‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 4 sur 283 · CHINOISERIES · texte numérisé non relu

CHINOISERIES

Nous fîmes arrêter notre voiture en face de 1 église, qui n'a jamais été achevée, et qui cependant est une ruine ; puis nous allâmes à pied jusque chez M. Grasset, pour lequel j'avais une lettre de recommandation.

M. Grasset est un de ces bons et aimables savants qui, avec une patience sainte, emploient une partie de leur vie à réunir une de ces collections particulières qui feraient souvent honneur au musée d'une grande ville, et qui dépensent l'autre à en faire les honneurs a des importuns, qui lui arrivent avec quelque recommandation d'un inconnu qui n'avait pas le droit de la donner, et à laquelle cependant le courtois archéologue fait honneur comme si elle venait d'un ami. 11 n'en était pas ainsi de nous, car nous arrivions à M. Grasset recommandés par Taylor. Aussi, la première chose qu'il fit fut de nous forcer de déjeuner avec lui.

Après le déjeuner, comme le temps s'éclaircissait un instant, tout en nous laissant craindre cependant de la pluie pour le reste de la journée, M. Grasset nous fit les honneurs de sa ville, si célèbre du temps des routiers et pendant les guerres de la Ligue, et qui doit son nom aux charités que répandaient ses fondateurs. Du moyen âge, elle n'a rien gardé qu'un château en ruine, un reste de rempart et son église. Nous avions visité tout cela en une demiheure, lorsque M. Grasset, que nous pressions de questions avec l'opiniâtreté de curieux qui commencent un voyage, se rappela un bas-relief roman qu'il avait vu quelque six mois auparavant dans une maison particulière ; nous réclamâmes à grands cris le bas-relief roman, et M. Grasset, nous précédant, alla frapper à la porte de la maison qui renfermait ce trésor du xne siècle.

La maison était une pauvre bâtisse presque en ruine, et qui paraissait dater de la même époque que son bas-relief. Nous montâmes par tin escalier sombre et tournant, et dans une espèce d'arceau roman, formant alcôve, et ou l'on avait établi un mauvais lit, nous vîmes l'objet que nous venions chercher.

C'était effectivement un beau bas-relief du xii» siècle, représentant, dans toute la naïve roideur de l'art à cette époque, Dieu le père au milieu de ses saints. Les personnages, protégés par l'endroit même où ils se trouvaient, étaient bien conservés, à l'exception de la figure principale, dont la tête était brisée. M. Grasset crut se rappeler que. lorsqu'il avait vu la dernière fois cette sculpture, la mutilation que nous déplorions n'existait pas. En effet, il était facile de voir que le cou avait été. détaché récemment. En conséquence, il demanda au maître de la maison d'où venait que ce bas-relief, dont il lui avait recommandé la conservation, se trouvait ainsi endommagé. Le brave homme alors nous raconta d'un ton piteux la cause de cet accident.

Le dernier régiment qui avait passé à la Charité-sur- Loire, changeant de garnison, ainsi que de temps en temps les régiments ont l'habitude de le faire en France, était un régiment de cuirassiers. Comme c'est encore l'habitude dans les villes de province, les soldats avaient logé «liez le bourgeois, et celui chez lequel nous étions avait eu, sans doute à titre de faveur, un maréchal des logis. Pour faire à son hôte les honneurs de sa maison, le bonhomme lui avait cédé son meilleur lit, qui était le Ht au bas-relief, et s'en était allé coucher je ne sais dans quel autre coin de son taudis. Mais, quoique ce lit fût le lit magistral, ou peut-être même à cause de cela, toutes les crevasses environnantes étaient fort recherchées des punaises, qui par milliers y avaient établi leur domicile. De sorte que le pauvre maréchal des logis eut à peine soufflé sa chandelle, qu'il se sentit assailli par des ennemis à qui il avait eu trop souvent affaire, dans ses pérégrinations, pour ne pas les reconnaître du premier coup Cependant, quelque habitué qu'il fût à la visite de pareils hôtes, et quelque mépris qu'il en fit lorsqu'ils ne s'élevaient ras au d'un certain nombre, ils étaient, cette fois, tellement en force, que le pauvre diable passa sa nuit à se tourner et à

se retourner sans pouvoir dormir une minute; si bien que. lorsque la trompette lui annonça qu'il était temps de se lever, il n'avait point encore fermé les yeux.

Comme on le pense bien, le maréchal des logis sauta à bas de son lit de fort mauvais? humeur, et, comme il commençait à faire jour, il voulut au moins ne point partir sans vengeance : il avait donc commencé une chasse dans toutes les règles, lorsqu'en poursuivant les fuyards de son lit sur le mur, il aperçut le bas-relief, et. au milieu du bas-relief la tête de Dieu le père sortant des nuages.

Alors, il lui parut qu'il ferait bien mieux de s'en prendre à la cause première que de poursuivre ainsi individuellement les résultats, et, saisissant son sabre à deux mains.

— Ah ! bon Dieu de bois, s'écria-t-il, c'est toi qui as ordonné à N.'oé de mettre une paire de punaises dans l'arche ! Attends, attends :

Et, à ces mots, il s'escrima si bien, qu'il fit sauter la tête divine à l'autre bout de l'appartement. Quant aux saints et aux saintes, comme il n'avait aucune récrimination du même genre à faire contre eux, il les laissa parfaitement tranquilles, et se retira sans y toucher, satisfait de la justice de son exécution.

Avant cet étrange accident, le bas-relief était peut-être le plus complet qu'il y eût en France de cette époque.

Comme nous avions vu tout ce qu'il y av^it à voir à la Charité, nous rentrâmes chez M Grasset, poursuivis par les premières gouttes de cette pluie dont nous étions menacés depuis le matin ; c'était un véritable temps fait pour les cabinets de curiosités. Nous montâmes donc immédiatement au musée de M. Grasset.

Je m'attendais, je l'avoue, à voir une de ces pauvres collections de province avec trois ou quatre poissons empaillés au plafond ; mais je fus agréablement surpris en trouvant, dès la première salle, de magnifique vases de Bernard Palissy, et une collection complète des roches et des minéraux du mont Sinaï, collection qui n'existe probablement pas au Muséum d'histoire naturelle. Je n'étais mal- I heureusement pas assez savant en minéralogie pour l'apprécier à sa juste valeur ; aussi m'en allai-je droit à une multitude d'objets du moyen âge, et surtout de clefs et de serrures travaillées, avec un goût et une finesse qui eussent fait honneur à Benvenuto Cellini.

Nous parcourûmes successivement ainsi quatre ou cinq chambres remplies de choses curieuses dont la plupart avaient été rapportées â M. Grasset par un de ses amis, savant et brave capitaine de vaisseau, qui avait fait je ne sais combien de fois le tour du monde, et qui, depuis quinze jours ou trois semaines, venait d'arriver de la Chine, rapportant un singulier exemple, non pas de l'esprit, mais de la patience des adorateurs du Grand Dragon.

Parmi les différents pantalons que le capitaine avait fait faire avant que de quitter Paris, il y en avait un qui pouvait passer pour un chef-d'œuvre ; c'était une de ces merveilles comme il en sort quelquefois des ateliers de Humann ou de Vaudeau, qui emboîtent la botte, indiquent le mollet, effacent le genou, dessinent la cuisse et dissimulent le ventre. Aussi, grâce à la prédilection que son maître avait pour lui. après avoir fait les beaux jours du bord, du cap de Bonne-Espérance et de l'île Bourbon, le pauvre pantalon était-il arrivé à Canton à peu près usé. Néanmoins, grâce â cette coupe fashionable que rien ne remplace, pas même la fraîcheur, il faisait encore assez bonne figure, lorsque le matelot qui servait au capitaine de valet de chambre laissa tomber sur le beau milieu de la cuisse du pauvre pantalon la moitié de l'huile contenue dans une lampe qu'il était en train de nettoyer.

Tout philosophe qu'était le capitaine, le coup fut si rude, qu'il n'en était pas encore bien remis lorsqu'un de ses camarades, qui habitait Canton, vint, comme d'habitude. pouT fumer sa pipe d'opium avec lui. Il le trouva si refrogné, qu'il craignit qu'il ne lui fût arrivé quelque malheur ; aussi s'informa-t-il avec instance de la cause qui avait altéré sa bonne humeur habituelle. Alors, le capitaine, lui montrant le malheureux pantalon jeté au rebut :

— Tiens, lui dit-il, c'est le même dont tu me faisais compliment hier : regarde !

L'ami prit le pantalon, le tourna et le retourna avec une tranquillité agaçante; puis, lorsqu'il se fut bien convaincu qu'il était immettable :

— Eh bien, lui dit-il, il faut en faire faire un autre.

— Un autre? répondit le capitaine; et par qui en faire faire un autre? par tes Chinois?

— Sans doute, par mes Chinois, reprit l'ami avec son imperturbable sang-froid.

— Pour qu'ils me fassent un sac dans le genre des leurs? répondit le capitaine en haussant les épaules et en montrant du doigt les figures de son paravent.

— Ils ne te feront pas un sac. et. pourvu que tu leur donnes le modi-1 • sur letjuel ta vens qu'il soit taillé, Us te feront un pantal Paudeau croira de lui. ,

— Vraiment? s'écria le capiï.i

dit 1 ami

— En elfe îidu mille luis parler de leur aptitude pour l iici-

— Eli bien, tout ce qu'on t'a dit est au-dessous de la

— i'ardieu : tu me donnes envie d essayer.

d'autant plus que cela ne te coûtera pas cher. Combien as-tu payé ton pantalon?

— Cinquante-cinq ou soixante Irancs. Je ne me rappelle

plus.

' — En bien. Ici, pour quinze francs, tu en verras le jeu.

— Et chez quel tailleur iaut-il que {'aille!

— Chez le premier venu, cbez le mien si tu veux; il demeure à la porte.

Le capitaine roule son pantalon sous son bras, suit son ami et arrive chez le tailleur.

— Maintenant, dit l'ami, explique-lui ton affaire, et je traduirai tes paroles

ipitaine ne se le fait pas dire deux fois ; il étale son pantalon, en fait ressortir la coupe, et termine en disant qu'il i pareil. L'ami traduit la commande,

et appuie sur la Kiommandation.

lit le tailleur; dans trois jours, monsieur aura ce qu il demande.

- dit-il t demanda le capitaine impatient.

— Il dit que, dans trois jours, tu auras re que tu désires.

— Trois Jours, c'est bien long: dit le capitaine.

L uni traduit le désir du capitaine au Chinois, qui regarde de nouveau le pantalon, secoue la tète et répond quelques mots a l'interprète.

Eh bien? demanda le capitaine.

— Il dit qu il y a beaucoup de besogne, et que trois jours ne so. p pour avoir de l'ouvrage bien fait.

— Eli bien, soit, dans trois jours; mais qu il ne me manque pas de parole.

y a pas de danger : dans trois jours, heure pour heure, il sera chez toi.

Et les deux amis s en allèrent en faisant une dernière recommandation à 1 artiste.

Trois jours après, comme le capitaine et son ami fumaient leur pipe d'opium, le matelot ouvrit la porte et annonça le tailleur

— Ali ; parbleu I décria le capitaine, nous allons voir s il est aussi adroit qu'exact. — Eh bien, ce pantalon?

— Le voila, dit le tailleur.

— i us dit le capitaine

Et il prit le pantalon des mains du tailleur, le passa, et. pour s'assurer qu U allait bien, ordonna a son matelot de iiousies; le mate

[- il va a merveille, dit l'ami.

— Je crois bien, dit le capitaine, c'est le mien qu'il m'a

• Un la Imbécile ; 1 autre :

ii traduit la demande au tailleur, qui donne l'autre d'un air triomphant une change de culot;

— Ali ,i : mais est ce que je suis fou? dit le capitaine;

donc le neuf?

L'ain te désir di • au tailleur, qui lui

tend 1 ! ! ratique vient de quitter.

i ami.

— M. : nd le capi- : d'huile.

— Il J en s que tu as sur toi.

m ter la L'ain ! I et, sur sa

■ clate de rire.

— Eh luen. dit l'ami, qu'esKe que tu as demand-

— j. mandé un pantalon.

— Pareil au l

— Oui, pareil au m

— El recoin

mêmes ,, en a

maître gl irancs.

oui, du le

-ne aussi compll- ■ l'eau a boire.

set de lui en

au.

• au le

Vers midi nous quittâmes M. Grasset, et, trois heures après - - Nevers. .Nous ne nous y arrêtâmes que

le temps de voir les trois plus grandes curiosités de la ville : la porte de Croux. par laquelle rentra le pauvre Gérard de devers ; le couvent des Visitandines. où est le tombeau de Vert -Vert, et Saint-Etienne, église romane du vme au IXe Si

Il y en a une quatrième que nous découvrîmes par hasard, et qui vaut bien qu'on la signale: c'est un cadran solaire peint au milieu de la façade du palais des ducs, et audessous duquel le peintre a naïvement écrit les trois lignes suivantes :

cadran a été fait à Nevers, le soleil entrant dans le signe du •-, par ordre de la Convention natio-

nale. »

La nuit même nous arrivâmes à Moulins

Quelques heures de la matinée nous suffirent pour visiter la ville, qui. à part le bonnet en cor de chasse de ses paysannes, n'offre guère de remarquable qu'une îiiagnllique liible du x 1 1 1 •■ siècle, que l'on montre à la bibliothèque de la ville, et le tombeau de Henri de Montmoren- y. qui s'élève flans le cho?ur de l'église du collège; r est le sai, ce même Henri de Montmorency qui fut décapité a Tondu cardinal de Richelieu.

Ce tombeau, surmonté des figui et de

la duchesse, et qui renferme leurs cœurs dans une urne de marbre noir, soutenue par deux Amours funèbres -o-irut, a l'époque de la Révolution, le danger d'être uns eu morceaux par le peuple; déjà un coup de hache. d>ut la trace est enc-re visible, eu avait entamé le marbre, lorsqu'une voix conservatrice s'écria

u allez-vous fan ensJ Montmorency était un

brave sans-culottes qui fut L-uillotiné par ordre du parce qu'il conspirait ( outre les calotins

— Vive Montmoreui y ! cria le peuple

Et le tombeau fut respecté.

M \K< tUMBAl'LT

A deux heures de 1 après-midi, nous partîmes ■ is avait fort vanté i is arrivâmes a ce village; il nom de jour pour visiter cemonumi . su», moitié du est greffi sur le roman. Deux superbes tombeaux. 1 un de 1430, l'autre -de U70, s élèvent dans les chapelles la

le h eux irai atella

de pie:

on retrouve encore la trace de peinture qui les décoraient autrefois. L'un de ces tombeau Bourc madame Agnès de Bon-

réméralre, l'autre renferme li bq t-m

u- u et de sa femme Les statui -nr les ta-

bles de marbre qui les couvrent, oftren

cette époque \ du t\ duit a un orgue n

ix qui ne le

; .us avec cette fraternité polie des gens du monde, qui n'ont besoin que .

-. il avait trouve .ladm ui

non- inviter à

airelles à uu pauvre

■; que

d'albums enrich mires.

LE MIDI DE LA FRANCE

et de Victor Hugo, et j'avoue qu'outre l'honneur du voislje me trouvais fort heureux d'avoir eié précédé par mon elligie dans l'ermitage que nous visitions. Ce fut alors que il. de Chamhon, c'était le nom de notre hôte, crut me reconnaître -N'ayant aucun motif pour garder l'incognito, car je n'étais ni prince ni danseur, j'avouai tout bonnement mon identité. Dix minutes après, nous étions dans un salon du faubourg Saint-Germain

Je ne sais pas de sensation plus agréable en province, après avoii été longtemps a renfermer dans son cœur les souvenirs de la vie parisienne, ses amitiés de confrère, ses admirations d'artiste, faute non seulement d'esprits sympathiques qui vous comprennent, mais encore de mémoire nui ir-nu d'autres noms que ceux qui sont oubliés, que de reconnaître à un mot électrique que vous avez enfin trouvé un homme, au milieu de la végétation animée qui vous m-; alors, votre cœur se gonfle de joie, tous vos souaandeut à s'échapper; ils se pressent sur vos puis enfin ils en sortent pêle-mêle et tumultueux, comme ces pauvres enfants enfermés dans un collège toute la semaine, et â qui on ouvre le dimanche la porte de leur prison. Vous parlez sans suite et sans raison ; vous dites des noms, voilà tout ; vous citez des titres d'ouvrages, et pas autre chose ; seulement, lorsque vous vous êtes bien assurés que vous êtes des créatures de la même espèce, percevant des sensations pareilles en face des mêmes objets, reproduisant ces sensations par des paroles semblables, formulant des opinions identiques, vous mettez de l'ordre dans la conversation, vous procédez avec des périodes, vous concluez avec des raisonnements.

C'est ce qui nous arriva au bout de dix minutes. M. de Chambon connaissait tous les auteurs modernes par leurs œuvres, aucun par leur personne : nous passâmes une heure à lui faire des ressemblances entre les hommes et les productions. Toutes nos illustrations, qui certes ne s'en doutaient guère, vinrent poser à notre volonté, et chacune a s. -il tour, dans ce petit coin de terre où nous évoquions leurs fantômes. Il y en eut à qui nous jetâmes un manteau de pourpre sur les épaules, d'autres que nous renvoyâmes tO"* à fait nus. Conclave improvisé, nous jouâmes avec des sceptres et des couronnes ; nous déposâmes et fîmes des empereurs, et peut-être que ceux que nous élûmes seront sacrés un jour.

Nous fûmes interrompus par l'annonce, si agréable aux voyageurs, que le dîner était servi : celui *e notre hôte avait été improvisé avec cette merveilleuse facilité de ressources qu'offre la campagne. Le premier service, il faut l'avouer, coupa court à la conversation, qui reprit bien quelque consistance au deuxième, mais qui ne se retrouva dans tout son entrain qu'au dessert.

Alors, sans perdre son caractère artistique, elle avait pris une tendance religieuse, il. de Chambon appartenait à la jeune école catholique ; par conséquent, il y avait harmonie parfaite dans nos opinions sociales. Loin de se plaindre, comme beaucoup le font, que la foi s'éteignît et que la piété fût mourante, il reconnaissait dans, tous les esprits une merveilleuse disposition à se reprendre au côté intime des idées catholiques, et cela lui donnait de l'espoir comme prêtre et comme artiste ; car ce 'ont toujours les siècles de croyance qui ont enfanté de grandes œuvres et surtout les œuvres complètes. Pourquoi ces églises du xv« siècle sontelles si admirables? C'est que. dans leur ensemble et dans leurs détails, tout est en harmonie avec le mystère qu'elles étaient destinées à voir s'accomplir. Ainsi, ces deux tours qui s'élevaient de chaque côté du fronton représentaient les deux bras que le chrétien priant lève au ciel ; ces douze chapelles qui s'étendaient à droite et gauche étaient en nombre égal à celui des apôtres ; la croix latine, tracée par les colonnes qui soutenaient la voûte, était faite à l'image de celle du Golgotha ; le chœur s'inclinait un peu plus â droite qu'à gauche, parce que le Christ pencha la tête sur l'épaule droite en mourant ; enfin, trois croisées éclairaient le tabernacle, parce que Dieu est triple et que toute lumière vient de Dieu; aussi, quel homme, si irréligieux qu'il soit, peut franchir le seuil de Notre-Dame, et continuer dans cette merveilleuse cathédrale la conversation frivole de la rue? Non, il se découvre et parle bas sans savoir pourquoi; c'est que. par tous ses sens à la fois, vient de pénétrer jusou'à son cœur le grand sentiment catholique qui a présidé i la construction de cet édifice.

en étions là de notre conversation lorsqu'un homme

entra el parla a l'oreille de notre bote, qui se leva aussitôt

i- Doua dit-il eu souriant, allons achever cette

conversation dans un lieu plus inspirateur ; vous avez vu

mon église au jour, venez la voir a la nuit.

Nous le suivîmes aussitôt. Il faisait un clair de lune magnifique ; le ciel regardait la terre avec des yeux de flamme. Une tranquillité profonde était descendue avec l'obscurité nul bruit ne troublait le sommeil juvénile de la nature.

Nous entrâmes dans l'église ; la porte se referma der-

II K1D1 la i \' i l'A'.ra:

rière nous, et nous crûmes a*abord que nos yeux ne pourra leui rien distinguer dans les ténèbres, tant ils étaient pleins de cette douce et fluide lumière qui venait de nou^ inonder. Cependant, après avoir fait quelques pas, nou* aperçûmes que le chœur était éclairé, sans que nous vissions cependant les torches qui jetaient la lueur sur laquelle se découpait la silhouette noire de l'autel, avec si Min tabernacle et ses cierges éteints. Quant à la par ne opposée où étaient l'escalier et le bas relief byzantin, elle était tellement plongée dans l'obscurité, que les regards se perdaient dans l'ombre avant d'atteindre jusqu'aux muratlles. De place en place, les grandes croisées ogivales, à travers lesquelles passaient les rayons de la lune, se réfléchissaient, resplendissantes, sur les dalles grises avec leurs mosaïques de saints aux auréoles d'or et aux robes rouges ■ et bleues. Parfois une de ces réverbérations frappait sur une colonne, et alors sa base et son chapiteau restaient sombres, et la partie éclairée était seule visible. En ce moment, a l'extrémité opposée, qui, comme je l'ai dit, était plongée dans l'ombre, un homme parut, portant une torche qui, répandant un cercle de lumière, repoussa l'obscurité dans les profondeurs latérales, et commença de gravir l'escalier immense. A mesure qu'il montait, les ténèbres reprenaient leur domaine et marchaient, à sa suite, comme la mort à la suite de la vie. Bientôt il disparut, en tournan' à gauohe derrière un pilier, et peu a peu la lumière s'éteignit le long des murs, et tout rentra dans la nuit. Tout à coup, au milieu de ce silence et do cette obscurité une grande voix s'éleva frémissante; c'était celle de l'orgue dont les sons, se poussant les uns les autres comme les flots d'une mer d'harmonie, passèrent sur nos têtes et se répandant jusqu'aux profondeurs les plus reculées de la cathédrale, allèrent se briser contre les murs. Au même instant, des paroles humaines se rirent entendre, mariées à ces accents merveilleux, et le Stabat Mater de Pergolèse s'éleva douloureusement vers le ciel.

J'ignore quel effet produisit sur mes compagnons cette scène si profondément religieuse ; pour moi, je gagnai la chapelle du duc Louis II, qui était dans une obscurité com plète. Je m'accoudai sur le monument, où, selon le touchant usage de ces temps poétiques, qui faisaient de la tombe un second lit nuptial, il est couché près de son épouse et je me laissai inonder de cette pénétrante harmonie. Alors, je compris les extases, les ravissements, les visions du cloître, et, comme Joad, je me sentis prêt a prophétiser une Jérusalem nouvelle.

Que ceux qui ne croient pas aillent écouter à minuit les gémissements de l'orgue et les sanglots du Slabat Mater.

Les uns et les autres étaient éteints, que j'écoutais encore. Sans doute, on me cherchait depuis quelque temps sans me trouver ; car, tout â coup, au milieu de ce silence, j'entendis mon nom retentir. Je tressaillis, tant je m'attendais peu à cette voix humaine qui me rappelait sur la terre. J'ouvris la bouche pour répondre, mais je n'osai pas. il me sembla que ce serait un sacrilège que de parler haut J'allai donc silencieusement rejoindre Jadin et M. de Chambon, que je trouvai éclairant de leurs torches une nervure ogivale représentant une femme d'une délicatesse de for- ' mes presque grecque, qui se roule et joue avec une chimère, symbole de l'intelligence de l'artiste aux prises avec son caprice.

Au reste, les habitants de Sauvigny, perdant de vue dans les générations de leurs pères la fondation de leur église, ignorant comment des mains d'homme peuvent accomplir de semblables merveilles, attribuent aux fées la construction de ce monument. Une bergère, qui s'était endormie près de son troupeau, s'éveilla vers l'aube, et le vit surgir au milieu du brouillard du matin, avec ses clochetons aigus,, ses galeries festonnées et son portail à jour, à la place où, la veille encore, s'élevaient de beaux arbres et coulait une fontaine. Frappée de stupeur, la pauvre femme resta immobile, et, à sa place, -on retrouva une statue de pierre qui est encore debout à l'angle d'une des tours.

Le 10 juillet 1S30, madame la duchesse d'Angoulême, revenant des eaux de Vichy, visita le prieuré de Sauvigny. Elle se fit ouvrir le caveau où dorment ses ancêtres, et s'agenouilla et pria longtemps devant leurs tombeaux. En se relevant, ses yeux se fixèrent sur l'écus^on de la maison de Bourbon, où l'on avait gratté les trois fleurs de lis d'azur et le mot espérance, qui est la devise de l'ordre de l'écu d'or. Elle demanda qui avait fait cette mutilation ; on lui répondit que c'était le peuple.

— Qu'il ait effacé les fleurs de lis, dit-elle, je le comprends encore; mais le mot espérance, où le retrouveronsnous désormais, si on le fait disparaître même des tombeaux?

Vingt, jours après, la fille de saint Louis repartait pour son troisième exil.

Je ne sais lias l'heure qu'il était quand nous quittâmes Sauvigny ; je sais seulement qu'aux premiers rayons du jour, nous aperçûmes à un quart de lieue de nous, cou

\LF.\WDRE DUMAS ILLl'STRÉ

ronnant le sommet d'une montagne, les ruines déchirées du vieux château de <lt, que domi-

naient leurs trois toui

La , ut justement celle où

mourii pan. Elle appartenall à un jeune

homme qui avait entrepris une grandi qu U

ne de, auteur de

Si la qu'il dans le sl-

i corn

i e mo-

• le ciseau lui • ait eu le bonheur de gi nom sur la dernière pierre.

Pauvre Achille ! qu'il d

il nous fl ■ i

cette favorite qui avait '"me une reine..

nulle soutenir et la fort in < avant d'expirer,

elle a . im de perdre de vue

différents qui l'e Deux liciii . elle eut rendu le dernier soupir,

une ci rrôta devant la porte de la m

mortn initie en descendit, monta rapidement les

i ms a hambre • I

lait pour verser des larmi le cad Ut pour détacher du cou de la tr. i

une clef suspendue par un ruban noir , puis, pi lef, il ouvrit une cassette, emporta !■ ■ niait, et repartit aux funérailles Cet

homme, c'était son lils

Madame de Montespan avait léf de la Flèche, son < des

Très. • illles au prieuré de Saint-Mi

trois lieues seulement

et Salnt-Gi i urent les legs funéraires, et. pour que

■ de la défu les en tout point,

on chargea un paysan de | Ine la part

des r. i rtels qui lui i ureusement,

on oublia de lui dire de quel fardeau il était char

te, l'envie lui ayant | qu'il

luvrlt le coffre, et, croyant être le jouet de quelque n. qu'il renfermait

in troupeau di e mo-

ment, et les plus immondes des animaux dévorèrent les entrailles de la plus hautaine des femm

En lie? Achille, nous nous trouvâmes sur la

place thermales

et les réservoirs de la source. Ces réservoirs forment trois n fond desquels Tenu semble, au pi

n peu ■ inttii reconnaît <r llonnements sont for-

ur qui, iii.i chauds et secs, dévier' U y a de l'huml-

sphère, et ton ou pendant leur durée, un brouillard quelquefois

de se distinguer d un coté du I à fan nomène tient a ce que plus rair atmosphé-

rique se dilate.

• le gai et i 1 enr-,

mtraire, ne primées

par 1 ; dans les U mpj

orageux, plus le calorique se dilate, plus par conséquent H y a entes Nous

• ilintei'v.illi de tu est verdâtre. surtout dans les ba |

l'air que dans les sources et dans les réservoirs; elles sen-

Page 1