t cette crasse, sous ces cheveux nul avaient ai
adml- ; i servir d»
.res.
impression sur .. !• - inglals, gêna
la p.iuvr* mple de < . d'un
DE PARIî; A CADIX
Les Bohémiens se marient entre eux, avec des rites primitifs et étranges. Ces rites unt pour but d< r avant toutes choses la chasteté des épouses. Aucun étranger ne peut être admis à ces fêtes, que l'on ne connaît en conséquence que par tradition.
i,i h n'est plus charmant et i iresque a lu fols
madame, que cette excursion a las l tievas I chaque instant les accidens du chemin qui contourne la montagne ut un aspei i nouveau aux objets que 1 ou a devant soi, derrière soi et autour de soi. Si l'on suit lo même sentier que nous, c'est-a-dire si l'on remonte la rive droite du on a derrière soi la basse ville de Grenade, vue â vol d'oiseau, toute hérissée de clochers et de clochetons, datant presque tous de ia Renaissance; puis, a travers cloches et clochetons, la campagne, blonde et baignée par le soleil, avec les horizons plus ou moins violâtres, selou le plus ou moins de distance des montagnes qui les bornent ; devant soi, les pics neigeux "de la Sierra-Nevada, se dentelant sur un ciel d'azur ; a droite, de l'autre côté de la vallée et sur la hauteur, les chaudes silhouettes de l'Alhambra et du palais de Charles V ; enfin, à gauche, cette montagne aux et ces terriers humains perdus au milieu de toute cette famille épineuse d'aloès et de cactus.
De place en place, une croix, laquelle rappelle qu'on voyage chez un peuple chrétien ou à peu près.
Nous entrâmes dans une ou deux de ces cavernes qui se louent ou se vendent comme de véritables maisons ; une vieille femme, qui habitait avec sa fille un simple trou, interrogée par nous combien elle payait ce trou par an. répondit qu'elle le payait une piécette, c'est-à-dire vingt sous, et encore, malgré l'exiguïté d( cette somme, étaitelle prête à recevoir congé pour deux termes arriérés, à-dire pour cinquante centimes.
Alexandre lit venir le propriétaire, lui paya dix années d'avance, et remit à la pauvre femme une quittance en bonne forme de ces dix années.
Les deux termes arriérés liaient compris dans la quittance, à titre d'escompte.
Quand nous fûmes las de causer, de voir et de croquer, nous prîmes un petit sentier à droite, nous nous enfonçâmes dans une fraîche vallée sous îles berceaux continus de pampres et de grenadiers, et nous allâmes regagner le flanc de la montagne opposée, sur laquelle est bâtie la haute ville de Grenade, c'est-à-dire la ville mauresque.
Autant le versant de Ja montagne opposée était aride et desséché, autant celui que nous venions d'atteindre était frais et ombreux. A tout, moment ces sources dont les rois maures avaient fait les délices de l'Alhambra et du Généralité bondissaient sous nos pieds et se précipitaient en cascade dans les profondeurs que nous dominions. Il y avait aux flancs de cette montagne, qui semble n'appartenir à personne, de quoi faire des jardins magnifiques comme nous les entendons en France et en Angleterre.
Nous rentrâmes chez maître Pepino émerveillés de que nous avions vu, jurant de revenir habiter Grenade : Boulanger, Giraud et De«harolles pour faire de la peinture. Maquet et moi pour faire du roman ou de la poésie, et Alexandre pour ne rien faire
Nous trouvâmes en rentrant le programme du spectacle.
Il faut vous dire, madame, et ma modestie souffre b ;m coup d'avoir à vous dire de ces choses-là. que cette petite le de gloire après laquelle nous courons, nous autres pauvres fous de la renommée, et qu'en France on nous conteste sans cesse, nous esl libéralement et largement accordée dès que nous mettons le pied à l'étranger II en i lis que la critique fran il i amuse à dé-
chirer à belles dents tout ce que nous produisons, comme fait une meute d'un cerf aux abois, là-bas. on nous accueille, on nous fête, on nous élève peut-être autant aude ce que nous sommes, qu'on nous abaisse en au-dessous de ce que nous valons.
Ceci soit dit à propos du programme en question.
En effet dès que mon arrivée à Grenade fut connue je reçus entre autres visites celle du directeur du théâtre. Le directeur Tenait non seulement m'nffrir mes entrées pour mol et mes amis, mais encore me prier, pendant tout le temps de mon séjour dans la ville, de faire le spectacle de Chaque Jour. C'était une attention qui m'était d'autant plus agréable, qu'elle m'offrait au lieu du répertoire ordinaire. presque toujours traduit sur celui du Gymnase, un répertoire tout national. j'avais en conséquence pour ce soir-là, demandé un ballet composé de danse dalou •• deux sayn,
Nou "ois déjà parlé des danses es] pos de
madame C.uy Stcphen : nous n'avons donc rien ù eu dire de pins si ce n'est une calenderia M I ■ rivale.
Les saynètes ont une valeur extrême- comme représentations - . tontes les faces du eara andalou sont reprodn charmantes bleu Jouées admirablement par des acteurs qui lent fort
lorsqu'il s'agit de représenter des pièces de Scribe ou de Bayard. c'esl ; de- niu-urs qui
n'ont aue/in rapport avec leurs mœurs à eux.
La salle était comble.
Le spectacle finit à onze heuri
En sortant, nous trouvâmes Grenade enveloppée d'une de
uts transparentes et étoilées que le ciel semble avoir
faites pour elle seule: quelque chose de dlaphan Dame de
l'opale volatilisée flotte dans l'air et caresse doui ment tout ce qui existe, tout ce qui respire, de son souffle vaporeux et velouté; à ce souffle 11 semble qui etrine s'élargit et se dilate, et que si ce grand mystère de la vie
lie, tant cherché par les alchimistes du quii siècle, existe quelque part, c'est à Grenade qu'il doit être décoin
La sortie du théâtre donne sur une place charmante ; au coin de cette place veillent éternellement cinq ou six cierges de différentes grandeurs allumes devant une Madone. Cette Madone est ravissante de virginité et de pudeur.
Maintenant vous dirai-je, madame, quelles sont les mains qui allument ces cierges et quelle espèce de service les fidèles attendent de cette Madone qu'ils vieunent implorer .'
Toutes les femmes m h creuset méritent pas et
même n'ont pas la prétention de mériter cette réputation de vertu que l'on a faite aux 1. >; beaucoup, au
contraire, seraient très fâchées qu on la leur fît, car la chose nuirait non seulement à leurs plaisirs, mais à leurs intérêts. Eh bien ! madame, ces cierges sont allumés par ces dernières, et ont pour but de rendre la Madone favorable à leurs intérêts, auxquels, nous le disions tout à i heure ut: réputation de vertu par trop féroce serait on ne peut plus préjudiciable.
Je me suis laissé dire qu'en entrant dans la maison même de la Madone, on pouvait se procurer l'adresse de ces belles fidèles ou plutôt de ces belles m i
Je dois consigner ici à la louange de mes 'compagnons et à la mienne, que nous ne vérifiâmes point le fait. Nous ne pouvons donc donner sur la validité de l'anecdote que des renscignemens touf à fait vagues et incertains.
Nous suivions de notre pas le plus lent le chemin qui devait nous ramener à l'hôtel, lorsque nous entendîmes sortir d'une maison ces sons joyeux de guitare et de gnettes qui dénoncent un bal espagnol Ce bruit nous rappela la soirée dansante de Villa-Méjor, mais cette fois, entourés d'amis et au milieu d'une ville, nous n'avions point à craindre le même dénouaient Aussi nous arrêtâmes-nous instantanément, l'oreille tendue vers ce bruit provocateur: Giraud seul paraissait plus préoccupé d'étudier la maison que de reconnaître si l'air, dont quelques fragmens arrivaient jusqu'à nous, appartenait au jaléo de Xérès, au fandango ou à la cachucha.
Le résultat de l'auscultation fut de nous demander les uns aux autres s'il n'y aurait pas moyen de prendre notre part de ce bal. Desbarolles fut à l'instant même chargé d'aller présenter cette demande au maître ou :i la maîtresse de la maison.
Mais. ;i notre grand étonnement, ce fut Giraud. qui ne disait pas un mot d'espagnol, qui réclama l'honneur dangereux d'être chargé de cette commission.
Giraud frappa à la porte, qui lui fut ouverte et qui se
referma derrière lui. Quant a t s. nous demeurâmes a la
porte, non seulement pour attendre la réponse de Giraud. mais encore pour le réclamer s'il ; aidait trop à reparaître.
Au bout de dix minutes Gira rut et nous fit triom-
phalement signe de le suivre.
Le bal avait lieu au premier étage La maison, d'une chétive apparence, était desservie par une allée au
[ond de cette allée on apercevait les marches ascendantes d'un escalier; sur les marches supérieures se i deux ou trois jeunes femmes et autant de ieune tens, la lampe à la main
Tant de prévenances nous étonnaient toi commensaux de la maison. L'Espa peu démonstratif et il faut, lie dire, plus démon: encore qu'il n'est hospitalier
Ces réflexions ne nous empêchèrent point de remarquer •>u premier rang de reu\- ou pi -; nous
éclairaient, une belle vu notre Alfred de Musset, laitue!
pas marquise, n'en était pas n
Un sourire des plus gracieux et des plus lnvltans de. ou vrait sous ses lèvres un fil de perles
— Venez, dit Giraud, nous ans une maison amie.
La chose était évidente, et nou [fine en ci ma -ruence
aucune difficulté.
En entrant dans la chambre de bai, le i - hose
qui nous frappa fut cm adn il une
Jeune fille mourante. S
Hlle mouan sourire
, de, et
lani e de l'habi-
il toi resta
el, e' I qui avait tmit d i
sur le III
te au bout de quinze Jours
fête donnë<
■ le pastel qui l'avait
lé à une pauvre mère une
faite hcu-
iinni dix minutes la i rermall i «rand hruit . nom de la rue pie i
Itlons .aile rue du Sl-
• lu malin Toute la nul! ■
loi di la
rien ne ni tant
non? lani
bei
1 1 le et
• balte <i un instant a la fonda
notre
r faire une
nro pour revoir une
i ■lit
onze
luturler
o rie*
: avona dit
i l onni nr di
-■nr
le soleil Les i
Nous, au contraire, étant assis ou couchés sur la partie ombreu • face a cette maison.
Les dessins commencèrent.
inq eu six minutes tout au plus, Couturier fit trois merveilleux; les moindres détails des étoffes. les des pantalons, les franges des châles, tout était venu, plein de couleur et de modelé.
De leur roté, Uiraud et Boulanger croquaient à l'envi,
i astel, moitié aux trois crayons. Maquet et moi nous prenions nus notes; Alexandre fai- -ait ses vers: a la droite des Bohémiens, un pan du drap avait pour laisser pas! rul venait de
np la Bohémienne qui était à la droite du vieillard, et appuyée au drap flottant, poussa un léger cri : die venait de ressentir un choc a l épaule. En même
une pierre, décrivant une parabole, vint frai un demi pied de la tète de Desbarolles.
douleur é] i la Bohémienne venait évidem-
ment dune autre pierre devant l'impulsion de laquelle avait cédé le drap.
pierres n'étaient point des aérolithes; au lieu de tomber verticalement du ciel, l'une avait décrit une bole, l'autre avait suivi la diagonale
Il était évident que ces pierres avalent été lancées a notre intention de quelque croisée ou de quelque terrasse voi-
Les recherches que nous fîmes à l'instant même pour nous assurer de quel côté venait l'attaque, ni qu'à indiquer à nos assaillans qu'il était urgent cacher. Toutes les tenétres étaient fermées, toutes 11 - ■ talent désertes.
Cependant la direction dans laquelle elles étaient venues indiquait la maison Contralras comme étant le lieu de re-
nrs. Le plus Jeune des Bohéei appliqua son œil à un trou de la '
us par cette sentinelle, nous reprîmes nos travaux
Au bout de dix minutes le Bohémien nous fit un signe de
la main fresque en même temps Je vis Alexandre bondir
■ s'élancer vers l'escalier.
En même temps Maquet jeta son calepin et son crayon.
el le suivit.
Qu'y a t il donc" demandai-je — Je i répondil Boulanger; mais il me sem-
ble qu'Alexandre avait du sang à la figure.
Le petit Bohémien, avec son sifflement habituel, se b i imassa un morceau de brique de la grosseur d'un œuf, et me le montra
tue avait été détaché dune brique enplus maniable.
Le Bohémien lavait vu lancer de la terrasse de la maison Contralras, et il avait passé par l'ouverture que formait en se relevant le pan du drap Trois hommes avaient apparu sur la terrasse, avaient
i n leur pierre, et voyant au mouvement qui
i ml nous qu'une de ces pierres avait porté, in s'étalent enfuis
vinai tout.
indre avait reçu la pierre ai et emporté
ment de la douleur, il s'était élancé pour til mie de cet adversaire inconnu.
Maquet r double volonté, ou de le cai-
■ Ji me penchai hors de la terrasse. Alexandre déjà dans
frappait a la porte de la maison Contralras — Es-tu bien sûr. demandai je au Bohémien, que trois hommi dont une a atteint mon fllst
tra ses deux yeux.
Il n v ava server après cetta simple et
Iqui réponse.
tour dans l'escalier.
Conti restée ouverte.
\ peme eus-je atteint le premier étage, que je fus guidé par un hruit effroyable, lequel venait des combles
i d les marches quatre à quatre, bousculai deux • qui sortaient de leur chambre i d'où venait cette rumeur et j'atteignis une espèce de grenier l Maquet aux prises
- hommes.
hommes s'étalent arnv^ de leurs CD lenait a la main une lime fine et aiguë comme un ird
- ' madame, vous le savez, comme tous ceux qui me sent |e d'une certaine force musculaire.
■i. fort pr* ■ les nations primitives Qi
quelquefois une dangereuse • »enl proréder SOUS dame lus) tbllal que Je faisais la trente-deux millionnième partie d'un peuple civilisé, Je saisis deux de ces hommes.
DE PARIS A CADIX
rii'Hime à la lime et L'homme a la chaise, au col, et je serrai.
Il paraît que je serrai ave. uue certaine force, car l'un lâcha la lime et l'autre sa chaise.
I'cut-être â mon tour eusse- je dû taire comme eux et lâcher ce que je tenais, mais, je l'avoue, l'idée ne m'en vint pas.
Alexandre tenait son genou sur la poitrine du troisième
Maquet s'était élancé à l'orifice de l'escalier, pour fa.re face aux autres commensaux de la maison Contrairas, qui paraissaient disposés à venir prêter main-forte a leurs compatriotes.
.Malheureusement pour ces généreux auxiliaires, le reste de la colonie française, moins Couturier, avait enyahi la maison, et tenait le bas de l'escalier dont Maquet défendait le haut
A la porte de la rue, une vieille femme criait de tous ses poumons au meurtre et â l'assassin, ameutant toute la population, qui commençait à refluer de la place dans sa cour.
nesbarolles se glissa au milieu de tout ce conflit, et parvint, jusqu'à nous.
Nos amis proposaient une retraite honorable, qui dans cinq minutes devenait difficile et dans dix impossible.
Nous transigeâmes avec nos trois lanceurs de pierres : Alexandre souleva son genou, je desserrai les doigts, et il fut convenu que par aucun signe, par aucun geste, par aucun cri, ils ne s'opposeraient à notre retraite.
Nous ramassâmes comme pièces de conviction la brique écornée, la lime dont les dents rougies gardaient encore des fragmens de. la pierre qu'elle avait aidé a briser, et nmis descendîmes.
Les commensaux de la maison se rangèrent devant nous, quelques-uns même nous saluèrent.
F. n arrivant en bas nous trouvâmes la garde et le corrégidor.
route la population nous accusait d'une seule voix: nous avions violé une maison tranquille pour aller assommer trois enfans qui dormaient dans un grenier.
Il y avait d'autant plus à craindre que ce fût cru, que la chose n'était point croyable.
Nous exposâmes les faits à notre tuur; la brique, le morceau de brique qui s'y adaptait parfaitement, la lime dénonciatrice, et. plu-- que tout cela, la joue ensanglantée d'Alexandre, parlaient hautement en notre faveur.
Nous trouvâmes le corrégidor de Grenade aussi juste que lavait été l'alcade d'Aran.juez. Honneur aux juges espagnols !
Il déclara que nous avions eu tort d'envahir la maison Contrairas, mais que le premier tort avait été à ceux dont l'attaque sans cause avait provoqué cet envahissement.
D'ailleurs, il annonça Qu'une enquête serait faite, et nous invita à nous retirer en attendant cette enquête. Xous ne nous fîmes pas répéter l'invitation â deux fois. La garde nous ouvrit la porte et nous sortîmes. Il n'y avait que la rue à traverser pour regagner la maison de Couturier, mais dans cette rue il y avait bien trois cents personnes.
Tous les yeux menaçaient, toutes les bouches grinçaient des dents.
Nous mîmes nos mains dans nos poches et nous passâmes. J'ouvrais la marche. Denbarolles la fermait
Nous arrivâmes jusqu'à la porte de Couturier, sans qu'aucune dos menaces muettes ou bruyantes dont nous étions iurés eut son effet, l.i porte s'Ouvrit devant nous et se referma sur nous. Les Bohémiens étaient restés sur la terrasse et n'en avaient point bougé. Ils comprenaient, les pauvres diables, que l'on n'aurait pas pour eux le même respect que, grâce a notre qualité d'étrangers, "n avait eu pour nous, et qu'ils pourraient, bien devenir les boucs émissaires de tout cel événement.
Xous nous remîmes à notre travail comme si rien ne s'était passé.
Seulement la rumeur de la rue montait jusqu'à nous. Au bout d'un quart d'heure on nous annonça la visite de monsieur Monasterio Monsieur Monasterio est le chel de la police de Grenade Xous vîmes e.itrer le nouveau venu avec Inquiétude, mais nous fumes vite rassurés Xous trouvâmes dans monsieur Monasterio un homme d'une impartialité parfaite, qui nous ëcouta, nous comprit el nuis promit enfin justice entière D'ailleurs les traces des pierres étaient encore sur les draps, et la direction qu'elles avaient suivie pour venir nous frapper êtaii parlante
Seulement il nous invita à laisser la fouli ■• dissiper, de peur de quelque conflit nouveau entre nous et elle.
Vers trois heures, la place était à peu près libre Xous sortîmes et regagnâmes la ralle del Silenrio. Xous trouvâmes nos chambres encombrées d'escril'
qui grossoyaient à qui mieux mieux, et qui, sur notre oh servation de se retirer, s'envolèrent comme une bande de corbeaux, à l'exception d'un seul, lequel prétendit avoir le droit de rester.
Adieu, madame, en voilà, grâce à Dieu, bien assez pour aujourd'hui ; demain, si messieurs les chels de police, les icorrégidors et les escribanos nous en laissent le temps j'aurai l'honneur de vous dire la suite de cette tragique aventure
Grenade, ce 29 octobre
Vous vous souvenez peut-être, madame, qu'excepté une retraite que j'oserai comparer à celle des dix mille, toute cette histoire de la terrasse de Grenade est restée sans dénoûment. Je vous ai dit toutes. les alarmes de notre pan vre Couturier, les visites empressées des senores escribanos. et les différentes évaluations faites par eux des dommages causés par cette petite pierre rouge à l'œil gauche d'Alexandre.
Le moins agréable de ces escribanos, mais à coup sûr le plus retors, s'était, malgré nos instances, et je dirai presque malgré nos menaces, installé chez nous ; et, cloué sur une chaise, incrusté devant une table, il grossoyait, grossoyait, grossoyait, ne s'interrompant que pour nous répéter, en relevant ses lunettes vertes au-dessus de ses yeux et en les fixant entre ses sourcils absens et ses cheveux jaunes :
— Messieurs, la famille Contrairas s'est rendue coupable d'un délit prévu par toutes les lois espagnoles à la fois ; peut-être si vous intercédiez beaucoup près du chef politique, les délinquans ne seront-ils point envoyés aux présides, mais ils ne peuvent manquer de payer une amende énorme une indemnité colossale ; puis il ajoutait avec sa funèbre urbanité et son sourire mortuaire :
— Beau procès, messieurs, beau procès ! la famille Contrairas sera tout à fait ruinée dans quinze jours.
Et il se remettait à grossoyer avec le mouvement régulier et criard d'une mécanique.
Cette assurance, qu'il nous donnait avec l'impassibilité de la conviction, nous faisait frissonner de la pointe des pieds à la racine des cheveux, nous nous regardions les mis les autres avec une secrète envie d'étrangler le seigneur escribano, et de faire à son corps, le plus combustible de tou^ les corps que nous eussions jamais vus, un bûcher avec ses paperasses : c'était en effet le plus court moyen d'en finir avec toute cette affaire.
C est que, vous comprendrez facilement cela, madame, nous ne pouvions nous habituer à cette idée d'être venus en Espagne, par les pittoresques montagnes du Guipuscoa, les sables gris des deux C'a.stilles. les plaines safranées de la Manche, sous les cyprès, les grenadiers et les vignes du Généralife, en face de 1 Alhambra, et des vallées merveilleuses où sur son lit de cailloux sonores roule le Xénil, aux rives bordées de lauriers-roses, pour faire un procès même très beau à trois jeunes garçons très laids. Aussi en étions nous arrivés, tant chaque visiteur, et les visiteurs s'étaient succédé toute la journée, tant chaque visiteur nous parlai! dis-je, avec acharnement de cette grosse pierre et des scélé rats qui l'avaient lancée, à ne plus voir dans la pierr> qu'un grain de sable, et dans les drôles qui l'avaient lancée que des chérubins un peu folâtres.
Songez, madame, que Grenade est le plus beau pays du monde; songez qu'on y respire le jour tout ce que le soleil enlève de parfums à l'oranger, à la violette, aux rosis el aux jasmins toujours verts et fleuris, et la nuit tout ce qu'un ciel d'azur, constellé de millions d'étoiles, peut se- , 6uer de fraîcheur sur la terre qu'oi pas sous de! allées de buis, de lentisques imores
a travers les échancrures desquels on semble voir la taci souriante de Dieu, qui a béni ce pi I l'ona.si
garde Grenade des terrasses du Généi ! gau
, n,. 1rs tours i ulvrées du palais que pleura Boabdil . ■ sa droite, l'Alhaizin et ses nids de Bohi me cachés dans les
aïoès et h- cai tus; devanl soi, i valléi verdoyante et
parfumée qui va vers un hori; bleuâtre êi hani rer une
(haine de montagnes qui semblent la ceinture uue le s, gneur jaloux mil comme un remparl au our de la ville, à laquelle ses habitans ont donné la forme et le nom du plus doux fruit; enfin, derrière soi, la Sierra-Nevada, immense forten i ranitique toute crénelée d'argent
et d'argent l s merveilles que nous av
avant d< : ' " '-" ll aToil TueS Sl
qu i.
.\. le
iadones
- ;• i (ait dans
que nous
dans i - pour de l'in-
Ire iripalir ud lever 11 . oalnette d
.gnole
même que us différentes positions plus in i ommi
m de ' harles \ il an : i di
ilbano avec
,i réuni tes mules mi' isi mm
nous
ti malin mj
liai
■ lan
• le monde
m I. inter-
■ expliquer
.traînèrent
Me
•rem sans qu'Alexandre, Giraud ni le moins du momie de réveiller la conversation.
emps, Maquet et Boulanger rentrèrent alla plus Innocente Ins
- ribano se retourna s>our les voir rentrer,
il retourné pour voir sortir Desbarolles -. en
• ni qu'ils étaient seuls, un rayon de joie blafarde
Ina son visage.
it-ce fini? demanda i-je le plus bas possible à Maquet. i h près; du moins Desbarolles et le mule- • i iffler le mot de notre
ml le seigm n. mais je cours le lui dire.
moment où Maquet s'élançait vers la porte, la < ouvrit avec Ira. a-, et maître Desbarolles apparut les en croix, la bouche en coeur, une paillette à l'œil.
— c est fait : s'éeria-t-il d'une voix de tonnerre. i '( ribano se retourna comme s il eût été mis en contact
avec la pile de Volta. il releva ses lunettes comme c'était -on li • niait autre chose que son papier. pâlirent.
Il i- évident que notre interprète jnré venait de coml'Imprudi ' vain nos signes de di
le lui en vain ses bras retombèrent, en vain sa lare concave à l'arc convexe, en vain son ■ madame, Il était trop tard i indu, tout compris; il plia proessuya sa plume, el DOUS saluant avec une | laçante, il prit congé de nous. il n : refermé la porte, qu'une salve d'iinpréca- H le malheureux D< \ons n'avez vn mes \- Maquet.
— Vo l ' devin* ce cru* voulait dire mon
disaii Boulai ■ al pourtant allongé un triomphant coup de pied. md.
Ali ça : que voulez-t toi
r,,l|, . i a 1 11 ill'ai h I j a que vous avei crié: C'est fait: dit
.dre.
.1, I ..- . ■ maternelle, qui
gnoi i répondit majestueusement Desba-
néai sous ce dilemme.
mais voi - en guirlande ;
I u, m comme on dit en nous poi ra malbi or
en frappant la
tandis < 1 1 : - - passait 01
pressioi Voyons, ne VOUS d renie-
s l". mletler ; qu aw»
lui 1 il retenu toutes les mules de noire homme, d
dune mule, s'écria Alexandre cela \a trop douceur.
• .ii prévu . \ aun - » sba-
ia- i plus d'une mnle, s ■
cela m trop vite nire pour VOUS ei tains points la routi
. m, pour les mules, il n'y a j nie voiture i I'.ii.i- a crenade.
du Boulanger ; je i - is ca-
Ah • i lier ami. lui dis-je, ne tlnqul moi tires
ninari .,- i . heval, tu
ilanger: en bateau j'irais n
Peplno, i ... - el futur r, entra
murmura ch nous notre pp»
ent.
noire, ai ;
i main ; il
- -Il .-allier.
■ ii babh qu'un ma
lps
DE PARIS A 'JADIX
cuevas des Bohémieus. je iprès je moi l'interprète
Desbarolles, en le suppliant d'oublier l anglais et mand pour ne se souvenir nue de l'espagnol et ilu français.
Se me précautionner ainsi trat commença par un exorde ; il posa une naxi
ne confirmation, et conclut par une péroraison. Nous
ions eu la triste chance de tomber sur un orateur.
Desbarolles sses gouttes, et il me semblait voir
la mémoire liquéfiée de notre interprète s enfuir pas les po
Voici la substance de son discours, madame.
— Je n ai pas hésité, senor et senores, à me présenter devant nu illustre écrivain, planète brillante escortée de lumineux
Il von- n et Mit au moyen d'une pierre une injure, un
tort, une agression même, et cela pendant que vous étiez
qui domine la place des Cuchilleros. Je
me suis fa s pierre, qui est rouge, et j'aper-
i ici a la lueur des bougies l'œil de monsieur votre
lils, qui est vei
— Bleu, interrompit Alexandre.
— Le soir le bleu parait vert, dit Giraud ; n'interromps monsieur pour si peu de chose.
— Qui est vert, reprit l'orateur. Messieurs, il ne dépen-
pas de la justice espagnole que vous soyez vengés me manière terrible.
Veuillez en conséquence signer cette plainte, que j'ai rédigée pour vous en épargner la peine.
— Mats, monsieur, répondis-je par la voix de 1 interprète, je ne me suis [.as plaint, et mon fils se déclare suffisamment vengé.
Le corrégidor daigna sourire.
— Vous n'êtes pas juge dans votre cause, senor. me dit-il.
— Eh bien ! senor corrégidor. puisque la justice veut bien me faire cette politesse de se substituer à mon lieu et place, je la supplie avec tout le respect que je dois à une
-lande dame d'oublier mon offense.
— Cela est impossible ; nous ne souffrirons jamais qu'un illustre Français comme est le senor don Alejandro, ait été fmpunément insulté, attaqué, frappé dans la personne de son fils. Nous sommes hospitaliers à Grenade, senores.
— Soit; i; .us déclare que je ne signerai jamais une plainte qui peut ruiner une famille, senor corrégidor.
— Ma foi ! senor don Alejandro, la famille Contrairas a moins de scrupules, car elle a signé contre vous une plainte en violation de domicile; elle se porte demanderesse,. elle réclame des dommages-intérêts ; de sorte que si vous ne la ruinez pas. elle vous ruinera, elle. Ce qui lui sera d'au-
ilus facile, ajouta le magistrat avec un coup d'oeil perçant, que vous manifestez l'intention de partir. P— De partir: qui vous a dit cela, monsieur ? — Un estimable escribano qui sort à l'instant de chez vous, et à 1 empressement duquel vous devez ma visite
Cinq regai comme des poignards, transpercèrent
le malheureux Desbarolles. qui reconnut alors toute 1 étendue de sa faute.
Je vis ait le moment de briser les vitres et de pas-
Scipion.
— Eh bien ! oui, m'écriai-je. nous partirons. Nous laisserons la famille Contrairas nous ruiner si bon lui semble: mais i ns rien : nous ne témoignerons de rien. et surtout, nous ne gâterons pas le souvenir d'une aussi adorable ville que Grenade par les ennuis d'un abominable procès: le soleil lui-même a des taches, c'est vrai; mais Grenade esl mieux que le soleil lui-même: c'est la maitresse <i>i
— Est-il possible, senor. que vous enleviez ainsi à la justice sa iii> m ? dit le magis
— J aime mieux I injustice, répondis je.
— Alors vous êtes décidé, riposta le corrégidor de ce ton qui veut dire gare.
— Irrévocablement décidé.
— Bueno. *
Et le magistrat nous sadua révérencieusement. A peine la porte fut-elle refermée sur ses talons que je m'écriai
— Messieurs l nênenl les grands
l'attentat de I ïe nous lais-
sons ruiner que de loin, s'il esi nosslbli i pendant on il en esi t> n Fuyons les al idi - h - corré
surtout les i
— Fin oute l'assemblée.
— Oui, fuyons; mais comment fu - du Boulanger.
— Nous avon -heval, nous avons huit mules, nous
ns des étriers n
— Pardon, interron. D irolles fort I pourq
tes : je n'ai jamais dit que nos mules eussent des étriers mauresques.
Que diable: ne me fa lire non plus ce que je ne
. dis i
Boulanger frémit.
Mt, repris-je. voyons Bon uni ns ne
- tout à fait mauresques, pourvu que le pied y entre. Que diable: le Cid se tenal cheval après
sa mort, tu te tiendras bien à mule pendant ta vie.
— Allons, dit Boulanger, a\ i -saye-
pourvu qu'il y ait des étriers , - reprit Desbarolles voilà m-., d i c'est
qu'il n'y a pas d'étriers du tout, ni mauresques ai mtres.
— Où met-on ses pieds, alors-' demanda Boi
— On les laisse pendre. En hiver cela les réi aauffe en été
ourdit.
— Les pieds pendent: s'écria Boulanger; mais l'équilibre, messieurs; où prend-on l'équilibre?
Dans le centre de gravité, répondit majestueusement Desbarolles.
En effet, je me rappelai que sur les routes parcourues nous avions vu passer bon nombre de voyageurs, les jambes flottantes aux flancs de leurs mules.
— Je crois en effet que Desbarolles a raison, repris-je, il n'y a pas d étriers ; mais console-toi. mon cher Louis, à la selle de ces mules s'élèvent, l'un devant, l'autre derrière, deux montans rembourrés avec soin, et qui pour la plupart sont garnis de clous dorés ; ce qui fait un admirable effet, tu te le rappelles; l'un soutient le ventre du cavalier jusqu'à la poitrine, l'autre lui comprime les reins jusqu'aux omoplates. Ainsi emboîté dans sa selle, le voyageur peut dormir comme dans un fauteuil. Or, comme nous voyagerons de jour, tu ne dormiras pas. et tu pourras même, dans cette espèce de carapace qui te laissi es la liberté des bras, tu pourras faire tes croquis en marchant. As-tu de la répugnance pour voyager en fauteuil?
— Ma foi non 1 dit Boulanger transporte d aise.
— Tu consentais bien à voyager en bateau ; tu seras mieux, et tu ne risqueras pas le mal de mer.
— O'est-à-dire que je m'en fais une fête.
— Va donc pour le fauteuil.
— Va pour le fauteuil.
— Un moment, un moment! interrompit Desbarolles Mais on voit bien que vous ne voyagez pas comme nous depuis quatre mois en Espagne ; sans cela vous sauriez...
Desbarolles s'arrêta hésitant.
— Eh bien ! que saurions-nous, voyons ?
Vous sauriez que cette selle, dont vous venez de donner a Boulanger une description si poétique, est comme ces lies fii tives avec lesquelles on compte, mais qui n'existent pas. Avez-vous jamais vu une pistole. vous?
— Comment ! s'écria Boulanger, la selle mauresque n'existe pas?
— Elle existe, elle existe... chez les Maures, et nous la trouverons bien certainement en Algérie : mais vous ne la trouverez pas en Espagne, et surtout chez les arriéros.
— Mais alors, qu'y trouverons-nous chez vos arriéros? la selle .i
— Hum : fil Boulanger, la selle à 1 anglaise !
— Tu e- comme Bertrand, dit Giraud, tu ne t'y fies pas.
— Mais, reprit Desbarolles, décidé a nous faire mesurei 1 abîme d'un seul coup, mais c'est que la selle anglaise
te pas plus que la selle arabe, pas plus que les étriers mauresi
— Tu verras, mon pauvre ami, dis-je a Boulanger, que ni seras Obligé de te contenter d'un bat.
— Kh : eh : dit Maquet : en y attachant deux paniers.
— Alors eras en eacolet; on mettra les
sious dans les paniers, et on relèvera an grade d 11 specteur général d< s vivres.
v.i i les cacolets, dit Boulanger, quoique je nie délie
les inventions.
M:..- i e-t que le bât est inconnu miles,
■ Mu-. ut. . .in;' jamal ou .in moins n a di dos d'une
mole
Vlors sur quoi monter a nouez-
t de suite; s'agft-il d'il1 i ' "ll>ue a
p,„i nu. i "iiiim un Numide nolles.
i pi'iiiMi ..-il' ' rprètt ;
nd un.- couverture sur son mulet, et fixe cette il mit avec une -angle.
Puis? demanda Boulait
— Puis pour ceux qui sont b ' •''■ des
i . ' ■ chaque
u m m ou 'ut : on passe
que si 1 bateau, ni eu in "i en eaco-
let, on n'est véritablement pas mal.
.\i),:i: DUMAS [LLUSTRE
qua plus cla- St-huil kl-
trot, nie li galop ei es p.
résenta ni une
mule ■ I une mule tlranl uni
tmal ni
n et. m: son i avaller i u
m iii, 3 i ,111- i i mule es mporter qu
la in Ide En tirant, n e
...n ,i, imi ' '-
i i <\r. une i ie bride "n i h l;'
morbleu
mois qui
Certainement, qu'on rarrtterall avei une brjde, dit-il
III VU- lni'Il
s, i ide, ni. u- on n'a pas de b
Paa de bi
Non, Jamais Oh !<• i i suffit, le mule i
i< pin
i, ,, arrivi rivanl à Cordoue, dll Boulan-
qui pulssen ud
tou
H rold de - tous i lu
inable i hommi in °ls P»s
les 'i etrlers ei de brldi -
i.. . ii on n en
i>in n. ivolr
i bel m
•i ; ... bétons,
dédaigneusement Des-
i h bien ' in ni'
ix indre, nous illon
, »er qu .i n' ni heures . vendn
i une selle, une paire d'étriers, une bride pour Bou-
El les autri
Pardleu, les autres iront i onime Us pour '
.i- -i demain on s'oppose a notre di-i Eh bien l nous ferons une sortie.
mrut a sa carabine.
Voilà, du il eu prenant une pose d'escopetéro, voilai Tu es fou ' Nous lutterons à six contre une ville? Tu as bien pris la poudrière de Soissons a toi ton seul: i que tu es décoré de Juillet pour cela. Ali:
Attrape :
— Que pense Maquet? demandai-je.
Messieurs, je pense i|ue l'on ne tenterait pas d'empi
• qui sont venus en Espagne en
presque royaux: je pense que nous sommes menaces
mats non encore atlenils d un procès; que nous n'avons
que nous n'avons encore reçu ni citation ni
commandement ni lettre officielle, et que par conséquent
de quitter Gi l'heure du jour
..u de la nuit qui nous conviendra, oh : si au contraire nous étions officlelli menl i onvoqués
Mao. i lé de sa déduction, quand un grand coup1
cl il marteau de fer retint it sur la porte île la rue.
Oh i ..ni qui vient ICI à minuit? demanda Glraud. Croyez-vo iu'on vous assiège? répondit Maquet
qui trappe esl un île.- pupiUos de Peplno Vous savei i titrer chez eux que lorsque non- sommes couchés ; celui-là non- croll COUChéS, et 11 se ! ir pauvre garçon, c'esl bien naturel: Bien, firent quelques-uns de nous avei un reste de .i. .m •
i eux qm doutaient avalent raison un pas lourd et ignorant île- localités résonna sur les dalles .lu patio, puis dans : escalier enfin Peplno entra chez nous, son bonnet de nuit .: la main.
n paraissait radieux i ne lettre dit-il.
i u.- lettre : et .le qui !
lie Son Excellence le seigneur capitaine général On ati bas Demonlo vous avez de bellemessieurs le-' l.i ne nous sommes couchés, et que de
rell vous nous remettrez le message de mon -'.ni' ir . apltalne général.
\iai- senor
lui. ^ cela, je vous i Peplno s'ini llna et sortit, .n- tenais le papier d une main mai assurée je le
avei .le- pri ntlmens sinistres n me semblât! qu'en l'on
vrant J'allais donner la liberté a une foule de malheur- eu fermés dans une nom. lie bplte de l'ai' i ependanl il fallait bien finir par ouvrir la fatale i
tllei i"il bas e' i.' la passai a lieil' la lire loin haut a Son tour, c'était soi i,a dé i '' e. rite en esp
rois lignes dont Desbarolles déclama len-
la ira 'lin t
capitaine général invite monsieur Alexandre Dumal i .i. main chez lui a onze heures du matin.
Il le i \ ou m lll .'lierai
ur n in.n: Lis
sion frappa tout le monde aussi n'j
i lus parmi i - >iu un mo i on oublia selles
amour pi sommeil : i haï un
■ iilirul aux 111 ill. , lies i i nui se relui
' i ho île canaux pendant une Inonda
n lui m. ' île se remue] i nous
' I II . 'que |n'il MaqlLet i iuI • i ei
i.lraua le. iiellln i e qui non- l
■ : "' ■ I ai jailli. .a
partir selon son ux coups M lui i i m ' usement ne
■ ire s'endormit avec un lien l«les au milieu d'un i nie i i- I. l'uni que la
'■ ie nie mis à vous
du mai li qui mes
i bivouac sur un
Il nu ■ quatre heures mon
pour noir, dépari il ni. i. a .I employer
DE PARIS A CADIX
Cordoue.
Vous nous avez perdus de vue à Grenade, madame, dans la casa de Pupilles, calle del Silencio, au moment où mes cinq compagnons dormaient le. plus vite Qu'ils pouvaient pour se remettre de leurs fatigues, et où j'allais essayer de faire comme eux.
A quatre heures précises, un piétinement vigoureux resant sur le pavé de la rue, nous réveilla tous, à eption d'Alexandre: c'était le pas des mules. Nous ouvrîmes la fenêtre; une vapeur tiède, humide et pénétrante, envahit la chambre : il pleuvait.
C'est un corps bien puissant que le corps des escribanos, madame. Ils avaient inventé un procès, dérangé un alcade. poussé en avant un corrégidor, ému un capitaine général, et fait tomber du ciel la première pluie que nous eussions essuyée depuis Madrid.
-Mais, croyez-le bien, madame, fùt-il tombé du ciel du feu, des hallebardes, des épées, des escribanos, des tragédies, nous étions tellement résolus à partir, que nous fussions partis ce matin-la. Il s'agissait bien maintenant de selles, de brides, de cacolets, d étriers et de bâts! nous étions capables d'emporter les mules sur notre dos, et les muletiers sur leurs mules.
Figurez-vous, madame, je vous prie, le tumulte effroyable que peuvent faire, dans une rue de six pieds de large, huit mules piétinantes, un cheval hennissant, deux arriéras braillards, quatre portefaix cupides, et un hôte jaloux de plaire jusqu'au dernier moment à ses pupillos. Représentez-vous le choc des caisses, le gémissement des planchers, le cri des marches, les interrogations des voisins réveillés par le brin. lue nous avions à vingt pas de nous
une caserne de gendarmerie ; qu'un capitaine général nous attendait le même jour à dix heures du matin ; que nous désirions disparaître avec le silence et l'impalpabilité de quatre ombres, et vous aurez une idée de ce que nous dûmes souffrir pendant l'heure et demie que dura ce vacarme étourdissant.
Pour comble de misère, nous nous sentîmes tout à coup embrasser par une douzaine d'amis recrutés depuis notre séjour a Grenade, parmi lesquels Couturier, coi et couvert, brillait par son absence, et qui vociféraient des adieux déchirans. Ils avaient en outre traversé toute la ville avec une précipitation capable d'éveiller tous les capitaines généraux d'Espagne.
Les adieux durèrent une autre demi-heure, et six heures sonnaient à 1 église métropolitaine, quand nous nous arrachâmes à ces embrassemens, et que, légers comme la belle Calenderia Melindès, nous nous enfonçâmes de toute la vitesse de nos jambes, le fusil sur l'épaule et le couteau de chasse au côté, par une rue tortueuse, qui nous paraissait se développer dans la direction de la porte de Cordoue, porte à laquelle nous avions donné l'ordre à nos muletiers de nous rejoindre avec nos mules.
Nous supposions qu'on nous arrêterait beaucoup moins à pied qu'a mule; ce que c'est que la peur, madame? Vous aviez donc peur? me demanderez-vous. Ma foi! oui, madame, je l'avoue; j'ai toujours peur des dangers inconnus, impalpables, invisibles, et je mets, j'en demande bien pardon à la Justice, mais je mets la Justice au rang de ces dange,
Nous marchâmes une bonne demi heure, et nous dûmes faire quelque chose comme un quart de lieue de plus qu il n'était nécessaire.
On s'aperçoit qu'on entre dans Grenade ou qu'on en sort, do côté de Cordoue, en longeant un vaste pâté rond de maçonnerie situé au bout dune place plantée d'arbres encore t"ui jeunes; dans un des angles de cette place s'élève derrière un mur blanc un superbe palmier qui abandonne coquettement a la brise ses mouvans et gracieux panaches; c'est la. sur celle plaie, que nous nous reconnûmes, que Unes taire halte, nous compter, et attendre les mules, dont le pas, n'en déplaise à Giraud, est loin d'égaler la Bourse île quiconque ne veut pas rendre visite à un capitaine général.
Sûrs d être au grand complet, et ne voyant pas encore venir les mules, aimant mieux d'ailleurs ne prendre i sion de nos montures que hors des murs de la ville nous continuâmes d'avancer dans un crépuscule grl 9 re (lui commençait de remplacer la nuit.
Je vous ai dit. madame, qu'il pleuvait: partout ailleurs et dans un autre moment c'eût été une triste perspective que
DE PARIS A CADIX
cette pluie, surtout pour des gens qui vont vovager à l'esdire sut, dto; mais soit que la pluie d'Espagne tombe" tiède et parfumée sur ! |e sol et la plaine, soit qu'en pénétrant un manteau de voyage elle indique au voyageur- qu il est parfaitement libre indépendant, maître de lui-même, et qu'il s'i . .„,,. ,.1V1. Iisation et de toute capitainerie, nous ,„■,, ,, ,,ns neUreux sur le terrain détrempé de la route. «eureux Souvent nous nous retournions Si nous voulions nous ooser en gens poétiques, nous vous dirions, madame nue pareils aux habitans du Paradis perdu, mais plus déeem ment vêtus qu'eux, nous nous retournions pour chi Grenade la mauresque au milieu des brumes ma! plus prosaïquement nous pourrions encore vous dire mV dame, que nous nous retournions pour savoir si les mules suivaient. La vérité, madame, la belle, la noble vérité H
èomm/d^',^ VBrlté nU6' eSt qUe nOUS "ous retournions pourTuivï déSmeurs sans P^Ports qui craignent d'être
forme^Ta'rm^îtT ÏTS "^ C°l'P? Par un petit P°nt d'une iorme chai mante : les ponts ont beaucoup de coquetterie
en Espagne; ils savent qu'ils sont des ponis in partibui et quils ne valent point par 1 eau de leurs neuves comme 'les ponts des autres pays; ils n'ont qu'une arche, c'est vrai mais ils en usent comme d'une bouche béante pour sourire au voyageur. Nous admirâmes ce letit pont en le traversant, et sous prétexte de l'admirer encore, nous nous retour names après l'avoir traversé.
Vraiment, madame, j'aurais, si je le voulais, à vous dérouler ici une bien plus belle phrase que la fameuse phrase de madame de Sévigné : Je vous le donne en cent je vous le tonne en mille, vous savez, si je vous donnais à deviner a votre tour le nom de la chose qu'aux premières lueurs du matin nous aperçûmes en nous retournant. Heureusement 3 ai le style épistolaire beaucoup moins taquin que celui de l'illustre dame en question ; je vous dirai donc que sur la route grisonnante, après la longue file de nos mules déjà rivées par l'habitude à la queue l'une de l'autre après Eau de Benjoin hissé sur le meilleur mulet qu'il avait pu trouver, après nos deux arriéras ; tout au fond de l'horizon indécis, je vous dirai que l'on commençait a distinguer trois silhouettes mouvantes et de mauvais augure à trois cents pas.
C'étaient, autant qu'on pouvait le voir à travers la brume, c'étaient des objets noirs assez informes encore. A deux cents pas, ces objets prenaient un aspect martial et représentaient des soldats vêtus de bleu, fournimentés de jaune ; à cent pas c'étaient tout bonnement des gendarmes avec un fusil sous le bras et un tricorne en toile cirée sur la tête. Si cette lettre, madame, pouvait le moins du monde être comparée en longueur à celles que j'ai eu l'honneur de vous écrire jusqu'à présent, je ne manquerais pas de placer ici le sacramentel daignez agréer, et de la clore sur un intérêt palpitant qui vous ferait peut-être désirer, à vous, le prochain courrier, et au public le prochain feuilleton. Mais vous devez, madame, vous être habituée à cette heure à ne plus chercher dans mes lettres aucune suite autre que la suite naturelle des événemens, aucune combinaison dramatique autre que le développement de ces événemens euxmêmes. Au lieu de faire ici du feuilleton recommandable par sa science d'intrigue, intéressant par sa coupe provocante, je vais donc continuer ma narration, et vous donner encore trois ou quatre colonnes, que je vous prie de lire, madame, avec autant de faveur que si elles se fussent fait attendre un jour.
Ce fut Maquet qui s'écria :
— Oh ! des gendarmes !
Le mot eut quelque succès, vous vous en doutez bien, et nous nous retournâmes en pivotant sur le talon avec une précision qui eût fait honneur a un peloton de troupe de ligne, et qui eût mérité la croix â une escouade de la garde nationale.
Je les avais déjà vus, moi, ces gendarmes ! je les avais vus avec cet oeil perçant dont vous voulûtes bien admirer la puissante optique, un jour que, de ma terrasse de Saint Germain, je lus pour vous l'heure qu'il était à 1 horloge du i hemin de fer, c'est-à-dire a plus d'un quart de lîèue. Je les avais, dis-je, parfaitement aperçus avant Maquet pendant les dix secondes d'avantage que ma vue a sur celle de Maquet, j'avais pu peser dans mon esprit toutes les probabilités, et me dire que la plus probable de ces probabilités était que ces braves agens de la force publique venaient à notre intention, et que nous ayant manques de cinq minutes à la casa de Pupillos, ils avaient allongé leurs jambes garnies de la dépouille du taureau, comme dit monsieur de Chateaubriand, dans la direction de Cordoue, direction que chacun savait d'avance devoir être la nôtre.
Il était déjà disgracieux de s'enfuir de Grenade un peu plus vite et un peu plus tût que ne le fait tout honnête voya n-eur qui a strictement pajfé sa dépense, en y ajoutant les
IK>urboires habituel? : combien nallait II pas être plus desagréable encore de revenir en ville avec une escorte de gendarin. justement à 1 heure où s ouvrent les pau-
.utlques!
lit repoussante, et Je la repoussai pendant
i ■■- que me donnait d'avance sur celle de Mayuet >rlté visuelle
L exclamation — Oh ! des gendarmes : frappa donc, comme le monde, non point parce qu elle apporiv. Ile Inattendu.:-, mais au contraire une nouvelle ■ me Chacun se retourna. Je l'ai dit
Desbarolh belliqueux de la troupe, fut le pre-
mier qui ré] exclamât!
Bravo M allons livrer bataille.
je j. . nt les yeux soi ' ses, et
•r la bataille dune façon aussi anllles, chacun, le cas échéant, était disposé
..ment et à l'Instant même le commande- - de l'armée, cavalerie et infanterie, a qui les armes munitions de toute espèce ne manp uni • ne se composait d Alexandre, de Giraud et de [lus intrépides centaures de la n m Maquet, de Boulanger, des
i loi et de mol.
arriéres et Paul étaient des troupes ,-ût été Imprudent de trop
je j,.- .nr de mol l",ur tirer autant que pos-
:,.iturelles du terrain lurait dû couler dans son Ut et qui tl
s mois, nous livrait par son absence
- lesquels il était de bonne
i qui la traversait of-
la cavalerie, et nous de notre
ment cette retraite;
lui ,1. ,nni. i te protection le temps de se re-
: une nouvelle charge,
i cheval, el a 1 infanlans le lit de la rivière, à la ré-
- igneur. Le Seiii il >• aurait un muni du lu d'une rivière pour en i dll i la mer: Tu dit aux rlvl re Ht que pendant six mois de l ani
i statt du temps.
ut sa cararâleur artls-
. que la plus nian, le
toutes bataille, Il
i re Boul " ne
n'est d'avoir fait
lument
ipltalne tude de
. que la pierre est une !
nr termine!
• ;i faisant observer que
d'éventail donné à monsieur Duval par le dey d'Alger avait amené la conquête de l'Algérie, il n était pas impossible que la pierre lancée à Alexandre par un des membres de la famille Contrairas amenât la conquête de Grenade. Alors Je me trouvais naturellement le successeur immédiat du feu roi Boabdil ; Alexandre l'héritier présomptif de la couronne ; Maquet mon premier ministre ; Boulanger et Giraud mes peintres ordinaires ; Desbarolles le général en chef de mes armées ; Juan Lopez et Alonzo Perez les directeurs de mes haras ; enfin. Paul le chef de mes eunuques, changement i-titualt à chacun une position bien autrement honorable que de rentrer dans Grenade les menottes aux mains
Il opina donc pour la guerre.
Une rumeur d'approbation accueillit cette improvisation non seulement chaleureuse, mais encore savante et politique. : parole est à Alexandre. dis-Je en faisant un signe de la main, destiné à calmer l'enthousiasme, mauvais con- I sellier en certaines occasions.
— Merci, papa, dit Alexandre.
Et il tira de sa poche un grand papier. Nous crûmes qu'il allait purement et simplement en faire des bourres, et avec ces bourres bourrer son fusil; nous nous trompions. Il y a parfois beaucoup de prudence et surtout de raisonnement dans cette Jeune tète. Il développa ce papier, que nous reconnûmes à son bariolage pour un passeport, et nous lut ces mots :
N,us ministre et secrétaire d'état des affaires étrangères. prions les officiers civils et militaires chargés de m.nir 1 ,,r,lre public dans l'intérieur du royaume et •< tous les pays amis ou alliés de la France, de laisser libre ment passer monsieur Alexandre Damas Bis, se rendant en » Algérie par l'Espagne, et de lui donner aide et protection » en cas de besoin
préseut passeport délivré a Paris le 2 octobre .< Le ministre des affaires étrang, . Guizot. »
— Or. messieurs, ajouta-t-il, il résulte, comme vous le
,les termes mêmes de ce passeport, qu'on ordonne au nom du roi de Fran ,us laisser p
llbremi ni Je dis nous et non pas moi seulement, parce que lu moins Je le présume, des passeports pareils au mien. Cet ordre est donné à tous les officiers civils et militaires de l'Intérieur du royaume de France et de tous les pays alliés de la France Or. si nous ne sommes et dans ce moment-ci j'avoue que Je ne té d'y être; or, si nous ne sommes pas en nous sommes en pays allié de la France. Qu'y faims dans ce pays allié? Nous y passons et cin :u
,1e notre passeport. Les gendarmes, qui ne sont
chose que les subalternes des officiers civils et
militaires, nous doiven a seulement libre passage et
circulation libre, mais encore aide et protection, en cas de
besoin, eux qui nous empêcheraient de pass
, int d en venir au , mal
, irmes, lût ce contre eux-mêmes s'ils , , rosserons
Hais hasardal-Je.
n. n- le~ ross, i Vie: andre, et n.
noire passeport toujours à la main a sur i vrai, mais cela
I, intéress, leur d'un fusil ups et d'un
ê Léger. . ii ni c-lier de l'amb Madrid. •
ids mon il i tu I as interrompu
, ,1 un fusil et d'un couteau de cha rvh dans l'occasion de ce couteau de chasse et , pas m'en servir, ils me et je ne me doi is la peine de les
lire quiconque m empê-
,!, r librement l si les gen-
m'empêchent de librement passer et de librement i. Je m'en servirai contre les gendarmes. i., \ ni,. i ce que tu viens de
éloquent. Desbarolles. passe-moi ma cara-
Ues passa ta i arablne G raud, fronça le soi ... mbrero sur sa tête,
■ une attitude ni l - g, n, larmes, ça m'est bien égal ; j, rmes, mol i
gendarmes avançaient toujours
vus le voyez, avant cinq mlntii
DE PARIS A CADIX
gendarmes seront sur nous. Si peu disposé que je sois à commencer les hostilités, je crois que nous ne devons pas nous laisser surprendre. Quand Ils vont avoir passé cette auberge que vous voyez à droite, s'ils continuent a se diriger de notre côté, la cavalerie poussera une reconnaissance jusqu'à ce qu'elle les rencontre. S'ils viennent pour nous, ils nous tiendront à peu près ce langage :
— Messieurs, vous avez oublié l'invitation que monsieur le capitaine général a eu l'honneur de vous faire?
A ceci vous répondrez :
— Il est vrai, seigneurs gendarmes, que nous avons reçu
— Notre position militaire leur impose, dit Desbarolles
— Voici le moment venu, du calme, messieurs, ajoutai-je. Tous les yeux se fixèrent sur les trois gendarmes. Alors
le premier s'arrêta devant l'auberge, baissa son arme et se baissa lui-même pour passer sous la porte. Le deuxième suivit le premier, imitant en tout point sa manœuvre-, enfin le troisième suivit le second, et la porte se referma sur eux.
Plus de gendarmes.
La posada était le terme de leur voyage ; le but. de boire à la santé du capitaine général, sans doute, un verre de mancenilla.
Boulanger vovagcait en chancelière.
l'invitation de monsieur le capitaine général ; mais cette invitation est pour onze heures, et il n'en est que six ; nous avons donc encore cinq heures pour nous rendre â cette invitation.
— Mais si cette réponse ne leur suffit pas"
— Vous montrerez vos passeports.
— Et si, malgré nos passeports, ils veulent nous forcer de revenir a Grenade ?
— Alors comme nous sommes six et qu'ils ne sont que trois, c'est nous qui les arrêterons et qui les emmènerons à Cordoue.
— A la bonne heure : crièrent en chœur Alexandre, Giraud et Desbarolles.
— Silence dans les rangs. Voici les gendarmes qui arrivent au point que je vous ai signalé, c'est-à-dire à la hauteur de 1 auberge. Apprêtez-vous à parlementer, seigneur Interprète.
— Hein ! comme ils nous observent ! dit Giraud.
— Ils se consultent, dit Jlaquet.
— Ils apprêtent leurs fusils, dit Alexandre.
— Ils hésitent, dit Boulanger.
A cette vue, j'avoue que pour mon compte un immense poids fut soulevé de ma poitrine; comme les autres, j étals décidé à la guerre ; mais, ainsi que Maquet, je tenais cette guerre pour une rude extrémité. J'aimais donc mieux, je l'avoue, quitter cette adorable ville, où j'avais été si bien reçu par les uns et si mal reçu par les autres, sans coup férir, que d'y rentrer même avec les honneurs du triomphe et la perspective d'y fonder une dynastie
Si fort intrépide que l'on soit en présence de toutes choses, on éprouve toujours en celle des gendarmes une vive satisfaction lorsqu'on est assuré qu'on n'aura rien à démêler avec eux ; nous levâmes la tête, et nous aspirâmes joyeusement l'air de la liberté.
Nos mules en faisaient autant derrière les parapets de ce petit pont de pierre, qui, réduit à son rôle de voie publiqu-, semblait en versant du haut de son cintre un reste d humidité converti en gouttes d'eau, semblait, dis-je, déplorer la perte de cette importance historique qu'un combat lui eût certainement donnée.
Nos mules, dis-je, indifférentes aux émotions que nous venions d'éprouver, et qui n'avaient vu dans notre halte
ALEX.VXDRE DUMAS ILLL'STRÉ
rf, retard
parmi
Alexandre.
comme vous avez dû
devrais dire : il avait été,
i quelques dix années.
, us qu'en de rares endroits
-.'■es de 1 épaule à la t-nche,
utume
non de Desbarolles, ni
• up de
ure.
ne grossière plié* en huit
I i une forte sangle.
Batteuse; et comme il
donne à tout* cho:-e. si misérable
moi de flottant, de .oloré et de
ante andalouse. pareille au snrtanl
,rs de la banlieue de Paris, mais conservant au
couleur vive et ragoûtante, une
métriques sur le i on .le la
,.usse qui réjouissait la vue
: ; ment réjoui celle rte Boulan-
.té accompagnée du moindre étrier.
m adame. nue notre bagage était
■ : mules a housses, et le che-
nq mules portait sur la tête un re et jaune, et sur le dos ■ iture plus entière que les autr.
■■leite et martial '!em-
r d un air majestueux. Cet
si. comme l'an. iam. cette
le aura entendu tout
: elle
,nte ; elle s'appelle la
llement de notre rencontre ... . et elle Elle ulement elle m
■ elai-
rendre, ni. ite la
relu te rr'oule la mule: lu:
islen qui descend jusistraire au près avoir reçu à dos i r qu au d<
ud l'abord rair
.île.
i hau ; fermant
de i ,re
remar-
qu il ■
•. pin*
er le* urellement |>ar an
non seulement assurait leur équilibre, mais les maintenait dans une douce chaleur.
Boulanger ne voyageait plus en fauteuil ni en bateau ; Uoulanger voyageait en chancel.
tand je le disais, s'écria Desbarolles, que le voyage A mule était le mode le plus heureux de loeomoii
Ces paroles étaient bien simples, mais par malheur il fallait toujours que Desbarolles accompagnât ses phrases de quelque geste A défaut de sa carabine, rixée à l'arrière de sa mule, il tenait son parapluie Le geste dont il accompagna les paroles que nous avons dites fut l'ouverture audit ustensile. Giraud eut beau lui faire observer, en voyant ses internions, que le moment était mal choisi, puisque la pluie venait de cesser, il n en voulut pas démordre ; il poussa le ressort raidi ; le ressort, après un instant de résistance, céda tout a coup Au bruit qu il fit en cédant, à 1 aspect de cette chose inconnue rrui se déployait au-dessus de sa tête, sa mule prit peur, alla donner dans Boniai mal
sur ses étriers d'une nouvelle espèce. Boulanger chancela ; mais en chancelant il envoya un coup de poing dans le nez de La mule. L'endroit était sensible : la mule pivota sur elle-même, carambola de Giraud à Alev reçut deux autres coups de poing, renversa un arriéra, qui tentait de Parreter, lui sauta par dessus le corps, et reprit an grand galop le chemin de Grenade.
Pendant cinq minutes, nous eûmes le spectacle qu'eurent les Macédoniens regardant le fils de Philippe aux prises avec Encéphale : plus la silhouette du parapluie retourné, i amoindrissant a l'horizon selon les lois de la persi
Mais DesbaroII.lv quoiqu'il n'eût poirr ooerrru qu'a licou, quand selon toute probabilité Alexandre avait un mors. Desbarolles ne fut pas moins heureux que l'Illustre vainqueur de Darius. * Au bout d* cinq minutes ii était complètement maître de son animal, qu'il ramenait à nous en le châtiant à grands coups de riflard, dans le double but sans doute de lui faire comprendre qu'il venait de faire une faute, et de le familiariser non seulement avec la vue. mais encore avec le contact de l'objet <ml lavait effrayé
Ce dernier incident, qui fournissait a Giraud le sujet d'une nouvelle vignette, acheva de rendre toute sa i la caravane. Nous essayâmes de rassembler les mule- dispersées, et de marcher sinon de front du moins quatre par quatre - efforts que non- furent inutiles:
la mule de Desbarolles elle-même, après avoir été be.. tmp vite, paraissait décidée à ne plus aller du tout
1. ixrttro qui avait été renversé, et qui heureusemeut ne • point blessé, vint a notre secours.
— Senores, dit-il. vous réussiriez mieux avec de 1
ceur qu'avec de l'emportement; les mules ont des noms, appelez-les par leurs noms En effet, il suffit a Maqnet de crier .1 sa mule :
— Ami Pandeigo. c'est-à-dire : Allons: Pandélgo ;
■ulanger — Irre ' Oaillardo ; \ Deabaroliea - irre • Pajarito :
•aud ■ — Arrêt Redondo , \ Alexandre - Irrc'Acca:
Et aussitôt, les bêtes domptées baissèrent leçon ae-itèrent lence leurs ïambes grêles, et elles se mirent ei avec une me lieue d i l'heure
A ma prochaine lettre, madame, les détails de duquel vous verrez bientôt que les t
de Mung ' bien peu
Veuillez agréer
. novembre.
i is, madan i.nant
<ur un patio tout pi - et d'un hôtel qui
ins a uni el les ra> '" "'' I r">'
in soleil dl
i laquelle Je vous
faisant une lieue et demie ds a 1 heure
lieue et demie falie. le soleil ai
le pluie, ma is l.ienlôt
et la bru int, la plaine si
m lointain par
ni nous les bergeronnettes à la
DE PARIS A CADIX
queue mouvante couraient avec des pépitemens joyeux, et les alouettes encore lourdes d'humidité S'élevaient dans les airs, d'où elles nous jetaient leur chant clair et matinal.
Le déB était tentant pour des chasseurs, dont ci e de la plaine ouvrait subitement l'esprit aux pi
s, et l'estomac à l'appétit. Aussi, comme le villa» s devions déjeuner était distant encore de
deux lieues, nous arrêtâmes nos mules, nous mimes pied à terre, et nous ordonnâmes à notre arriéro Juan de faire halte à la première fonda qu'il trouverait sur son chemin et de remplir de vin une outre à large panse due j'avais fait charger sur la mule de Paul.
Juan avait prévenu nos désirs, ou plutôt notre excellent Peppmo avan été au devant de nos besoins. Nous cassâmes un morceau de pain dur. que nous arrosâmes de l'un de ces interminables coups de vin blanc sucré que l'on boit dans la tasse de bois sans fond qui forme le goulot de l'outre ■ puis tout heureux de cette liberté éclairée par un beau soleil, nous nous étendîmes dans la plaine, nos fusils au poing, et espérant voir, comme le jeune Ascagma,
Apnim nul fvlvum descendere monte leonem.
La montagne était là. belle et rocheuse, avec ses oiseaux de proie tournant en cercle autour de .sa tète chauve, mais
dïïaut et^e f,f?glier,et aU "0n lame' iU ^firent défaut, et je fus force d'envoyer à deux perdrix que je
manquât une des balles que j avais glissées à leur intention dans le double canon de ma carabine intention
Cependant ce coup, tout infructueux qu'il avait été £K P^± d'apprécier «» ^stesse le cette armé vert £b'epnC!e;- "™- ^s deux perdrix, distants
de cent pas à peu près de moi, étaient éloignées de six
sTfa ^,de l'^re' Je VlSai emre eIle5 ^comptant
a™,r7i™ ° 6 Ul ' " : droite n" â = auche- La balle, au contraire, avait porté juste au milieu
De leur coté, Maquet et Alexandre, moins ambitieux une
Tes'VeVdfer?^'5 IT bonnement en chasse des alouettes des veidiers et des bergeronnettes; et cela non pas dans un
cia.e Xm,s é?' deStmriOD' "laiS dans «" tat'Mïï 2 Ôù d.. Zf- S préTenus ^ n°^ ne trouverions rien
ou du mon,- presque rien sur la route, et nous n'étions pas fâches de corroborer ce rien, fut-ce même ce presZe rien, d une douzaine de mauviettes presque
ri:V"^llade oommen^ à droite et a gauche du chemin ï£ Joueurs étaient Alexandre et Maquet, Boulanger i ."'
roues" f .ruîT', °iraUd IM>nSait à - famille et ,.'•.■ roues, a qui sa chère carabine ébranlait la mâch chaque coup qu'il avait l'imprudence de tirer a^eceUe ne im?»"' r^'a, Val6Ur dU ?i,)ier ^le au dommage qu a lui
Ou^nd ;DeSbaT0,leS Parlait CaStiUan avec J«an et. An Ont Quand nous eûmes brûlé une livre de poudre et tué une
toiTavarit SÏÏTïïï "* tro* "eUeS «Vwv"!
faire avant notre déjeuner se trouvèrent faites et nous
S magnifia "«■ — <™ - A.V2
Quel que soit son nom. il n'en avait pas moins un char
r^r^rr a^ trarerLt ^ ^ *■"-
mement qu il fût dans sa chancelière. avait saisi avec en
e sTTou,rmmL ," aUtre Antée' l'occalr? de toucher it, S BOTtans-er déclara négligemment que, ne se sentant aucune fatigue, U aimait mieux continuer de man h, à
r^es dan adJfnf "n "" ' ' ""s ***"* et migres all
v,. x cnntnr,!" ' ""^ de beaux enfans frais et
il? /ourant devant nous avec des cris qui peut-être
SSLS T. 7"^ bieaVen^ m^ « eVnn^n Prtnc^^deV^fa,;:"6 ™^^ »• — caractère,
fin^nZè nT?'' no,«]*P««ÛniéS à travers le voile d'une nne pluie une longue aie de maisons
-Ah! s'écrièrent les chasseurs, on va donc pouvoir se laver les mains
— Ah ! s écrièrent les autres, on va donc pouvoir déjeuner !
Desbarolles et Giraud se regardèrent seuls sans rien dire : Us avaient l'expérience du voyage antérieur
— Juan, demanda enfin Desbarolles, à quelle venta nous arrêtons-nous 1
En! pardieu! a la meilleure, dil Alexandre.
Vous saurez, madame, qu'il esl an-M mutile de demander a nu muletier de vous conduire à la meilleure auberge qu'il serait inutile de le demander à son mulet. Là meilleure auberge d'un muletier, c'est toujours celle où il ci l'habitude de s'arrêter lui-même.
Aussi Juan n'ayant pas répondu à Desbarolles. dont il i lait sans doute la question comme oiseuse. i< barolles
renouvela-t-il sa question.
— A celle-là, dit-il ; et il nous montra la dernière maison du village.
— Pardieu. dis je, c'est donc en Espagne comme en France, la maison que l'on désire est toujours la dernière de la rue : cependant les eues ont d'ordinaire deux extrémités, le hasard devait bi. n les favoriser à tour de rôle, celui qm
che n'aurait au moins qu'une mauvaise chance.
La pluie tombait en s'épaississant toujours ; une porte formant un trou sombre creusé dans un mur blanc nous offrait sa large arcade ; nous entrâmes.
Plusieurs hommes d'une mauvaise mine, plusieurs femmes assez laides, plusieurs enfans échevelés, étaient entrés avec nous sous l'espèce de hangar suivant nos mules, et regardaient las escopetas de los senores ; une escopelte intéresse toujours un Espagnol, à plus forte raison sept escopettes. A gauche de cette porte ronde dont je vous ai dit un mot, s'étendait la grande salle commune, véritable atrium de théâtre, sans fenêtres, sans dégagemens appareils sur le reste de la maison ; c'était bien la réelle venta d'Espagne, qui se compose d'un espace caUlouté avec une espèce de galet, qui vous broie les pieds ; espace circonscrit entre des murs blancs, meublé de trois bancs, d'un âtre. d'un râtelier circulaire pour des mules, et d'accessoires aussi étranges que rares, accrochés çà et là, tels que pimens rouges, amphore au long col, outre en peau de chèvre, et guitare. Voilà l'état des lieux; maintenant voici l'état des choses: un reste de feu dans l'àtre, de l'eau dans l'amphore, rien dans l'outre, cordes complètes à la guitare.
Nous fîmes un certain fracas en entrant, mais un fracas de mules est familier aux hôtes des ventas ; malgré ce fracas qui en France eût fait descendre aubergistes et garçons du grenier à la cave, personne ne bougea pour nous aider a mettre pied à terre ou tenir la bride de nos mules, personne enfin ne nous fit cette bonne mine d'hôte ou d'hôtesse affamé qui ne déplait jamais à un voyageur à ji un.
Pas même un chien aboyant à qui donner un coup de pied pour passer la mauvaise humeur inspirée par l'accueil qu'on nous faisait. A force de chercher dans l'ombre, cependant, nos yeux découvrirent un homme et une femme, .assis sur un banc, devant des cendres fumantes.
L'hôte, c'était lui, avalait et expectorait béatement la fumée de sa cigarette ; la femme la regardait avaler et expectorer.
Eau de Benjoin, qui, comparé à ces momies vivantes, pouvait passer pour un prodige d'activité, les alla secouer dans leurs ténèbres.
Cependant nous regardions se placer les unes près des autres nos mules ruisselantes de pluie, nous détachions les fusils, chacun essuyait le sien, ce qui remettait sous les yeux de chacun l'état déplorable de ses mains ; aussi toutes les voix criaient-elles : — Agua, agua, agua !
En Espagne on crie toujours dans le désert, surtout si le cri est poussé dans une auberge ; aussi commençant à être convaincu de cela, je cherchais des yeux dans tous les coins cette eau tant désirée, et le long de la muraille le récipient destiné à la mettre.
Pendant ce temps, Alexandre se couchait tout de son long sur un banc ; Giraud furetait pour trouver des pommes de terre; Maquet. enc< re attristé de n'avoir pas reçu de lettres à Grenade, mais espérant en recevoir à Cordoue, prenait des notes; Boulanger déplorait l'état du temps, et D voiles faisait passer sur ses épaules son inséparal bine détachée des flancs de sa mule.
Et chacun en accomplissant ces dilïéren.s mouvami pétait : — Agua, agua, agua !
Eau de Benjoin vint à moi.
— Vous le voyez, monsieur, dit-il, ils ne bougent pas.
— Parlez-leur.
Vous vous rappelez, n'est-ce pas. que je vous ai dit que Paul savait quelques mots d'espagnol?
U en savait deux mots.
Ces deux mots sont mira et anda : vois et va II les répartit équitablement entre les hommes et les animaux, de manière à ne point faire de double emploi ; aux hommes il dit : Mira ; aux animaux il dit : Anda.
En général avec ces deux mots il avertit les uns de faire attention aux gestes qu'il fait, et les autres aux gestes qu'il va faire.
Pour la troisième fois Paul alla toucher I épaule de l'hôte en lut disant :
— Mira !
L'hôte étendit le bras avec un geste pareil à celui que
dut : nides en se réveillant ' reprit sa
: :.:■ Lancollque.
de Benjoin se retourna de mon coté en me demanvcux ce qu'il (allait faire.
— Eh pardleu ! répondls-j. I iules, nous
. ii" mêmes Et en même temps Je lui montrais du doigt une sorte de ( haudron assez bien récuré qui • d'or con-
fie en un coin de la mura: que une
caillette de Jour glissant par an trou rayonnait comme une
Eau de Benjoin s'empara Un .haudron, Je plongea dans un d'eau ave* nt de désaltérer
leurs mules, et me l'apporta triomphant.
Chacun m 1< peMe de relever ses manches, les miennes étalent relevi longtemps
• soit que 1 hôte eût l'antipathie des man
n chaudron espagnol lui parut devoir être souillé
il SI un bond qui le transporta de la cheminée a la portée de Paul, lui arracha ■ n des mains, et avec un
formidable roulement d'yeux, alla verser but le seuil de
-te l'eau qu'il contenait, depuis sa premier* Jusqu'à sa dernière goutte.
Puis, satisfait de cet exploit, que je lui avais laissé accompUr, dans la conviction que son intention dérivait d'une
nance au lieu d'être l'effet d'un repentir, il alla se ■ ilr sur son siège.
Il me vint un Instant l'idée de saisir un des bancs qui
Il a rua |K.rté*. et d'aplatli litre deux lianes;
mais Alexandre, qui . rlller mon œil, et qui sait
• inMen rapidement chez mol le tonnerre suit I ■
nidre saisit un de me- dis que Glraud conte-
nait l'autre
— Ceci • entions, m é< rial-Je ; vous
bien qu il a été arrêti ace...
Dn ■ mi n père,
dil Alexani I ■ i ■•■■ li Dumas ■ ■ Glraud air qui n'appartient 'i ■ petit Dumas a dix I intelligence
— Qu'y a-t-in s'écria l sortant pour la pre
ice di Glraud
liant la main . iblne.
— H lis Je. seulement sorti
Je jetai n compagnons en
ut, et nous sortîmes ej unies à
''•' i dernier en murmurant.
Mua. mua. Je l'avait i ■ Voici 1 amo nul s'en
Amo était un troisième m avait appris el irai
dire le maître, le i i le nourri
ait vu plus 'i u ire la i ulslne de
er sens que
pagnols 11 avait
i que ii il voulût dire >pi il voul
1! plus ,1 .-nient..
que l'aubt rglste
m peufidèlement par par la léi
H "." ' ' a toute
d effarer ni
village il
r une
.l'une
""'"" I même piment
tirées
liumeur, l'une encadrée dans de beaux cheveux noirs, c'était celle de l'hôtesse ; l'autre dans un bonnet de laine rougeâtre, c'était l'hôte.
En nous voyant, tous deux se levèrent et vinrent à nous. Glraud lui-même, l'éternel défenseur des us et coutumes espagnols, cria : Hosannah ! et Desbarolles : Miracle :
C'était la première fois qu ils trouvaient une pareille prévenance depuis qu'ils étaient en Espagne.
En un moment, ravis de déposer notre colère, et de redescendre aux terrestres régions de la bonhomie, nous fîmes tuer deux poules, casser vingt œufs, éplucher un bolsseau de pommes de terre, et hacher un oignon.
Je devrais dire Nous tuâmes deux poules, cassâmes vingt • ini" épluchâmes un boisseau de pommes de terre, et unes mi oignon.
Maquet, avec force larmes, hacha l'oignon ; Giraud Éplucha les pommes de terre: Boulanger cassa les œufs ; Desbarolles ru tuer les poules, et veilla à ce qu'incontinent après leur mort elles ne fussent point plongées dans leau bouillante, comme c'est l'habitude en Espagne.
Quant à Alexandre, on sait que ses fonctions se bornaient, une fois arrivé, a chercher l'endroit le plus convenable au sommeil, et a s'endormir immédiatement a cet endroit.
Moi, je ne cherchais pas un endroit où dormir, je cherchais une table.
Après force tours et retours dans l'atrium, l'hôtesse se la à me demander ce que je désirais.
— Je désire une table, répondisje.
— Voici, dit-elle.
Je n'avais pas vu cette table, madame, parce que Taul était a.ssis dessus.
En Andalousie, les tables sont des tabourets un peu moins hauts que les tabourets ordinaires. L'Andalous; en l'an de grâce i846 et en 1 an de l'hégire 1262, est encore aussi Arabe qu'un Arabe.
L'Andalous ne mange donc pas sur une table, niaLs sur
nn tabouret Quand on veut manger sur ce tabouret, il faut
ilr a terre.
Si l'on tient absolument à manger à la française, il faut
s'asseoir sur le tabouret, et manger sur une chaise ou sur
ses genoux
Desbarolles eut mission de trouver trois ou quatre tables de la dimension de la première. Leur adjonction 1 une à l'autre donne l'équivalent d'une banquette.
Les quatre tables furent trouvées, furent adjointes, et une de nos mantes les couvrit toutes.
Au bout de trois quarts d'heure cette table Improvisée se voyait surchargée de deux poules frites, dune omelette au lambon, de pommes de terre sautées, et d'une salade.
. salade offrait une spécialité, c'est qu'elle était faile sans huile et sans vinaigre.
vous > 13 irez en Espagne, où l'huile possible et le vinairre nul. je vous recommanJe les les sans huile et sans vinaigre.
h - sans huile et sans vinaigre se font avec des œufs et du • 1 1 m Or en Espagne, il y a partout de 1 irtout d'exceliens citrons..
C'est moi qui al inventé cette salade, et J'espère bien lui mon nom.
les poings sur ses 1 nous regardait
n qui tenait de l'étonnement. la ujours étonné lorsqu on mai
ueblo, par.' ime voilà
comme Desbarolles, je me laisse entraîner à parler castillan, — cependant le bourg voyant des b urbillons de lumée pper de la cuisine, voyant pas: • dans un
panier, un bro de vin aux main.- de 1
crier les 1 les .pie l'on égorgeait, le bourg 1 prit qu'un
festin avait heu a la parador San Antonio, si bien que le brull de ce festin se répandit jusque dans cette hô'ellerie avait refusé de nous laisser laver les mains Mus commença notre vengeance.
Hélas l'homme est madame, Il veut bien ne
la condition que son voisin n'en
plus : si son voisin en gag] aloux
il sui notre ordre, étant
iules étaient pn rta, pour lui tenir
ni" le long de la route un plai sur lequel il avait
"", " men de cha , ■ 1 ,- sur notre table.
■ uiier hôte pul .1 ,,nsi que nou., avions
mangi i i.inii,,-, mei tte, pommes de
terre frites et salade 11 en résultait que nous avions dû
er au moins trois douro? i>r, sur iette déjxi
s. n y en avait bien deux de bénéfice pour 1 hôte l arador ,1 ni0.
nier un Fra lI| venu II
s, et le malh< ur. tix, q ai il
leux ans un - u] mo mater
"''" luand il parlait à son chien, le malheureux ■mmuniquer avec non ratait un pauvre diable de rémouleur qui était venu tourner si
DE PARIS A CADIX
Espagne, dans l'espérance de repassai force cuchillos et force navajas. Selon l'apparence, la spéculation n'avait pas été heureuse. Il en résulta que, sans lui faire rien repasser, je lui laissai une douzaine de réaux qui parurent iUj causer un sensible plaisir. En échange de ce bon procédé de notre part, il nous annonça que cinq contrebandiers avaient été arrêtés et dévalisés a une lieue au delà de Buena : un d'eux même avait été tué pour punir la résistance qu'il avait faite. Or, nous devions passer le surlendemain par ce chemin dangereux pour arriver à Castro de Rio; il nous invitait donc a prendre nos précautions. Nos muletiers avaient entendu raconter le fait ; mais ils ignoraient dans quel lieu ce fait s'était accompli.
Voilà, madame, l'histoire de notre premier repas, fait au milieu des aventures.
Toute la journée il plut, et nous traversâmes de grands Meuves, dont les abîmes humides engloutissaient nos mules jusqu'aux boulets. Ces fleuves-là étaient depuis le matin grossis par le déluge.
Presque tous avaient des ponts. Mais les ponts s'étaient ennuyés sans doute de n'avoir pas une goutte d'eau pour se regarder, la sécheresse s'y était mise, ils avaient commencé par se gercer, puis ils s'étaient fendus, et presque tous restaient avec une arcade et une moitié d'arcade, pareils à un éléphant qui soulève sa trompe.
Vers quatre heures, la pluie cessa. On descendit des mules, on se dispersa aux deux côtés du chemin, et l'on joignit une seconde douzaine de moineaux à la première.
Depuis le matin nous n'avions rencontré sur notre rouie que de rares et pauvres caravanes, des voyageurs isolés, ou iiuelque pâtre en haillons, debout sur un rocher de granit dominant la plaine, immobile et Largement taillé comme le piédestal qui le supportait, quand nous vîmes de l'autre côté d'une petite crête apparaître une tête, grandir un corps, et se dessiner deux jambes et deux bras. Ces deux jambes arpentaient le terrain le plus vite possible, dans le but de nous joindre, et l'un de ces deux bras nous faisait signe de nous arrêter, tout en nous montrant un animal supporté par l'autre bras.
Quand cette figure ne fut plus qu'à une centaine de pas de nous, nous reconnûmes dans l'homme un braconnier, dans l'animal un lièvre.
Notre homme nous avait flairés pour étrangers, et pensant que nous n'avions pas à 1 endroit de son ruminant les mêmes préjugés que ses compatriotes, il avait espéré nous le placer à bon prix
— Ah ! ah ! un lièvre, messieurs, fls-je reconnaissant le premier, grâce à l'excellence de ma vue, le quadrupède offert .
— Ah ! bah ! un lièvre ? dit Desbarolles.
J'ai toujours soupçonné Desbarolles de ne pas aimer le lièvre.
— Un lièvre n'est pas à dédaigner, dit Boulanger.
— Surtout assaisonné par mon père, ajouta Alexandre tenant toujours à rehausser autant qu'il est possible la gloire dont il est destiné à être l'héritier.
— Pourquoi faire un lièvre? dit Desbarolles: nous soupons à Alcala Real, une ville de quinze mille âmes : c'est bien le diable si nous n'y trouvions point à souper.
Desbarolles est incorrigible à l'endroit de ses illusions sur' l'Espagne.
— Prenons toujours, messieurs, dit Maquer, prenons toujours
— Qu'en dis-tu, Giraud? demandai-je.
— Je n'ai pas voix au chapitre. Je suis caissier ordonnance : je payerai. Voilà tout ce que je puis dire.
— C'est bien, Maquet ; allez au-devant de 1 homme, et passez le traité ; je vous ouvre un crédit jusqu'à concurrence de deux piécettes.
On se rappelle qu'on avait créé pour Maquet une place inconnue jusqu'aujourd'hui dans la hiérarchie financière : celle de marchandeur
Il faut dire que Maquet s'acquittait de ses fonctions économiques comme il s acquitte de tout, c'est-à-dire avec cette conscience féroce que je lui ai déjà reprochée, et qu il met dans les petites comme dans les grandes chose
Nous suivîmes Maquet des yeux Après nu débat 'le deux minutes, le lièvre passa des mains du braconnier dans les siennes, et nous le vîmes revenir triomphant, nous apportant un beau trois quarts.
Pardon, madame, de me laisser aller à des termes de chasse: un trois quarts est un lièvre à qui il ne manque plus que quelques mois de croissance pour avoir atteint toute sa grosseur.
— Combien? demandai-je à Maquet.
— Une piécette.
— Mon ami, vous êtes la perle des économistes Giraud, une piécette à Maquet.
— Voilà.
Et la piécette passa des mains de Giraud dans celles de
Maquet, et des mains de Maquet dans celles du braconnier, lequel se retira fort satisfait
En France le lièvre valait trois francs. Nous avions volé le hasard de quarante sous.
Nous nous remimes en route, car une halte d'un instant avait été faite, pendant laquelle chacun avait pressé l'outre sur son sein, à la façon dont un berger presse sa musette non pas pour y faire du vent, mais pour en faire sortir du son.
Voulez-vous nous voir dans le paysage, madame? rien de plus facile.
Le paysage est des plus accidentés ; les montagnes succèdent aux montagnes, et à chaque sommet nouveau, quand le permet le brouillard liquide dont nous sommes enveloppés, nous découvrons de merveilleux lointains qui seraient bien plus merveilleux encore si un rayon de soleil venait leur donner la vie.
N'importe ! tels qu'ils sont nous nous en contentons, car ils sont encore des plus beaux que nous ayons vus.
Maintenant, soit que nous montions presque toujours un à un au flanc d'une montagne, et que nous. la rayions d'une longue ligne bariolée, soit que la moitié de la caravane disparaisse derrière une crête,. tandis que l'autre moitié apparaît encore détachant en vigueur un ou deux de nous à son sommet, soit enfin qu'elle redescende le versant opposéX à celui qu'elle vient de gravir, voilà comment elle s'avance, et de quoi elle s'occupe.
Desbarolles marche le premier, à dix pas de nous, sa carabine sur l'épaule : il forme 1 avant-garde. De temps en temps le froid le gagne ; il fait brrroum, et tire des contre de quarte et des contre de tierce avec son parapluie pour se réchauffer.
Je viens après, suivi de Maquet, ou suivant Maquet. Nous avons le nez au vent pour essayer de découvrir une belle coupe de montagne, un horizon pittoresque, la cime de quelque piton caché dans les nuages, et emménageant par les yeux autant de paysages qu'il nous en faut pour une consommation de cinquante volumes.
Alexandre, toujours monté sur Acca, compare la méthode Baucher à la méthode Daure, fait une voltige incessante, s'élançant en selle, tantôt au montoir, tantôt au remontoir, tantôt par la croupe, et courant, pareil à un sergent de bataille, de la tète à la queue, pour porter à chacun, comme des munitions de rechange, ses calembourgs et ses saillies. Les arriéros m'ont déjà dit deux mots de l'exercice inaccoutumé qu'il impose à leur cheval. Leur avis est qu'il ne supportera pas trois jours d'un pareil travail.
C'est le mien aussi.
Boulanger laisse aller sa mule selon sa fantaisie ; il est bien assis, et il a chaud aux pieds, ce qui lui donne un air de béatitude réjouissant à voir. Giraud, qui est écuyer, déploie toutes les ressources de l'art pour forcer sa monture à marcher de front avec sa compagne. Ils causent, ils causent pâte, couleur, dégradation de lumière, etc.. etc.
Eau de Benjoin nous suit le dernier; il est juché sur une espèce de plate-forme composée de malles, de porte-manteaux et de sacs de nuit ; il mange, boit, dort et tombe.
— Mais, me direz-vous, madame, je suis un peu grammairienne, et vous venez de vous servir là d'un indicatif présent qui indique l'état continu Que Desbarolles fasse des contre de quarte et des contre de tierce avec son parapluie, je le conçois ; que vous et Maquet fassiez des provisions de paysages, je le conçois encore ; qu'Alexandre voltige, rien de mieux ; que Boulanger et Giraud parlent peinture, à merveille ! Mais enfin on ne tombe pas à l'état chronique.
— Pardonnez-moi, madame, et voici comment.
J'ai dit que Paul mangeait, dormait, buvait et tombait. C'est la réunion de ces quatre imparfaits qui forme l'état chronique.
Le repas de Paul est permanent; quand il ne boK quand il ne dort pas, quand il ne tombe pas, Paul a toujours un pain, truffé de jambon, de saucisses ou d'oeufs durs. Paul a toujours une fiole pleine de vin blanc ou de vin rouge. Vous n'êtes pas grammairienne, madame, sans être un peu anatomiste. Or vous savez que la digestion fait affluer le sang aux extrémités supérieures ; vous savez que de cet afflux de sang vers le cerveau naît la somnolence. Vous savez que la somnolence ôte la conscience de tout, même celle du danger. Or Paul oublie en dormant qu il est sur un mulet, et même sur les bagages superposés â inulet : tant que le mulet ne fait point de faux pas. Paul, maintenu par les lois de la pesanteur, repose sur son centre de gravite : mais dès que le mulet bute, l'équilibre se détruit, et Paul tombe.
J'ai donc pu dire, en indiquant l'étal continu, P-ul mange, Paul boit, Paul dort, Paul tombe.
Il est vrai que j'aurais dû dire: Paul se ramasse et remonte sur son mulet; ainsi j'aurais accompli le cycle de la journée de Paul.
— Mais comment tombe-t-il incessamment sans se briser les os?
je n ■'- me suJs
i enant à Pa ' le de
examiner Paul.
abord 1 hypothèse e. mavoila tout se retxouvi ne fen-
Tj isième
■mbe.
.•ut" d'enu-
i . cent
lue re-
15 entendions les éclats de
oyions
. i | menti li m
ut repreri'
■ aMes
suies. i Ida lantôt
détai i le la chute :
mal;
lit du
une mauvaise pensée; v 'lalent.
comme je voulais :: mon
ue de mon
n de la pa
main
' : lue.
me :
nt la
■ut l.i ifler en mai i te.il
mules
plus
•aine
w'te de ma
Enfin nous atteignîmes une place, et de l'autre côté de l'Lace une fonda, fonda plus liante a nos yeux que ne l'est aux yeux des matelots un port après l'orage.
pauvre étranger, encore peu famili - rap-
de 1 extérieur à l'intérieur, tou; g. !•• que j fiais, je un instant a la porie, admirant la façade Ue cette fonda.
«pi aussi c'était une véritable façade de palais, avec lissons héraldiques, ses croisées sculptées, ses corniches brodées de feuilles et de fleurs
.1 entrai Maquet et Giraud n'avaient pas perdu leur temps.
Nous trouvâmes toutes les figures accortes et liantes. Un
eto lait d une l feu la
bouche de l'hôte, nous apprit à quel ■ nous devions
Eau de Ben '-<'• et met-
,,,, ,, dessous. Cette ■■ ■ Ité me fit comme
a bai ta chair de poule.
Je I : Je lui Hs de la main
ni, il vint à n
lu, Paul! lui d
— Voyons, qn ave- \ . >ll~ ! •
de la ville..
— Eh bien ?
— Ma mule a buté.
— Non. monsieur; j'en demande para cette : tombé de côté.
— Peu Imi
— Oh : ."i tait, monsieur, il importe beaucoup
— Kn quoi cela imi>orte '
je tombe e IS la
je tombe sur mon derrière.
Bien :
■ quand je tombe de côté, je tombe sur la tète.
J'en d.- monsieur
dire ; i ai- lorsque je tombe
U ' malheureu > perdu le pistolet.
— Ali : monsieur comprend! s'écria l'an! satisfait
intlnua-t-ll d'un toli s'écrit cent \ingi voix. Paul en saluant modestement et en ouvrant la paume des mains en signe d'adhésion. i • \,.,!- .i lat
— A un d'Alcala.
— \ iirî
— Cei Je lavai- on qua
u. .ci dix minutes api ibé je ne i ■
plus; donc i ' mbanl
1 I l.lil VOUS
lr perdu, et vous i iiié !
— ' ' ivait, et pi
Is, dit Maquet. il y
— Connu
-mil. il t.-li rroid, '1 mine dit
i irent.
eme fols?
lit, la neir
Iques lenient de-
ii i
■ francs poui
aq i
i i venta.
nrent Ils n'.av.
■ i m Paul innanl ! 01
pourtant i in
le la chose.
■ i i ■• vin, II est
I de destruction ans»
luineni inconnu ■ où Ion en est en. i
OU Bla qui n'a pas plus l'att
d un i plutôt
l'air d'un devi.i, ,i |ei i.n effei, a chaqui
mmt
DE PARIS A CADIX
Mi
qu'arec l'index on tire non pas une gâchette, mais un anneau, le canon, composé de six tubes accolés les uns aux autres, le canon tourne sur lui-même, et à chaque tour un coup part. Eh bien : un malheureux Espagnol l'a déjà trouvé ce soir ou le trouvera demain matin ; comme l'objet est d'un aspect riant, il sera d'abord heureux d avoir trouvé cet objet ; puis, comme il songera que. cet objet doit être utile à quelque chose, il en cherchera le mécanisme. Maintenant, madame, supposez qu'il en trouve le mécanisme au moment où les six bouches chargées chacune d'une balle seront en face de sa figure.
— Ah ! mon Dieu !...
Vous avez compris : il se fera sauter la cervelle ni plus ni moins que Werther, et moi j'aurai la mort d'un homme et le deuil dune famille à reprocher à Eau de Benjoin.
Après une si triste image, madame, je ne saurais vous entretenir de notre souper et de nos lits ; arrêtons-nous donc là pour aujourd'hui, et ce sera d'autant plus sage, que ma lettre représente déjà une valeur de dix ou douze colonnes.
Agréez, etc.
Cordoue.
Tranquillisés sur la perte du pistolet, qui était bien réelle, nous en revînmes à la posada.
Comme tout cet interrogatoire s'était passé en français, l'hôte n'en avait rien entendu; mais il faut dire aussi qu'il n'avait point paru s en préoccuper le moins du monde.
Nous nous aperçûmes que si nous ne nous occupions pas de lui, il ne s'occuperait pas de nous; je m'approchai donc, le visage riant, de cet homme qui tenait dans ses mains puissantes les destinées d'un souper et dune chambre.
Nous filmes réellement assez bien reçus.
Autour de l'âtre, àtre immense, antique, occupant une portion de la chambre, fumaient devant un beau feu qui fumait aussi, mais avec une discrétion dont je lui sus gré, fumaient une douzaine de coquins, d'une affreuse mine ; c'étaient des muletiers, des mendians, des porteurs de balle!
Je dois le dire, en nous voyant entrer, mouillés jusqu'aux os, raidis de froid, tombant de sommeil, quelques-uns s'écartèrent, soit qu'ils eussent pris leur somme de chaleur et qu'ils jugeassent qu'il était temps de se retirer, soit qu'ils fussent touchés d un sentiment de charité chrétienne : j'aime mieux croire à ce dernier procédé.
amis se précipitèrent sur les places vacantes ; au bout de cinq minutes, chacun dormait dans les poses les plus variées et les plus pittoresques.
Maquet allait en faire autant que les autres.
— Mon ami, lui dis-je, le moment des grands sacrifices est venu; tous ces corps fatigués qui dorment vont être réveilles dans une heure par les cris de leur estomac. Veillons, et faisons le souper.
Maquet poussa un soupir ; mais, toujours stoïque et dévoué, il laissa dormir Boulanger, Desbarolles, Alexandre et Giraud lui-même.
Giraud dormait, madame, au lieu d'éplucher les pommes de terre ou de hacher les oignons : jugez de la fatigue
mérale par cette fatigue particulière.
Nous nous glissâmes entre le feu et la muraille ; dans une cheminée ordinaire, nous nous fussions trouvés adossés à la plaque.
Paul, rendu actif par la perte qu'il venait de faire, s'était emparé du lièvre, et montait et descendait les escaliers comme une ombre noire son lièvre à la main.
Tout en montant et en descendant il tirait la peau du lièvre, de sorte que la dernière fois qu'il nous apparut, il tae.lt enfin la peau d une main et le lièvre de l'autre.
— Voyons, demanda Maquet, qu'y a-t-il à faire? je vous
us que si je reste cinq minutes oisif je m'endors.
— Mon ami, il s'agit de plumer les mauviettes. Maquet poussa un cri
Il faut vous dire madame, une chose que j'ignorais molmême, une faiblesse que Maquet m'avait cachée, c'est que
aquet a horreur de toucher les plumes.
Je compris cela d autant mieux, que moi j'ai horreur de toucher le velours
Maquet fut héroïque ; il s'assit près de moi et commença sa triste besogne avec des frissons qui hérissaient sa chair à chaque pincée de duvet sanglant qu'il enlevait aux petites bêtes refroidies.
Au bout d'une heure les vingt ou vingt-quatre mauviettes étaient plumées
Comme nous achevions, ou plutôt comme j'achevais la dernière, l'horreur avait donné aux doigts de Maquet une si prodigieuse activité, que, malgré mon habitude supérieure a la sienne, il avait cependant Uni avant moi ; comme j'achevais, dis-je, la dernière mauviette, ot que je la couchais près de ses compagnes sur une belle feuille de papier blase tirée de mon nécessaire, Paul reparut
Il n'avait plus à la main ni peau ni lièvre.
— Les chambres de ces messieurs sont prêtes, dit-il. Je crus avoir mal entendu.
— Les chambres ! répétai-je.
— Oui, monsieur, les chambres.
— Vous avez trouvé des chambres?
— J'en ai trouvé, dit Paul au comble de la satisfaction.
— De vraies chambres?
— A peu près.
Paul n'osait pas se prononcer, comme on voit ; cependant cet à peu près était déjà mieux que nous l'espérions.
— Et nous pourrons dîner dans une de ces chambres?
— Dans une? oui, monsieur, il y a grand feu...
— Eh bien ! apprête tout ce qu'il nous faut.
— Tout est prêt, monsieur...
— La poêle, la manteca, la farine, l'oignon?
— Tout, monsieur; il n'y a qur. les pommes de terre que je n'ai pas osé me permettre d'éplucher, sachant que c'est la besogne de monsieur Giraud
— Les pommes de terre ! où sont les pommes de terre î demanda Giraud réveillé par cet appel à sa spécialité.
— Ah ! c'est bien heureux ! ûs-je.
— Regarde-moi ces paresseux-là. Si ce n'est pas honteux l dit Giraud. Ils dorment, tandis que nous nous abîmons de travail. Ah ! je sais bien qui est-ce qui va manger une fameuse figue.
Et s'approchant de Desbarolles, il lui aplatit le nez au niveau des pommettes des joues.
— Hein ! fit Desbarolles ; hein ! qu'y a-t-il ?
— Comment! tu n'as pas de honte, paresseux? lui dit Giraud. Tu vois, ou plutôt tu ne vois pas puisque tu dors, tu vois l'amo et Maquet qui plument les mauviettes que tu n'as pas même tuées, et à ce spectacle touchant tu ronfles comme un cordelier ! Fi ! je ne te connais plus, comme dit Corneille.
— Bien ! Giraud, bien ! dit Boulanger réveillé à son tour, et je partage toute ton indignation. Le souper est-il servi? . — Pas encore tout à fait, cher ami, répondis-je ; mais si tu veux nous suivre.
— Et le petit Dumas? fit Giraud.
— Eh ! laisse-le dormir.
— Seul, à la merci de toutes ces figures de bandits ! Viens, malheureux jeune homme abandonné par ton père, viens.
Et il pTit le bras d'Alexandre endormi, qui le suivit machinalement^ sans avoir la conscience du danger auquel Giraud l'arrachait.
Tout le monde ayant repris à peu près connaissance, à l'exception d Alexandre, on enfila un escalier à haute marche, et l'on aborda la chambre destinée à servir de salle à manger.
Un feu clair flambait dans l'âtre; cela nous réjouit tout d'abord.
Il est vrai que lorsque nous cherchâmes la cause de cette clarté et de cette vivacité, nous nous aperçûmes qu'elles étaient dues à la croisée, qui, privée de deux carreaux et dénuée d'espagnolette, laissait passer autant de vent qu'il eût été nécessaire pour faire tourner un moulin.
Ce vent, glacial, parce qu'il venait de la montagne, allait faire battre une porte sans verrous et sans serrure opposée à la fenêtre.
Maquet, le mieux éveillé de nous tous avec moi, boucha la fenêtre avec nos manteaux.
Alexandre fut conduit, par Giraud dans l'angle de la cheminée, où un tabouret semblait attendre un dormeur.
Le tabouret n'attendit pas longtemps.
Boulanger lutta un instant contre le sommeil, et se rendormit près d'Alexandre.
Desbarolles, jaloux de conserver au moins les apparences de l'homme éveillé, resta debout, mais errant comme un somnambule, et marchant mollement 'ur les mauviettes plumées avec tant de peine par Maquet et mol, et que nous venions de poser à terre.
Giraud courait de bas en haut et de haut en bas. Pour ce soir, 11 avait jugé à propos de substituer la pomme de terre sous les cendres à la pomme de terre frite.
Chaque fois qu'on fermait la porte, la fenêtre s'ouvrait en faisant voler au milieu de la chambre les manteaux destinés à la calfeutrer. Chaque fois qu'on refermait la fenêtre, la porte s'ouvrait comme aspirée par elle, et semblait nous renvoyer tout l'air froid qui avait déjà traversé la chambre, et était allé se rafraîchir encore dans le coTrtdor.
Cependant le souper s'avançait ; le lièvre passait dan» la poêle à l'état de civet, et les mauviettes grésillaient dans La casserole.
blel i nmme on crierai: : aux armes : i tout le monde se réveilla, même Alexanj; - ma a table.
iilûcile. madame, de vous di nnei une idée bien
■ de ce qu'on tous présent' -ur la
■je Grenade à Cordoue, et .-la, dans une ville de
quinze mille Âmes, que l'on . . mpeusement Alcala la
: rd une table vermoulue, deux ou trois chaises boiteuses, qui nous ont inspiré si peu de confiance, que l'on a monté pour les remplaer des la cuisine. Deux
ertes. l'une sur un corridor, l'autre sur un grenier. Une fenêtre battant a tous les vents du ciel; enfin, un .er effondré et usant sur un poulailler, dont les ■ ment, prenant le? lumières de iu Jour Ainsi, du . ieds. du vent par la fenêtre, du
vent par ies portes, du vent aux quatre points cardinaux. Il n'y a pas jusqu'à la cheminée qui ne nous envoie sa seulement celui-là est le plus désagréable •;u il est mêlé de fumée, sus tout cela, le gloussement des poules et le ' du coq.
n'en fut pas moins gai. Comme ceux qui se t feu i aient grillés, et que ceux qui se trouralent loin du feu étalent gelés, le chronomètre de Maquet ir la table, et toutes les cinq minutes il se fit un changement des premiers contre les derniers, i
■ ette façon chacun fut gelé et rôti par portions égales
Tout le monde avait déclaré ne pouvoir coucher dans la chambre où Ion soupalt II y avait de quoi amasser des ns de poitrine pour tout le voyage.
Paul fut lancé a la recherche d'une chambre ; dix minutes après II revin' Il aTalt découvert une espèce de cachot sans fenêtres, et l une seule porte ; on était assuré du moins contre les courans d air.
• cette chambre, il aTalt fait i les matelas
qu'on aTalt pu réunir; de draps, il D'en était pas qu. et mieux valait même qu'il n'en fût pas question. Au reste, ce voyage d'exploration, qui nous conduisait de Ile a manger a la chambre a coucher, nous offrait un ix enseignement sur la façon de dormir en Andal. osli .ins les corridors et dans les esc une douzaine d'hommes endormis; t'étaient nos muletiers, I, nos porte-balles de la cuisine Moins i une ou pluii.bres. Ils s'étalent éparpillés dans la venta Chant et sa commodité avail ; ris sa place ; l'un ou le . OU lautre adossé au mur, l'autre étendu tout de son 1er le dos. avec les deux mains sous sa tête en place de tout er.
nous donna quelque philosophie. En effet, qui lire pas de besoins ■ ifncllemei.-
autres
- liâmes nos deux muletier» parmi tous ces nom-
Ul qui dor- ■ tellement à un
reconnaître.
• mire II y
lequel les auberges espagnoles sont calom-
la propreté. Ces murs blanchis à la
:.ur nudlt-' mais arrivent à
même le moindre Insecte ennemi du lommeli
Il va sans dlr- secte* du i mm. dent a
merveille avec les hoi n „„
ti ■
.uletlers nous éveillèrent
vus avions à faire dans la .
• dans l'Insistance qu Ils m r quelque dix lieues poui te heures
UN ierdues pour les r. ; ns de
re une heure plus 1 Alcala i;
ilson de 1>
le nous en rem leur de tous les mv'-êres. de i celu:
enfourchâmes nos mules, qui paraissaient toutes ragaillardies de la bonne nuit qu'elles avaient passée, et après avoir fait notre provision de vin. nous nous mimes en route, laissant a la. Providence, qui nous était apparue la veille sous la forme d'un braconnier, le soin de nous fournir le reste.
Cordoue.
( e départ avait lieu le dimanche 2 novembre, madame, beau temps quoiqu'un peu couvert ; quelques nuages, égarés a la suite de 1 orage de la veille, couraient trauspa- . la surface du ciel, et laissaient entrevoir a travers leur tissu floconneux les étoiles, qui apparaissaient brillanqu ils étaient passés.
La route se déroulait devant nous a peine tracée sur un sol rougeatre et écorché ; à droite et à gauche de cette route i.nt la plaine, toute Hérissée de chardons et d'herbes parasites ; il était évident que 1 agriculture n'était pas la principale occupation des habitans d Alcala Real. I.e chemin allait en montant
Tout le monde était gai et chantant ; le malaise et la mauvaise humeur de la veille avaient disparu avec le sommeil de la nuit ; on se faisait une fête de chasser toute la journée ; les mauviettes avaient été trouvées excellentes En arrivant au sommet du premier monticule, nous emmes un assez vaste horizon tout bosselé de collines ; une ligne rougeatre, interceptée de place en place par la crête des montagnes, rayait le ciel, jetant quelque- i lumineux au front de tous ces sommets, et laissant le reste dans cette obscurité matinale que l'on sent être le dernier effort de la nuit contre le jour, de l'ombre contre la lumière. ; peu ce reste d'ombre se dissipa, et le soleil apparut radieux
Aussitôt, madame, ce fut un concert charmant ; tout se mit a chanter dans la nature, depuis la perdrix remisée dans son sillon jusqu'à l'alouette qui dans son vol vertical allait disparaître au ciel.
11 n'y eut pas jusqu'au cheval d'Alexandre, jusqu'au malheureux Acca. lequel. Jusque-là, l'œil morne et la tête balsmine les chevaux d'Hippolyte. avait suivi les mules, qui retrouvant un peu de vieux sang andalous sous V<
mit à longer les flancs pour prendre la tête de colonne.
Cela rendit i Alexandre quelque espoir de pouvoir reprendre avec Acca dans la Journée ses exercices de voltige, imerrompus la veille par les observations Judicieuses de nos
..Il II :
muletiers ne furent pas dupes de ce reste
mme ; Ils le regardèrent passer avec étonnemen', mais
ils secouèrent la tête en gens qui ne sont
pas dupes de cette suprê>me démonstration.
Je vis le peste, et Je conseillai à Alexandre de substituer
liasse a l'exercice de l'équitatlon.
Il Jeta un coup d'cell Interrogateur à Maquet : Maquet • n bas de sa mule, Alexandre en bas de son cheval, et li u\ prenant leurs fusils, se Jetèrent sur les ailes. deux tirailleurs qui vont éclairer le corps d'armée. Ni rtez pas. senores. ne vous écartez pas. criè-
rent les muletiers, nous devons arriver de Jour à Castro .1.1 1.
l'ai déjà eu l'honneur de vous dire, madame comprenais point cette nécessité d'arriver de jour, mais ins l'explication que J'avais demandée. Je ne i- même une nouvelle épreuve
ns donner une Idée de . es grands | :.e. madame, de ces horizons nus. sans un arbre, sans une maison, sans un coin de culture qui dénonce la lirait une terre vlcrgi laire, depuis
est sortie des mains de Pieu: ci ite vie. de toute végétation, donne aux aspects une qui d'iible leur grandeur, tout s'empreint du carac- M lieux, même les esprits les plus rebelles, et U ne rien moins que l'Individualité français
pour reslsti de trist.
U le sol sur lequel on man ho spmble reflé- \ oyageur.
■ Lames six heures ainsi, sans voir autre chose que
■ es. des chardon», du sable et des roches: quoi-
i fissions an 2 novembre, la chaleur était étouf-
t -a «rue Instant nous avions recours à nos outres.
mme deux fontes à droite et a gauche du garrot
■ iule de Paul, lequel Paul était attaché lui même .1 sa
DE PARIS A CADIX
mule, comme une troisième outre, afin d'éviter cette multiplicité Je chutes, non pas dangereuses, Dieu merci : grâce a l'élasticité de la matière inconnue dont Paul est composé, mais contrariante rar le temps qu'elle faisait perdre.
Enfin, sur les onze heures, nous aperçûmes sur un petit plateau cinq ou six maisons rangées parallèlement et formant avec la route que nous suivions un angle droit. De l'autre côté de la route était une fontaine entourée d'un abreuvoir; quelques haies jaunes et nues joignaient les unes aux autres ces maisons, échelonnées sur un seul rang.
Nous étions si bien convaincus que c était dans ce petit hameau sans nom que nous devions nous arrêter, que nous ne nous en informâmes même point ; aussi notre étonnement fut-il grand quand nos arriéras, après avoir fait boire leurs mules à la fontaine, nous saluèrent du sacramentel Yamos, vamos.
11 faut le dire, jamais injonction lancée avec tant d'assurance n'eut si peu de succès, le malencontreux accusatif fut salué d'une réprobation générale, et il fut déclaré aux deux guidés qu'ils pouvaient suivre leur chemin si bon leur semblait, mais que quant à nous, nous ne nous remettrions en route que suffisamment ravitaillés.
Les grandes résolutions imposent toujours un certain respect à ceux à qui elles sont exprimées ; nos muletiers baissèrent la tête, et nous suivirent, les bras pendans dans la nouvelle direction que nous imprimions à nos montures.
Nous mimes pied à terre en face de la maison la plus apparente, et Desbarolles fut détaché pour prendre langue avec les naturels du pays.
Les naturels se composaient de cinq ou six hommes et d'autant de femmes, immobiles sur le seuil de leurs portes; ils regardaient avec étonnement cette caravane composée d'hommes mis pour eux dune façon aussi étrange que le sont pour nous les Chinois ou les Hottentots ; no* burnous ou les capuchons adaptés à nos vestes de voyage avaient surtout le privilège d'exciter leur hilarité. Ils nous prenaient pour des moines, et grâce aux nouvelles idées courantes en Espagne, ils paraissaient avoir bonne envie de nous lapider ; heureusement que chacun de nous, comme ces frocards de la Ligue que se plaît à décrire le Journal de l'Etoile, avait un fusil à l'épaule et un cor de chasse au côté; cette circonstance seule, j'en suis certain, nous sauva de l'anathème qui poursuit en Espagne le capuchon, sous quelque forme qu'il se présente.
Il va sans dire que lorsque nous parlâmes d'auberge et de déjeuner, on rit bien plus fort qu'on n'avait ri en voyant nos burnous.
Enfin Desbarolles, à force de marivaudages, obtint d'une brave femme qu'elle nous prêterait sa maison et les quelques ustensiles de cuisine qu'elle contenait ; mais d'alimens quelconques à mettre dans ces ustensiles, il n'en était point question.
Chacun de nous se jeta dans la campagne pour tâcher de découvrir quelques vivres : on apercevait de loin nos chasseurs qui arrivaient à grands pas de l'air le plus satisfait du monde.
On leur fit signe de hâter leur course, et ils passèrent du trot au galop.
Je fis cent pas au-devant d'eux: ils avaient été d'une maladresse insigne, et, malgré un feu très bien nourri que nous avions entendu, ils ne rapportaient absolument rien : ils prétendirent avoir tiré sur des pierres pour samuser.
Pendant ce temps, nos fourriers regagnaient le gros de la troupe, l'oreille basse ; Boulanger seul, par ses manières engageantes avait obtenu un pain et six œufs: Desbarolles avait demandé de la salade, on l'avait fait répéter trois fois, et on lui avait répondu qu'on ne connaissait point cela.
De leur côté, les chasseurs avaient très faim.
En ce moment, madame, nous vîmes comme la veille poindre au-dessus d'un monticule un chapeau, une tète. puis un corps: nous reconnûmes la Providence à cette manière de nous apparaître ; comme la vrille, elle tenait un lièiTe à la main.
La pauvre Providence, comme vous le voyez, madame, n'était pas variée dans ses moyens, mais elle n'avait pas besoin de cela pour faire son effet
Elle fut saluée par des cris de joie, auxquels Maquet imposa silence; on se rappelle que la Providence ne donnait pas ses lièvres pour rien ; ils n'étaient pas chers, c'est vrai, mais tout se corrompt dans ce monde, et elle pouvait, en voyant nos besoins, hausser ses prix, ce qui aurait fini par revenir au même que s'il n'y avait pas eu de Providence.
Mais nous avions eu tort de douter de la déesse, elle se montra bonne fille, et moyennant une piéi ette. nous eûmes notre lièvre; c'était son prix, à ce qu'il parait.
Ce lièvre fut immédiatement dépouillé, dépecé et mis en civet ; toutes ces hésitations, toutes ces recherches, toute cette cuisine, nous avaient pris deux heures. Nos muletiers paraissaient bouillir d'impatience, et nous avaient déclaré que nous n'arriverions jamais le même soir â Castro del Rio; ils mirent une telle amertume à cette signification, que
nous commençâmes à croire qu'il y avait quelque mystère caché sous cette insistance.
Nous nous remimes en route vers une heure : nos chasseurs étaient éreintés, et remontèrent sur leurs mules, ou plutôt remontèrent l'un sur sa mule, l'autre sur son cheval ; le pauvre Acca n'avait absolument rien gagné à l'absence de son cavalier de droit : Juan s'était, aussitôt qu'il avait vu Acca libre, constitué son cavalier de fait, de sorte que le malheureux animal avait, pour tout bénéfice, porté un muletier qui lui était connu au lieu d'un voyageur qui lui était inconnu.
Cependant, entre les jambes d'un appréciateur de Baucher et d'un admirateur de Daure, Acca reprit à l'instant même son petit air de race.
— Allons, allons, dit Desbarolles, il ira jusqu'à Cordoue. Mais Giraud, qui était notre régulateur en matière chevaline, secoua la tête d'un air de doute.
Son opinion parut être partagée par les deux muletiers, qui avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour déterminer Alexandre à continuer sa route à pied ; selon eux, le canton que nous allions traverser était le plus giboyeux de toute l'Espagne.
Je me laissai prendre à cet appât, moitié par confiance, moitié par la fatigue de chemine- a mule, et je me jetai à mon tour dans la plaine, mon fusil â la main.
Selon toute probabilité, le lièvi s que venait de nous vendre le braconnier formait à lui seul le total du gibier contenu dans cette plaine si giboyeuse, et il avait fallu être la Providence, c'est-à-dire cette déesse aux yeux perçans, pour le découvrir perdu dans l'immensité.
Je marchai trois heures sans rien voir, qu'une espèce de village qui apparaissait et disparaissait dans les plis du terrain, et que nous atteignîmes enfin vers quatre heures du soir.
Nous allions proposer à nos arriéras de faire une halte, lorsque nous les vîmes s'arrêter eux-mêmes à la porte de l'unique venta que possédât la localité.
— Est-ce que nous sommes à Castro del Rio? leur demandai-je tout étonné d'avoir fait une si grande journée à quatre heures du soir, et malgré la halte si disputée du matin.
— Non, monsieur, répondit Juan, nous sommes à...
— Et pourquoi nous arrêtons-nous à..?
— Dame ! monsieur, parce que les bêtes sont fatiguées.
— Comment, fatiguées? nous avons fait à peine huit lieues !
— Fatiguées ! dit Alexandre, et il fit exécuter à Acca un mouvement de trot circulaire et trois changemens de pied.
— Si les mules sont fatiguées, dit Maquet, laissons-les reposer une heure, repartons ensuite.
— Oh ! impossible, dirent les muletiers d'une seule voix. Ceci ressemblait à une conspiration.
—i Voyons, pourquoi impossible? demandai-je de cette voix de maître qu'il faut bien, en voyage surtout, prendre de temps en temps avec les serviteurs.
— Parce que. monsieur, si vous voulez absolument continuer votre chemin, mieux vaudrait le continuer tout de suite.
— Je n'y comprends rien, expliquez-vous.
— Monsieur permet-il? demanda Eau de Benjoin en s'aDprochant les épaules effacées, et la paume des mains ouvertes.
— Oui. je permets, dites.
— Je les ai entendus causer.
— Qui?
— Les muletiers.
— Eh bien?
— Eh bien ! monsieur, ils ont peur.
— Comment, peur?
— Oui.
— Et de quoi ?
— Il paraît que c'est à deux lieues d'ici qu'est le malo sitio?
— Qu'est-ce que le malo sitio?
— Le mauvais endroit, monsieur...
— Quel mauvais endroit?
— Le mauvais endroit dont parlait le compatriote de monsieur.
— Quel compatriote?... Achevez, voyons. — i Le rémouleur.
— L'endroit où les cinq contrebandiers ont été arrêtas; monsieur ne se rappelle pas?
— Ah ! si fait.
— Oui, oui, firent signe de la tête Juan et Alonzo.
— Messieurs, une aven un qu'en dites-vous?
— Va pour l'aventure, dit Giraud,
— Oh! oui. papa, je t'en prie, dit Alexandre; montrenous de vrais voleurs, je serai bien sage.
— Desbarolles, repris-je, vous voyez notre unanimité, mon ami
lNDRE DUMAS ILLUSTRÉ
n que moles.
ir de se tn- . ir Me
Il exlu môme g< ■■ .aient
i une
il un
parenc
le vilirbres
ceux qui rendent annuellement compte des expositions du
Louvre à nous entendre, sans aucune di ces pentes h3ines
ou de ces mesquines passions qui bourdonnent autour des
méi te discuter, par cette belle nuit, au milieu
rs de Vélasquez et de Murillo, cette grande ei éter-
i.i seule qui vaille la peine d'êtn discutée
puisque c'est la seule qui survit aux siècles ; cette grande
.:.. Ile Question de la lutte du - re le vul-
gaire, question vitale s il en fut que lis intérêts et la
rue essayent éternellement d'étouffer, et qui éternellement reparaît calme et souriante comme une déesse antique, après avoir mis sous ses ; ds la politique et les
Dites-moi qui était secrétaire d'étal d'Elisabeth c;uand Sbak rivait Ilanikt et Roméo.
Dites-moi qui était sénateur de Rome sous Léon X Raphaël peignait Les s'.anze du Val
- noms de quelques ministres ont surnagé .sur le flux
se sont cramponnés non pas aux rois
terre, mais au\ rois de l'intelligence et de l'art. Mé-
connu qu< grâce aux vers d'Horace, et les pen-
Bacine et a Corneille
a ' i • une cou
et qu- traîtreusement mordu le pauvre
[uel au talon.
rdent di noti : i . au
haud de notre entliouslasme ; nous venions de traverse! on ton rives profondes, dont
nient de ralentir notre dialogue, quand nous rimes nos deux gu onsulter, et
ont des ski mversation cessa ans .1 allai 6 lui
Itio ! me dit-il en me montrant une grande om- bre i vaut nous par une espèce de bois.
— Los