‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 275 sur 283 · SPECTACLE DIURNE · texte numérisé non relu

SPECTACLE DIURNE

Les zéphyrs* d'El-Arouch étaient sous les ordres du capitaine Plombin, qui n'avait point de salle de police, et qui d'ailleurs n'en avait pas besoin, n'ayant appliqué que trois punitions depuis trois mois, et toutes trois simples punitlons disciplinaires.

C'était un brave officier, plein d'observation, charmant d'esprit, et qui un an ou deux avant que nous fissions sa connaissance avait eu le bras cassé par une balle.

La blessure était grave ; il était tout à fait question de lui couper le bras, lorsque le docteur Baudin. l'un de nos chirurgiens militaires les plus distingués, opéra avec un bonheur complet la résection de l'os. Le capitaine Plombin, depuis ce temps a un bras un peu plus court que l'autre, voilà tout ; mais dont, au reste, il se sert parfaitement.

Ce fut lui qui me présenta à la troupe.

Voici sa composition :

Uidroit, directeur

IX FlINTAIM 1,-tUii- |ir

Vuguste Bonne/vu Premier rôle.

Il.'nry HlKSBLl.N Premier comique.

Augusl Père nobli

Jules Gauthier Deuxième jeune premier.

Joseph Tfuo.N Deuxième c ique.

,le;ni Lbcointri Première an 'euse.

Jules Perrims Rôles de Déjazel .

E'hiH'iL.i s \i . i ni Musicien.

On me conduisit droit à la salle de spectacle. Tous nos artistes étaient sous les armes. On comptait m'offrir des - détachées de la Fille de Dominique et de / ariru Ui

Je n'ai jàmai ri d vu de plus curieux que ce spectacle, que cette salle, que ces acteurs.

Monsieur Auguste Bonneau, qui joue les Lafont, était véritablement un artiste remarquable, qui n'eût été déplacé - -in aucun théâtre.

Monsieur Henry llirselin Joua un mie de savetier avec un comique partait

Enûn monsieur Jules Perrine nta m grand air de la Fille de D avec un goût incroyable et un entrain

merveilleux.

On reconnaissait là ces enfans de Paris, =1 intelligens, qui transportent la patrie partout où ils

Mais ce qu'il y avait de plus curieux peut-être que les artistes, c'était leur aménagement, leur foyer, leur matériel.

Tout cela avait été b.ui, créé, dessiné, taillé, cousu par eux.

Les robes de femmes eussent déûé nos plus habiles couturières.

A lépoque où nous arrivâmes, les recettes de l'année montaient à 3U.0OO francs.

l'ont, cela avait eu pour source une première mise de' de cent franc», venant d'une retenue qui avait été faite sur le prêt, à propos de deux du trois paquets de cartouches égarés.

Il faut, voir avec quel artifice étaient découpées les dentelles et brodés les habits.

Les habits étaient peints, les dentelles étaient en papier.

Seulement, à distance, il était impossible d'y rien voir.

Tout le matériel, qui aujourd'hui ne laisse ; is que d'être considérable, provient des recettes. Les acteurs ayant leurs rôles à apprendre, leurs répétitions â faire, sont exempts de service quand te bataillon est au complet ; mais comme, au moment où nous visitions El-Arouch, trois compagnies étaient dehors, les acteurs montaient la garde comme de simples mortels.

La troupe d'El-Arouch garde avec vénération le souvenir de monsieur de Salvandy ; lorsque monsieur ne Salvandy )'■■ i il y eut spectacle extraordinaire, et le ministre de l'instruction publique laissa, jg crois, cinq cents francs pour les artistes.

Seulement, ce soir-là justement, la représentation fut troublée par une alerte. Un factionnaire tira un coup de fusil sur un Arabe voleur. En un instant tout le monde fut sur pied : on explora les environs, on ramassa le cadavre ; et comme il fut reconnu que le voleur était seul de sa bande, tout fut dit.

Un autre soir, il y eut une véritable attaque : au milieu du spectacle, on battit aux champs. On jouait le Capitaine Roquefinette. Acteurs, spectateurs, prirent leur fusil et coururent au feu. La jeune première retroussa sa. robe dans la ceinture de sa giberne et fit des merveilles.

Cette jeune première était vraiment quelque chose de curieux à voir. Quand la représentation fut finie, je montai sur !e théâtre pour faire mes complimens aux artistes. Je ne lui parlais que le chapeau à la main, et lui présentais le bras pour descendre l'escalier ou plutôt l'échelle du foyer. I. illusion était réelle, et je me prenais à la traiter comme une femme.

Dans l'état ordinaire, c'est-à-dire lorsque la première amoureuse et la Déjazet sont habillées en zéphyrs, elles portent leurs cheveux en bandeaux sous leur képi, ce qui leur donne un petit air coquet qui leur va à merveille.

A Sétif, il y a comédie supérieure, nous allions dire par habitude comédie française ; et les artistes d'El-Arouch, en véritables gens de mérite, avouaient la supériorité du théâtre de Sétif sur le leur.

Les jeunes premières de Sétif sont, ou plutôt étaient, en 1836, Marchand et Drouet; Drouet, charmant garçon blond, jouait les amoureuses, et avait un succès remarquable dans la Clianoinesse.

Marchand était sergent: nous eussions pu le voir à Constantine, où il était allé pour acheter des rubans et des costumes de femmes. Ces derniers artistes appartenaient au 19° léger, dans lequel se trouvaient incorporés plus de huit cents Parisiens.

Aussi la troupe avait-elle un Arnal des plus remarquables. Malheureusement cet Arnal, qui s'appelait Balle, et qui était secrétaire de la place, passa à 1 ennemi a la suite d'un passe-droit qui lui fut fait pi me une question d'emploi.

En 1836, il y avait théâtre à Bougie. Les habitans depuis longtemps demandaient l'Auberge des l&rttt, et depuis longtemps cette représentation extraordinaire, attendue avec impatience, leur était promise, lorsqu'un matin annoncer sur l'affiche ce spectacle si désiré.

Ce retard avait tenu purement et slmpl culte d'avoir deux habits de gendam m, la

veille, le premier comique et l'amoureuse a [dus propres à faire réussir la négoi dépêchés au

brigadier de la gendarmerie, et avaient obtenu de lui qu'il pri ; ostumi

Or, ces costumes étaient en la possession des artistes, et comme lorsque les zéphyrs tlenn i, rien

ne pouvait plus retai

La salle était comble I 'le ses

les, pou» lesquels il avait demandé des entrées gratis, étaient au centre du

allait a mervi le el an rue homérique désopllall rates, même celles des gendarmes, lorsque arriva

I i -, .aie d ai i de Robert M I Bertl and.

imprend bien qui 'ici! Lemal-

tre et monsieur Serre at ince en ce moment,

les deux braves zéphyrs, qui repj entaleni leurs personnages, voulu: ' non seulement se modeler sur eux; mais en-

Page 1