendre congé de monsieur le duc de Montpensier, il a eu la bonté de m'annoncer que. sur sa demande, Sa Majesté la reine d'Espagne venait de me nommer commandeur de Charles III ; et en rentrant, i deux heures, j'ai trouvé, la croix et la plaque de d'Ossuna, qu il me priait d accepter en souvenir de lui.

Vous voyez bien, madame, que je 11 ai pas tort de regretter Madrid

Aranjuez. -25 octobre.

Deux heures après avoir clos la dernière lettre que j'eus l'honneur de vous adresser, madame, nous devions partir pour Tolède.

Ce voyage devait se faire avec les mêmes amis et dans les mêmes conditions que celui de I'Escurial.

C est-à-dire que Giraud. Maquet, Boulanger, Desbarolles, Achard et Alexandre, devaient, après changement de mules fatiguées contre des mules fraîches, s'emboîter dans la fameuse berline verte et jaune.

Don Riégo et moi, nous devions prendre la diligence. T'avais pris en affection ce bon prêtre, et je voulais ne m'en séparer que le plus tard possible.

Dès la surveille, nos provisions avaient été faites et emballées dans un immense panier, car nous ne devions plus revenir à Madrid. Les mêmes moyens de transport qui nous avaient conduits à Tolède devaient nous ramener à Vranjuez; la diligence péninsulaire dont nous avions retenu tout l'intérieur devait nous prendre et nous emporter à Grenade.

Le panier aux provisions était placé sous la surveillance immédiate de Giraud.

A l'heure convenue, je saluai d'un dernier adieu la case de monsieur Monnier, la place d'Alcala, la porte de Tolède, et nous sortîmes de Madrid.

La route suit les bords du Tage. qu'accompagne tout le

long de son cours une ligne de verdure, d'autant plus re-

tble qu .-lie se profile au milieu d'immenses plaines

de sable et de bruyère.

Je ne sais si nous prîmes la bonne route, ou si, pour nous

gagner quelques kilomètres, notre mayoral adopta

itte de fantaisie; mais ce que je sais, c'est que nous

fîmes la moitié du chemin à pied, émus de pitié pour les

malheureux animaux qui traînaient notre voiture et que

dans deux ou trois circonstances même nous leur dm. nâmes.

empêtrés qu'ils étaient par le sable ou par les ■ s. un

coup d'épaule qui ne leur parut pas indifférent.

Dans chacune de ces circonstances je dois même ajouter que ce pauvre don Riégo poussait de g rant se plaignant de l'état de la voirie en Espagne, et s,- faisant donner les plus exacts renseignemens sur l'état de la voirie en France, ce qui prouvait que. ma'. Lge avancé.

il n'avait pas perdu le désir de - Instruire. Il y a une chose terrible en dame, et co

laquelle il faut vous prémun ttérence

qui existe toujours entn ■' ";

réelle (Unsi de Tolède à Madrid, ou de de. on vous

■ vague idé des lieu Pram

i, multipli ld quatre, ils d<

huit, et vous comptez sur quarante-huli lieu

us ali.-uice, il ta ronti ml, en

notre iini

i "mes.

rien Preml

me : douze

!■ izi ! ras ne mar-

; - si bien que ; au lieu de six heu-

tmit heure* ' six heures, huit

■i ■ i lea indi i .! chaque

•ii- i mie. on vous fait

■ nrea après nette d'une ville

i ire- . als • 1 1 1 .- 1 1 1 1 1

i arl le

avec lea grandes exploitât

un peu il esl vrai Mue cette eonso- ■ • se par le ri-.pi in mi

i rvu qu'on arri

rnv.int. Tolède nous saisit par son aspe

• iirore la nuit qc il que

île la

nt au pas s ipi '.

nuit,

ne, les

ms vu

utile dans ii le (aire

ii dont

in allonger le l b

heures du matin - dans notre cal-

- deux midi, .m plus tard, nous < i .

:•■ \ deux midi, dans

fan jour, •. llle 'i Espagne surtout, il avions en ■

huit lieuse retrouver le soir

• •h prend • un demi

i ,i eux i imo

facb-

Je ne comprenais rien a ces dénominations d'amo, de • i de maître dont on m'honorait, non plus qu'à 1 huiifectée avec laquelle toute la colonie me saluait.

— Voyons, dis-je en riant à mon tour, unissons-en ; qu estce que cette plaisanterie?

hard, dit Boulanger, vous qui êtes orateur. expliquez à l'amo ce qui s'est passé.

A, hard s'inclina.

litre, dit-il

y comprenais rien : mais pour y comprendre quelque

chose, j'étais décidé a laisser aller lorateur Jusqu'au bout ;

d'ailleurs chacun était convenu d'avance de se prêter à tou-

fantaisies et à tous les caprices qui pouvaient don-

le plaisir de l'inattendu.

litre, dit Achard, Votre Excellence saura. — j lual. — Votre Excellence saura que, dans notre empn

partir ce matin, nous une chose

la permission sollicitée et accordée hier par vous île nous faire ouvril

— Je l'aTi Desbarolles, interrompt

— Vol si toutefois Votre Excellence peut

un tort. Desbarolle- a si bien r.m m que per-

sonne ne la voyant au moment du départ, tout le monde

lui dit Giraud en appuyant le pouce sur le bai ill qui avait profité, pour s'endormir du • me devait lui donner le discours d'Aï

— Quoi? demanda Desbarolles, se réveillant en sursaut.

— Rien, dit Giraud. Continue, Achard, tu parles s. hard salua modestement et continua.

iirna a la casa Monnier ; il n'en fut pas trouvé Trace. Au bout d'une dem recheri □ rolles s'éi ria :

\h ' |e me rappelle.

— Quoi I

i chargé ma carabine avec Vvec ' ■ 'ni

— Oui.

— Desbarolles, comme Votre Excellence le comprend bien, fut couvert de malédictions. Xous revînmes a

Cinq heures, elle s'ouvrit.

— Il y avait en dehi i- 'le cette porte, continua Achard en se drapanl dans son manteau. île grands convois de

- .le mules ; le dans les champs voisins, broutaient ph •phiquement les carottes et les choux qu'on leur avait confiés fs ruminans, les chariots aux roues pli - le longues gaules, donnaient a la uni pagne un aspect plein deur et de simplicité.

Bravo I murmura la colonie.

— Il parle très bien, dit Giraud: ce n'est pas mol ni Lepaule qui parlerions comme cela. Continue, homme de lettres, continue.

muez, ajoutai je avec dignité.

et êi outalenl toute cette es dans le plus profond étonnement.

une intonation ste nue >i

chus, il avait eu derrière lui un Joueur de

Tout! il Immi l'île et muette : I

irlots comme les moissonnes

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