I. \; . iiez lui satisfait et raconte a la veillée
qu'il y a de la justice dans le gouvernement des Français,
et que le cadl a donné Tordre a l'envahisseur de déguerpir.
Kn conséquence, comme l'Arabe ne sait pas <e que c'est
que le pétltolre et le possessoire. que d'ailleurs il ne com-
désobêlsse a un ordre du cadl, il attend
[ue l'Européen déguerpisse, ce gui. a son
manquer.
Huit jours se passent..
l'Arabe croit qu'une punition va ;ul n'obéit ni au gouvernement militaire. ni a la Justice civile.
ips s'écoule, que la maison monte tou- Jours, que le vol pas puni le plaignant retourne
au bureau arabe et i oi e nue chose inouïe, crue
le Français, malgré l'avertissement du chef du bureau. malgré le Jugemi 11, non seulement n'a pas quitté
continue de batlr.
ne demande u
llle à L'Arabe de s'adresser au uice.
L'Ai i tribunal de première Instance, et
tpprend qu at mt toutes choses 11 doit se munir d'un
L'Ai mêle de cet objet Inconnu, le II
me a lui de quell. façon U doit procéder pour d -on bien.
d que rien n'est plus facile, que la mais qu 11 doit d'abord donner vlngt- • Inq :■.
' Il repassera, et se rend au bu-
i ■ i r avoir si réellement 11 doit donner les
Inq francs demandés.
' lu bureau lui répond qu'en effet c'est l'habitude
l I -ornent 11 se fait qu'il soit obligé
mme qu'il ne connaît
LE VÉLOCE
pas et auquel il ne doit rien, parce qu'un autre homme qu'il ne connaît guère davantage est venu lui prendre son champ.
Le chef du bureau arabe cherche une bonne raison, n'en trouve pas et répond :
— C'est l'habitude.
Du moment où celui en qui il a toute confiance lui dit que c'est l'habitude, l'Arabe lève la pierre sous laquelle est caché son argent, en tire cinq douros et va les porter à l'avocat, auquel il les compte un à un. en accompagnant chacun d'eux d'un soupir.
L'avocat attaque alors l'Européen en première instance. N'ous supposons que l'interprète est bon, que le juge sait de quel endroit on lui parle, et qu'il rende en première instance un jugement qui ordonne au défendeur de vider les lieux.
L'Arabe a gagné son procès. Le jugement lui a coûté cinq douros, c'est vrai, mais enfin l'aga lui a rendu Justice, le cadl lui a rendu justice, les medjèles lui ont rendu Justice, il a eu trois fois raison. Première fois devant le chef du bureau arabe, deuxième fois devant le juge de paix ; troisième fuis devant le juge de première instance. Il est donc matériellement impossible qu'il ne rentre pas en possession de son champ. Il raconte cela à la veillée, disant que c'est une vérité que le sultan des Français n'a que des enfans en Algérie, les uns Musulmans, les autres Français.
Pendant quinze jours, il attend que l'Européen se retire, l'Européen reste ; que la maison s'arrête, la maison continue de monter.
Le seizième jour, il est assigné en appel. Il apporte au bureau arabe le papier écrit de gauche à droite, au lieu d'être écrit de droite à gauche, écrit en petites lettres au lieu d'être écrit en grosses lettres, et i! demande ce que cela veut dire.
Le chef du bureau arabe lui répond que son voîsin trouve
qu'on l'a mal jugé et l'assigne devant un nouveau tribunal.
L'Arabe s'informe de ce qu'il a à faire.
Il faut qu'il aille à Alger, mais pour lui faciliter les
démarches à faire, le chef du bureau arabe lui donne une
lettre pour un avocat d'appel.
Celui-là est dans la métropole, il demande 80 francs, seize douros au lieu de cinq.
L'Arabe est stupéfait de cette nouvelle prétention, cependant il se décide, tire les seize douros de sa poche, les donne a l'avocat et lui recommande son procès.
Le procès est imperdable, aussi l'avocat le gagne. L'empiéteur est condamné à la restitution du champ et aux frais du procès ; l'Arabe va rentrer dans sa terre et dans ses déboursés.
Il revient chez lui et attend.
La maison monte toujours ; on en est au faîtage • quant aux déboursés, au lieu de rentrer dedans, l'Arabe reçoit un nouveau papier timbré.
C'est un appel en cassation.
Le procès dure depuis un an, l'Arabe occupé de son pro ces n'a pas ensemencé son champ et par conséquent a perdu sa récolte. Il a 150 francs à donner à l'avocat en cassation, au lieu des 80 qu'il a donnés à l'avocat d'appel. Il faut en outre qu'il fasse le voyage de Paris s'il veut suivre son procès. Il abandonne champ et maison, et s'enfuit, disant que chrétiens, gouvernement et particulier se liguent pour le dépouiller
Au bout de trois ans, l'Européen fait valider sa possession et se trouve maître légitime de la maison, et du terrain. Si la justice avait été rendue par les Turcs, voici ce qui se serait passé :
L'Arabe aurait choisi un Jour de marché et serait venu se plaindre au caïd. Le caïd aurait envoyé les parties devant le cadi. Le cadl, séance tenante, aurait fait venir les anciens du pays pour savoir d'eux de quel côté était le bon droit.
Les anciens du pays auraient porté témoignage : le voleur eût reçu cinquante coups de bâton sous la plante des pieds et tout eût été dit.
Nouvelle preuve que ce marchand de bonnets de coton do Tunis avait eu tort de préférer la justice française a la Justice turque.