LE GOLFE
Nous quittâmes Toulon après un séjour de six semaines. Comme il ny avait rien à voir di Fouloi
lys que nous pouvn.n- parfaitem par !e«
ous primes la voiture publique i> allli ors un observateur, la voiture publique a un ,ui ba-
os ses désagrémens c'est qui udier
sous un jour as-ez • urieux la i la--e moyenne des pays que parcourt.
L intérieur de notre dillgen i omplété par un
jeune homme de vingt ou vingt-deux ans, et par un homme nquante à cinquante-cinq.
Le jeune homme avait la figure naïve, les yeux étonnés, mbes embarrassantes, un , hapeau à long poil, un habit bleu barbeau, un pantalon gris sans sous-pied* des bas noirs, des souliers lacés, et une montre avec des fruits d'Amérique.
L'homme de cinquant. |nq ans avait les cheveux raides, des favoris formant ,,„ ,.„
hauteur de* nain,.- des lalr un nez
de faucon bouche gourm
ette se composait d'u i de chemise qui lui gullli
I les oreilles, dune cravate rouge, d'une veste grise,
de soulli rs de pi m Di ti mps
sortait la tète par la portièi ave<
le ondm teur, qui ne manqi me.
- n'avions pas encore achevé la premier* poste, que ivions déjà que le capitaine i i qu'en 1S15 il avait reçu du maréchal Prune l'ordre de de transporter des vivres de Fréjus et d'Antibés i Pour cette expédition on lui avait donné m i\ matelots qui avaient commencé par l .• i et qui avaient fini pat
! aru faire bien en têU m i • il
Depuis ce temps, en ci appelait le
aine Langlet.
■ on* poi us nalss - li - poli-
i capitaine en p ilitlque il était n religion 11 éta rien.
mba sur le frère Jï tè; le
capital exprimer tout son mi
. il nous cita à ce sujel deux articles excellens ■ !• parti pri
Co Ulles Comme i 'était
un vendredi, l'hô! i dei le I nous voulions
maigre. — I vous me prenez ponr on iésuli
lit d un .,„,! je
bonnes grillades, et une omelette au lard
■■'' a noua • ,it du pois-
du polsi - homme
interrogé a son tour, répondit rès-don
sieurs.
ipltaine Langlet nous regai yclo-
u •' quand on lui apport i se plai-
ra il n'y avait pu assez de lard i m ntamet
!• sur le dé-
i i en| di Napoli
■ navin 11 du radin, il y us de-
- que )'• VOUi I VOUS x ■ oi-
mme — Peste) monsieur, répondu i. rapltalnt La ■ ' a cette époque, mnnsleur, je lui en
voulais encore un peu a ce sublime empereur, d'avoir rétabli les églises au lieu d'en faire d excellens magafourrages. Non point, monsieur, au contraire, je fis voile pour Antlbes. et j'annonçai la grande nouvelle au 'ommane place, le général Cossln : Je lui dis même que Je
croyais qu une petite troupe d mie vingtaine d hommes
s avançait vers notre ville ave. un drapeau tricolore. Mois
H fit ses dispositions, ce bon gênerai: et lorsque la petite
arriva, on la lais-a entrer, puis on ferma la
ie elle. De sorte que, grâce à moi, ils furei.
monsieur, à l'exception de Casablanca, un fan. Corse qui les commandait, qui sauta du haut en bas des remparts, et qui alla le rejoindre, ce grand empereur.
— Et que fit-on des prisonniers? demaml
— Monsieur, on voulait les mettre dans la maison de la ville mais elle était pleine, et je dis, moi dans l'église, pardieu ! Et on les mit dans l'église.
— Et combien de terni - :is ? demanda Jadln
— Oh: ils y restèrent depuis le i" mars jusqu
que l'on apprit que le grand Napol î avait fai
dans la capitale
— Pauvres gens : dit le jeune homme.
— Comment, pauvres gen- reprit le capitaine ' n pauvres gens voilà pardieu: de- gaillards bien a plan
de bon vin. de bon riz et de l ous demande un peu qu est-ce ce qu'il faut d< pour faire le bonheur :
— Mais, dis-je a mon tour, j'espère, capltaim .
des Kourbons, -, au moins
neur ?
— La croix d'honneur: ah ben oui! je l'ai demain croix d honneur : Savez-vous ce qui! m'a envov. ealotin de Louis xvin? il ma envoyé sa fleur i
■ n- en la recevant, tu pouvais bien la gai
— Peste: repris je. capitaine comme, vous les n ces pauvres fleurs de lis: Fait.- donc attention qui Louis, François I" et Henri IV étaient moins aJifli ,i. vous, et que ces fleur- le lis, que vous mépris» leurs armes
ri IV : mais non, Henri IV. il naît l'il était pi les jésuites l'ont tué : car . - mi les jésuites, monsieur, qui l'ont tué, ce grand roi. Vou- avez lu la Henriade, monsieur ?
— Qu'est-ce que c'est qu. : Henriade? demanda Jadln avec le pli: sang-froid.
— Vous ne connaissez pas la Henriade? Il faut lire la BenrlC n .est un beau po I I de M le Voltaire, qui n'aimait pas les calotlns, celui-là. ; aussi les calotins l'ont empoisonné ... ils l'ont empoisonné! On a dit le contraire, mais ils l'ont empoisonné, monsieur, aussi vrai que j. ; pltalne Lan
taire: SI J avais vécu de son temps, j'aurais donné q. de ma vie pour conserver la -lenne M de Voltaire voilà un qui n'aurait Jamais fait maigre le ventii. Nous comprimes a qui ! -pigramnie s'adre-ssar courbâmes la tète. Pendant quelque temps le capitaine Langlet non- comprim: m regard victorieux
' que nous nous rer.I e mit a fredonner une
lianson bonapartiste.
Nous urtvami -.:]v ■ ■ i .. i . levi ■ I
ilne Langlet. qui donna .le Fadin le conseil de lire la //• . rai, -e
penchant à mon oreille, me dit tout bas
— On voit bien que \ lyallste, |eui
av. votre poisson et vos fleurs de ils; mais, troun <ie l'air:
ne dit* -i tout haut Pbtre opinion; non- !..
don- p nterle sur Napoléon, nous autres I
et Antibols; vou- vous tétiez égorger i omme un pi
dame Uns] le la prudence
Il .i nous prlm l'un de l'autre, lui
nuant sa rouie pour Aniil.es. et nom restant à Fréjus pour visiter le lendemain a notre aise le golfe Juan
Au momei ■ pis
i l'extrémité .1 uni tables d'aï i dine
ordinairement toute uni tre n6te vint nous de-
i - n- voulions bien permettre que le jeune l,
qui était venu avi on SB lit servir son ippas
a l'autre bout de la table
avait paru fort convei • long de la roui
pondîmes que non -euPnie: f irfaltemi
*e faire -• r mai- que si 'm. ux
oulalt souper ave nous il nous ferai' \\ -.mil..-,, don .!>■ Pu porter notre réponse qu'il attendait dans l'autre chambre Nous avion!
dispositions pour Intercaler au milieu di nous
i •■ .nvlve. Iorsqui notre hOte vint
que le jeune homme était bien reconnaissant, mais
. lit pas non- être importun, et désirait se tenir assez près de nous pour jouir du charme de notre conversation. Je me retournai vers Jadln en lui tirai.hapeau. car le nt était évldenn r lut.
i.t toute la route il avait fait poser le capitaine Langlet de manière à satisfaire les amateurs les phi- difficiles, et tout naïf que paraissait notre compagnon de
UNE ANNEE A FLORENCE
il avait on ne peut plus apprécié ce genre d amabilité si nouveau pour lui.
Le maréchal Gérard disait un jour à propos de courage et en parlant du général Jacqueminot : < i^uaud on ne le regarde pas, il n'est qu'étonnant, mais si on le regarde il devient fabuleux. » Même chose peut se dire- de Jadin à Je l'esprit. Ce soir-la il était regardé il fut splendide Le jeune homme alla se coucher bien content; il avait une heureuse soirée.
Le lendemain nous fîmes un tour dans Frejus, juste ce qu'il en (allait pour qu'une ville qui date de 2.600 ans n'eût pas a se plaindre de nos procédés. Nous mimes eu couse uueuce des cartes à l'amphithéâtre, à l'aqueduc et à la porte dorée, et nous revînmes déjeuner a notre hôtel, où nous attendait la voiture qui devait nous conduire a Nice. Eu déjeunant, nous demandâmes des nouvelles de notre jeune homme ; mais, comme il n'avait pas osé nous proposer de lui céder une place dans notre voiture, et qu'il n'était pas assez grand seigneur, avait-il dit, pour louer une voiture a lui tout seul, il avait pris les devans eu prévenant qu il aurait l'honneur de nous souhaiter le bonjour au golfe Juan. On ne pouvait pas être à la fois plus discret et plus poli.
Nous quittâmes Fréjus vers les dix heures du matir.
La route que nous primes remontait dans les terres . mais, au bout de six à sept lieues, nous nous rapprochâmes de la mer, moitié de notre part, moitié au moyen d'une éi liancrure qui semblait venir au-devant de nous. Cette grande échancrure était le ,1'olfe Juan. Nous nous arrêtâmes juste où le prince de Monaco s'était arrêté.
On sait l'histoire du prince de Monaco.
Madame de D. avait suivi m. le prince de Talleyrand au congrès de Vienne.
— Mon cher prince, lui dit-elle un jour, est-ce que vous ne Jerez rien pour ce pauvre Monaco, qui, depuis quinze ans comme vous savez, a tout perdu, et qui avait été obligé
pter je ne sais quelle pauvre petite charge à la cour de l'usurpateur ?
— Ah : si fait, répondit le prince, avec le plus grand plaisir ce pauvre Monaco : vous avez bien fait de m'y faire penser, chère amie! je lavais oublié.
Et le prince prit l'acte du congrès qui était sur sa table. et dans lequel on retaillait a petits coups de plume le bloc
êen que Napoléon avait dégrossi à grands coups d'épée ;
le sa plus minime écriture, après je ne sais quel protocole qui regardait l'empereur de Russie ou le roi de Prusse, il ajouta :
— Et le prince de Monaco rentrera dans ses Etats. Cette disposition était bien peu de chose : elle ne faisait
pas matériellement la moitié d'une ligne : aussi passa-t-elle inaperçue, ou si elle fut aperçue, personne ne jugea que ce fût la peine de rien dire contre.
L article supplémentaire passa donc sans aucune contestation.
Et madame de D. écrivit au prince de Monaco qu'il était rentre dans ses états.
Le 25 lévrier 1815, trois jours après avoir reçu cette nouvelle, le prince de Monaco fit venir des chevaux de poste, et prit la route de sa principauté.
En arrivant au golfe Juan, il trouva le chemin barré par deux pièces de canon.
Comme il approchait de ses Etats, le prince de Monaco fit grand bruit de cet embarras qui le retardait, et ordonna au postillon de faire déranger les pièces et de passer outre.
Le postillon répondit au prince que les artilleurs dételaient ses chevaux
Le prince de Monaco sauta a bas de sa voiture pour donner des coups de canne aux artilleurs, jurant entre ses dents que, si les drôles passaient jamais par sa principauté, il les ferait pendre.
Derrière les artilleurs, il y avait un homme en costume de général.
— Tiens! c'est vous, Monaco? dit en voyant le prince l'homme en costume de général Laissez passer le prince, ajouta-t-il aux artilleurs qui lui barraient le passage, c'est un ami.
Le prince de Monaco se frotta les yeux.
— Comment, c'est vous, Drouotî lui dit-il.
— Moi-même mon cher prince.
— Mais je vous croyais â l'Ile d'Elbe avec l'empereur.
— Eh : mon Dieu! oui, nous y étions en effet, mais nous Bommes venus faire un petit tour en France; n'est-ce pas, maréchal ?
— Tiens! c'est vous, Monaco? dit le nouveau venu; et cninment vous portez-vous, mon cher prince?
Le prince de Monaco se frotta les yeux une seconde fois.
— Et vous aussi, maréchal, lui dit-il, mais vous avez
tous quitté l'Ile d'Elbe?
— Eh : mon Dieu ! oui, mon cher prince, répondit Bertracd ; l'air en était mauvais pour notre santé, et nous sommes venus respirer celui de la France.
— Qu'y a-t-il donc, messieurs? dit une voix claire et iwpérative, devant laquelle le groupe qui entourait le prince s'ouvrit.
— Ah: ah: c'est vous, Monaco? dit la même voix.
Le prince de Monaco se frotta les yeux une troisième fols Il croyait faire un rêve.
— Oui, ïire : Oui, dit-il : oui. c'est moi, mais d'où vient Votre Majesté? où va-t-elle.
— Je viens de l'Ile d Elbe, et je vais à Paris. Voulez-vous venir avec moi, Monaco ? Vous savez que vous avez votre appartement aux Tuileries.
— Sire I dit le prince de Monaco qui commençait à comprendre, je n ai point oublié les bontés de Votre Majesté pour moi, et j'en garderai une éternelle reconnaissance. Mais il y a huit jours à peine que les Bourbons mont rendu ma principauté, et il n'y aurait vraiment pas assez de temps entre le bienfait et l'ingratitude. Si Votre Majesté le permet je continuerai donc ma route vers ma principauté, où j'attendrai ses ordres.
— Vous avez raison, Monaco, lui 'dit l'empereur, allez, allez : seulement vous savez que votre ancienne place vous attend, je n'en disposerai pas.
— Je remercie mille fois Votre Majesté, répondit le prince. L'empereur ht un signe, et Ion rendit au postillon ses
chevaux qui avaient déjà mis en position une pièce de quatre.
Le postillon rattela ses chevaux. Mais tant que le prince fut à la portée de la vue de l'empe. eur, il ne voulut point remonter en voiture et marcha a pied
Quant â Napoléon, il alla s'asseoir tout pensif sur un banc de bois à la porte d'une petite auberge, d'où il présida le débarquement.
Puis, quand le débarquement fut fini, comme il commençai! à se faire tard, il décida qu'on n'irait pas plus loin ce jour-là, et qu'il passerait la nuit au bivouac.
En conséquence, il s'engagea dans une petite ruelle, et alla s'asseoir sous le troisième olivier à partir de la grande route. Ce fut la qu il passa la première nuit de son retour en France.
Maintenant, si on veut le suivre dans sa marche vi. torieuse jusqu a Paris, on n'a qu'a consulter le Moniteur. Pour guider nos lecteurs dans cette recherche historique, nous allons en donner un extrait assez curieux. On y trouvera la marche graduée de Napoléon vers Paris, avec la modification que son approche produisait dans les opinions du journal.
— L'anthropophage est sorti de son repaire.
— L'ogre de Corse vient de débarquer au golfe Juan.
— Le tigre est arrivé à Gap.
— Le monstre a couché à Grenoble.
— Le tyran a traversé Lyon.
— L'usurpateur a été vu à soixante lieues de la capitale
— Bonaparte s'avance a grands pas, mais il n'entrera jamais dans Paris.
— Napoléon sera demain sous nos remparts.
— L'empereur est arrivé à Fontainebleau.
— Sa Majesté Impériale et Royale a fait hier son entrée en son château des Tuileries au milieu de ses fidèles sujets !...
C'est lexegi monumentum du journalisme : il n'aurait rien dû faire depuis, car il ne fera rien de mieux
Quant à Napoléon, il voulut qu'une pyramide constatât le grand événement dont le prince de Monaco avait été un des premiers témoins. Cette pyramide fut élevée sur le bord de la route, entre deux mûriers et en face de l'olivier où il avait passé la première nuit. Malheureusement Napoléon voulut que cette pyramide renfermât un échantillon de toutes nos monnaies d'or et d'argent frappées au millésime de 1815.
Il en résulta qu'après Waterloo, les gens de Valory abattirent la pyramide pour voler ce qu'elle renfermait.
Notre jeune homme nous attendait à la porte de la p auberge, assis sur le même banc où s'était assis Napi
Cette petite auberge, qui. depuis ce temps, s'est mise de son autorité privée sous la protection de ce grand souvenir, se recommande aux voyageurs par l'inscription suivante :
« Au débarquement de Napoléon, empereur des français, venant de l'Ile d'Elbe, débarqué au golfe Join, le i" mars 1815; on vend a boire et a manger en sou honneur, a la minute.
« C'est lui qui subjugua presque tout l'Univers, « \ffronta les périls, la bombe et la mitraille. « Brava partout la mort et sillonna les mers. • ■ « Combattit à Wagram et gagna la bataille. »
Nous demandâmes â l'aubergiste si c'était son cuisinier qui avait fait les vers de son enseigne; et, sur sa réponse négative, nous lui commandâmes a dîner.
En attendant le dîner, nous nous préparâmes à prendre
un ba'n de mer. A peine eut-il à nos disp pénétré
notre projet, que notre jeune homme demanda a Jadin si nous voulions bien lui accorder l'honneur de se baigner en même temps que nous.
Nous nous regardâmes en riant, et nous lui répondîmes qu il ttait parfaitement libre; que, s'fl croyait au reste .rsoin de notre permission pour cela, nous la lui accordions de tout cœur.
Le jeune homme nous remercia comme si nous lui avions tait une grande grâce; puis, pour ne pas choinier uotre pudeur, il se fit un caleçon la mer
jusqu'aux aisselles, et s'arrêta là à regarder nos évolutions.
En face de non • Salnte-Mar-
guerite.
Les lies Sainte-Marguerite, comme on le sait, servirent, pendant neul ans de prison au Masque de
Nos lecteurs peuvent sauter pardessus le livant,
que j'intercale par conscience, et pour satisfaire la curiosité de ceux qui, comme moi, se baigneraient dans le golfe Ils n'y perdront qu'une, dissertation historique médiocrement amusante
L'HOMME Al HASQ1 E DE FER
Tout calcul fait, il y a neul sur Uiomme au
. de 1er Nous laissons au lecteur le soin de choisir celui qui ii le plus vraisemblable ou qui la
le plus -\ niputhique.