‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 69 sur 283 · I.A GALERIE DES OFFICES A FLORENCE · texte numérisé non relu

I.A GALERIE DES OFFICES A FLORENCE

Ce fut Cosme Ier qui ayant fait venir Georges Vasari. lequel réunissait, a un degré médiocre il est vrai, les trois talens de peintre i ulpteur et d'architecte, lui ordonna de bâtir, pour rassembler en un même palais les différentes brandies de ta mnc-isi rature, la galerie devenue si célèbre depuis sous le nom de Galerie des Offices.

Je ne sais pas si, pendant que Vasari travaillait A ce monument, ii : ; i sine ]■' i Idée de lui donner sa destination ai tuelle : ce que je sais, c'est que sa disposition ire esl des plus singulières, il renferme vingt chambres que longent trois gigantesques corridors.

Un de ces corridors est destiné à l'histoire chronologique de la peint in. Le On peut suivre toutes les périodes qu'elle a parcourues depuis sa naissance sous Rlcco di CanUia. ('imabué et Giotto, jusqu'à sa décadence, sous Vasari et ses -seurs. Ces tableaux forment un tout parfaitement complet : aussi Vasari priait-il ins'nmment Cosme I«* de ne Jamais les disperser

Comme on le comprend bien, nous ne nous amu pas à reproduire un catalogue. Nous écrivons tant bien que mal une histoire, et non pas un guide des voyageurs. .Nous ferons donc comme les curieux: nous passerons rapidement devant tous ces malheureux maîtres secondaires, qui semblent n'être là que pour être Insultés par l'indifférence des visiteurs, et nous courrons tout droit à la salle de la Tribune.

La salle de la Tribune, c'est la chose dont l'artiste entend parler tout le long de sa route, c'est la chose dont lui parle son hôte quand il des end de son humble vetturino. c'est ii ii i h i parle son cicérone avant même qu'il ne

ec lui du prix qu'il lui donnera pour ses ii uni K-i-fs ou pour ses renselgnemens A un demlpaul l'heure

Il en résulte un grand malheur: c'est que, quelque merveilleuse nue soit cette fameuse salle de la Tribune on j entre avec un sentiment Idéal uni dépasse presque toujours la réalité. Il est vrai une la Tribune est comme Saint-Pierre île Rome: plus on la visite, plus on réagit contre cette première déception.

La Trilun- Inq statues antiques; toutes cinq

ont été mises par te Ingénient de la postérité au des chefs-d'œuv] par les tirées au reste du monde,

et ame hé< ement par les modernes à ce vaste tom-

II i. ni et où elles avaient dormi près de mille ans

Ces cinq statues sont le Rémouleur, le Faune dansant, les Lutteurs l Vpolllno, et la Vénus de Médlcls.

Le Rémouleur est parfaitement connu de nos Parisiens nous en possédons une bonne copie en Dronze dans le jardin (pal ont la rage de vouloir tout

■ ' ce une i Ma 11 q fameux

rotateur, el quelle pensée 11 cachait dans cette tête si peu

que tout s, .^ mains. Les uns ont pi que c'était le serviteur mil iça les fils de Tarquin ;

les autre* ont dit que c'était l'esclave qui découvrit la conspiration de Catillna ; d'autres enfin ont affirmé que r'étalt le Scythe Min sur l'ordre d'Apollon, se prépare a «•evenlr le bourrent de Marsyas. Or. comme chacun a soutenu sa thèse, comme chacun est resté dans son système comme chacun a maintenu sa théorie. Il en résulte qu'on n'est pas plus avancé que le Jour où le Rémouleur esl r. parn a la surface de la terre: seulement, chacun est libre de i i ions.

Le Faune dansant est une de ces ra» a l'aide des-

quelles on parvient di

l'antiquité de son piédestal, et a se retrouver face A face terrestre et humain, r est un Jeune homme de cinq à vingt-six ans, plein de vivn el d

ment sauvage; 11 appuie le pied sur un soufflet dont le son grotesque i mpagner ses mouvemens. Il était

mutilé quand on le retrouva, et on le mutila en le retrou van' ra le bl qui sont en

parfaite harmonie avec le n

i Lutteurs --ont un de ce- âme

ment les Grecs. I.a forme en est admirable le dessin en esl parfait. Il n'y a pas sur ce* deux corps, qui se roldlssent, un seul muscle m

it à sa pl.i

■ 'rai de plaisir en les regardant

L'Apollino est cette gracieuse statue que mes lecteurs connaissent aussi bien que moi. et qui représente, selon | loute probabilité, l'Apollon enfant. Le jeune dieu croise uue jambe sur l'autre et pose élégamment son bras sur sa tète. C'est la perfection des formes de l'adolescent, comme l'Apollon du Belvédère sera la perfection des formes de l'homme. Je le préfère de beaucoup à la Vénus de Médlcis, dont au reste il semble, sinon le mari, du moins le fiancé.

Quelques jours après mon arrivée à Florence, un tableau appendu aux murs de la Tribune se détacha, et renversa de son piédestal le pauvre Apolline qui, en tombant, se brisa en trois morceaux. Je courus aussitôt à la galerie des Offices, et j'y trouvai le grand-duc qui était accouru de son côté du palais Pitti, par le corridor de Cosme Ier. pour juger par lui-même du dégât. Il était grand, et au premier abord fut jugé irréparable ; mais les Florentins sont de si habiles réparateurs qu'aujourd'hui l'Apollino est sur son piédestal, aussi solide et aussi admiré que s il n avait jamais reçu la moindre égratignure.

- semaines après je lus dans un Journal français que l'Apollino s'était brisé en tombant du haut de la trice qui fit beaucoup rire les Florentins, attendu qu'i» n y a pas de tribune dans la Tribune. L'article était cependant d'un de nos plus célèbres critiques, qui quelques mois auparavant était venu à Florence. — Il est vrai que ce critique est myope.

T ai gardé la Vénus de Médlcis pour la bonne bouche, comme dirait Brillât-Savarin; car la Vénus de Médlcls est une de ces statues sur lesquelles se sont épuisées toutes les formules d'éloges. Il en résulte que, lorsqu'on n'admire pas la Vénus de Médlcls j i latrie, on est généralement

3é comme un athée, ou tout au moins comme hérétique

En effet. Thomson a dit en parlant d'elle :

» T.a Vénus de Médicls, cette statue qui. mollement penchée, charme l'univers. »

Denon a prétendu que :

« Son pied, trouvé même séparé du corps, eût été un

monument Descendue du ciel, ajout e-t-U, l'air seul a

urs ; pour la première fois son pied

vient de toucher la terre et de fléchir sous le poids du

souple comme du plus élastique de tous les corps. ■>

Winekelman a renchéri sur tous :

« La Vénus de Médlcis. a-t-11 dit. ressemble à un>

uvre doucement au lever du soleil. Elle parait quitter ce: -t rude et âpre comme les fruits avant leur maturité. C'est du moins ce qu'indique son sein, qui a plus d'étendue et d; plénitude que celui d'une jeune

— Ah ! monsieur l'abbé !

Il est vrai que la pauvre Vénus a bien eu aussi ses dé i is lours. bien peu de réputations résistent manie de dénigrer qui est particulière à notre bonne nation. Le saint Cattlno lui-même, le plat miraculeux ave lequel Jésus in la p8 i itl Ino, qui pas-

sait pour un seul morcean d émeraude : le saint CatUno. sur lequel les Juifs, pendant le siège de Gênes, prêtèrent A ,i quatre millions. 1.- saint Cattlno, rayé avec un int, a été reconnu pour être de l'humble verre II rrlvé pis encore A la Vénus de Médlcls. Cochln et Lesslng, après un mûr et profond examen, ont déclaré que la tête 't les deux Pras étaient modernes, que les pieds avalent subi plusieurs fractures, mais que tout le reste était antique, A l'exception de quelques petits morceaux dans le torse et ailleurs.

Qall et Spurznelm ont été plus loin passant de la forme

au fond, de la pensée A la matière, du naturalisme a 1 Idéa-

tté le rrAne de la pauvre déessi el ont dé-

que m malheureusement ce crâne était moulé sur

des amours ne pouvait être qu'une Idiote.

le ne dirai rien de la restauration Quand les restaura-

sont bonnes, je les aime assez en ce qu'elles me pion-

qu'en tout temps il y a des hommes de génie. L'autedr

mi lu 1 aune ne me paraît pas le moins du monde

noré de ce que Michel-Ange a refait les bras de sa

statue.

e dirai rien de l'opinion de Gall et de Spu

sur le mé.i ri d'Intelligence dont devait Jouir la

de la beauté, en supposant (lue la tête de l'original

même rnnfnrmTion que la tête de la copie. Il est

Me que Jupiter i pas faite dans lin'

qu'elle découvrit n monde, comme Copernic.

ou qu'elle inventât les i tes, comme Franklin.

LA VILLA FALM1ERI

Jupiter l'avait faite parce qu'il manquait au ciel une déesse de la beauté et sur la terre une mère des amours. Or, si la Vénus de la Tribune est belle, tout est ré-olu

Malheureusement, à mon avis, la Vénus de Médicis n'est point belle, du moins de cette beauté qui convient à l'amante de Mars, d'Adonis, d'Anchise, à la déesse d'Amathonte, de Paphos. de Lesbos, de Gnide et de Cythère.

La Vénus de Médicis est une nymphe de ballet mytholo-

sous une perruque blonde et son nom d'impératrice scus un nom de courtisane, elle allait porter un défi de luxure aux soldats des corps de garde et aux portefaix des carrefours.

La statue de la Tribune est une belle et gracieuse jtune allé, un peu maniérée, qu'on peut examiner le lorgnon a la main sans désirer un seul instant qu'elle . anime, comme la Galatée de Pygmalion ; mais a coup sur ce n'est Vénus.

pas

La galerie des Offices à Florence.

gique surprise au bain par un berger indiscret et qui prend une pose d opéra indiquée par Corali ou Mazillier.

Cela est d'autant plus vrai que la Vénus, qui a l'air de s tout cacher, ne cache absolument rien.

Oh.! que ce n'était point là la Vénus antique, la magicienne qm enlevait la pomme d'or à Junon et à Pallas en laissant tomber a ses pieds ses ( ris que ce n'etait

là 1 amante de Eacchus. la mère de Priape, l'impudique épouse de Vulcain ! que ce n'était pas là la déesse qu'invoquait Pasiphaé et qui brûlait les veines de Phèdre? que ce n'était point là la divinité qu'imitait Cléopatre quand, demi-nue, voluptueusement couchée sur une peau de tigre, entourée d'Amours qui faisaient fumer l'encens, elle remontait le Cydnus sur une galère dorée ! que ce n'était pas là la divinité qui servait d'excuse à Mescaline lorsque, pour ses débauches nocturnes, cachant ses cheveux noirs

Maintenant assez de blasphèmes comme cela, passons du marbre à la toile, des chefs-d œuvre antiques aux chefsd'œuvre modernes: ceux-ci ont du moins un avantage sur les autres, on sait de qui ils soin, il est vrai qu'une inscription gravée sur le socle de i gué que son auteur se nommait Cléomenes, fils d'Apollodore ; mais ne voilà-t-il pas que les savans ont découvert que l'inscription était rapportée, que les lettres ne pi pas être du même temps que la statue, et que c'était sans doute quel que marchand de bric-à-brac romain qui avait commis cette fraude pour tirer de sa marchandise deux ou trois cents sesterces de plus !

Mais les savans sont de cruels jouteurs. Ce n'est pas tout que de renverser; ils veulent rebâtir, et c'est ce à quoi malheureusement ils s'entendent un peu moins bien. Ils avaient débaptisé la statue, il fallait lui rendre un nom ;

ils en avaient fait un entant naturel, il fallait lui trouver un pèi Rien de plus facile. .Malheureusement on ne s'est pas entendu sur la paternité; les uns l'ont faite tille de Scopas, les autres de Praxitèle, les autres enfin de Phidias La Vénus de lui fut un instant sans gé-

niteur, en a trois maintenant. Choisissez.

ions au Raphaël. A tout seipneur tout honneur. 11 a 1 unanimité élu roi de la Tribune: salut à Sa Majesté.

il y a six tableaux de Raphaël dans i ette seule chambre : deux de plus, je crois, que nous n'en avons par tout le Musée. On a rap] trois manières afin que l'on pût

juger de ses progrès, ou, comme le disent quelques idéalistes, de ses éc.

Parmi les deux Sainte-Famille, qui toutes deux sont de la première manière de Raphaël, il y en a une qu'on lui conteste : c est celle où la Madone. 1 enfant Jésus et le petit saint Jean, som au premier plan d'un paysage au

fond duquel on veut a gauche les ruines dune ville, et à droite une petite maison au-dessus ombragée par un de ces i le et au rare feuillage, comme on en retrouve' dans tous les fonds de tableaux du Pérugin.

Nous ferons pour la Madone del Pozzo, car je crois que relie porte, ce que nous avons fait pour la Vénus de Médicis, c'est-à-dire que nous nous abstiendrons de prendre parti dans une si grave question, quoique l'ouvrage nous paraisse parfaitement digne du maître auquel 11 est attribué': car dans toute son école nous ne voyons pas, nous l'avouons, un seul artiste qui, l'ayant fait, n'eût eu par ce seul tableau sa réputation établie.

En effet c'i des plus rbarmantes compositions ra

phaélesques qu'il soit possible de voir. Il est, comme nous l'avons du, di- sa première manière, ou plutôt du commencement de la seconde, c'est-à-dire ju'J l'idéalisme du Pérugin se joint déjà cet amour de la forme que le peintre d't'ibin. Ingrat 9 son nom d'Ange, prendra en voyant les chefs-d'œuvre de l'antiquité.

La \i se sur un terrain tout couvert de fleurs,

tient dans son bras droit 1 Enfant Jésus qui s élance à son cou avec un mouvement plein de gentillesse et de grâce, et tend la mail gau b au petit saint Jean qui lui présente la légende Bi 1 t agnui D

Voûte cet -i d'une simplicité ravissante et

d'un i ieu\ ; le coloris en est vague et doux, et le

clair-obscur excellt ni

Je crol ii il Raphaël revenait au monde, il serait fort blessé ciue l'on . txfbuàl a un autre qu'à lui la paternité de cet admirable tabli

Quant au portrait de Madeleine Doni. quant au saint Jean

.m portrait de Jules il il est reconnu que

ni des chefs-d'œuvre ; nous n'en parlerons donc pas

il y a deux t. [< deux Vénus c'est-à-dire deux des

plus beaux Titien qu'il y ait au monde

m \ a uni' Sainte-Famille de M ; figurez-vous un

ii de chevalet sorti du pinceau de l'homme qui a

le Jugement dernier Cette Sainte Famille avait été

h r un gentilhomme florentin nommé Agnolo

Doni. le mari peut-être de la femme dont Raphaël fit

li portrait Quelle époque, soit dit en passant, que celle

imander un portrait à Raphaël et un

tableau de chevalet t ; 1 lng< : Malheureusement,

contre les habitudes économiques des Florentins. Agnolo

Dont avait oublié de faire prix pour l'œuvre avant que

i ne lui commencée Le tableau achevé, Agnolo Doni

s'informa aupri ..■ de quelle somme il lui

était redevable: le peintre demanda soixante-dix écus.

Alors i et voulut marchander Ma!

chel-Ange pi tôt son prix ,i cenl quarante. '

Doni s'empi s ce prix, en -

blant l'u.j tôl le tableau qu'il di

avoir au delà de sos moyens '1 > a ,n i Dame sur un piédestal, avec saint

lut Jean 1 debout, d'Andl

Sarto ,■ Famille ite Catherine, de Paul

Véronese; i.- Charles-Quint , on, de van

Dydti la Vierge adorai I enfant J,'-siis du Corrège; Hé rodlade recevant la ■■ mains

du bourreau: enfin la Vierge ■ ; saint

Baptiste, du Pérugin, n i . Vnnlbal far-

ces deux types, le premier de l'école splri r

! 'le naturaliste .l'en passe, comme Ru] Gomei i pas des meilleurs tre, nuis de fort beau) encore, comme, par exemple, le Cardinal BeccadlUl, du Titien, et le dur François bin.du Barocclo, pour m'arréter m- nr le chef-

' :re de Bologii mérll nt bien qu'on en dise quelqui

i 1' m mérite réel i use de

pi ment, l'un l'époque d< la réactl ir celui du Pérugin.

Le nom seul de l'auteur du tableau indique qu'il apnt tout entier à cette époque de foi et de sentiment, ou les réminiscences grecques, n'avaient point encore détourné l'art de la voie religieuse dans laquelle lavaient lait entrer Cimabué, Giotto et Ange de Fiesole : aussi, ce qui frappe d'abord dans cette peinture, c'est l'expression profonde de chaque personnage : la Madone est bien la femme élue pour être 1 épouse mystique d un Dieu ; ses yeux sont pleins de son amour présent et de sa douleur à venir; elle est belle a la fois de la beauté des vierges et de la beauté des mères.

L Enfant Jésus conserve encore ce type de l'école primitive que changera bientôt Raphaël c'est le divin Bambfno. blond, potelé, naïf, gracieux et bénissant, dont souvent, a défaut d'auréole, les cheveux d'or trahissaient la divinité. Saint Jean-Baptiste les regarde avec cet amour qu il a reçu du ciel pour le Christ, et qu'il remportera au .iel sans Qu'un instant les erreurs, les passions ou les intérêts de la terre aient eu l'influence de l'altérer: on sent que, plus heureux que saint Paul, il a toujours connu Jésus jkiuici if plus qu'un homme, et que, plus constant que saint Pierre, il ne le reniera jamais pour être un Dieu.

Saint Sébastien a les mains liées au dos, et le corps tout couvert de flèches : il achève son martyre, et déjà cherche des yeux au ciel relui pour lequel il va mourir sur la terre. Tout ceci est de la plus belle manière et du plus beau temps du Pérugin. c'est-à-dire simple, religieux, doux et grave. On reconnatt dans la Madone et dans le Bambino les chairs délicates de la femme et de l'enfant ; dans saint Baptiste et dans saint Sébastien, les muscles et l'ossature de l'homme: enfin le coloris en est sévère, le dessin noble et la perspective savante. Passons maintenant a la Bacchante d'Annibal Carrache 11 arrive parfois qu'un rocher, qui du haut de la montagne roule au fond de la vallée, trouve au milieu de sa route un groupe de robustes sapins ou de forts mélèzes qui l'arrêtent dans sa chute II demeure là ainsi suspendu tant que l'obstacle réagit contre lui de toute la force de sa jeune Sève ; mais peu à peu. et 1 un après l'autre les arbres se fanent, meurent, se dessèchent, tombent en poussière, et ntratné par les lois de la pesanteur reprend sa course et dlsparatl dans l'abîme.

Il en fut ainsi de l'art italien descendu des hauteurs su iiiiiirs où l'avaient porté les % Litres, il roulait

rapidement vers sa décadence, lorsqu'il rencontra les cinq lies, ces satellites de l'école dont le Domlniqutn est l'astre; et l'art soutenu par eux fit une halte de cinquante ans.

Du grand siècle de Léon X et de Jules II. Il ne restait plus que Michel-Ange; et pareil à ces vieillards bibliques qui survivent a on monde, le géant de la peinture et de la sculpture s'en allai: seul el silencieux, bâtissant des tombeaux au milieu des ruines.

Alors naquirent les Carraches; ils jetèrent les yeux autour deux, et reconnurent qu'Us arrivaient trop tard: leurs atnés avaient font Inventé, coût pris I

Pérugin avait pris le sentiment. Titien le coloris. Raphaël la forme. Michel-An:.. : ou. le Corrège la grâce.

Les Carraches comprirent qu'il ne restait rien pour l'individualisme: qu'en adoptant lune ou l'autre de ces qualités ils ne la pousseraient sans doute pas au degré que avait atteint lui même, et que d'ailleurs, arrivés à ce degré, ils ne seraient encore que des copistes : Ils résolurent donc de réunir en eux les qualités différentes des différens maîtres, au risque de rester au-dessous de d'eux dans leurs qualités suprêmes, mais aussi avec 1rs surpasser dans leurs qualités inférieures. Ne r Pur parfum. Ils se firent abeilles et composèrent leur miel.

Aussi apii leurs modèles autant que le

talent peut approcher du génie, autant crue l'habileté peut approcher de la i autant Que 1 esprit peut appro-

îitlment.

Leur nni il en résulta qu'ils

nt entièrement de côté les peintres mystiques, pour n'imiter et suivre que 1rs peintres naturalistes. Cela n'embleaux d'église nés de leurs pinceaux 0 et riches peintures; seulement leur Christ a le ne au pied de la croix exprime la douleur de Xlobi Jupiter, et non la la Vierge glorifiant Jéhovata.

Aussi est-ce dans la peinture païenne qu'ils excellent: leurs tableaux mythologiques snnl p ujours des il t de ce nombre Le sujet une fois adopté, il rsi Impossible de l'exécuter d'une façon

mil représente ; la femme

le plaisir, tous ses mus. I i la

a l'orgie; c'esl Frigone tout entière dan

nie nudité le satyre, de son coté, réunit rn lui la

lu centaure et la lubrteiti <- . et 11 n'y a

•mis lusou'aux i" ms le tableau qui na

LA VILLA PALMIERI

prennent part, qui ne concourent, par leurs gestes et leur physionomie, à 1 ensemble de celte Bacchanale.

Tout cela est peint largement, avec une science merveilleuse, avec une habileté extrême, et avec une fierté de couleur qui porte en elle-même l'excuse de sa rudesse. En somme, c est une œuvre de maître

Quant aux anus chastes que révolterait cette liberté de pinceau, elles peuvent, après avoir regardé la Bacchante, aller se purifier par une prière devant la Madone du l'érugin.

Les deux chambres voisines de la Tribune sont consacrées à l'école toscane. On y trouve trois ou quatre Beato Angelico délicieux ; la laineuse Tête de Méduse de Léonard de Vinci, faite pour un paysan qui demeurait dans la campagne même du père de 1 auteur, et dont les couleuvres sont vivantes; enfin ce portrait dé Bianca Capello dont nous avons déjà parlé en racontant l'histoire romanesque de la fille adoptive de Saint-Marc.

Mais la chose la plu;, curieuse peut-être que renferme la galerie des Offices, ce qu'aucune autre galerie au monde ne peut se vanter de posséder, c'est cette merveilleuse collection de portraits d'artistes peints par eux-mêmes, qui commence a Masaccio et qui se ferme à Bezzoli.

Comprend-on ce que c'est que trois cent cinquante portraits de maiires faits par les maîtres eux-mêmes, et par des maîtres comme Pérugin, comme Léonard de Vinci, comme Raphaël, comme Michel-Ange, comme André del Sarto, comme 1 Albano, comme le Dominiquin, comme Salvator Rosa, comme l'Espagnolet, comme Velasquez, comme Rubens ; chacun portant reproduits sur sa physionomie le caractère, le sentiment, le génie de 1 artiste, non pas tels que les a compris un pauvre imitateur ou un pâle copiste, mais pris sur le fait, mais peints à 1 huile, comme Rousseau dans ses Confessions, et comme Altieri dans ses Mémoires, se sont peints à l'encre l

Aussi j'avoue que cette salle des Peintres est ma salle de prédilection. J'y ai souvent passé des heures entières à chercher la ligne psychologique, si cela peut se dire, qui unissait l'artiste à son œuvre, et presque toujours je l'ai retrouvée ; étudiez surtout les têtes de Léonard de Vinci, de Raphaël, de Michel-Ange, du Dominiquin et de Salvator Rosa, et vous reconnaîtrez quie ce sont bien là les auteurs de la Cène, de la Madone à la seggiola, du Moïse, de la Confession de saint Jérôme, et du Serment de Catilina.

Une autre recommandation : passez vite près de la salle <le l'école française ; c'est une mauvaise plaisanterie, et un assez beau Poussin que vous y trouverez ne vous paraîtrait pas une compensation des quinze ou vingt croûtes qu'il vous faudrait subir.

Mais arrêtez-vous dans le corridor devant le Bacchus de Michel-Ange, en terre, par lui vendu pour antique, c'est une œuvre pleine de verve, et toute dans le sentiment du ■sujet.

Mais faites-vous ouvrir la salle où, près du masque du Faune, premier essai de Michel-Ange enfant, se trouve le buste de Brutus. œuvre inachevée de Michel-Ange vieillard Un statuaire moderne la reprit, voulut l'achever, puis s'interrompit pour venir à Paris conspirer contre Napoléon ; il se nommait Ceracchi. il périt sur l'échafaud. et personne depuis n'osa porter la main sur ce marbre terrible.

Mais entrez dans la salle de la Niobé, et là vous verrez ce que la douleur maternelle a de plus déchirant, ce que la crainte de la mort a de plus expressif : vous verrez quinze statues de marbre (1) qui pleurent, qui sanglotent, qui tremblent, qui fuient ; vous verrez un désespoir pire que celui

de Lit". car Laoc meurt avec ses enfans, et Niobé,

plus maudite encore, les voit seulement mourir.

Puis après cela visitez, si vous le voulez, la chambre des pierreries, le musée étrusque, le cabinet des médailles: mais je doute que vous y preniez grand plaisir.

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