‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 68 sur 283 · I.A VILLA PALMIEAI · texte numérisé non relu

I.A VILLA PALMIEAI

de la paix de la tijmbe : pareille a ces âmes indigentes qur ne peuvent pas même passer le Styx faute d'une obole à donner à Caron.

Que le curieux jette donc en passant un regard sur cette colonne qui, après avoir eu une existence si agitée, a maintenant une mort si misérable ; puis, après un regret accordé à cette grande infortune, qu'il entre au couvent.

C'est avant une heure seulement qu'on peut visiter Saint- Marc-al-Tocco, comme on dit à Florence. Les bons dominicains dînent, et quand ils dînent les moines ne se dérangent pas. chose qui me parait fort juste, au reste, et qu'on ne s'avise de leur reprocher que parce qu'ils sont moines.

On entre â Saint-Marc par un portique incrusté d'inscriptions et décoré de tombeaux. Un concierge vient vous ouvrir : c'est le cicérone du couvent. La première porte franchie, on se trouve dans le cloître : c'est un carré parfait, tout couvert, dans sa partie supérieure, de fresques du Poccetti et du Passignano, et dans sa partie inférieure, d'inscriptions tumulaires.

Au milieu de ces inscriptions est un immense tableau représentant la mort d'un jeune homme étendu sur son lit ; au chevet du lit est un homme qui pleure, au pied du lit est une jeune fille qui s'arrache les cheveux ; dans le lointain, sont deux figures ailées qui remontent au ciel.

Ce jeune homme qui expire, c'est Ulysse Tacchinardi ; cet homme qui pleure, c'est Tacchinardi père ; cette jeune fille qui s'arrache les cheveux, c'est madame Persianl ; enfin, ces deux figures ailées, c'est l'ange de la mort qui remonte au ciel, entraînant avec lui le génie de la musique.

Tout cela est peut-être fort beau comme pensée, mais c'est bien exécrable comme peinture.

Sans compter que c'est un peu bien hardi que de faire de la fresque sur les mêmes murs où en ont fait le Passignano. Poccetti, Beato Angelico et fra Bartolomeo.

J'éprouvai d'abord quelque étonnement de voir un chanteur enterré à Saint-Marc. Je demandai à mon cicérone ce qui avait mérité au pauvre Ulysse Tacchinardi ce grand honneur. Il me répondit que la famille avait payé 25 écus. Voilà tout.

En effet, moyennant 25 écus, tout catholique a droit de se faire enterrer au couvent de Saint-Marc. Comme on le voit, c'est pour rien : et tout ce qui m'étonne, c'est que le terrain puisse y suffire : ce qui n'arriverait certainement pas si chaque mort se réservait une place aussi exorbitante que celle qu'a prise, pour l'exécution' de son tableau, il signor Gazzanini.

Les deux grands souvenirs du couvent de Saint-Marc se rattachent à la mémoire de Beato Angelico et de Jérôme Savonarole.

L'un y a conservé la réputation d'un saint, l'autre y est regardé comme un martyr.

Il y a bien aussi un certain Antonio qui fut canonisé vers 1465; mais personne n'y pense, et on n'en parle aux curieux que pour mention.

Xous possédons au Musée de Paris un des tableaux de Beato Angelico. qu'on a relégué, je ne sais pourquoi, dans la salle des dessins, où personne ne va. et qui représente le Couronnement de la Vierge, l'un des sujets favoris du pieux artiste : c'est tout bonnement un chef-d'œuvre.

Beato Angelico est le chef de l'école idéaliste. Chez lui, rien ne se rattache à la terre : toutes les femmes sont des vierges, tous les enfans des anges : forcé de peindre sans modèle, ses créations sont des rêves de son extase. Le dessin y perd sans doute ; mais le sentiment y gagne.

Aussi la peinture de Beato Angelico est-elle de cette peinture qu'il ne faut pas juger, mais sentir : quiconque ne tombe pas à genoux devant elle est tout prêt à hausser les épaules en lui tournant le dos.

Devant un jury de peintres, ses tableaux ne seraient probablement pas admis à 1 exposition.

Si j'étais roi, j'en recueillerais tout ce qu'il me serait possible d'acheter; Je leur ferais faire des cadres d'or, et j'en tapisserais ma chapelle.

Beato Angelico fut deux fois appelé à Rome par deux papes ; l'un voulait le faire cardinal, l'autre saint : il refusa le cardinalat et la canonisation, et revint s'enfermer dans son pauvre couvent de Saint-Marc, dont il couvrait les parois de peinture.

Aussi on trouve partout de merveilleuses fresques : sur les escaliers, dans les corridors, dans les cellules. Sa composition toujours simple et toujours pieuse, achevée, le moine sublime s'arrêtait où II se trouvait, prenait ses pinceaux, et collait une page de l'Evangile sur la muraille.

Le lieu ne lui importait guère : il ne cherchait ni le Jour, ni la publicité ; Dieu voyait son œuvre, voilà tout

Il y a dans un corridor obscur une Visitation de la Madone, qu'on ne peut distinguer cju'aTec des lumières.

Il y a en face d'un escalier sombre une ravissante Annonciation de la Vierge que le Jour n'a Jamais éclairée.

Puis, dans toutes les cellules des moines, où personne ne va, il y a des Couronnemens de Madone, des Jésus au Cal-

vaire. des Madeleines pleurant, des martyrs mourant sur la terre des Saints montant au elel.

On m'a montré une Tombe du et, dans un coin

du tableau, un saint ru à mt-corps qu'on assure être le

portrait de Beato Angelico. Qu'on ne s'y laisse pas trom-

unpossible ; l'humble moine ne se serait pas ceint

le front d'une auréole.

Mais, de toutes ces peintures, la plus magnifique l'Evanouissement de la Vierge qui se trouve dans la salle du chapitre: au dernier > < Jésus sur la croix, la

Vierge s'é\. nte Madeleine, à genoux devant elle.

la retient en l'entourant de *es deux bras: saint Jean, son second fils, la feci dans les siens C'est merveilleux.

Je n'ai jamais vu île tètes dont le souvenir me soit resté dans la mémoire aussi col l'ai gardé celui de la

Vierge c'est II désespoir de la mère <ombattu par la résignation de la sainte. La femme succombe dans le combat: l'espérance de l avenir ne peut compenser la douleur du présent.

Beato Angelico a eu bien raison de refuser le canonicat : quand on on est saint de droit.

llules, que Beato Angel 0 vertes de chefs-d'œuvre, on a oubilé quelle

i une?

Puis vient Savon arole : après l'art, la liberté: après le saint, le martj t

Nous rencontrâmes dans le cloître un beau moine qui s'en allait rêvant, et à qui sa longue robe blanche donnait 1 air d'un fantôme Mon cicérone. sans même se donner la peine daller à lui. lui fit un signe de familiarité qui me blessa. Le m taire attention à cette inconvenant,

aussi

Ce moine était peintre comme Beato Angelico; mais malheureusement, comme on a oublié ce qu'est devenue sa cellule. 11 n'a retrouvé ni sa palette, ni ses pinceaux.

Le Ci iipelalt pour qu'il nous montrât la cellulle

de Savonarole

Cette cellule est située en retour d'un grand corridor; on y arrive par l'atelier du moine peintre : cet atelier était auti Bfois une chap La cellule de Savonarole donne bien l'idée du

teur qui l'a habitée ite chambre

de douze pieds i ■ dans laquelle il ne reste au-

cun meuble, aucune peinture: rien nue les quatre muraille

blanches, éclairées par ai basse fenêtre a petits

carreaux garni- de pli

C'est la que le républicain se réfugiait chaque fols que

Laurent île Médicis mettait le pied dans le couvent ; c'est là

poursuivirent les excommunications d'Alexandre VI:

. est la qu il étall an prière quand la fouie vint le chercher

pour le conduire .-. IV hatainl

Depuis Savonarole personne ne s'est jugé digne de demeurer dans la même chambre que lui. Sa cellule est restée vide.

Nou | cellule de Savonarole dans la

que l'on COI - 1 liques quel-

Ces ol oacun desquels pend un seau qui atteste

sont :

I* j ca\ rend père Jérôme (D ;

• i ou moment où u monta sur l'ichafavd

3" 1 ■ * virent iifrr Jérôme ;

V un aut ■■.■•■■,

5° // ',. du frotj de la potence u laquelle n lut atti

■ icrés.

Les / -te. en ont offert

par les moines.

Car c'csi non se - mnel aux domi-

nfle par la ville ' lu quinzli

trois ans après la mort di VIII; trente-cinq ans

après i narles VIII, Ci

■ arole avait pré •; peut-être, s'il

VIII n'eu i Naples, et

il jamais éi lue le Florence.

-i«i étiquettes p«ndant bu

■ i nçati :

r F Hieronyml;

ibulum cope-

rnudi pulrii Hitronymi;

SAINT-LAl'REXT

Saint-Laurent est le Saint-Denis de Florence, comme Santa- Croce en est le Panthéon. Dès la plus haute antiquité cette église était sous le patronage des Médicis, qui en avaient fait leur chapelle sépulcrale.

D'abord les tombeaux étaient dans d aveanx, au-

jourd hui fermes ou inconnus; soixai - dorment là

dans 1 histoire, vivant seulement par le nom de leurs -eurs.

Mais a mesure que le nom grandit, que la richesse s'augmente, les tombeaux sortent de terre avec de pompeuses inscriptions ; le marbre fleurit en leur honneur, le bronze s'arrondit en colonnes, se courbe eu cercueil, s'agenouille en statue.

Le premier tombeau remarquable est celui de Jean de Médicis et de sa femme. 11 s'élève au milieu de la sacristie vieille, et supporte la table de marbre qui en forme le milieu. Celui-là c est le second gonfalonier du nom, 6on père l'avait été en 1378.

Son fils Cosnie le Vieux, le Père de la patrie, si vanté, ce terrible arithméticien qui. résolvant son problème de despotisme futur, aimait mieux dépeupler Florence que de la perdre, est enterré au milieu du chœur de l'église: unesimple pierre, portant son épitaphe gravée, indique où il repose.

Laurent le Magnifique, avec deux ou trois autres Médicis. dans nu tombeau de bronze qui s'< - de la

porte de la sacristie vieille : on l'avait mis là en attendant qu'on lui fit un tombeau digne de lui. Il y est resté. Julien. qui a été tué dans la conjuration des Paul, y dort à ses côtés.

Maintenant voici la famille qui grandit f race-des Médicis est réduite à trois bâtard- Eippolyte, Clément et Alexandre. Mais de ces trois bâtards, l'un est cardinal. Iautre est pape, l'autre est grand-duc. Il faut une nouvelle chapelle aux Médi. is pour consacrer cette nouvelle ère de leur fortune Michel-Ange l'exécutera.

C'est Alexandre qui la commande Le premier tombeau qui se. lui de soi cent, duc d Trbin. en

eant toutefois que Laurent soit son père ; car lui-même Ignore de qui il est fil-, et ne

au duc d'i i-hin. au pape Clément VII ou an muletier qui était le mari de sa mèi te mère

était une Mauresque, 1er parce que

sa grande ressemblance avec elle bassesse de

son origine n ■ lire que le es lavre de la pauvre

femme n'eut pas les honneurs de la chapelle Saint-Laurent.

C'est sur ce tombeau qu'l S ouverte d'ir

que it le menton appuyé dan* sa main, qui, lui couvrant tout le bas ,in visage, ne laisse Vi eux, ce terrible

illence,

laquelli ai anc • ' jamais

approi lie 11 est malheureux qu'un pareil chef d'oir. I

i misérable comme i ac d l'rbln, dont

tout le mérite consiste à avoir donné à la I m pre-

mier tyran couronné et i la France la Salnt-

I | ire

Au pied du Pctwlero, Michel-Ange deux de ces

le Crépu» ule l'une s • renferment-elles une allégorie r 0

et le résultai de la discussion i ' un peu moins

avancé aujourd'hui qu'elle . | . veilla

du Jour où elle a connu, n

- ce qui est indi mmense avec

lequel ce marbre est fouill dirait de la

main d un géant qui a pesé sm re. A

tues en sortant de la ■ Jéhovah.

Pull i aprice habituel, Michel-Ange a la

tête de l'homme à moitié i

le vit la physionomie masque plus gra pu l'être u

on dit en

emme, sui

Il on voit encore toutes les éraillures du ciseau ; ce

LA VILLA' PALMIERI

qui n'empêche pas que ces pieds ne soient encore admirables et d'un modèle magnifique.

Le tombeau placé en face du tombeau de Laurent, fait due d Urbin par Léon X, est celui de Julien, fait due de Nemours par François Ier.

Comme le Pensiero, Julien est assis dans une niche parallèle à celle de son terrible pendant. Mais cette fois, le génie du statuaire s'est laissé aller à une simple ressemblance, et n'a rien voulu laisser deviner : c'est un beau jeune homme de vingt-huit à trente ans, auquel l'exagération de son cou donne beaucoup de grâce. A ses pieds sont aussi couchées deux siatues : le Jour et la Nuit.

La statue du Jour, comme celle du Crépuscule, est inachevée ; et cependant l'imagination va chercher la tête dans le marbre à peine dégrossi ; le reste du corps, terminé entièrement, est magnifique de détails; un des pieds surtoû* est miraculeux de vie et de vérité.

La statue de la Nuit, placée en opposition avec celle du Jour, est parfaitement achevée. Elle est célèbre de sa propre célébrité d'abord, puis par le quatrain de Strozzi et par la réponse de Michel-Ange.

C'est une grande famille que celle des Strozzi, dont les aïeux soutinrent dans la citadelle de Fiesole un siège de cent quinze ans. Les uns se battaient pour la république, les autres chantaient la liberté ; ceux-ci mouraient comme Iîrutus. ceux-là vivaient comme Tyrtée.

Jean-Baptiste Strozzi vint voir le tombeau de Julien comme Michel-Ange achevait la statue de la Nuit. Cette belle figure le frappa, et pendant que Michel-Ange était 'sorti un instant, il écrivit sur la muraille les quatre vers suivans, et sortit à son tour :

La Notte che tu vedi in si dolci atti Dormir, fu da un Angelo scolpita In questo sasso ; e perche dorme, ha vita ; Destala, se non credi, e paiiirati.

« Cette Nuit, que tu vois dormir dans une si douce attitude, fut tirée de cette pierre par la main d'un Ange; elle, vit, puisqu'elle dort : et, si tu en doutes, éveille-la, et elle va te parler. »

Michel-Ange rentra, lut ces vers, et écrivit au-dessous, car tout en bâtissant des tombeaux aux tyrans, le vieux républicain vivait toujours en lui :

Grato m'e il sono, ne plu l'esser di sasso; Mentre che il danno e la vergogna dura. Non veder, non sentir, m'è gran' ventura. Pero non mi destar : deh ! parla basso.

Le sommeil m'est doux, mais il m'est plus doux encore

car tout le temps que dureront noue honte

et. notre deuil, ce me sera une fortune de ne pas voir et

d» ne pas sentir. Ne m éveille donc pas. Ali ! parle bas ! »

Maintenant peut-être dira-t-on qu'il faut être la déesse de la Nuit elle-même pour dormir dans l'attitude impossible que Michel-Ange a donnée à sa statue ; mais Michel-Ange était bien homme à s'inquiéter, lui. du possible ou de l'impassible ! ce qu'il lui fallait, à lui, c'étaient de ces torses tourmentés qui laissaient voir toute la charpente humaine, et qui prouvaient que, à l'instar de Prométhée il Pouvall créer ---m semblable. Les hommes d'une certaine .taille ne doivent pas être soumis au compas et à l'équerre- 11 fau< mme ils veulent rire vus, par la terre

et par le ciel, d'en bas et d en haut.

Il y a encore dans la même chapelle une Vierge et un Entant jesns qui peuvent aussi bien être une Latone et un Spollon, une Sémélé et un Bacchus, une Alcmène et un Hercule. Michel-Ange était le sculpteur païen par excellent ; son Mosè in vincoli est un Jupiter Olympien ■ son Christ île. la Sixtine. un Apollon Vengeur

Qu'importe! tout cela est grand, tout cela est beau tout cela est sublime! Michel-Ange est colossal comme ses stala critique ne lui va pas au genou

Mais voici qu'Alexandre I»r est assassiné par son cousin Lorenzino. et que, comme on ne sait où mettre son cadavre on le jette avec celui du duc d'TJrbin. son père putatif'

ÊÏÏSï T m?,n,'e-SUr le trône' Le Principal entre dans la famille des Médicis, arrivée à son apogée, avec le fils de Jean des Bandes. Les chapelles sont si étroites, qu'on est obligé de mettre les tombeaux les uns sur les autres; les tombeaux

K.. i P« '« QUOn est obIigé de meltrc cIeux cadavres dans le même tombeau. Il faut d'autres tombeaux, il faut une autre chapelle. On n'aura plus Michel-Ange, c'est vrai

pour tailler le marbre; on grattera du jaspe, du lapislazuli. du porphyre. Le génie de l'homme absent sera remplacé par la richesse de la matière: à défaut de grandiose on fera du grand.

i est 1 époque où les artistes s'en vont et où les princes viennent. Don Jean de Médieis, frère du grand-duc Ferdinand, trace le plan de la nouvelle chapelle. Les Florentins

S les gens heureux; après avoir eu de l'architecture

il hommes de génie, ils vont avoir de l'architecture de grand seigneur; ce sera moins beau, c'est vrai, mais ce sera plus riche Pour le bourgeois, c'est une grande compensation. Aussi s i-leve t-il bien plus de cris d'admiration dans la chapelle des Médicis que dans la nouvelle sacristie ; il y a la un brave gardien qui vous fait toucher du doigt et de l'œil toutes ces richesses, qui vous explique le prix de chaque chose, qui vous dit combien la chapelle a déjà coûté, combien elle coûtera encore ; ce qu'il a fallu ile temps et d'ouvriers pour tailler toutes ces pierres dures ; d'où vient ce granit, d'où vient ce poiphyre, d'où ce jaspe sanguin, d'où ce lapis-lazuli .- c'est un cours de géologie pratique, c'est une leçon de géographie: c'est extrêmement instructif.

Il est vrai que. des deux statues qui existent et dont l'une est de Jean de Bologne et l'autre de Tacça, il en est question à peine. Elles ne sont cependant pas sans mérite; mais ce n'est que du bronze.

Il était venu à Ferdinand une idée bien en harmonie avec le gigantesque orgueil de la famille : c'était, moyennant une somme convenue, deux millions, je crois, de faire enlever le Saint-Sépulcre et de le mettre au milieu des tombeaux de sa famille. Le marché avait été conclu avec l'émir Facardin Ebneman, venu à Florence en 1613, et qui se disait descendant de Godefroy de Bouillon. L'histoire ne dit pas ce qui empêcha la chose de se faire. Quiconque a lu avec attention la vie des Médicis conviendra que le Christ se serait trouvé là en singulière compagnie.

Le grand-duc continue l'oeuvre de ses prédécesseurs ; il faudra encore vingt ans et six ou huit millions pour que la chapelle soit entièrement finie : mais, en homme de goût qu'il est, il a pris pour lui et pour sa famille un petit caveau de la nouvelle sacristie.

En sortant de la chapelle des Médicis, on monte à la bibliothèque Laurentienne : là sont neuf manuscrits recueillis pour la plupart par les soins de Cosme, le Père de la patrie ; de Pierre le Goutteux, et de Laurent le Magnifique. Les plus précieux de ces manuscrits sont : les Pandectes de Justinien, enlevées aux Amalfltains par les Pisans en 1185, et qui, du temps de la république, n'étaient montrées aux curieux qu'avec une permission de la seigneurie et à la lueur de quatre flambeaux ; sous les grands-ducs, le trésorier de la couronne en avait seul la clef, et ne leur laissait voir le Jour que sous sa propre responsabilité ; aujourd'hui elles sont tout bonnement dans une case de pupitre, assurées par une seule chaîne et. protégées par un simple cristal, à travers lequel on peut lire cette belle écriture qui, selon toute probabilité, remonte au quatrième siècle;

J'n Vlrgiîe.du quatrième nu cinquième siècle, dont il manquait les premières pages, — premières pages qui, par une espèce de miracle, sans qu'on sût comment elles se trouvaient là et comment elles avaient été détachées du corps de l'ouvrage, furent retrouvées un beau jour à la Bibliothèque du Vatican ;

Le fameux manuscrit de Longus, devenu européen par la tache d'encre qui couvre le passage dont Paul-Louis Courier a donné le premier la véritable et par conséquent l'unique version ; une lettre du savant pamphlétaire y est jointe, déclarant que cette tache d'encre est faite par étourderie ;

Le manuscrit des tragédies d'Alfieri, tout biffé, tout rattiré, tout surchargé: preuve vivante que la pensée ne se coule pas du premier jet en bronze, et que cette fermeté du style, qui semble le fruit de l'inspiration, n'est que le résultat du travail ;

Une copie du Décaméron de Boccace, donnée par un ami de Boccace neuf ans après que l'original nu brûlé, et qui passe pour avoir été transcrite sur l'original ;

Enfin un délicieux portrait de Laure, faisant pendant i un fort maussade portrait de Pétrarque, a qui le dessinateur a eu le mauvais goût de faire tourner le dus a sa bienaimée.

En sortant de l'église, et en traversant la place, on va se heurter a un socle de marbre, couvert de bas-reliefs repré sentant des scènes de guerre ; i est le piédestal d'une

Statue qui devait être élevée par Cosme 1er à son père Jean de Médicis. plus généralement connu sous le nom de Jean des Bandes N.iiies, le piédestal seul tut achevé: sans dôme Cosme ne trouva pas le temps de faire la statue; il est vrai

qu'il ne régna q epl air..

Cela ne prouve-t-U pas que Cosme n'était pas beaucoup meilleur m? au'il n'était bon père?

ALEXAXDKE DUMAS ILLUSTBE

vu

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