‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 215 sur 283 · SI · texte numérisé non relu

SI

— Mes enfans, dls-je en me retournant, assez di pli comme i ela . aux tusils : aux tu

i luisît un effet miraculeux, la conversation cessa comme par enchantement, chacun : le lieu i • ii tirent

a leurs mules; en dix secondes tout le monde était armé.

• - .rre.

ii j :i que nous appro< ■■. lu du mata

ndlers ont i i une

quinzaine de jours el qu il s agit de nous mettre sur la dé-

— Voilà, dit Desbarolles en faisant sonner le chien de sa carabine

Wons ail Giraud, voilà encore Desbarolles qui com-

udence ? fleman

— Tu sais bien que quand tu nu ta cara-

: plus la désarmer qu'en la niant, la tirera illes.

sieurs, Je demande que Desi <ie.

li la

tirent les arrh \ la chose

d'une lune magn

i Ilialo s; ù nous ,

.h petit ruisseau que m • ils taillis ■■.

un arbre oui

mbre et Imur le paj ■ A ili une plan bordée i

lent . 1 « grands

qui semblaient des tirailleurs

I i ssons, et

lufles il'her-

Ddroil ou les boi ina "lient.

brlllei | un ruban acgl I

\u I ne à les iil«;in-

irbres. an milieu desquels les murs blancs d'un

sltlo ne me ; ropre a inspirer

ii lie bien pins

trembler i i que .luan et

. ane

il avait conservé son lmpassl-

: i .nielle, et rooi Btani e pool

i ■■ b h le pain concave et dont la

ivet.

DE PARIS A CADIX

Paul continuait de boire et de manger à l'état chronique: mais il ne tombait plus depuis qu'il avait eu ridée de se faire attacher a sa mule

— Eh bien : Paul, lui dis-je. pourquoi ne mettez-vous pas pied à ter

— Ah ! monsieur, dit-il, parce que ce serait du temps perdu: il faudrait me détacher, puis me rattacher; J'aime mieux rester où je suis

— Mais si les voleurs tirent sur nous, vous allez leur servir de point de mire, Paul

— Oh ! monsieur, ils ne me verront pas. je suis noir.

Et il se mu a rue avec cette silencieuse hilarité qui n'appartient qui lui. et qui chez lui exprime la satisfaction complète de lui-même.

Il n'y avait rien a répondre à une si excellente raison; nous laissâmes Paul sur sa mule, et nous commençâmes à prendre nos dispositions pour traverser le malo sitto.

Comme ces dispositions étaient prises dans le plus grand silence, nous entendîmes tout à coup un bruit étrange et qui nous lit frissonner malgré nous.

Ce bruit n'avait rien d'humain, et ne ressemblait à aucun bruit connu; c'était comme la longue plainte d'un homme qu'on égorge ; mais pour se plaindre ainsi, il eût fallu être non pas un homme, mais un géant ; d ailleurs cette plainte, avec sa gamme croissante et décroissante, revenait de cinq secondes en cinq secondes.

Nous n'étions pas disposés à la crainte, et de plus aucun de nous n'était d'un caractère timide; cependant, je nais pouvoir affirmer que la perception de ce bruit nous fit passer à tous un frisson dans les veines . nous nous regardâmes, et attendîmes la reproduction de ce bruit singulier pour lui assigner une cause.

Le bruit se reproduisit.

Personne de nous ne fut capable de donner de ce bruit une définition sal Lslaisante.

Nous appelâmes nos muletiers, et nous les interrogeâmes. Ils étaient si troublés qu'ils ne comprirent rien a notre i nde.

— Oui, dirent-ils, oui, vous avez raison, retournons sur pas, messieurs, retournons sur nos pas.

— Oh ! dit Boulanger, je la tiens.

— Quoi?

— La cause de ce bruit.

— Vraiment?

— Oh! bon Sancho Pança ! digne Don Quichotte! immortel Cervantes :

— Voyons, cher ami, qu'ont à faire là-dedans Cervantes. Don Quichotte et Sancho ?

— Noua, mes amis, noua.

— Ah ! fit Giraud : regarde que nous sommes bétes, Desbarolles ! comment, tu ne t'es pas rappelé ce bruit la. que

avons entendu cent fois?

— Dis donc, dis donc, s'écria Desbarolles, tu pourrais bien parler au singulier, ce me semble.

— C'est vrai, que tu es bête! dit Giraud.

Nous éclatâmes de rire; ce moment de crainte avait fait place à la confiance la plus parfaite.

— Voyons, dit Giraud, relève ta carabine et marchons, ramplan. plan, plan.

muletiers nous regardaient tout abasourdis, et ne comprenaient rien a cette nouvelle manière de traverser les mauvais pas.

Cependant, tout en ayant 1 air de railler le danger, je commençai par prendre toutes les dispositions qui pouvaient le diminuer : chacun de nous plaça sa mule entre lui et le bois, et marcha, la main gauche appuyée au garrot de ranimai ; de cette façon, le corps de la mule protégeait le corps du voyageur, et, quoique dans des conditions moins sûres, les jambes.

Boulanger lui-même avait pris un fusil, en promettant positivement qu'il tâcherait de tirer dans la direction des voleurs, au service desquels nous avions douze coups de première charge.

Notre caravane, précédée par Desbarolles et sa mule, marchait sur une seule ligne, à soixante pas du bols à peu à cette distance, et dans l'obscurité, la supériorité de nos armes devait, en cas d'attaque, nous être d'un grand avantage.

Nos muletiers, qui étaient en tête, repassèrent à la queue, en se courbant pour mettre leur passage a l'abri dern. mules, et en nous faisant signe du doigt de garder le plus profond silence.

Ce signe fut, à ce qu'il paraît, mal interprété par Alexandre, qui se mit à crier à tue-tête :

— Ohé! les voleurs de Castro de Rio. où sont-ils?

Les muletiers s'arrêtèrent, comme si leurs pieds avaient pris racine.

— Eh ! mon cher ami. dit Maquet. vous voyez bien qu'ils n'entendent pas le français, ces braves gens ; ils ne répondront pas ; allez, Desbarolles, parlez en espagnol.

— Ohé : los ladrones de Castro de Rio, cria Desbarolles à tue-tête, donde sonos?

Cette lois les muletiers furent bien plus ébouriffés encore que la première ; ils comprenaient une chose qui leur avait paru jusque-là incompréhensible, c'est qu'il existait dans ce pays de fous quon nomme la France des voyageurs qui appelaient les voleurs.

Il parait que la chose stupéfia les voleurs à l'égal des muletiers, car nous traversâmes le malo sitio en leur jetant tous les défis que notre vocabulaire put nous fournir, et cela, je dois l'avouer, madame, impunément

Pas un voleur ne parut, pas un canon de carabine ne brilla, et aucun autre bruit ne se fit entendre que le bruit de cette lamentable noua, qui devenait (Je plus en plus lugubre au fur et à mesure que nous nous appi ['elle.

Au bout de dix minutes, nos muletiers se redressèrent de leur hauteur, et respirant comme si on leur eût eni ne montagne de dessus la poitrine:

— Il n'y a plus de danger, dirent-ils -- Bah : vraiment ?

— Oui, le malo sitio est passé.

— C'était bien la peine de nous déranger, dit Alexandre en remontant d'un bond à la force des poignets sur Acca. dont les genoux plièrent jusqu'à terre.

Puis, calme comme le Didier ne Marion Delorme :

— Je disais donc que monsieur Tngres. reprit-il...

— Un instant, un instant. Avant toute chose, Desbarolles, mon ami, dit Giraud, décharge ta carabine, tu sais que c'est convenu.

— Je vais la désarmer.

— Non pas ; je sais comment tu désarmes tes carabines ; décharge-la, mon cher.

— Oui. oui, Desbarolles, mon ami, dirent trois ou quatre voix, pas d'entêtement.

Desbarolles, voyant qu'une majorité imposante se réunissait contre lui. approcha en soupirant la crosse de son épaule, et son épaule de la crosse.

— Tu vas voir comme elle est douce la carabine de Desbarolles, dit Giraud à Alexandre: un vrai mouton

Desbarolles lâcha le coup, et fit deux tours sur lui-même.

— Regarde, regarde, dit Giraud ; ce n'est pas ta carabine de Devisme ou de Bertonnet qui en ferait autant. Et quand on pense qu'il ne peut pas se déshabituer de 1 armer ni apprendre à la désarmer.

— Sacré tonnerre! disait Desbarolles. je crois qu elle devient de plus en plus dure, cette maudite escopette.

• Le coup était parti verticalement, un long jet de feu avait rayé le sombre azur de la nuit, et le bruit, répété par les montagnes comme un grondement de tonnerre, avait longtemps retenti au milieu du silence nocturne.

La voix de cinq ou six chiens répondit à la détonation par des aboiemens.

C'étaient les chiens du moulin, qui. réveillés par le cou] de feu, s'empressaient de donner des preuves de leur vigilance.

— Bon, dit Alexandre, voilà les toutous qui s'en mêlent. cela va faire un joli concert : papa, chante-nous donc quelque chose.

La noria continuait toujours ses grincemens.

Il était évident que les aboiemens des chiens avaient réveillé le meunier et les garçons; nos deux muletiers, qui étaient pleins de prudence, jugèrent à propos de se faire reconnaître, et s'avancèrent vers le moulin, en criant, quelques paroles que nous ne pûmes comprendre.

Bientôt un dialogue s'établit, dont les chiens faisaient le second dessus.

Nous marchions toujours, et nous suivions le chemin qui passe à cent cinquante ou deux cents pas du moulin. Il parait que nos muletiers ne tenaient pas à rester car nous les vîmes accourir au galop pour non i mire

— Eh bien : Juan, demandai-je a celui qui se trouva le premier près de moi.

— Eh bien! monsieur, les voleurs'

— Ils y sont toujours.

— Bâti !

— Oui. puisqu'hier ils ont volé au meunier une va. deux moutons.

— Vraiment?

— De sorte que le meunier et tous ses gen- étaient sur leurs gardes: de sorte que quand ils ont entende fusil, ils ont cru que c'étaient - qui revenaient.

— Ils tiennent à leurs voleurs, dit Giraud; laissons-leur cette illusion : l'IUn oheur 1 Homme.

Et sur cet axiome, contre lequel an. une voix ne s'éleva. nous nous remimes i ' lnr derrière

nous les aboiemens des chiens et les grincemens de la

heure après, nous étions arrivés à Castro de Rio. sans aucune espèce d'accident, mais ayant fait cette découverte,

ALEXANDRE DUMaS ILLUSTRE

que ce bon >u que nous avions passé n'étati autre

que ie Guadalqulvlr, le ni des neuves espagnols, dont 1 aspect ne si grande surprise aux Arabes, qu'ils Oued Keblr! c'est-a-dire : La

•,1e difficulté, je prêsllDj. uued-el-Keblr.

XWIl

Cordoue,

ii, je b.-ri '1 lettres que Je vous

est que la route

est longue. q qrue peu (ertlle i i lujouts

la même clisse Comment : - ' comment dtne-

Puls de temps en temps.

h nerf a i ni w - Blangulssant, il

l'ien entendu, ou titrent, vous font leurs ■ - ■. i

.rtout. madame, si vous faisiez la nous venons de faire, c'est cette abseno lue de villes, de bourgs et même de malsons, qui (ait d'une n de l'Andalousie, c'est-à-dire dune des plus belles Espagne, un vaste désert, dans lequel vous dix ou quinze lieues de France sans rencontrer un sans voir |», in, Ire une habitation. En effet, Irenade et Cordon, grandes capitales de l'empire mauresque d'Abd-el-Rhaman et de Boabdil- di ' s. peine nous avons pu trouver

deux lits. 1 et Castro del Klo, et deux villages

dans lesquels nous i a Ironvé du tout.

i nia.laii:- IS avez le désir de voyager

ir les-

• les ii agences dans le!

Ut, Je me permettrai de ■

en caravane, comme nous aux mules,

il ■ s'ouvelle, m

par ni lolt avoli

homme nul n aller voir ,i

■ n a l'habitude de rem

i nielles

un supp

i par

madami

ir ,/ti

:,•: lète • aent cjui n,

livrer.

Il est vrai que selon toute probabilité, l'âne espagnol descend de 1 âne arabe, et. au contraire des descendans ordinaires, n'a rien perdu pendant ces quatre siècles de descendances.

Quand vous aurez vu les ânes espagnols, madame, vous comprendrez le fanatisme de Sancuo pour son âne. Déjà du temps de Cervantes le besoin de réhabiliter l'âne se faisait sentir en Espagne, et Cervantes, comme tous les grands génies, se faisant 1 expression des besoins d'une époque, habilité.

Vous achèterez donc six ânes et deux mules. Six ânes pour en faire votre monture et celle de vos compagnons, deux mules pour porter vos bagages

Ne vous effrayez pas du prix, madame ; les six ânes vous coûteront neuf cents francs; les deux mules, trois total, douze cents ; et en quittant 1 Espagne, vous revendrez le tout mille.

A moins que vous ne préfériez ramener le tout en France, où vous le vendrez alors la double de ce qu'il vous aura coûté.

Vous aurez ainsi un? monture plus douce, aussi rapide et moins gênante que le cheval, puisque vous n'aurez qu'à le lâcher dans le premier champ de chardons venu pour qu'il y trouve s i nourriture.

Quant a vous, madame, au lieu d'entrer dans les villes et de vous Installer a ?rand peine dans quelque misérable venta, vous déploierez votre tente, comme aurait pu le faire Sémiramis re: vos compagnons suivront votre

exemple : les domestiques, pendant ce temps, prépareront les uns le (,,yer. tandis que les autres iront acheter 1,

- en ville ef vous serez infiniment plus chez vous crue vous ne le seriez dans la meilleure des auberges espagnoles Si je retourne jamais en Espagne, c'est ainsi que J'y retournerai.

Toutes ces réflexions me sont suggérées, madame, par la manli n ici - a Castro del Klo I est

une charmante ville, madame, dans une position pittoresque ; mais i |our, si la chose vous est possible. Nous nous remîmes en marche au point du jour. A ce ,pn> , lalr lie lune dont Je vous al parlé, avait suwle un brouillard humide qui avait un peu détrempé les chemins nous montâmes donc sur nos mules, si fatiguées qu'elle: ir nous soustraire au désagrément de cc-tte b aie.

Alex ,mme nous, et enfourcha le malheureux

lui allait ,ie plus en plus s'affatbllss Le paysage était toujours le même, c'est-à-dire à l grandi lente Parf,, - au sommet il une montagne.

dominant le chemin que non- suivions, surgissait une t mr en ruine, sentinelle perdue des temps écoul me de

•mire des âges féodaux.

Deuj .avais remarqué que le chemin, en

de quelque fono -entait des

;r le pied fatigué de nos montures, les n

la de particulier, que -i elles s'abattent, i iux i hemlns où elles vont - à leurs cavaliers ni, à ce qu'il a elles-mêmes; les mules, à la vue de ces escarpelent connaissance di s, flairaient pour ainsi ,lir, le chemin, et. se raidissant sur leurs Jambes, ut d un pied as-ez ferme; mais il n'en pouvait piire : son laisser-aller tall de I abattement deux ! tauvals pas pareils à ceux que je

Uexandre de mettre pied à terre.

Alexandre, madame, et vous savez quelle déférence il obéit aux avis paternels: Alexandre n'en lit al ■ len.

Je traversai le premier un irolslemi si difficile, qu'un, me fols je lui fis la même In

probabilité, comme J'étais fort loin, u ne li - endlt.

Bien lui , \u bout de cinq secondes, J entendis

|e me retournai, le malheureux dans la fondrl

elle son trou ; Acca était fort llllr On n

Ire prit son fusil mu

i ir lui tenir compagnie, et J en B

■ que quelques alouet-

i ns urgent, non*

ax heures à l rd ne

,in village sur m proi Islons ave, purement et simplement en pain, en vin et

la mule chargée de vivres. Je

DE PARIS A CADIX

m'aperças qu'elle toussait avec acharnement, et que quelques gouttes de sang lui tombaient de la bouche.

J'appelai Alonzo Lopez, et lui fis part du phénomène.

Il parut savoir parfaitement ce que cela voulait dire, et appela à son tour Juan.

L'un des deux ouvrit la bouche de l'animal, 1 autre lui fourra la main jusqu'au fond du gosier, et en tira une première sangsue.

Puis il renouvela l'opération et en tira une seconde

Après quoi le sang continua de couler, mais la bête ne toussa plus.

Nous franchimes le mamelon et, en effet, non pas Immédiatement, mais après avoir traversé un pli de terrain qui s'étendait encore sur notre chemin, nous aperçûmes la ville tant demandée.

Il y a dans certains noms de ville un singulier prestige ; dès l'enfance ces noms ont résonné à notre oreille d une façon étrange : Memphis, Athènes, Alexandrie. Rome. Constantinople, Grenade et Cordoue, sont de ces noms-là ; on a, depuis que l'âge du désir est en nous, été poursuivi du désir de voir ces villes aux noms historiques et pittoresques ; on y a si souvent pensé, si souvent la crainte

Muletier espagnol.

Je demandai des explications.

C'est encore une chose qu'il faut que vous sachiez, madame.

Presque toutes les sources, les ruisseaux, les rivières de l'Andalousie contiennent de petites sangsues fines comme des cheveux; hommes ou animaux les avalent en buvant : elles s'arrêtent où elles peuvent ; où elles s'arrêtent, elles s'attachent, et, une fois attachées, elles acquièrent, au grand désagrément de l'individu qui les aide a I acquérir, le développement d'une sangsue ordinaire.

Le moyen de s'en préserver est de passer l'eau qu'on loit dans sou mouchoir.

Eau de Benjoin nous donna un moyen qui tous parai encore plus sûr que celui-là, c'était de ne boire nue du vin.

La chaleur devenait étouffante, bien que nous fussions au 5 novembre ; la chasse ne donnait pas, je remontai sur ma mule. Alexandre sur son cheval.

Nous mari hames trois heures encore sur un terrain continuellement boursoufné ; on nous avait promis Cordoue pour midi j il était deux heures : nous demandions Cordoue à cor et à cris.

Enfin nos guides nous promirent que. lorsque nous aurions franchi un dernier mamelon qui se dressait sur notre route, nous verrions Cordoue.

de ne pas les visiter, malgré le désir qu'on en a, est venue vous traverser l'esprit, qu'on s'en est fait une image selon son imagination ; on a vu en rêve la ville que l'on craignail de ne pas voir en réalité; puis le jour se I. ' les obstacles ont disparu comme ces nuages que chasse le vent ; on part, on traverse l'espace, on demande, on s'informe, on presse le pas, on arrive! La ville désirée vous apparaît enfin au pied d'une montagne, au bord d'un lac, ceinte d'une rivière; vous vous arrêtez, vous soupirez; tout votre rêve est détruit, toute votre illusion envolée ; vous ne voyez rien de ce que vous avez cru voir; vous soupirez, et vous dites: C'est donc cela!

Il est vrai que le premier aspect dos villes est presque aussi trompeur que le premier aspect des homn.es.

Lorsque J'entrai à Rome, je crus entrer dans une ville bâtie par Louis XV pour madame de Pompadour.

Ce n'est pas la situation qui manque à Cordoue, c'est l'aspect.

En effet, Cordoue, adossée aux dernières rampes de la Sierra Moréna. dominée par ces pics sombres qui ont fait donner aux montagnes qu'ils couronnent le titre de mon tagnes Noires, couchée au bord du Guadalqulvlr, la pins grande rivière ou plutôt le plus grand flouve :1e :

ne. chauffée par son soleil mauresque,

- II.Ll'STRE

Cordoue est dam DM admirable situa' <-°r

doue -vins ombt' sans

ré les relie leurs

moins

«•ai . rdoue

que vous vous Mes faite.

tempi oarcbe.

qu'on

lui ut le main ,ur-

Tout' a coup, et r-mme nous cette

i nous paraître fort

— H nie.

I ir sa base : 11 tomba sur les jarrets de di

un soupir, et n ..îiies et se trouva sur ses i.ieds.

i doncî demanda Desbarjlles.

- I mil

mil. r

•is. .

es des muletiers, tou'

r que : au mol

■ mus une

Uarne

sait i) rutile-

un h.

— A ( ordoue : a Cordoue ! répétèrent toutes les autres,

comme dans le llfgulus de Lucien Arnault, tous les compar-

Thc.iije-FraHçais criaient : a a Cartbage : » eu ijul

était d'un etlet magnifique.

En conséquence, nous nous entassâmes dans le bac pêle-

ivec les chiens, les chevaux et les mules d'une autre

caravane que les passeurs taisaient attendre depuis dis

minutes pour nous passer tous ensemble d un seul coup.

Il y eut un moment de confusion qui rappelait assez exactement l'embarquement dans 1 arche ; après quoi, à l'exception de femelles de notre espèce, nous nous trouvâmes embarqués.

Tout embarquement, à moins de naufrage, implique un internent; cinq minutes après nous débarquâmes donc sur l'autre rive du Guadalquivir.

- nous trouvions dans une espèce de petit bosquet d oliviers assez agréable : au-dessus de la cime rabougrie des oliviers, nous apercevions la flèche de la cathédrale de Cordoue, notre étoile polaire.

Un chemin tracé par les pieds des animaux et par les roues des charrettes nous traçait notre rou

- tous il pied; c'était notre habitude dans les grandes circonstances : depuis longtemps nous arien- remarqué que nous allions bien plus vite a pied qu'à mule.

los. que nous avions laissés en arrière pour régler nos comptes avec les passeurs, nous suivaient de loin.

Paul élan perché sur les bagages, qu'il ne quittait jamais, il avait eu 1 idée de se faire ficeler audessus des malles, comme un sac de nuit, sa quiétude était parfaite; et assis les jambes croisées, à la manière des Orientaux et des tailleurs, sur la plate forme des bagages, il semblait, s épanouissant sous ce soleil qui lui rappelait celui de Gondola, quelque divinité des bords «lu G que des voyageurs curieux rapportaient de l'Inde en faire don à un musée européen.

Nous continuions a chercher de l'une maison nous apparut toute brodée de treilles, qui al sur elle ire bleuâtre d'une couleur adorable-, dans un autre moment les peintres se fus-ent arrêtés et eussent croqué la maison.

leur en vint même pas; lisse précipitèrent vers la maison et frappèrent d'un même coup a toutes les fetoutes les portes, en criant i.i : agua i La maison -taire, ou les habltans étaient morts

de soif; nous n- mais bien lixés là-dessus ; niais

la chose 'lui ne nous laissa aucun doute, c'est qupolnt Bien n altère comme une espérance déçue. "Cordon

hall visiblement; mais 11 y avait a craindre que Il dans la caravane avant que nous

-. Iq feuilles -i- i igne Hélas I oe

Grenade, les raisins étaient i--iu aux derniers g]

m de manger des olives trati

Il leur fasse m - -n l'autre mon-i

■ nt bien mérité dans celui

Enfin, nous atteignîmes un petit sentier assez ombreux

trais, nul eût ressemblé à ces char

-m- iiui donnent entrée aux village- de No»

li - ,i. ,.\ haies uni borda - ntlei n'eus

1er, ni - liâmes dai

prairie, pois dans uni de la-

peu près, ll-'US

- forme la plus plttoresmu -lu ta murait

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de la cime -I un il un - - - mu. .n ■ - ! oui rail une u lin pleine de fraîcheur.

Ile.

i l'Instant mi i imt.

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habité par • d une myriade d • n

demandait c- que .

ivalt faire cette population de marmaille -iul

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liait de d - i nature,

■ talent tu problème.

,i m'IUui

DE PARiS A CADIX

— Giraud. m'écriai-je ; cocoméri ! cocoméri !

Vous vous rappelez Naples, vous aussi, madame : eh bien, cette baraque était celle d'un marchand de pastèques, et toute cette population se grisait, comme Arnal, avec du melon.

Tout disparut a l'instant même à nos yeux, madame : Cordoue, ses murailles, sa mosquée, sa porte, son palmier, ses souvenirs ; nous nous précipitâmes vers la baraque en criant :

— Cocoméri ! cocoméri !

Nous étions armés, et d'un aspect, il faut le dire, assez peu rassurant, surtout après ce voyage à travers terres : les enfans prirent peur les premiers, et se sauvèrent en faisant des cris inhumains; les hommes les suivirent en emportant leurs plus gros melons, qu'ils espéraient sauver aussi.

Une seule femme resta.

Je ne sais rien de plus brave en face des invasions qu'une femme très laide, si ce n'est une très jolie femme.

Notre héroïne était très laide.

Elle paraissait résignée à tout.

Desbarolles lui expliqua dans un castillan très altéré que nous étions d honnêtes voyageurs mourans de soif, et que notre plus grande ambition était pour le moment d'avoir chacun un melon, en le payant, bien entendu.

La prétention parut des plus justes à notre marchande, qui mit tout son magasin à notre disposition.

Ah : madame, si vous nous aviez vus nous ruer sur les melons, trois jours auparavant objet de nos dédains, quand Pepino se hasardait à en glisser un sur notre table, quelles réflexions sans fin cette vue lamentable n'eût-elle point inspirées à votre esprit si philosophique !

La peur de l'hydropisie nous arrêta seule. Giraud et Alexandre avaient entamé leur troisième melon, lorsque mes effroyables prédictions le leur firent tomber de la bouche à moitié dévoré.

Pendant ce temps-là, la caravane nous rejoignait : de loin nous apercevions Paul qui suçait quelque chose avec sa sensualité ordinaire.

C était un énorme cocoméro qu'il avait découvert dans les bagages de la caravane qui avait passé le bac en même temps que nous, et qui lui avait coûté la somme de dix centimes.

Nous payâmes les nôtres, qui étaient un 'peu plus petits, un réal la pièce. Nous en fîmes l'observation à la marchande, qui nous répondit avec dédain que le cocoméro de Paul était un cocoméro d'occasion.

T'aul ne s'était pas dérangé, madame, et une demi-heure avant nous il avait eu moins qu'à moitié prix un melon d'une grosseur double des nôtres.

Avouez, madame, que sous tous les rapports Paul est un être privilégié.

Nous n'avions plus rien à faire ; nous étions, momentanément du moins, rafraîchis et reposés.

Nous nous acheminâmes vers la ville.

— Ah ! sacrebleu ! dit Maquet.

Nous nous retournâmes quelque peu effrayés : Maquet ne jurait que dans les grandes occasions.

— Quoi ?

— Et la douane ?

— Ah ! c'est vrai : la douane ! dit Boulanger.

— Est-ce qu'il y a une douane à Cordoue? demanda i-je en interrogeant du regard Giraud et Desbarolles.

— Hélas! oui, répondit Giraud.

— Et des plus sévères même, ajouta Desbarolles.

— Bon ! en voilà pour deux heures ! fit Alexandre.

— Il y a une chose bien simple, répondis-je.

— Laquelle?

— Nous laisserons les clefs à Paul, nous laisserons Paul avec les muletiers, les muletiers avec les bagages, et Paul, les muletiers et les bagages nous rejoindront à l'hôtel de la Poste.

On nous avait d'avance, à Grenade, indiqué l'hôtel de la Poste comme celui auquel nous devions descendre.

— Bravo ! cria tout le monde.

-Nous nous engouffrâmes sous la porte. Il y avait de l'autre côté de cette porte encombrement de populaire.

Le populaire nous attendait ; les moutards fugitifs nous avaient annoncés, et les curieux, assez peu récréés dans leur ville de Cordoue, s'étaient amassés sur notre route pour se donner la satisfaction de nous voir.

Nous présentâmes nos passeports au corps de garde, tandis que nos mules et nos muletiers s'arrêtaient à la douane. Ces deux établlssemens, douane et corps de garde, sont si tués chacun d'un côté de la rue.

L'officier était au poste ; il nous salua gracieusement et presque sans visiter le passeport de mes compagnons, après avoir jeté les yeux sur le mien :

— Passez, messieurs, nous dit-il, passez -, nous vous attendons depuis longtemps.

— Vous nous attendez?

— Oui.

— Nous savions que monsieur Alexandre Dumas était en Espagne, et nous comptions bien qu'il ne quitterait pas l'Espagne sans visiter notre ville.

NOOS passâmes en général; et moi en particulier, j'adressai quelques remerclmens à l'officier, et nous nous remîmes en marche.

Muletiers et mules nous suivirent.

— Eh bien : demandai-je à Paul, la douane?

— Oh ! Paul, le chef des douaniers a vu le nom de monsieur sur les malles; il m'a demandé si monsieur était l'auteur de Monte-Cristo, je lui ai dit que oui, et il a npondu: — C'est bon, passez.

— Sans rien visiter?

— Sans rien visiter.

Je revins sur mes pas, et j'allai remercier le chef de la douane, comme j'avais remercié le chef du poste.

Je vous raconte un fait, madame, que vous attesteront mes cinq compagnons, et que je ne vous raconterais point s'ils n'étaient là pour l'attester.

Connaissez-vous rien de plus littéraire et de plus poil que les soldats et les douaniers de Cordoue?

Un quart d'heure après ce triomohe. nous en'rions dans l'hôtel de la Poste.

Cordoue.

Vous comprenez, madame, qu'après un pareil voyage, notre premier cri, en arrivant à Cordoue, fut : — Banos : banos ! ce qui pouvait se traduire par : — Des bains ! de= bains !

Mais il en fut de notre cri comme si nous avions parlé hébreu. On connaît bien les bains à Cordoue, mais on ne connaît pas les baignoires.

Seulement, il existe d immenses jarres, exactement pareilles à celles dans lesquelles furent mis en bouteilles et cachetés les quarante voleurs d'Ali-Baba. Quand on veut absolument prendre un bain, on remplit ces jarres à moitié, et l'on descend dedans à l'aide d'une échelle double

Puis chacun 6'accroupit selon sa grandeur, de manière crue la tête seulement dépasse le goulot, ce qui permet aux baigneurs de continuer la conversation commencée.

Malheureusement il n'existait même pas de semblables jarres dans l'hôtel, et nous fûmes forcés de nous contenter de grands plats de terre, au milieu desquels nous ressemblions assez, tout ruisselans d eau que nous fûmes au bout de cinq minutes, à des tritons sur leurs conques marines.

Nous n'avions pas encore fini nos ablutions, que déjà deux personnes avaient frappé à la porte et avaient été introduites près de nous.

L'une de ces personnes était monsieur Martial de la Torre, sur lequel j'avais une lettre de crédit.

L'autre, monsieur Eugène Perez, professeur de français, pouT lequel j'avais une lettre de recommandation.

Tous deux, sans attendre que je me présentasse chez eux, ayant appris mon arrivée à Cordoue, venaient me faire leurs offres de service, et, je dois l'avouer, avaient été quelque peu étonnés de 1 état dans lequel ils nous trou vaient.

La pudeur de monsieur Martial de la Torre en fut effarouchée, et il ne fit qu'entrer et sortir. Notre compatriote, moins pudibond, ou plus familier peut-être avec les ablutions, resta, et tout en nous habillant nous commençâmes à prendre langue.

Notre mauvaise humeur de voyageur porta tout d'abord sur l'aspect de Cordoue. Chacun de nous s'était fait une Cordoue à sa manière: l'une gothique, l'autre mauresque, l'autre presque romaine; car les souvenirs de Lucain et de Sénèque étaient aussi vivans chez nous que ceux d'Abd-el-Rhaman et ceux du grand capitaine. Nous n'avions oublié qu'une chose, c'était de nous représenter une Cordoue espagnole, et c'était justement la seule que nous eussions trouvée.

Des rues étroites, sales, dans lesquelles 11 est défendu de jeter son eau, sans doute de peur que cette eau ne les lave quelque peu; des maisons basses et souvent d'un t<.n grisâtre, ce qui est si rare en Espagne, et grillées du haut en bas comme des prisons; un seul monument dominant tout cela, la cathédrale : tel est le premier aspect de Cordoue.

Le pavé surtout faisait notre désespoir; ces cailloux, qui présentent sans cesse la pointe, ont l'air d'être en réaction

DE PARIS A CADIX

' MAS ILLUSTRE

. ii donnait ntus, aussi

: US ; raccommo-

s grilles.

De, que nous logeons le las dellgensas. » et

é tous

ini est

U découverte a fort réjoui mes amis, et moi aussi, madame : s'ils ne se lassent pas de manger ma cuisine. Je coramniff a me lasser de la faire.

mes donc assez convenablement Installés, ns deux chambres et un salon; ces trois pièces, mandent, affectent la forme d'un - couché: a j'habite avec Alexandre : a l'autre Haquet s'est Installé avec Glraud ; dans le cor- -•'•pare. deux matelas jetés à terre onde reposer les membres toi i- rolles.

.itlle. Je crois, de vous dire, madame, que Gl ■ 1e avec sa bourse, à laquelle 11 tient d'autant le diminue davantage de poids, et Dœbarolles Te dernière alerte lui a rendue nère que Jamais Me i tienilnées. bien entendu qu'il n'en est pas question. Au rtste. un orant' qui emplit à lui seul de

Terdin (unis et de fruits toute notre cour, qui

ris. se charge de nous m du maître d'hôtel, que toute cheminée ..linirable soleil que nous avons aumbre.

ribllr le dr priété

sur

icirt les deu heures que

• ut.

ulières qu'il pouvait avoir en donnerions collectivement

re cûté de ces jalousies et de ' si fort, malgré 11 ni-

belh- le.

Au i me au lieu d'arriver a dix heures du matin,

deux arrléros.

midi; comn)> il ige de 1 affreuse roir nous l taire, une bonne heure de stati

heure

il se trouva que six heures sonnèrent dette.

tira à son honneur; ible

• :1s de leur > ■vtn<

■ rangea

chasse .ii

■lit

■m de

le table dressée dans M à une heure di

Aussi vîmes-nous entrer avec cette simplicité naïve qui n'a rien de plaisant, une douzaine de Cordovans, qui, après nous ilues avec un bienveillant sourire, se mirent à table, tout en établissant une certaine distance, terrain neutre laissé entre la France et l'Espagne, mais sans croire même qu'ils eussent besoin de demander le moindre petit verre pour excuser leur présence.

En effet, il n'y avait point besoin de cela, car tout était gracieux et cordial pour nous dans leur regard comme dans les intonations de leur voix.

Fendant le dîner, un Arabe entra avec des écharpes ; je me défiais de l'identité : je le fis interroger par Eau de Benjoin ; c'était bien un véritable Arabe, il n'y avait rien à dire.

Seulement, ses écharpes étalent espagnoles, et encore en e sous les yeux une plus belle qu'aucune des siennes, laquelle dessinait la taille d'un des curieux qui nous regardaient.

Je la lui désignal du doigt, et lui demandai s'il en avait une pareille.

A la manière dont il répondit oui, il était facile de voir qu'il eût dû répondre non.

ut aussi l'opinion du propriétaire de l'écharpe, car, ,nt aussitôt et s'approchant de mol tout en déroulant sa ceinture.

— A la disposition de usted, dit-il en me la présentant. Je c ii ette facilité des Espagnols à offrir ce que

l'on a l'imprudence de paraître désirer devant eux; mais je savais aussi qu'il était convenable en ce cas de refuser.

Je refusai donc.

ceite fois, il n'en était pas ainsi ; la ceinture avait été offerte avec une certaine façon qui n'admettait pas le refus, ce que Perez me coula tout bas dans l'oreille.

A la seconde insistance de celui qui me l'offrait, J'acceptai donc.

— Maintenant. dis-Je en riant à Perez. me voilà dans la position de ce monsieur à qui l'on avait donné une paire

■itoufles, laquelle lui ût changer tout son ameublei n commençant par sa robe de chambre, laqtn lie n'allant plus avec l'étoffe de ses meubles, lui fit changer ses meubles, puis son tapis, puis ses rideaux, et aln suite : je ne puis pas mettre cette écharpe sur mon gilet, eur mon pantalon et sur ma redingote.

— Non. sans doute, répondit Perez: mais voici un de ces

ors qui a une charmante veste, demandez-lui l'adresse de son tailleur.

J'eus ^imprudence de suivre le conseil de Perez.

lût le propriétaire de la veste, qui était de ma taille* l'ota, et venant à mol :

— Monsieur, me dit-Il en excellent français, Je serais heureux que vous voulussiez bien accepter celle-ci ; mon tailleur me l'a apportée ce matin, et je l'ai mise aujourd hui

la prêt Je me retournai vers Perez.

— A i dit-il; celui qui vous l'offre est un i harmant gai erait désespéré d'un refus.

— Mais, monsieur, répondls-je, vous m embarrassez énor-

— Monsieur, me dit-Il. nous ne sommes pas tout à '.

in à l'autre que vous le croyez; J'ai longl ris, et je vous connais, si vous ne me conn • urs. si mieux vous aimez, ce sera un

• en échange quelque chose qui vous ait

i bien! soit, lui dls-Je ; ma foi! la chose e?

•ur que Je m'y refuse; mais comment tous en Irez vous?

— J'.ii mon manteau.

i nsleur, me dit un troisième dans un . peu moins pur, mais non moins obligeant. 11 manque un gilet, voulez-vous me permettre de vous offrir le mien?

<-ours à Perez.

— Ah ci • lui demandal-Je, eet-ce une gageure?

— N il, c'est de tout cœur; acceptez, accei

' m'offrlr leur culotte tout à l'heure.

comme ça serait véritablement une er, vous refuserez.

Je : rs ces messieurs, qui tenaient cl acun

! objet offert.

messieurs, leur dls-Je. j'accepte, et de grand fût-ce que pour la rareté Ju fait; seulemi

rrle, que Je sache à qui Je dois des remer- ■ : Demandez de Cordoba, dit le Jeune homme â la . elnture.

dit le Jeune homme à la veste.

vex, dit le propriétaire du gilet.

:rs. répondls-Je, vous allez voir le cas que Je fais de vos dons.

DE PARIS A CADIX

Je sortis; j'envoyai chercher un chapeau, et comme à Madrid J'avais acheté des guêtres et une culotte, au bout de dix minutes je rentrai complètement vêtu en Andalous.

Des cris de Joie accueillirent mon entrée : toutes les mains s'étendirent vers moi.

En mon absence. Glraud avait demandé une plume et du papier, et avec cette sûreté de trait qui caractérise son extraordinaire talent d'improvisateur, il avait reproduit la .«cène.

Mes trois nouveaux amis étaient autour de moi; l'un me ceignait son écharpe, l'autre me boutonnait son gilet, le tn isième me tendait sa veste.

Dans le fond, un quatrième se dépouillait à la hâte du vêtement qui me manquait.

Tout cela était d'une telle ressemblance, moi compris, que le chef-d'œuvre passa à 1 instant même de main en main.

Comme tout le monde ne pouvait le garder, il lut mis en loterie.

Ce fut Paroldo qui le gagna.

Afin de consoler les autres, Giraud offrit à l'instant même de faire leurs portraits.

Boulanger alors réclama une tête.

On courut chercher le carton au bristol et la boite au pastel.

Puis l'on commanda un bol de punch gigantesque.

Il est impossible, madame, de passer une meilleure soirée, et surtout une soirée plus inattendue que celle que BOUS passâmes dans notre nouvelle compagnie.

A dix heures chacun se leva.

Je voulus retenir mes convives.

— Laissez aller, laissez aller, dit Perez.

— Ils ont donc affaire? demandai-je.

— Oui.

— Et que vont-ils faire ?

— ils vont pelai ta pava.

Ah ! madame, c'est ici que j'ai besoin de toute votre indulgence pour mes amis les Espagnols, si je vous explique ce qu'ils entendent par pelar la i>ava.

Il faut vous dire d'abord, madame, ce que signifie littéram' (</ pava.

Cela signifie : plumer la dinde.

Tous rappelez-vous, madame, ces jalousies aux barreaux croisés, ces balcons aux étroites ouvertures dont je vous ai parlé? ces' là que le soir, tandis que la lune brille au ciel, mais ne peut pénétrer jusqu'au fond des rues étroites, c'est II que, connue au temps du comte Almaviva, comme au temps de Philippe II, comme au temps de Ferdinand le Catholique, les jeunes gens vont attendre, cachés dans l'ombre et enveloppés de leurs manteaux, l'apparition de ces tendres senoras qui ont de tout temps fait le désespoir des mères et des tuteurs.

En effet, par une espèce de convention, toutes les filles et les pupilles appartiennent le jour a leurs mères et a leurs tuteurs; mais, le soir venu, elles rentrent en possession d'elles-mêmes; il est vrai que cette liberté est bien limitée, puisqu'elle ne 3'étend que jusqu'au balcon et jusqu'à la jalousie.

Mais enfin, si étroits que soient les barreaux de ces balcons, si drus que soient les grillages de ces jalousies, il faut bien qu'un rayon du jour puisse passer, et partout où passe un rayon Tlu jour passe la main d'une Andalouse.

L'amant, comme nous l'avons dit, est là qui attend ; si le balcon est au rez-de-chaussée, l'amant n'a point à se plaindre ; sans effort aucun il peut atteindre, serrer, baiser cette petite main qu'on lui passe, il peut rapprocher les lèvres des barreaux ; il peut sentir le souffle des lèvres qu'il aime ; il peut même, pour peu que celle qu'il implore y mette un peu de bonne volonté, il peut même baiser quelque de mieux que le souffle. Il y a même certaines chroniques qui racontent sur ce point-là des choses qui ne peuvent pas se raconter, et qui tendraient à prouver que ce sont choses bien gênantes, c'est vrai, mais bien inutiles, que toutes ces grilles et tous ces balcons ; mais je vous dirai franchement, madame, que je crois que c'est un bruit que les amans font courir pour démontrer l'inutilité de toutes ces vilaines cages de fer derrière lesquelles gazouillent de si charmans oiseaux.

Si le balcon est au premier, le pauvre amant, comme vous le comprenez, madame, en est réduit a jouer le rôle du renard au pied du cep de vigne ; mais il ne se console pas facilement, que lanimal philosophe qui se console de tout, même de la perte de sa queue. Alors il invente toute sorte de ressources pour arriver jusqu'à sa belle : les échelles de corde ! eh mon Dieu, oui, madame ! les échelles de corde existent toujours; bien entendu qu'elles sont défendues comme les couteaux poignards, ce qui (ait qu'on en trouve chez tous les cordiers. Les échelles de corde sont un des moyens les plus usités; il y a encore l'ami qui prête ses .épaules et qui fume sa cigarette et joue de la

pendant ce tem] qui fait que la belle joui; à

overi son amant et d'une sérénade.

Enfin, il y a des amans privilégiés à qui Dieu a donné des - assez crochus pour grimper le long des murailles lézards; ceux-là, la chronique le dit encore, I i spagne, \ous le savez, est le pays des chroniques, ceuxlà ont de grands privilèges.

Ils n'ont ni échelle dénonciatrice ni confidens indiscrets ; seulement, on dit qu'ils ont une lime avec laquelle on descelle facilement un barreau, puis deux; les balcons d'un a étage sont naturellement moins visités que ceux d un rez-de-chaussée ; cette hauteur, qui faisait la sécurité des mères et des tuteurs, fait la perte des belles Rosines Alors venaient les couvens avec des grilles bien autrement épaisses, des barreaux bien autrement serrés. Heureusement la révolution a aboli les couvens, aussi les jeunes filles espagnoles sont-elles toutes, ou du moins presque toutes, enragées révolutionnaires.

D'ailleurs, ne trouvez-vous pas quelque chose de romanesque et de charmant, madame, dans ces paroles échangées à travers les grilles, dans ces mains passées entre les barreaux, dans ces baisers soufflés à distance, et entre lesquels passe la brise des nuits toute chargée d»s parfums du jasmin et de l'oranger ; enfin dans rs aériennes, dans ces promenades funambuliques qui mettent sans cesse un danger auprès d'un bonheur ?

Eh bien ! madame, c'est cependant ce charmant métier que font, les amoureux, que ceux qui ne le fout pas ou qui ne le font plus appellent « pelar la pava, » c'est-à-dire piumer la dinde

Mais, rassurez-vous, madame, l'ignoble forme sous laquelle on la désigne n'empêche pas que l'opération ne soit fort pratiquée.

C'est ce dont nous pûmes nous convaincre le même soir en sortant.

C'est quelque chose de curieux, madame, que les rues d'une ville andalouse. Vues de nuit, on pourrait presque affirmer qu'elles sont plus peuplées que de jour; il y a un petit bruit dans l'air de conversation à voix basse, de soupirs poussés et rendus, de baisers étouffés, qui récrée l'âme pour laquelle le bonheur du prochain compte pour quelque chose.

A coup sûr, sous ce rapport, madame, notre prochain de Cordoue est un des plus heureux prochains de la terre.

Cordoue, novembre.

Le lendemain, comme vous le pensez bien, madame, nous n'eûmes rien de plus pressé que de visiter la ville, qui nous avait apparu la veille sous l'aspect désavantageux des choses qui se montrent pour la première fois a des voyageurs lassés, altérés et maussades.

Puis, mon avis à moi, et c'était aussi celui de nies compagnons, était qu'une ville gîtée comme Cordoue, aux pieds des montagnes qui la protègent de leur ombre, au bord d'un fleuve qui la berce de son murmure, peuplée de monumens qui 1 éternisent de leurs souvenirs, ne pouvait pas être jugée tout de suite, sur ses rues un peu étroites et ses pavés un peu pointus.

En conséquence, nous nous adjoignîmes Perez par droit de patrie, et Paroldo par droit de conquête.

Je n'ai pas besoin de vous décrire Perez, madame.

Perez est un Français forcé de rester à Cordoue ; or la ville où l'on est forcé de rester, loin de celle où l'on est né, est toujours une ville horrible. Il fallait doi sa complaisance compatriote pour nous faire admirer les beautés de la patrie de Sénèque. Puis, m que vous

avez sans doute remarquée, madame, c'est le sentiment de joie et de bien-être qu'apportent a qui vit loin de

sa patrie ceux qui arrivent de son pays, il semble que l'air natal ne soit pas encore sorti des '■ Ouel-

ques Instans l'exile qu'on visl

Alors il questionne, 11 se rapp ;'■ vous qui

voyagez dans le pays où il vous reçoit, c'est lui qui retourne à la patrie que vou [ultter. Le paysage qui ['.environna i décompo comme le dessin d un kaléidoscope sous la main d un enfant; le ciel, si bleu qu il soit, fait place au risati e du i> '> s aimé guidé par le roya ur, qui s'étonne qu'on trouve tant de charmes an pa 11 a eu tant de plaisir à quitter, m mentanément il est vrai, l'exilé se promène dans dont il compte toujours refaire son avenir. Rien n'est

égoïste comme le voyageur qui via demander

quelque chose c: jamais neu .l.i.. cependant,

madame le voyageur est pris d'un sen tristesse in-

finie Quand au milieu des inddeus nouveaux d'un pays inun compatriote Qui, a cinq cents lieues de la terre-mcre. devient tout dt suite un ami, et qui, dans cette nature pleine de nouveauté, de bizarreries et d étonne- Ul qui la quitte promptemeut, s est taillé une vie d --elle, puis accoutumée, puis uniforme, puis

monotone a devenir triste, pour lequel toute chose a perdu son éclat premu i « milieu de cette oasis enchan-

tée de ces arbres aux fruits d'or, sous ce ciel rayonnant, vous parle i >eux. ue son Paris &°ueu*

de Sfc. a de ce ciel gris où, comme le

disait un dl '""s 1 emploi du soleil est une

sinécure. .

Cepend '••"■ comme on se serre la main a u„,. vit ensemble pendant quelques avenir qu'on rappelle il s'en ex nale 'UIie i li Datai que rexllê respire et qui lui le rame, on oublie la tristesse de celui ...vous de la joie de ceux qui arrivent rsque le pauvre exilé voit, au bout de trois a pissés avec lui et qu'il croyait dent Il les avait emplis de souvenirs et n'est que lorsqu'il voii tes voyageurs faire ,nt, n'ayant plus rien à voir du pays eut, et causant déjà de celui où ils vont, c'est qu'il devient vraiment triste, et que, le dos appuyé ., ta D . yeux humides et Blés sur les préparatifs, sage de ces égoïstes, qui ne lui ont apporté ,,„ du ans songer à rere, dans un Isolement d'autant plus vaste in instant comblé.

été forte, et l'exilé se figure qu'il ...niais reprendre sa vie d'autrefois, après cette .née de la vie des autres Alors il atlon .1 un rêve d'avenir. 11 vous assure rei dans le pays que vous allez qu'il ton i 'I'1''1 veut ;

i. tous écrire, vous supplie de lut réponi] irant, et en s'o qui peuvent, il l'espère, retarder encore on peu i< départ.

ble v.,i\ du postillon se fait ent.

pressent une dernière fols, de la von .i .lu cœur; puis, lorsqu'à l'angle de la ins le nuag soulève, !

,u.i n, ,u . Il laissé rentre chez lui

OBUT qui le tiraille sur la route qui est sa patrie par < • ux qui ips encore les voj usent

on se fait une fête de le Jour; puis le- idées . (tangent avec le pa\ le qu'elle était en entrant . ..n 1... et si bien :

rer que rar ba i que le te

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i ..... un jour au milieu d'Im- ... n mort, du

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Illusions de Jeune v .«ne

■ ■■ rapld. laquelle 11 était vent

dfcnt t. n'apparaît que du coté brillant

r» mémo un peu ingtnatlon i

une famille qui ne peut se passer de lui, et qui tremble à *a moindre absence, qu'il aime, et dont il est inquiet quand il en est éloigne. Le désir de revoir Paris, la craint* de i des parons aimés se disputent donc éternellement notre nouvel ami ; mais comme le cœur est chez lui plus fort que le désir, l'amitié que le caprice, il reste ; mais il reste quelque peu mélancolique et les yeux tournés vers le pays d'où les hirondelles reviennent en septembre.

Voila sur le premier plan les compagnons nouveaux que nous trouvons à Cordoue; les autres, moins en rapport avec nous par la différence des langues, nous reçoivent cependant, comme je vous l'ai déjà écrit, madame, avec une cordialité toute sympathique.

Bref, il fallait visiter la ville, car c'est là que nous en étions, je crois, au commencement de cette lettre ; et muuis de crayons, accompagnés de Perez et de Paroldo, nous nous mimes en route.

Alexandre, qui ne sait pas plus voyager que s il n'avait jamais franchi la barrière de l'Etoile, se croit toujours sur le bitume du boulevard Italien, de sorte qu il se hasarde sur le pavé espagnol avec une chaussure d'une confiance folle, il n avait donc pas fait dix pas dans la rue de notre hôtel, qu 11 faisait des bonds comme un chat qui passerait sur un bra

— Que diable avez-vous ? lui dit Perez, qui, habitué à tous ces petits clochers qui forment le pavage de la ville, n'en reçoit plus la moindre atteinte.

— J'ai que votre ville m'entre dans les pieds, dit Alexandre, et que je me pave à l'envers.

— Ce fut Abdérame II, répondit Perez, qui. dans le neuvième siècle, eut le premier l'idée de faire paver la ville.

— Ce détail m'intéresse, mais ne me console pas, reprit Alexandre.

— Mais si vous en avez beaucoup d'autres du même genre à nous donner, dis-je en m'adressant à Perez, moi. je me consolerai très vite en marchant sur le trottoir

— A ne. me dit Perez; voyons d'abord ce que nous avons à visiter, et je vous dirai tout ce que vous voudrez, quand vous serez en mesure de prendre des notes.

— Où allons-nous maintenant'?

— A la seule mosquée que le tremblement de terre de 15^9 ait laissée ,i la ville, et qui fut bâtie l'an 170 de l'hégire par le roi Abdérame.

Ulonsi dit Desbarollcs en prenant ces deux dates en note.

minutes après, nous étions arrêtés, et nous en I.nr une cour qui a cent quatre-vingts pieds envi ron, et qui prise sur la longueur de 1 édifice, précède l'entrée du monument. Un bassin de marbre, avec une fontaine ope le milieu de cette cour, pleine de palmiers, de . itronniers, de cyprès et d'orangers, qui, à l'heure où je vous écris, sont chargés de fruits qu'ils laissent re tomber au bout de leurs branches fatiguées

Quand nous entrâmes, un large rayon de soleil éclairait le mur qui fait face à rentrée de la mosquée, et des Espagnols, [ans les plus nonchalantes poses, fumaient en regardant des enfnns bruns et veloutés qui barbottaient autour du nez à cela, madame, des oiseaux sans nombre, répandant sur les oisifs et sur les promeneurs leur concert qui s'endort le soir au murmure de la fontaine, qui, • le vous le dire, ne s'endort jamais Il y a hors de l'édifice un éblouissement d'harmonie, de soleil et de parfums ; et le contraste est étrange quand une i intérieur du monument, Vous av./ quelquefois fait des rêves fantastiques, ma trouviez dans un édifice immense, dont le cintre reposait sur des milliers de Colonnes si légères, qu'il vous semblait qu'on les eût fait disparaître ave,' un souffle Entre îe sol et le cintre une pénombre fraîche ot part

.il de temps en temps un rayon de soleil qui,

-être heurté sur cinq ou six colonnes, qu'il léchait de

aime blanche, venait s'étendre paresseusement sur les

lus personnages inconnus passaient de temps en

puis il- disparaissaient comme des fantômes, sans

que vous pussiez retrouver la porte par où ils étalent sortis

la première impression, succédait bientôt

chez vous une Impression plus calme : vous n'aviez plus

envie de sortir de votre rêve si fantastiquement encadré .

. ■ v -m- trou' ■■. unies

- dentelures de pierres desquelles la Jour

nuancé par des vitraux magnifiques venait se jouer et rire.

ns l'ombre, vous aperceviez quelque grande figure de

Christ, de Vierge on d'apotre, qui vous attirait à elle par

je; vous vous agenouilliez, et -

vous releviez le front, vous étiez éblouie par quelque grande

d'or où serpentait une page du Coran, ou vous

rtlei les cenonx au tomb i inarbre de quelque

rabe, .1 qui le christianisme avait bien voulu continuer

la tombe

musique solennelle. Invisible, grandiose, chrétienne

enfin s élevait tout a coup du milieu de l'édifice, et. comme

ot d'harmonie, se répandait à travers les colonnes,

DE PARiS A CADIX

les chapelles, et vous inondait le cœur d'extase et de prière , le jour s'en augmentait, tout un monde de pensées en surgissait tout .1 eonp, et vous entrevoyiez dans cette église, sombre auparavant, d'un côte la .Mecque délaissée, de l'autre le Calvaire rayonnant.

Puis, une porte s ouvrait, une large bouffée de soleil et d'air vous rafraîchissait le front ; vous vous réveilliez en sursaut, et vous voyiez le jour qui, triomphant de vos rideaux de satin, venait s'abattre joyeusement sur votre couche, et vous conseiller le réveil.

Vous passiez alors la main sur votre front, et croyiez avoir fait un rêve, c'était tout simplement Dieu qui avait doré votre sommeil d'une réalité, et qui. rapprochant l'horizon, vous avait fait voir, sous un magnétisme divin, la mosquée de Cordoue.

Ce que vous avez vu, nous le touchions, et nos impressions étaient deux fois les vôtres.

Figurez-vous, en effet, pour passer de l'ensemble au détail, figurez-vous une salle immense, avec dix-neuf nefs de trois cent cinquante pieds de long et de quatorze de large, courant du sud au nord, et dix-neuf autres nefs se prolongeant de l'est à l'ouest, dans la largeur du temple ; formez ces nefs avec des rangs de colonnes de jaspe, de marbre rouge, jaune et bleu, qui se croisent de différentes façons, selon la porte par laquelle on entre, et qui cachent les six entrées de l'édifice, et sur l'une de ces colonnes, une petite grille de fer avec une lampe qui éclaire toujours un Christ en croix, incrusté dans la colonne, et qu'un chrétien, esclave chez les Maures, et attaché, dit-on, à ce pilier, creusa avec son ongle seul.

Au milieu, s'élève une grande chapelle, qu'en 1S28 le chapitre obtint du rci. Malgré les oppositions de la ville de bâtir au sein de la mosquée, il fallut pour la former abattre ou envelopper de maçonnerie une grande quantité de colonnes. Autre part que là, cette chapelle serait une belle chose ; mais quoique nous soyons trop chrétiens pour regretter la domination du christianisme, nous sommes trop artistes pour ne pas déplorer que cette domination se soit manifestée en architecture renaissance dans une mosquée dont l'intégrale conservation eût fait un monument unique en Europe.

Cordoue, du reste, après avoir rejeté le turban, ne se contenta pas de l'auréole chrétienne, et prise d'un fanatisme religieux, il lui fallut la couronne du martyre; ce fut surtout dans le neuvième siècle que ce zèle pour la foi se révéla, au point que les chrétiens, pour devenir martyrs, insultaient la religion des Maures, et qu'en 850 on fut forcé d'assembler un concile composé d'évêques, qui tous étalent habitans des Etats du roi Abdérame, et qui décidèrent qu'on ne regarderait pas comme martyrs ceux qui, sans nécessité, se faisaient donner la mort en attaquant la religion mahométane.

En sortant de la mosquée, nous allâmes visiteT le cirque, qui, petit et coquettement repeint, est un des plus vantés de l'Andalousie, car il ne suffit pas à un cirque d'être grand pour être beau, c'est même un défaut que l'étendue : plus il est petit, plus le danger est réel; plus il y a de danger, plus les spectateurs sont contens ; car si vous veniez en Espagne, madame, vous subiriez l'impression commune à tout le monde. La première course que vous verriez vous épouvanterait, et le premier taureau tué, vous jureriez de ne jamais revoir un spectacle aussi barbare. A partir du quatrième taureau, vous commenceriez à les compter, et au huitième, vous mêleriez votre voix charmante au peuple qui demanderait olro loro, c'est-à-dire un taureau de surplus.

Vous attendriez impatiemment les courses suivantes, et vous en parleriez toute la semaine : puis, vous ne feriez plus attention aux chevaux éventrés. le danger des hommes ne vous effrayerait même pas, et un beau jour vous seriez tout étonnée d'avoir vu tuer un picador ou un chulo sans quitter la course pour cela.

Eh bien ! je vous le répète, madame, plus le cirque est petit, plus il y a de chance de voir tuer un homme, plus, par conséquent, il y a de chance pour s'amuser quand on est Espagnol ou femme.

— Maintenant, voulez-vous voir Zehra? nous dit Ferez quand nous eûmes visité le cirque.

— Qu'est-ce que Zehra? nous écriàmes-nous.

— Zehra, reprit Perez, est ou plutôt était une ville bâtie par Ahdérame II, A deux milles de Cordoue. au pied des montagnes Oh! Cordoue n'a pas toujours été telle que vous la voyez, et la révolution qui la fit passer des mains des califes de Damas au pouvoir d'Abdérame, fut une révolution plus heureuse pour elle que bien des révolutions que nous avons vues depuis. Il faut vous dire qu'à cette époque. Cordoue logeait deux cent mille maisons, lesquelles étaient parfaitement pleines; il y avait neuf cents liains publics; vous ne vous en douteriez pas, vous que j'ai trouvés hier forcés de vous laver dans des assiettes.

Le prince avait un sérail, comme bien vous pensez, et ce

sérail se composait, tant en esclaves qu ublnes et en

eunuques, de six mille trois cents personnes ; cependant, parmi ces esclaves, il y eu avait, une favorite que l'on nommait Zehra.

Or, si beau, si riche, si parfumé que fût le sérail, Abdérame ne le trouvait pas digne de Zehra ; il rêva donc une habitation plus commode pour elle, et voici ce qu'il imagina.

Le sérail étant trop peu pour la favorite, un palais n'eût pas été assez ; c'était donc une ville entière qu'il lui fallait. A deux milles d'ici, comme je vous le disais tout a l'heure, Abdérame choisit un emplacement merveilleusement privilégié, et la ville rêvée s'éleva comme par enchantement ; il y eut un palais principal, qui se contenta de douze mille colonnes de granit et de marbre d'Egypte ; il est bien entendu que les murs de la salle principale étaient couverts d'ornemens en or, et que des animaux de ce métal y versaient, comme les simples lions de l'Institut, de 1 eau flans un bassin d'albâtre ; il y avait dans ce palais un pavillon où Abdérame et Zehra passaient les soirées ensemble : ce pavillon, éclairé de cent lampes de cristal pleines d'huiles odoriférantes, mêlaient à ces ornemens d'or des ornemens d'acier et de pierres précieuses. Enfin, la ville qui entourait ce palais faisait serpenter dans les rues des ruisseaux d'eau transparente comme du cristal, qui répandaient une fraîcheur éternelle ; des fontaines, des terrasses, des fleurs, des orangers, des chants, des c anses, représentaient une Somme de soixante-quinze millions, qu'Abdérame avait dépensée là pour Zehra, c'est-à-dire les deux tiers de ce que Louis XIV dépensa pour La Vallière.

— Et que reste-t-il de cette ville? demandai-je à Perez.

— Il en reste le souvenir, me répondit-il ; rebâtissez-la si vous voulez dans votre imagination de poète, et ce sera la première fois qu'elle aura été bâtie.

— La mosquée est splendide, dit Giraud ; la tradition est magnifique. Zehra était une femme superbe, j'en suis convaincu : mais à cette heure toutes nos imaginations ne doivent se reporter que sur le diner, qui ne sera, je l'espère, ni une tradition ni un rêve.

Quand Giraud avait vu à l'horloge de son appétit qu'il était temps de dîner, il fallait se soumettre à Giraud.

Nous nous soumîmes.

Perez et Paroldo furent des nôtres, et comme la conversation retomba sur les armes qu'on venait de rapporter de chez l'armurier, Alexandre s'écria que depuis qu'il était en Espagne il n'avait encore tiré à balle que des dindons, et que c'était bien humiliant pour un Français et une cara-bine de Devisme.

Il demanda donc si le sanglier de la Sievra-Morena était un mythe comme les sangliers de France. ; et dans le cas où il existerait, s'il y aurait un moyen facile de faire une chasse dans la montagne.

Paroldo, Ferez, et quelques-uns de leurs amis, qui étaient venus les rejoindre et nous faire visite, se regardèrent avec des hé ! hé ! douteux.

— En avez-vous bien envie? dit Paroldo après avoir recueilli tous les regards de ses amis.

— Certainement, s'écrièrent six voix qui étaient les nôtres, et au milieu desquelles vibrait la voix de Desbarolles, qui allait enfin pouvoir utiliser sa carabine.

— Ah ! pa-rdieu ! dit Boulanger, cela se trouve bien ; je n'ai jamais vu de sangliers que chez les charcutiers, et encore ils avaient des défenses en sucre et des yeux en pistache, de sorte que je ne serai pas fâché d'en voir un de près, pour me faire une idée exacte de cet animal au poil hérissé, mais à la chair savoureuse.

— Ah ! que tu parles bien ! s'écria Alexandre, que l'idée de la chasse transportait d'aise: mais suspends tes discours, que nous en revenions aux projets de demain.

— Je tremble fort qu'il n'y ait quelque empêchement, disje. et que, comme toujours, Alexandre n'ait été indiscret.

— Je n'y vois pas d'obstacle, reprit Paroldo, sinon que la sierra n'est pas toujours sûre.

— Quelques petits voleurs? demandai-je, toujours les voleurs ?

— Hum! j'y ai été arrêté, moi, dans la sierr.a, dit Paroldo

— Moi aussi !

— Moi aussi l

Il y eut des moi aussi qui éclatèrent, tout le long de la table, et partout où il y avait nue bouche espagnole.

— Ceci n'est plus une enseigne de charcutier, «lit Boulanger; il paraît que nous allons voir Matalabos fils; je dirai cela à Hugo, cela lui fera plaisir.

— Enfin, sont-ce des roleursJ reprit Desbarolles; c'est qu'alors je mettrais deux balles dans ma carabine.

— Oui, avec cela qu'elle ne repousse pas suffisamment. dit Giraud

— Ecoutez, dit Paroi. lo ; vous êtes nos hôtes, nous répondons de vous; j'ai trouvé un moyen.

— Lequel ?

— C'est rie les prendre pour rabatteurs.

— Qui, les voleurs?

NDRE DUMAS ILLUSTRÉ

— je n. il y ait des

i les les prendre i

' . ce sont eux, fit Pai

nous parut suffis : en demandâmes

âge.

•-z. reprit Juan, car 1

- au Casino, nous i il faut, et devenons Tons révell- • euner avec vous

e l'amant d'il.v rmez I

a quatre hi ai 1er si tout est i

II y eut d

remontâmes .lans ses guêtres, son fusil, et •

ire qui ne prépara rien : mais en reius a non qu'il

du pied et alla tirer la ni

re chambre, et 4 ■ Jouer la polka de Herz.

n'ai naturellement pas besoin de vous dire, madame. ; est faux, monotone et agaçant comme cet' île a musique; mais ius ne savez

. il i.. . heure qu'Alexandre i i

moins un.

, ur, ce n'él rien ; mais la nuit!

lieureusement ce lit pris dn

■ dormir, et :• . i ■ 1 1 n r Alexandre ne trouve ri

■ musant que il> mlr les autres.

• ■ lerve, madame, et d'Alexandre et des peni musique.

■ivre.

mon haiiiiude, et vous avez monts PyTénées

la Sierra us venons de fal

i Je savais qu'entre autres curiosités, Cordoue renfermait le

I reste de la maison de Seneque. Sénéque n'est pas un grand

tragique; mais enfin, comme c'est le seul tragique de Rome.

et comme dans son poème de Médée il a prédit la découverte

de l'Amérique, Je désirais voir la maison de Sénéque.

A chaque fois que j'avais manifesté ce désir, Perez. Paroldo et Hernandez de Cordoba, notre troisième compagnon d'amitié, s'étaient mis à rire. Enfin, comme j'insistais avec un entêtement de touriste :

— C'est bien, me dit Perez, on vous y conduira ce s la mais que.

— Et pourquoi ce soir seulement ?

— Ah ! dame !

— Est-ce que la maison de Sénéque est fermée le jourî

— Non pas; elle est ouverte à toute heure, au contraire

— L'hospitalité n'y est point en honneur?

— L'hospitalité y est antique; mais...

— Mais qu

— Mais nous tenons beaucoup a ce qu'on ne sache pas qui nous usons de cette hospitalité.

— Ah i ah !

— Oui.

en !

— Tenez-vous toujours a visiter la maison de Sénéque?

— Pourquoi pas ? nous voyageons pour connaître les mœurs des pays que nous parcourons ; or, les mœurs que nous pouvons étudier le soir ne sont pas les mœurs le* moins curieuses, quoique ! uis n'en parlent jamais.

Au reste, il faut vous le dire, madame, et j'éprouve d'autant moins d'hésitation à vous le dire, que nous sommes sortis de toutes les épreuves, soit espagnoles, soit airlcalnes, purs comme des Joseph et des don César de Bazan. Ces mœurs ne nous étaient point tout à fait inconnues A Grenade, un soir qu'en visitant la ville au clair de la lune, nous nous étions perdus dans ses rues tortueuses, nous crûmes remarquer une maison où veillait une lumière, et pour demander notre chemin .

esser son gibus, de sorte que la personne qui nous reçut, se trompant sans doute à notre espagnol assez inintelligible, nous ht entrer dans une espèce de chambre qu'elle apiwlait un u en France, madame, pays Je suprême aristoet de luxe insensé, on appellerait un galetas. Dans ce salon aux murs blanchis à la chaux, et meublé purement et simplement d un canapé de paille recouvert en quatre chaises de paille pareilles au canapé. rertes comin £ restâmes seuls, pen-

dant un quart d'heure auser comme les trois

calenders borgnes des Mille et une Nuits, après lequel quart d'heure la i iit, et il entra autant de princesses

i nces.

tout autre que pour des gens qui avaient de chasteté dans la cour des diligences

taillai tte, le récit deviendrait emi mais

nés aux séances d'ateniple.

Je vais donc, madame, vous décrire de mon mieux les I oies.

nombre des vertus que le ciel leur a iaisi faut leur accorder la grande simi ' Iques-

ortent la mantille, la

....'■ la mantille, le peigne

mléve i i ii - du peigne, la rose naturelle

ime une flamme

a Irai ■ - mailles , .. lie noire.

Ire quelles ont un le Paie de mousseline ou de Ja

>le jeté sui n petit bonnet

nie. et sontee celles-

1S d tOSI : :■

■ .1rs l il. 1|,

nèque, ils j

;. - pli

a terre.

itun

■ 1er au aux phaJ i

i plu

m ont l'habitude de venir de- ■ qu'à Paris calenders et - n'attendent jamais.

u -ein de leur famille ;

r i nnalent leurs propres

DE PARIS A CADIX

habits, elles exercent une profession : les unes joutent avec la nature, en confectionnant des fleurs rivales des fleurs naturelles ; les autres étendent la charité jusqu'à faire pour les autres ce que les filles de roi faisaient dans l'antiquité pour elles-mêmes, jusqu a tailler et coudre des vêtemens ; les autres enfin tressent en or et en argent ces mille ga'ons, ces mille passequilles, ces mille fanfreluches qui brillent) qui sonnent, qui crient aux vêtemen: I ; des dan-

seuses et des danseurs andalous.

Sénéque, n'ont aucun se les calenders ni ai

voyageurs; mais enfin Ils sont là; et qui oserait dire qu'une fille fait du mal... a dix pas de son père, de sa mère ou de son frère?

C est qu'elles ne font point de mal non plus, madame ; elles entrent silencieuses et graves r.t sans dire

une parole, et elles attendent que calenders et vor aillent leur faire la cour.

Oui, madame, aillent leur faire la cour, c'est le mot En

L'ne ... princesse espagnole. (Dessin de Giraud.)

Seulement, comme tous ces métiers fanguent :a vue sans doute, et que ce serait risquer ses yeux que d y travailler le soir, les belles princesses ont adopté pour 1© soir un métier où elles risquent leur âme. qui leur est beaucoup moins indispensable que leurs yeux.

Mais il faut le dire, madame, ce métier, en Espagne, est loin d'entraîner avec lui les mêmes préjugés sociaux qu'en France. Les princesses dont nous parlons visitent les cara- .ails et les maisons de Sénéque. mais cela ne nuit en rien à la considération dont elles jouissaient avant qu'elles eussent l'idée détendre jusqu'à ces etablissemens publics ou privés leurs courses nocturnes : elles ne cessent point pour cela de voir leurs connaissances, de rester liées avec leurs amies : personne ne leur demande compte de leurs sorties ennes personne ne s'informe de ce quelles ont fait heures du soir jusqu'à minuit. Et d ailleurs qui en aurait le droit? ces demoiselles ne sortent jamais seules, elles ont toujours pour les accompagner ou leur père, ou leur mère, ou leur frère ; il est vrai que père, mère ou frère restent au seuil des caravansérails, à la porte des maisons de

Espagne, on fait littéralement la coux dans les àravansêrails ou dans les maisons de Sénéque.

Vous dire que cette cour-là dure aussi longtemps et est aussi chaste que celle qui se fait en dehe. ns et

de l'autre côté des jalousies, ce sei :- : m.iis au

moins les apparences sont sauv-1 s qui sont

faibles ont l'air de céder à un caprice, à un entraînement ; elles se lèvent, s'appuient au bras du cavalier, font quelques tours avec lui dans l'appartement ou dans dispa-

raissent sans bruit, sans fracas, sans ostentation, et après un temps plus ou moins long reparaissent au bras de leur cavalier. Libre à vous, tant leur visage est calme, tant leur habit est chasten; re i vous de croire qu ils

viennent purement e: simplement de faire un cours d'astronomie ou de lire un chapitre de Don Quichotte de la Hanche.

Au reste, bien ; '. ;s sobres que les princesses des JflII-: t' une Xulls. qu:. omme on -peut le voir dans une traita de monsieur buvaient et mangeaient avec les

geurs a qu . . . rpltalité, les prince

ADP.E DUMAS ILLUSTRÉ

gnôles ne boiveot ni ne mangent, et je dois dire que les

Tins de Porto, de Xérès et de Malaga. que nous faisions par-

in« dans ces auberges de passage, n'ont

- par les lèvres dédaigneuses de nos

passagères hôtesses.

.leurs. Jamais la soirée n'a le temps de dégénérer en orgie : a dix heures on commence a parler de se retirer, et on se retire in. <D donnant pour (

- il i, j ., pondre, a moins qu'on

re on ma a lenl depuis

trois heures et vous comprenez que je ne puis le ou la faire attendre plus lo

Sur ce, La prli re, vous donne majestueusement

son froi .... < i

■ is voulez recommencer cela reconnu de la même façon, et avec les mêmes mé Il v : i le lendemain vou- entiez le la princese qui vous a (ait les honneurs la veille, vous y sei ornent méi (garderait comme un homme Ivre qui

A propos •! homme Ivre, consignons en passant ce lait n en avons jamais rencontré qu'un seul pendant âge '-n Espagne, encore tonte la population le suide comme une curiosité i> après ce que Je viens d'avoir l'honneur di von-- raconter, madame, la maison de Sénèque. que nous visitâmes le soir, ne vous offrira rien de nouveau, si ce n'est comme archéologie. Vous dire dans quel quartier elle est située, madame. J'en serais fort empêché, n y ayant élé que de nuit et par ite.

un entre pu ans grande porte dans une cour on plutôt Un dont les murailles m'ont |kiru de construction rom.ni." ces murailles sont, avec la maltresse de la maison, les seuls restes d'antiquité que je constatai nactérlstlque vint compliquer la nous avions eu t'heui d'en-

iin café, et de (air afectlonner un

puni h. i n France je dirais a la romaine, mai- à i ordoue je i il cette dtffi" queur

vain, i Futures Aminés. Malheureusement

le gai

.1 être i amant de la plus jolie de il i soutenue par la présence de ■ .faut que rien au monde ne put décider a quitter l'antichambre, ne voulu! entrer dans aucune espèce de conitrlotes ni avec les étrangers.

I>as pour nous retirer que i que leur papa ou leur maman les attende

A ni liais de vous dire que dans la

soirée et que .

attendus le lendemain dans la .sierra tforena

mettri ratlts : mais nos

i -i i ne nous regardait en rien, •' q"' ans la mur de l'hôtel de las

quatre heures du matin

loue, 7.

*-» ' '..que.

tentée de j

er.

mulei

slls. fourn i

citons i,,i, de g.,

' dit II messieurs, an

u l'ensem) li

chai m.

faire son portrait que de partir pour la chasse, mais la majorité fut contre eux ; Giraud se contenta de faire un croquis tandis que Paroldo allumait son cigare, et nous descendîmes.

Le patio de l'hôtel, avec ses arcades quadrangulaires comme celles de la rue de Rivoli, son pavé de dalles, son jardin, dont un immense oranger chargé de fruits tenait presque toute la capacité, présentait, vu aux ilambeaux, l'aspect le plus pittoresque.

En effet, toute une rangée de ces arcades était remplie d'ânes, de- muletiers, de guides ; ces ânes couverts d'oripeaux es, les muletiers et les guides coiffés de leurs mouchoirs aux vives couleurs, drapés dans leurs niante-, la plupart les jambes nues dans les espadrilles comme leurs ancêtres les Arabes. Puis au fond, près de la porte, deux chasseurs sur leurs chevaux complétaient l'ensemble de ces esquisses vivantes, à moitié perdus dans l'ombre, ou reluisaient cependant parfois, éveillés au flamboiement d'une ton lie le canon de leurs fusils et le manche de leurs couteaux

I i - deux chasseurs étaient Ravez et le comte Ilernandez de Cordoba.

Tout cela faisait le tapage qui nous avait éveillés.

Le tapage s'augmenta de notre prési

Presque toutes les montures qui nous étaient destinées étaient des ânes, an milieu desquels un magniiique âne blanc levait sa tête avec une majesté qui le faisait reconnaître à l instant même pour le roi des bourriqu

C'était l'âne de Paroldo

Les autres étaient des ânes ordinaires.

SI vous aviez vu ret âne vous qui êtes élève de Daure. madame, vous qui montez à première vue et du premier bond tous les chevaux qu'on vous présente, vous ne voul'ius monter que des ânes

Aussitôt que je parus, les chasseurs descendirent de leurs chevaux et m'offrirent leurs montures, deux solides bêtes andalouses, au corps ramassé, au large poitrail, aux jarrets

M is j'avoue que j'avais l'œil particulièrement tiré par cet àne blanc a pompons Jaunes et rouges, qui levait si orgueilleusement les oreilles

Tous les honneurs m'étaient réservés en Espagne: cet ane. lobjet de mon ambition, c'est pour moi qu'il avait été amené.

On avait trouvé une selle a étriers pour iloulanger ; d'allnoulanger. pendant son voyage de Grenade a ' ordoue, était devenu un écuyer consommé.

Les autres enfourchèrent leurs bourriques, dont tout le harnachement se composait d'une vieille niante rouler BOUS n de l'animal.

Paroldo. descendu pour moi de son ane modèle, monta, malgré mes Instances que j'aurais pu. je dois le dire, rendre plus pi Paroldo monta sur un ane ordinaire.

Nous partîmes. J'ai rarement vu caravane plus grotesque se mouvoir dans l'ombre de la mût.

commun des bourriques avait grand'peine a suivre les

deux chevaux et l'âne modèle; mais comme le commun des

bourriques était suivi lui-même par nos muletiers, ceux-ci,

armés d'une housslne qui pouvait revendiquer le titre de

Il si fort et si dru. qu'il (allait bien que

i tonnai une masse compacta

Parfol m, m. un âne emporté par la douleur dépassait les chevaux, emportant lui-même son cavalier, lequel, cramponné des deux mains a la mante qui lui servait toi

ers ei de bride, pa tantas-

i heval de Faust se rendant au Broken i h- . .n oublié de dire que nos ânes de Cordoue, ramenés a la simpii présentaient encoi mules

de Grenade ce progrès de n'avoir pas de longes

Mais, un madame, vous si bonne .iii.x.re.

■ in i- -ans bride et sans longé,

i rot re âne ?

1 l'écuyer ci nrdovan, qui s'adonne

i que de l'ane, est d i le plus pos-

ère, lequel présente, plus que tout

certaine sécurité pour le maintien du

upe il dirige sa

une baguette Planche. S'aglt-il de la faire

11 lui " grand coup de baguet e sur

aller â droite" Il lui etti sur l'oreille gauche ; enfin de la faire aller en avant ? il lui fourre sa dans le dei i

I est rare que l'âne ne

■ lli n heure et ne Jette pas son

t lieue : mais l'âne est

turel gourmand a peine s'é<st il . .le son

qu .." d d s'arrête p.'Ur pincer une touffe

rourei chardon ; li r pronte du

mom. oéchi morte] il reprend

I ileure. et upérlorlté Jusqu'à ce

DE PARÏS A CADIX

qu'âne nouvelle chute la lui fasse perdre, pour qu'une nou- Telle faute de l'incontinent animal La lui laisse reprendre encore.

Nous franchîmes les portes et nous primes le chemin de la montagne, qui se dressait dans la nuit à l'horizon sombre et d'une seule couleur.

De la ville aux premières rampas de la montagne, il y a une lieue et demie à peu près.

A chaque pas nous rencontrions des cavaliers en retard qui se joignaient à nous et qui nous apparaissaient arrivant par des chemins de traverse ou à travers champs : les uns portaient le costume national de l'Andalousie, les autres le costume particulier îles chasseurs de Cordoue ; c'est-à-dire que les premiers étaient vêtus de vestes et de culottes de drap grossièrement brodé avec du coton ou de la soie ; les seconds, dé vestes et de pantalons de cuir brodés avec du velours, d'autres enfin portaient le costume des habitans de la Manche, c'est-à-dire la veste et le pantalon de peau de mouton, avec le poil tourné en dehors, et la mitre de poil de renard se rabattant de trois côtés, c'est-à-dire sur le devant, pour garantir' du soleil, et sur les deux oreilles pour garantir du froid.

Tous avaient la carabine pendue, non. pas à l'arçon, mais à l'arrière de la selle, et la ceinture rouge ou bleue, dans laquelle était passé un poignard au manche de corne taillé pour entrer dans le canon du fusil et destiné à servir de baïonnette.

Ce poignard se porte derrière les reins, passé de droite à gauche.

Ces cavaliers portaient sur leur costume un grand manteau de voyage particulier aux Cordovans. 'et qui doit remonter à l'antiquité la plus haute, étant de la plus suprême simplicité.

Ces manteaux sont faits d'une couverture d'un gris rouille bordée de dessins rouges et jaunes. On fend cette couverture par le milieu, et on passe la tète dans la fente. De cette façon, elle retombe sur les épaules en collant, puis on adapte aux deux bords de l'échancrure un collet destiné à s'agrafer par devant, et, au-dessous du collet, aux deux côtés de la fente, des boutons d'un côté et des boutonnières de l'autre, encore pour quelques-uns le bouton et la boutonnière sont-ils du luxe. Ceux-là se contentent du trou à passer la tête, et ressemblent tout à fait à cette poupée familière aux escamoteurs, et qu'on appelle Jean de in Vigne.

Au fur et à mesure que ces cavaliers arrivaient, ils nous étaient présentés. C'étaient des jeunes gens de Cordoue ou des environs, le pied de la sierra étant peuplé de charmantes habitations.

Aux premières rampes de la montagne, nous étions quinze à peu près, sans compter Eau de Benjoin, qui avait trouvé moyen de mettre la main sur l'âne le plus vif et le plus pacifique à la fois ; il commandait toute une arrière-garde de bourriques chargées de vivres.

Ce bruit d'étriers, de chevaux, d'armes ; les cris, modulés sur tous les tons, de nos amis qui avaient peine à tenir l'équilibre sur leurs Anes sans selle, élisaient un prélude on ne peut plus pittoresque au lever du soleil, qui commenlutter vers l'orient avec les dernières ombres de la nuit.

Nous franchîmes la plaine et atteignîmes enfin lès premiers contreforts de la sierra. Il est inutile de dire qu'il n'y a pas de route, mais seulement un sentier. Ce sentier se présente, dès l'abord, difficile, étroit, rocailleux; à droite s'ouvre presque constamment uns espèce de précipice, qui, dans certains endroits, a jusqu'à deux mille pieds de profondeur.

A gauche s'élèvent de place en place des croix avec des inscriptions. Je vis la première sans la remarquer; enfin leur fréquence me préoccupa: je demandai à Paroldo ce que signifiaient ces croix.

— Approchez-vous de la première, me répondit-il, et lisez.

Je m'approchai et je lus :

« En esto sito fu asacinado el conte Roderigo de Torrejas. »

Ce qui voulait dire :

« En cet endro't fut assassiné le comte Roderic de Torre- Jas ; passant, priez pour son âme.

« Année 1845. »

A dix pas de là se trouvait cette autre inscription : elle était clouée sur une planchette le long d'un arbre et surmontée d'une croix de bois :

« En cet endroit fut assassiné, le même jour et la même année, son fils. Hernandez de Torrejas : priez également pour son âme. •

L'inscription était d'autant moins rassurante qu'elle était

i [aire, d'autant moins rassurante qu'en regardant en arrière et en avant on apercevait, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, une suite non Interrompue do croix.

J appelai ces messieurs, et priai Desbarolles de lire à haute voix les inscriptions.

— -Messieurs, dis-je, voilà qui me parait beaucoup plus positif que le malo sitio de Castro del Rio. si nous mettions

rahmes en état? Ce serait assez r dans

la Sierra Morena cette trace de notre i assage.

— Oh! inutile, dit Paroldo, les voleurs ne ht point de ce côté-ci aujourd'hui; puis, ajouta-t-il ru rian . j Fussent ils, nous sommes assurés

J'ai l'habitude de croire aveuglément les gens qui me disent une chose qu'ils doivent savoir.

— C'est bien, répondis-je en rejetant ma carabine sur mes épaules; en route, messieurs.

Nos compagnons indigènes étaient déjà loin, ils av.i. passé aussi insoucieusement devant toutes les croix que si elles eussent surmonté des tumulus antiques : nous filmes obligés de faire un temps de trot pour les rejoindre.

La vue de ces croix, la lecture de ces ëpitaphes, les explications de Paroldo avaient jeté sinon de la crainte, du moins de la tristesse dans la partie française de la caravane; elle en profita pour s'occuper du paysage, qui eût bien fini par nous occuper sans cela, tant il devenait splendide. tant il se faisait majestueux.

En effet, au fur et à mesure que nous n levions aux

flancs de la montagne, nous dominions un horizon immense.

A nos pieds était le précipice béant, et sombre dans ses dernières profondeurs, que les premiers rayons du soleil n'avaient point sondé encore; au delà du précipice les derniers rampans de la montagne qui s'avançaient dans la plaine comme des côtes de granit ; la plaine rousse et fauve comme la crinière d'un lion, et toute tachetée d'oliviers au feuillage gris d'argent ; au delà de la plaine, Cordoue, teintée de lumières et d'ombres vigoureusement accusées : puis le Guadalquivir, qui, reflétant les lueurs matinales, semblait rouler un lit de flammes; puis au delà du Guadalquivir, ces autres plaines arides que nous avions traversées avec la soif du désert; enfin, à l'horizon, ces autres montagnes qui bossèlent éternellement le terrain qui s'étend entre Cordoue et Grenade, et qui, d'où nous étions, nous paraissaient à peine des collines.

Tout ce dernier horizon apparaissait du violet le plus transparent et le plus velouté.

Nous montions toujours, et, ce qu'il y avait de merveilleux, c'est que, tandis que la marche ascendante changeait les aspects, le soleil, de plus en plus brillant, changeait les teintes.

Dix fois, nous nous retournâmes vers Cordoue avec des cris d'admiration.

Enfin, Cordoue, la plaine, l'horizon, tout resta derrière nous; nous nous enfonçâmes dans la montagne.

La montagne elle-même avait son aspect particulier; il y pousse peu de grands arbres, soit qu'on ne laisse pas les arbres atteindre leur développement, soit que la nature du terrain ne se prête pas a ces luxuriantes végétations de nos climats d'Occident. Les plus hautes forêts de ces sierras sont mu' espèce de taillis de huit ou dix pieds de haut; le plus commun aspect est une espèce de buissonnement continu pareil à des vagues de verdure pressées les unes contre les autres, et qui font sur le sol à peu près le même effet que des cheveux crépus font en floconnant sur la tête d'un nègre.

Sur cee buissons pousse un fruit d'une forme et d'une couleur charmantes, ressemblant à une grosse fraise qui serait parfaitement ronde ; il est assez agréable au goût, quoiqu'il soit un peu cotonneux ; les Espagnols l'appellent madrono. Ce n'est autre chose, je crois, irue le finit de l'arbousier, qui chez nous n'arrive pas à sa maturité S cause de la rigueur du climat.

Nous avions atteint la cime des premiers | li 'rame

je l'ai dit, nous avions piqué à gauche, pui traversé un plateau, et nous nous étions , us la

montagne. L'ascension avait duré .deux tien e des premières rampes a ce premier i I

Dès lors, nous ne fîmes plus que mont

quoique i gagnassions toujours quel i en montée.

Enfin, une. descente assez longue était une

vallée entre les cimes des mont ; il : avait quel-

que fraîcheur dans cette vallée bres s'y

étaient acclimatés Nous no I irenade est

toujours exceptée du reproche nous nous trou-

vâmes donc, pour la pi ils depuis <r> ions en

Espagne, sous un berceau de verdi

Paroldo força le mien, et me montrant un endroit an p 0 pi 1 aêi rue les autres:

— Tenez, me dl Bté 11 y a quatre ans. Tout près de l'endroit s'élevait une 1

— Cetie .roi\- y était-elle déjà, 1 l'époque Où lévénement vous arriva '

VNDRE DUMAS ILLUSTRE

I elle ne i donner

aine solennité & la chose.

- quittes?

■ us avion?

it simplemeir . .mes la croix • mute abouti kit

nous iicon.

route.

urée par-

iiession

minée par une

ayant toutes les

int dans une auge De au tlux assez

li ii-

en Corse . i ■ ne, dominée

■ abondant.

rente boi - de fusils,

■us attendaient.

i la suite de tous les

lui bordent la route.

.Mo, qui i omprlt l interrous mon regard.

Il u ... riant, ce sont nos chasseurs;

I c'étaient nos chasseurs, il n'y avait point ..incarnes donc au-devant deux en pres- , .-de nos mules.

; et nous attendirent debout et le chapeau

droit à une comme une sen- - messieurs et no

nous fit signe d'avan-

traolqu'un

nt du me parut -réablement aux

inde, seulement Paroldo se peu

Mil

rop, et ne i Ire nos

eurs.

— Pourquoi cela 7

tassons à ne

l - le mol d

i sa mante à terre ; on

■ sous la direction de ii Les l'ini i erre.

n'avalent en reste, eux aussi avaient leui

seaux de i erf et

- lier fumés; c était le produit de la

i Ins de Malaga 1 1 .le h-s contre-

-, des pleines

ompagnle?

Il arrive

niante.

lie en

cette meute II fallait lui conserver la force sans lui ôter né. Le chien courant surtout chasse pour lui et non pour son maître.

Nous étions fort disposés, en notre qualité d'animaux ralables, à ne pas imiter cette sobriété; mais notre vieux r nous avions ainsi et à fort juste titre baptisé le braconnier qui nous avait servi d intermédiaire avec nos nouvelles connaissances ; mais notre vieux Bas-de-cuir nous fit observer que le soleil montait à l'horizon, et que nous avions encore une heure de marche au moins avant d'ari La première battue.

On releva les comestibles, on rebouchonna les outres, on rembarriqua les olives, et nous nous levâmes.

Je vis Paul reflceler tranquillement sa boite il argenterie à son âne.

— Eh bien, Paul? lui demandai-je?

Quoi? monsieur.

— L'argenterie?

— Le compte y est.

— En route, en route, messieurs, dis-je en enfourchant

Et nous nous enfonçâmes de nouveau dans la montagne. accompagnés cette fois de nos trente chasseurs a pied qui marchaient sur deux lignes, l'une à notre droite, l'autre a notre gauche, et suivis de toute cette meute de chiens hurlans

XWII

Cordoue

Au l d'une heure, comme nous avait dit notre guide.

nous étions arr

La h au pied d'un piton ayant la forme d un

pain de sucre élargi à sa base.

Ce piton d.. ï complètement couvert d'arbustes roi bousiers, lentisques, myrtes, s'élevant à la hauteur d< tre pie près, et laissant de place en pla

rares clab li n -

11 pouvait dominer la plaine de quinze cents pieds à peu

Il s'agissait pour nous d'enceindre la base de la m

udis que nos compagnons, qui nous faisaient tous les honneurs de la chasse, mouleraient sur le pilon. .1 de là descendraient se répandant sur toutes les laces de la montagne et rabattant le gibier vers nous.

Nous rimes nos rabatteurs monter sur une seule n

erm i he, qui n'appartient

i- puis Us . luronnèrent la cime du agitèrent tous ensemble leurs carabines avec un grand crt, nt leurs ch dirent.

L'aspect du pays était admirable, nous étions en pleine na. des vagues de verdure moutonnaient de tous côtés i assez loin avec île légères ondula

tlons de terrain, et des découpures à l'horizon sur le On ï lacés de distance en distance. a\<

le ne faire aucun bruit, de l tirer '. i i\. ni les lapins, gibier Inutile, el

-- uis qui a nos perdus dans les taillis .tant un gibier de

mie vénerie, même pour de no gers.

ouplt donc a la place désignée, et il fut ï eiiim que personne ne quitterai' ladite place avant lUlemenl universel.

m ■ - sont pi s le i anger paratl

1 - lissai dom pas partir Alexandre sans lui uveîé particulièrement les recommandai loi

I n'en avait pas entendu . ne s en ra I

Oln, qu'il m expliquer les causes de

■me.

la (in de i

n album et ,

mal féroce qui habile des ' '- Bt as allons troubli

lie merveilleuse insotiuvent remarqué* en lui

pouvait exposer, e II de mol.

DE PARIS A CADIX

'Jt

Je dois m(me dire que je vis rarement des figures aussi étonnées que celles de nos placeurs quand, après avoir désigné à Boulanger 1 endroit ou il devait rester, ils le virent regarder le paysage, chercher un point de vue, mettre ses lunettes et tailler ses crayons.

Desbarolles avait été confié à Giraud

Vous dire, madame, à combien de portées de fusil du centre de la chasse nous avions exigé qu'on le plaçât, serait chose impossible. Tout ce que je puis certifier, c'est que je vis longtemps son chapeau andalous et sa carabine sillonner les taillis, puis je les voyais disparaître, je croyais notre ami arrêté, et dix minutes après je revoyais dans les profondeurs de l'horizon un petit point noir et un rayon lumineux sugir tout à coup et se frayer une route vers un but ignoré. C'était ledit Desbarolles qui marchait toujours, et que l'on ne trouvait jamais assez loin.

Rien n'était beau comme ce commencement de chasse si nouvelle. Pour nous, nous avions, avec nos couteaux, tonsuré la place que nous voulions occuper, et des branchages coupés nous nous étions fait un lit sur lequel nous attendions, étendus dans les plus indolentes poses, qu'un signal quelconque nous arrivât. Des arômes inconnus nous inondaient. Le large horizon, que j'ai essayé de vous décrire tout à l'heure, dépeuplé d'hommes, s'endormait dans un rayon de soleil de dix lieues. Ce repos immense était splendide à contempler. Ces maquis millénaires où nous passions par hasard, sans que rien dût y garder la trace de nos pas ; cette solitude éternelle que nous troublions un peu plus que le lièvre qui la traverse, un peu moins que le sanglier qui l'habite, qui nous laissait nous creuser un asile de quelques heures et de quelques pieds dans son épaisseur, et qui, nous partis, allait se refermer, et ne se souviendrait pas de nous ; cette montagne qui, troublée tant de fois de cris de mort, portait au milieu de ces arbres et abritait sous son ombre les preuves des meurtres dont elle était la complice, et qui, après avoir éteint tous les cris, avait recouvert les souvenirs de son éternel silence, et son impitoyable sérénité, tout cela avait pour moi un caractère imposant.

Alors des réflexions qu'on s'est faites bien souvent, et qu'on se fera toujours, car étant vraies elles sont éternelles, me venaient .1 l'esprit. C'étaient d'abord le dédain superbe du bruit que font les hommes et qui est si peu de chose à côté de ce silence de Dieu ; puis le désir ardent et réel d'une vie retirée dans cette immensité, et le besoin de la contemplation quotidienne de ce spectacle consolant. Cet air qui me venait d'un horizon sans fin, chargé de senteurs intactes et que je respirais librement ; ce décor que je voyais pour !a première fois, et qui était tellement beau que Dieu n'a besoin ni de personnages ni de passions humai nés pour l'animer; ces étendues sur lesquelles notre soleil, qui éclaire tous les tristes coins de notre civilisation, se lève tous les jours si souriant et si pur depuis six mille ans, tout jusqu'au travail mystérieux et inconnu des plantes et des insectes dorés, qui vivent et meurent, et se reproduisent sous le regard de ce ciel rayonnant, tout venait, avec un langage nouveau, m apporter une extase inaccoutumée, et il nie semblait voir passer au fond de cette scène immense tous ces élus du Seigneur qui se prirent tout à coup d'un grand amour pour la solitude, et qui se nomment ou saint Augustin, ou Madeleine, ou saint Jérôme.

Quant a mol, j'étais tellement plongé dans ces pensées. que je n'entrevoyais pas le retour au milieu de l'humanité dont je m'isolais pour un instant. N'on seulement les yeux de mon corps, mais les yeux mêmes de ma pensée et de ma ne. ne recomposaient plus, derrière ces montagnes qui encadraient les vallées et bornaient l'horizon, la silhouette du Paris bruyant qui' nous avons déserté depuis un mois à peine, il ne 111e semblait pas possible, séparé que J'étais par l'imagination du monde civilisé, que je pusse, apr - avoir franchi l'horizon, même en marchant toujours, retrouver autre chose que ce que je voyais.

L'homme m'apparaissait donc bien petit, si grand qu'il fût, dans cet espace, et cependant de temps a autre toute cette nature se résumait pour moi dans une pensée, comme toutes les couleurs du soleil dans une goutte d'eau, et ira de Virgile, d'Ovide, de Lamartine ou d'Hugo, ces grands paysagistes, me traversait l'esprit, reflétant tou! ce paysage, de mîme qu'un miroir bien poli peut, dans un pied de largeur, refléter une étendue de vingt lieues. à coup une détonation se fit entendre, qui me tira brusquement de mon rêve. En un instant le tableau sembla se décomposer, car le poète s'était envolé, et il ne restait plus que le chasseur.

Je sautai sur ma carabine, que j'avais laissée à mes pieds, et toutes mes pensées se fixèrent avec mes yeux sur le petit l de fumée bleue qui avait succédé S la détonation et

qui s élevait à ma gauche, c'est-à-dire du '<>\- d'Alexandre. Je me cachai le plus possible et j'attenli

— Est-ce le sanglier terrible ou le cerf timide? me dit

tout bas boulanger, a qui par malheur un volume de Demie était tombé entre les mains, et qui, comme vous l'avez vu depuis deux ou trois jours, dorait son style de ces épithètes traditionnelles.

— Silence, lui dis-je.

11 se tut et continua son dessin.

Je n'entendis plus rien et ne vis personne, je crus que la bête était tuée et je me rassis; mais il me sembla entendre tout à coup un léger bruit, doux et presque imperceptible, comme le frôlement d'une robe de soie dans les brandies, je portai instinctivement les yeux devant moi, et je vis une biche qui, arrêtée et l'oreille tendue, semblait attendre du silence ou du bruit le conseil qui devait la guider à droite ou à gauche ; elle était hors de portée, et d'aill'ai horreur de tirer ces sortes de bêtes au posé. La chasse doit avoir l'air d'une lutte pour être amusante et excusable, et, à mon avis, il n'est ni amusant ni excusable de tirer une biche arrêtée, et qui sans défiance vous regarde.

11 ne doit plus y avoir d'autre lutte qu'une lutte de générosité entre 1 animal et l'homme, et quel que soit mon amour-propre de chasseur, peut-être le plus fort de tous les amours-propres, il m'est arrivé bien souvent de faire de la générosité à huis clos, quand personne n'était là pour m'en railler, et de prendre plus de plaisir à voir se sauver une chevrette effrayée qu'a me faire le rot de la chasse en la tuant.

A mon avis, on ne doit tirer un gibier que quand il y a des chances pour qu'on le manque.

— C'est la biche timide, dis-je a Boulanger, et je la lui montrai.

Boulanger joignit son lorgnon â ses lunettes, et après avoir contemplé la bête, me dit :

— Puissions-nous nous réjouir ce soir autour de sa chair délicate !

La biche, accoutumée aux bruits de sa montagne, entendit, à ce qu'il parait, un bruit inaccoutumé, car elle bondit, gravit la colline â ma droite, et je la vis comme une ombre passer dans un rayon de soleil et disparaître de l'autre côté de la colline.

Je me rassis.

Une minute après j'entendis un coup de fusil dans la direction qu'elle avait prise.

— Ah ! ah ! je crois que la Parque a tranché ses jours, dit Boulanger avec un claquement de langue, qui montrait le respect qu'il avait pour les pressentimens de son estomac.

Je ne pus m 'empêcher de sourire, et cependant cela me fit de la peine de penser qu'on avait peut-être tué cette pauvre biche que j'avais vue fuir avec tant de confiance.

En effet, elle était morte, car j'entendis aussitôt s'élever de grands cris qui prouvaient qu'il n'y avait plus rien 1 faire du côté où nous étions, et qu'il fallait se rallier pour former un autre plan de chasse.

Je me levai alors, ainsi que Boulanger.

Je vis tous nos camarades en faire autant, et les cachées jusque-là éclore au milieu des taillis qui les dérobaient ; un point presque impossible à distinguer, si un canon de fusil reflétant le soleil ne l'eût éclairé de son reflet, tacha 1 horizon vert; ce point, c'était Desbarolles.

Cependant, je cherchais un point plus noir. Eau de Ben join. que je tremblais toujours qu'on ne prit pour un sanglier, à cause de l'uniforme de leur couleur; mais d'Eau de Benjoin, point.

Alors, comme je reconnaissais distinctement tous nos compagnons, je cherchai Alexandre, bien sûr que, puisqu'il n'avait pas voulu se séparer de Paul, j'allais les re trouver ensemble ; maU d'Alexandre, point.

Alors j'appelai de toute la voix dont le ciel m'a doué:

— Paul ! Alexandre !

Mais ma veux alla mourir étouffée dans la montagne, et ni Paul ni Alexandre ne parurent.

— A qui diable en as-tu? me dit Boulai

— J'en ai après Alexandie. qui ne me répond pis.

— 11 va venir.

— Je commence à être inquiet, lui dis-je.

— Et pourquoi?

— Parce qu'on a tiré dëu l, et que Je

ou le second a porté, mais qui I II a ire où le premier a été se perdre.

— Tu es fou, me dit Bi h est dans la montagne, 11 monte et n ' ' tout.

— En attendant, allon ''"

■ me mis à marchei • ' l'ai

prendre a Paul, et en

Indre et il !" >*S sur ,e' ' "'

dialectes les plus variés.

Rien ne répondait; cep> iproi

place 0C1 il avail dO s'arri t. et la chose allait réel!'

W'DRE DUMAS ILLUSTRE

dever . nte, quand, sur un

comm Qui,

mine désarmée,

umell que Je n'ai pas besoin de qualifier,

|uel ' de cris il avait ré-

A coté de lui, mais a un : use, Eau de

Benjoin, étendu sur le dos i .cite par un

: , , ■ le des zéphyrs ca-

■ r lequel le soleil, intercn m; l( > i, n ruent.

Paul • mobilité. Je B eilla; quand à Eau de

irrei i.pimé-

leure de son sommeil ■ l'un demi

mps " dis |i I indre.

Di me dil IL

i. alors?

..-se?

— Je

tu nous a (ait bien peur.

quelque i hose?

— I Ire quelque chose?

ur te remi

Pourqu

Parce que nous u'avoi nous.

Veux m mai an de pain et

de vin de Uontlllal .le veux bien.

brait.

le Paul, i

poche arnam de l'autri .■ même exercice, ei il ma de la w 'lu vin pi

Paul iinio ,|u i] -, ré

■ BIPS .

Vlexandre avait rem , ,0.

i\ pas quitter Paul

■ n ■ir nous deux. Ne quittons plus Paul

unie est vide et son pain est mangé, Paul laquent inutile.

— on le

pu, Mes se- UVCT

Il a fait, ri

I Il

ait, qu'uni

veux , • ,

■ . oons □'avons plus liions nou

que nous

m, >llta hue. et

olllni

ireux pendant cette seconde partie de la chasse. H

une vareuse d'un rouge éclatant, et une casquette noire, ce qui lui donnait de loin 1 aspect d'un coquelicot co-

Ctos tout à coup au milieu des lentisques de la montagne. Il nous était interdit de crier et de nous montrer ; niais Maquet, a qui l'on avait sans doute oublié de fan même recommandation qu'a nous, ou que sa science insuffisante de la langue espagnole et de la chasse au sanglier avaient empêché de la comprendre, Maquet se tenan 01 trement debout, et nous faisait trembler que le cerf timide, comme dit Boulanger ne s'enfuît à foutes jambes en l'apercevant, car il lui était facile de l'apercevoir, de quelque point qu'il vint Nous fîmes tous les signes télégraphiques connus pour

umprendre qu'il fallait se baisser, mais .Maquet se nés quand il les vit, car il ne gua pas d'abord. Nous avions beau, Alexandre et agiter rapidement notre main de haut en bas ; la vareuse urs la montagne d'un énorme mouvemenl r niant le moment décisif était venu, et no-

tre pantomime devint si expressive, que Maquet. nous voyant disparaître nous-mêmes, disparut à son tour Nous venions de voir, descendant la colline qui nous raisall face, cinq biches qui. à la si;ne les unes di semblaient

vouloir traverser la vallée, but dont nous étions loin de les détourner Elles passaient silencieusement dans les t.iil-

,le temps en temps un point fauve non sait, puis disparaissait tout à coup, et nous ne II plus qu'a une dizaine de pas plus loin : mais les dix pas que la troupe avait faits avaient toujours été faits dans direction.

Alexandre, Impatient comme tous les Jeunes chasseurs, épaula, et mit en Joue la première loche de la troup

Que diable fais-tu! lui dis-Je tout bas i m' le

canon de sa carabine, lire.

— Mais, malheureux, elles sont a six cents pas

— Eh bien! Devisme prétend que sa carabine porte a huit cents, c'est deux cents pas à

que je tirerai

— Laisse-les approcher, puisqu'elles viennent par Ici, et Maquet. toi ei moi, nous en aurons chacun une. tandis que si tu tins a cette dlsiance. tu vas manquer d'abord, et

r Dieu sait où.

Alexandre remit sa carabine sur ses genoux, non <ms Itatlon, et nous eûmes la satisfaction de voir notre compagnie de biches remonter la colline qu'elles drscen- ,i fuir comme si elles avalent pu comprendre mes i deviner nos intentions.

Je cherchais ce qui avait pu leur donner cette crainte quand, en ponant les yeux a gauche, je revis Maquet écli s ,i" n Qvean broussailles.

Puis, je me in entendis un, i

tion, et a mille pas de nous Je Vts fuir une des cinq bêtes, qui. blessée, traînait visiblement une des jambe- .1, 1er

\ conra ' ni finie

Nous non- remîmes en rouie pour nous rallier.

dire les regrets ,i \iexan.ire. ce serait chose im-

Me.

ni- dans la montagne, et une marche ngl minutes environ, non- non- trouvâmes réunis a rs, qui avalent allume un grand feu en nous tant.

qui arrive toujours i di n'ont rien tué pendant une chasse, et qui veulent au

l . i - -uc que

-ion de tirer, ils auraient tué

Mirent entre les i arabini les et

alla placer une feuille de ■ anler grandi rond d'un chapeau a cenl i

boul d'une baguette plantée en terre.

le montrer son adi • niiez tira la feuille.

dans le camp espagnol

; ' Mue. et se imir-

I Ile que tu mas empêché de tir, r

i , nte et le coup ne i un, a de n- •, cabine, et trois i

des convulsions mps

.■ Devtsme, nous dit-il en se irablne.

10 en examinant l'arme

ni . bien en main bien len propre

,i pas s'en servir

m, Ire se retira honteux et confus

DE PARIS A CADIX

— A ton tour, dit Glraud et DesbaroUes, qui nous avait enlin rejoints, et qui essuyait comme toujours île décharger sa carabine, ce à quoi il n'arrivait pas.

— Non, je ne tire pas.

— Tu vas tirer, cela t'apprendra a armer ta carabine quand tu vas en chasse ; et d'ailleurs il faut que tu soutiennes l'honneur français avec ta carabine espagnole; c'est honteux pour Devisme, mais c est ainsi.

— Tu le veux absolument? C'est que j'ai mis double charge aujourd'hui à cause des sangliers.

— Tant pis.

— Allons! dit DesbaroUes avec sa résignation accoutumée»; et il ajusta pendant que nous nous écartions le plus possible de lui.

Une effroyable détonation courut dans tous les trous de la montagne; nous ne sûmes jamais où était allée la balle; quant à DesbaroUes, il avait tourné sur lui-même en làchant son arme et en portant la main à sa joue ornée d'une subite fluxion, puis il se mit à cracher le sang. Maquet. I homme de précaution, tirant un flacon de sa poche, le lui fit respirer, pendant que Giraud lui tenait la tète, et que Hernandez lui offrait son cheval pour s'en aller.

II est inutile de dire que la troupe s'ébranla d'un rire immense.

Ce fut au milieu de ce rire que je me mis en position.

Je dois dire, madame, qu'il cessa tout à coup, peut-être ave». 1 intention de recommencer; mais comme l'honneur des Français reposait sur moi seul, après la défaite de DesbaroUes et d'Alexandre, ma vanité me fit croire qu'on me redoutait, et qu'on taisait silence pour le grand événement qui se préparait

Je ne sais comment vous avouer modestement, madame, les félicitations que je reçus, quand, le coup parti, un des rabatteurs eut rapporté le papier traversé au milieu par la balle que je venais de tirer.

On me remit plutôt que je ne remontai sur l'âne modèle, ei nous nous remimes en route les uns à pied, les autres sur leurs ânes, au milieu des rires, du bruit et des 'hauts qui accompagnent 'toujours un retour de chasse.

Enfin, après avoir traversé des sentiers d'une exiguité fabuleuse, nous arrivâmes, non sans peine, à un plateau qu'entourait une vallée circulaire

tue grande quantité de nos compagnons, qui, naturellement plus familiers que nous avec La montagne, avaient pris des sentiers détournés, étaient arrivés avant nous au rendezvous de chasse, et nous débarrassèrent de nos armes quand nous arrivâmes à notre tour.

La vue de la montagne était splendide du point où nous étions : nous avions autour de nous trois huttes en paille et de formes pointues Presque au milieu du plateau, un arbre entre les brandies duquel on avait suspendu un sanglier tué a qui l'on avait ouvert le ventre pour lui prendre le foie, et qui bâillait devant nous son intérieur appétissant. Nos :imis, mettant la main a la besogne, jetaient sur un feu commencé des brins de bois sec et des branches qu ils ramassaient ou coupaient dans la vallée.

Les provisions commençaient à rouler sur une immense nappe étendue a terre. Des casseroles immenses attendaient près du feu qu'on les occupât, et des rabatteurs plus paresseux ou plus fatigués faisaient déjà une ceinture humaine au bûcher réel de ce bivouac.

Unsi sur un plateau de cent cinquante pieds de tour envi] la lune la lumière, la joie, l'homme, puis a 1 horizon où 1© soleil se couchait comme un pacha sur des nuages qu'on eût pris pour des coussins d'or, l'immensité, le calme, le repos, Dieu. Rien ne vivait clans la montagne que nous. Un de nos compagnons perdu dans la montagne avait manqué au ralliement, et de temps en temps on entendait s'élever dans les épaisseurs déjà ombreuses de l'horizon, la voix plaintive de la corne dans laquelle il soufflait, et à laquelle répondaient les voix vibrantes de ceux qui rappelaient auprès de nous. Puis le son éloigné se rapprocha dans la direction de ceux qui l'appelaient, comme si les voix eussent jeté un fil conducteur dans l'air et qu'il eût pu saisir ce fil ; enfin la corne se tut, et la voix humaine et distincte remplaça le hurlement rauque de l'instrument montagnard. Nous étions tous réunis du côté par devait arriver le retardataire; car pour nous Parisiens habitués aux soirées uniformes de Paris, tous ces détails avalent une poésie réelle et un véritable caractère. Enfin, dans les profondeurs de la vallée, chargée d'une ombre bleuâtre que les rayons du soleil n'étaient déjà plus assez

; i t pen er, nous vîmes une ombre blanche se mouvoir,

un dernier cri do ralliement et de reconnaissance se fit entendre, et une minute après notre compagnon était au milieu de nous et se mêlait aux préparatifs.

T.e soleil, comme un père qui attendrai! le retour de tous ses enfants pour se coucher, nous envoya son dernier soumit et descendit visiblement derrière l'horizon La civilisation n a plus de coucher de soleil. De temps en temps encore,

quelque habitant du fan Saint-Germain voit, en sor-

tant après son dîner, le soleil se coucher vis-à-vis Notre- Dame et incendier ses deux tours semblables à deux bras levés vers Dieu pour une prière éternelle ; mais c'est vraiment dans les solitudes que ces spectacles sont imposans, et les hommes, qui l'ont admiré depuis six nulle ans, doivent admirer éternellement ce merveilleux sourire du Seigneur, qui dure tout un jour et embrase tout un monde. Notre' journée était complète. Les horizons immenses et lumineux, ces détails étincelaus de la lumière, avaient disparu. L'ombre comme un manteau de plomb couvrait le tableau du matin, et la montagne, d'autant plus grandiose, d'autant plus terrible qu'elle était mystérieuse, infranchissable et sans horizon, nous ensevelissait magnifiquement. D immenses découpures nous entouraient, et au couchant un rayon ronge se traînait comme un serpent sur le sommet de ces découpures. On eût dit la dernière lueur dune fête prête à s'éteindre, car ce rayon diminuant de plus en plus finit par disparaître tout à lait, et le chaos s« at.

Ce fut alors quand l'ombre nous eut enveloppés, si épaissie que le soleil qui devait la fondre nous semblait impossible, ce fut alors qu'à la lueur de notre feu, les détails de notre isolement prirent un caractère étrange. Ces hommes couverts de costumes sombres, de peaux de bêtes dont le visage bruni, violemment accentué par la barbe, s'éclairait à la flamme rouge du foyer, nous expliquèrent Goya. J'avais tait la cuisine, comme de coutume ; les foies d'un cerf et du sanglier tués avaient été préparés par moi, et étaient venus se joindre aux mets de toutes sortes répandus sur 1 immense drap blanc jeté à terre. Des outres avaient été pen ces, et le vin avait abondamment coulé dans les jarres et dans les casseroles; des barriques pleines d'olives avaient été défoncées et égrenaient leurs fruits verts ; des volailles que l'on ne découpait pas, que l'on s'arrachait, des jambons énormes couraient continuellement autour de la table.

Nous étions couchés les uns sur les cutres, mangeant comme nous pouvions et mangeant tous bien ; les verres étaient pour la moitié de nous des paradoxes, les fourchettes des traditions perdues, les assiettes des contes de fées. De temps en temps une timbale apparaissait, une gourde roulait sur la nappe, et les petits maîtres étaient libres de boire dans cette gourde ou cette timbale ; le repas était à la fois impossible et splendide. Ces immenses jarres de vin qui circulaient et qui, retirées vides, reparaissaient pleines un instant après, ces tonnes éventrées, cette profusion de mets, cette nappe rougie, ces cris, ces rires se croisant en tous sens, cette fraternité de la montagne, de la joie, de la faim, commencée aux derniers rayons du soleil couchant et continuée à la lumière ardente du foyer autour duquel nos rabatteurs dansaient et hurlaient comme des démons, ce bruit à rompre la tête qui se perdait tout à coup dans lé silence voisin de la vallée, où le bru.it d'une fontaine séiniettant goutte à goutte était plus fort que lui, était pour moi et pour nous tous, qui nous trouvions pour la première fois à pareille fête, une nouveauté d'une impression indescriptible.

Un détail qui ne contribuait pas peu à compléter étrangement le tableau que nous avions sous les yeux, c'étaient nos ânes et nos chevaux, auxquels on avait ôté leurs selles, et qui paissaient librement autour de nous. De temps à autre notre table était visitée par un des quadrupèdes fami liers, qui, trouvant son repas insuffisant, venait réclamer sa part du nôtre, puis, chassé par nous, il s éloignait d'un trot fatigué et restait dans les broussailles, à demi éclairé et immobile comme un être fantastique.

Cependant le besoin de l'eau s'était fait sentir, d'abord parce que le vin diminuait sensiblement et que la gaieté augmentait trop. Les domestiques s'en allaient donc de temps en temps à la source voisine, dont ils rapportaient sur leurs tètes des casseroles pleines d'une eau fraîche et pure, dans laquelle Boulanger s'obstinait à dire qu'il y avait des sangsues, et dont par conséquent il ne voulait pas boire.

Je vous laisse, madame, à deviner la cause réelle de cette 'imputation, qui était une véritable calomnia.

Enfin quand tout fut sinon épuisé, du moins violemment entamé ; quand on eut tant ri, tant bu, qu'on éprouva le besoin de rire et de boire debout, on se leva.

On se leva, est peut être une expression défectueuse, madame, car je dois avouer qu'il y en eut parmi noua DOUX qui les tentatives restèrent longtemps inutiles. Je dois parmi ces Silènes nouveaux signaler notre ami B lulanger, qui eut recours à la main de Giraud et d'Alexandre pour substituer à la position couchée la position verticale, la seule vraiment digne de l'homme civilisé. Alors, quand il fut debout, quand l'air frais du soir lui caressa le ( i ige DftlUe loyBUSes pensées chantèrent en lui : il lit des odes à Baccbus dont Horace eût été jaloux, des vers à des Délies ignorées, mais dont Catulle eut été fier; il nous embrassa avec toute l'expansion d'un COSUr ami arrosé d'un vin généreux: il dansa même; mais je suis forcé d'avouer qu'il reconnut bie

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