Sainte-Beuve, sur madame Desbordes- Valmore
LE CHEVALIER DE FLORIAN
Il est piquant de savoir qu’Estelle était battue par Némorin.
La Révolution contraria vivement le chevalier de Florian, qui 1 avait comprise d’une tout autre manière. Dès les premiers troubles, il se réfugia à Sceaux, où il vécut très retiré. Il écrivit le 17 février 1792 à Roissy d’Anglas :
«Je passe doucement ma vie au coin de mon feu, lisant Voltaire et fuyant des sociétés qui sont devenues des arènes affreuses où tout le monde hait la raison, où les vertus ne sont même plus louées, où l’humanité, la première des vertus, et la modération, la première des qualités, sont méprisées par tous les partis. Je me trouve fort bien de ma solitude, et, si j’y recevais souvent de vos nouvelles, je l’aimerais encore plus. »
Florian s’était montré très empressé, vers ce temps-là, auprès de la troisième fille de M. Le Sénéchal, administrateur des domaines. Elle n’avait pas été insensible aux attentions d un homme plus âgé qu elle de quatorze ans, mais agréable et célèbre. Sans être fiancés l’un à l’autre, ils avaient échangé des engagements sur la foi desquels Sophie (c est le nom de cette jeune fille) se reposait avec confiance. Nous possédons un portrait littéraire de Sophie à dix-neuf ans. Il n est pas inutile de dire, avant de mettre ce portrait sous les yeux du lecteur, qu’il est de la main d un rival malheureux du chevalier. « A la régularité de ses traits, si 1 on en croit ce témoin, Sophie joignait une physionomie animée. C’était une beauté grecque ou une beauté française, suivant qu’il lui convenait; seulement il lui manquait l’éclat du teint. La fierté semblait d’abord le premier caractère de sa figure, mais les impressions de la pitié y jetaient comme un rayon céleste. Dès qu’elle entendait raconter une belle action, ses yeux lançaient une
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noble flamme. Elle aimait avec un goût trop vif les traits saillants de l’esprit. »
Et le portraitiste amoureux ajoute ingénument : « C’est ce qui faisait ma désolation, car je ne pouvais soutenir avec elle ce genre de lutte. » Puis d met les derniers traits au tableau : « Une extrême activité compromettait sa santé, qui déjà donnait quelques signes inquiétants. La musique' la peinture, la traduction de quelques romans anglais, auxquels elle ajoutait parfois des scènes très vivement frappées, remplissaient alors des journées qu’il fallait disputer aux chagrins les plus poignants. » Vive, spirituelle, mélancolique et lettrée, Sophie Le Sénéchal était tout à fait à la mode et au goût du temps. Son père occupait une de ces fonctions civiles que la riche bourgeoisie se partageait car les offices de judicature et de finance à tous les degrés appartenaient alors au tiers état. M. Le Sénéchal avait établi ses deux filles aînées dans la noblesse; la preniière était marquise de Chérisey, la cadette marquise dAudiffret. C’était par lui-même un homme insignifiant. Mais sa femme avait quelque prétention au bel esprit et tenait un salon ouvert aux gens de lettres. Cette famille, naguère opulente, était à peu près ruinée par la Révolution. Les biens de l’administrateur des domaines, tenus sous séquestre, s’y dévoraient sûrement. Après le 10 Août, M. Le Sénéchal jugea prudent de quitter Paris, où il était soupçonné de modérantisme. Il se retira à Rouen avec sa famille. C est là qu’il connut Charles Lacretelle, dit Lacretelle jeune, âgé alors de vingt-six ans. Celui-ci ne fréquenta pas longtemps la maison Le Sénéchal sans devenir amoureux de la jeune Sophie. Il lui cacha cet amour avec cl autant plus de facilité qu’elle ne le partageait pas. Elle ui disait : « Mon frère, » et il ne tarda pas à sentir toute
LE CHEVALIER DE FLORIAN
l’amertume de ce nom dont il avait d’abord goûté la douceur. Gomme c’était un fort honnête jeune homme, il informa de ses vues et de ses sentiments la mère de la belle Sophie. La réponse qu’il obtint ne pouvait être favorable. La voici, telle qu’il nous l’a transmise :
« C’est au frère aîné de Sophie que je vais faire une confidence qui mourra dans son sein et que je crois nécessaire à votre repos. — Ne vous abusez pas; renoncez à tout espoir. Ma fille est aimée du chevalier de Florian et ne paraît pas insensible à cet hommage; je souhaiterais pourtant qu’elle en perdît le souvenir ; car j’ai vu l’amour du chevalier décliner à mesure que notre fortune lui a paru baisser, et chaque jour de la Révolution en compromet les restes. N’imaginez pas que ce soit l’homme de ses bergeries; il a trop de probité pour être un séducteur, mais il a trop de prudence et de calcul pour être un Némorin. »
11 ne paraît pas que le rival qui entendit ces paroles les ait le moins du monde adoucies. Telles qu’il les rapporte, elles sont vraiment trop dures. Si le chevalier ne s’empressait pas d’épouser mademoiselle Le Sénéchal, il était facile de supposer à ses retards d’autres raisons que celle de la cupidité déçue. Suspect lui-même et sans cesse inquiété dans sa retraite de Sceaux, il pouvait raisonnablement juger qu’à la veille de la proscription ce n’était pas le temps d’unir sa destinée à celle d’une jeune fille notée elle-même d’incivisme. C’eût été là une généreuse folie, et M. de Florian n’était capable de folies d’aucune sorte. 11 professait volontiers avec Parny que :
^ Une indifférence paisible
Est la plus sage des vertus.
LA VIE LITTÉRAIRE
Il était trop prudent pour n’être pas un peu égoïste et 1 estimait, lui aussi, que, dans une pareille époque, c’est assez de vivre, sans rien de plus. Madame Le Sénéchal qui ne se faisait pas d’illusions sur son caractère, loin de a, ne tarda pas à acquérir une nouvelle preuve des dispositions paisibles du chevalier. Fixée à Montrouge avec sa famille dans les derniers mois de 1792, cette dame donna asile au marquis d’Audiffret, son gendre, qui était porté sur une liste d émigrés. Il fut dénoncé par des patriotes de Montrouge et aussitôt arrêté. Madame Le Sénéchal pria Florian d attester que M. d’Audiffret n’avait pas quitté le territoire de la République. C’était la vérité, mais il y avait péril à porter ce témoignage. D’Audiffret n’était point un émigré, mais c’était un ci-devant. Son beau-frère le marquis de Chérisey, avait émigré. D’Audiffret était deux fois suspect. Florian, ci-devant lui-même, ne pouvait se montrer sans danger. Il s’excusa. Son jeune rival, trop eureux de saisir une occasion qu’on lui laissait, s’offrit
P'“® grands risques en faisant
e emarche ; car sa collaboration au Journal de Paris avec André Chénier, pouvait n’être pas oubliée. Pourtant 1 n hésita pas,^ se présenta devant la municipalité et btint la liberté du beau-frère de Sophie. Est-il besoin de dire qu il n en fut pas aimé davantage? Heureux encore si on lui pardonna d’avoir laissé voir une grandeur d’âme que 1 homme aimé n’avait point montrée ! C’est là un grief qu une femme qui aime ne supporte pas volontiers Le cheva ler faisait visite assez souvent à madame Le
trait Ïs à gaieté et ne mon-
UcreteZ 7 ni amour ni galanterie. « Un soir, dit
retelle, il entra brusquement au moment où nous
improvisions, vaille que vaille, une comédie-proverbe tirée
LE CHEVALIER DE FLORIAN
de Gil Blas^ où le général Baraguay d’Hilliers, à la grande et noble stature, représentait le capitaine Roland, moi Gil Blas, et la jolie madame d’Audifîret la vieille Hébé, qui servait à boire aux voleurs. Je ne vis jamais une figure plus sombre, plus indignée que celle de Florian. C’était un prophète aux cheveux hérissés. 11 venait de lire une séance des Jacobins, pleine d’atroces propositions qui ne devaient être que trop tôt converties en décrets, et pour lui il les lisait comme autant de décrets déjà rendus. Il semblait se plaire, pour nous punir de notre gaieté, à nous pétrifier de terreur. Peu s’en fallut qu’il ne nous annonçât notre mort à nous tous. L’avis eût été bon s’il y avait eu des moyens de fuir. C’est ce que lit observer avec douceur madame Le Sénéchal. Après son départ, nous voulûmes reprendre la pièce commencée, mais nous n’y pûmes parvenir. »
Certes le chevalier avait tort de n’être point gai. Je tiens d’une personne fort spirituelle et fort sensée que la gaieté est la forme la plus aimable du courage. Mais il faut reconnaître que les inquiétudes du ci-devant chevalier étaient fondées. Bientôt, cet homme inofîensif, victime d’une odieuse et folle suspicion, fut mis en état d’arrestation et conduit à la Bourbe. On appelait vulgairement ainsi l’ancien couvent de Port-Royal de Paris, devenu une prison ^ sous le nom de Port-Libre. C’était une demeure habitable encore, malgré l’encombrement, et dont le régime était moins dur que celui des autres maisons d’arrêt.
La compagnie y était excellente. Le soir, les femmes, parées avec grand soin, se réunissaient aux hommes dans la salle commune, qu’elles transformaient en un salon élégant. Le poète Vigée et le citoyen Coittant y disaient des vers. Le baron de Wirbach y donnait des concerts, et l’on
LA VIE LITTÉRAIRE
affirme que ce baron de Wirbaoh était la première viole d amour de son siècle. Un acacia, planté dans une des cours, abritait, dit-on, les plus douces confidences Un
poète reconnaissant le célébra dans une ode qui se termine par ce vers :
Sous son ombrage on fut heureux.
On lit dans le journal d’un des détenus de la Bourbe à la date du 27 messidor an 11 (Ib juillet 1794) : « On nous a amene ce matin un homme bien estimable, le chevalier de Florian, auteur de Numa, à' Estelle, etc. » Trois jours après es détenus se réunirent, le soir, pour entendre un des leurs chanter une chanson du nouveau venu, dont ils s honoraient d’être les compagnons d’infortune. Il ne paraît pas que Florian se soit associé à ces pâles fêtes de la captivité. On ne dit pas qu’il s’entretint avec les femmes ga animent vêtues ni qu’il s’assit, la nuit, sous l’acacia.
D ailleurs, sa détention fut de courte durée. Il sortit de la Bourbe peu de jours après le 9 Thermidor. De retour dans sa chere retraite de Sceaux, il ne put retrouver en lui-même la paix qui 1 environnait. La fièvre le consumait. A chaque coup frappe a sa porte, son imagination troublée lui figurait des patriotes armés de piques venus pour l’arrêter II
fructidor
an II (15 septembre 1794), à l’âge de trente-huit ans. Peu de mois apres, mademoiselle Sophie Le Sénéchal se maria
Kose Gontier épousa son camarade Allaire Tel est le véritable Florian. Il battait sa maîtresse, et il n épousa pas mademoiselle Sophie. Mais l’ombre d’Estelle — encore sur sa tombe dans le cimetière du village S
A propos de l’inauguration de la
Statue d Armand Carrel à Rouen
IL y a differentes manières, pour un homme de parti, d’inspirer du respect à ses adversaires. On y parvient le plus sûrement par une longue, immuable et majestueuse incapacité. Mais il n’est pas toujours impossible d’en venir à bout par la force du talent unie à la grandeur du caractère. Carrel en e.st un exemple. Ses ennemis politiques, bien qu’il leur fût redoutable, s’inclinaient devant la noblesse de son âme. Carrel avait été sous-lieutenant avant de devenir journaliste. Il porta dans la vie politique les brillantes vertus des armes. Quelques traits suffiront à peindre sa fierté.
Fils d’un marchand de toile de la ville de Rouen,
Armand Carrel était, en 1820, un des plus intelligents et des plus capricieux élèves de Saint-Gyr. Sa fougue et son élégance annonçaient un bon officier. Mais il était peu docile; il étalait, en outre, avec une g’énéreuse imprudence, son admiration pour les soldats de la République et de l’Empire. Le commandant de l’École était alors le général comte d’Albignac de Castelnau, brave militaire qui, oubliant ses services honorables dans la Grande-Armée, se souvenait seulement d’avoir émigré en 1791. 11 affectait de regarder le libéralisme comme une bassesse indigne d’un
— Pensant comme vous faites, dit-il un jour au jeune ami des brigands de la Loire, vous feriez mieux de tenir 1 aune dans le comptoir de votre père.
Carrel lui répondit :
— Mon général, si jamais je reprends l’aune de mon pere, ce ne sera pas pour mesurer de la toile.
Trois ans plus tard, Carrel se battait en Espagne, contre larmee dela Foi, dans la légion libérale étrangère, composée de Français et d’Italiens. Dans un engagement le colonel commandant la légion, un Italien, crut voir que les
Français commençaient à plier. Il se jeta au galop de leur cote et s écria :
Français, vous fuyez!...
Alors Carrel, s’élançant au-devant de son chef, lui dit d une VOIX forte :
— Vous en avez menti!
L’année suivante traduit devant un conseil de guerre français, il opposait à l’accusation le témoignage de son
— Dans votre position, lui dit le président, vous ne pouvez invoquer l’honneur.
LA STATUE D’ARMAND CARREE A ROUEN
En entendant ces mots, Garrel saisit sa chaise, et il allait la lancer à la tête du président lorsqu’il fut entraîné hors de la salle par les soldats qui le gardaient.
Voilà l’homme peint en trois traits. La fierté fut le ressort de son âme. Aussi n’est-il pas surprenant que, dès l’adolescence, il se soit senti du goût pour les armes. Ce n est pas à dire qu il eût la vocation militaire. Les vertus qui lui manquaient pour faire un soldat exemplaire ne sont pas, peut-être, les plus éclatantes; ce ne sont pas assurément les moins nécessaires. Il ne savait pas obéir. L’esprit de sacrifice lui lit toujours défaut. Il ne soupçonna jamais ce sublime amour du renoncement qui fait les bons prêtres et les bons soldats. Aussi verrons-iious qu’il resta peu de temps au service et fut loin de s’y conduire d’une manière irréprochable.
Il fut nommé sous-lieutenant l’année de la mort de Napoléon. C’était un douloureux moment pour entrer dans l’armée. Il est vrai que la loi Gouvion-Saint-Gyr, votée en 1818, malgré l’opposition des royalistes ultra^ retirait l’avancement au bon plaisir du roi pour le soumettre à des règles fixes. Il est vrai que beaucoup d’officiers de l’Empire étaient rentrés dans les cadres. Mais le commandement s’exerçait encore bien souvent dans un esprit de haine et de rancune. Les vieux soldats, punis de leur gloire, obéissaient en frémissant à des fils d’émigrés. Ils entendaient crier le sang des héros dont ils avaient été les compagnons et qu’on avait indignement mis à mort : Ney, les deux frères Faucher, La Bédoyère, Mouton-Duvernet, Charton, sans compter le brave colonel Boyer de Peyreleau, condamné à la peine capitale pour avoir défendu la Guadeloupe contre les Anglais, sous le drapeau tricolore. Cette armée, justement irritée, désespérée, pleine de regrets
aussi grands que ses souvenirs et haïssant ses drapeaux neufs, était travaillée par les nombreuses sociétés secrètes que les libéraux organisaient autour d’elle. La charborvnerie, née sur la terre classique des complots, dans les cabanes des Abruzzes, établissait dans toute la France ces réunions mystérieuses qu'elle nommait des ventes, parce qu a 1 origine les conjurés se donnaient pour des charbonniers vendant leur charbon. Ceux-ci et les « chevaliers de la Liberté, » qui leur étaient affiliés, tramaient sans relâche des complots militaires, débauchant des officiers et des sous-officiers auxquels ils faisaient courir plus de dangers qu ils n en couraient eux-mêmes.
Carrel était alors sous-lieutenant au 29' de lis-ne oui tenait garnison dans Belfort et Neuf-Brisach. Très ie’une res ardent, amoureux du péril autant que de la liberté il entradans un complot qui avait pour but de souleverie,
foTreTne f Proclamer un gouvernement provitlrt -oompagna un des cLbonli à
OU devait éclater le mouvement. Mais quand il yriva dans cette ville, les trames étaient décou’vertes les
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route de Neuf-Brisach, où il arriva de bon matin avant 1 exercice. Un de ses biographes, ayant raconté ce^ fefte ajoute : « Lorsqu on fit une instruction pour rechercher le complices des officiers de Belfort et surïLt oe quel était celui qui s était rendu de nL t-B saeh da^is ville, on ne put rien découvrir et les ®
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t a lait en dehors des menées. » Cette conséquence de on action dut être particulièrement pénible à ce jeune
LA STATUE D'ARMAND CARREE A ROUEN
homme loyal, toujours prêt à réclamer le prix de ses actes, ce prix fut-il la mort. D’ailleurs, la conspiration de Belfort eut des suites plus lamentables. Les sous-officiers du 45® de ligne, gagnés par les carbonari, conspiraient encore. Les quatre sergents de la Rochelle payèrent de leur tête pour tout le monde : car tout le monde était plus ou moins dans l’affaire, même La Fayette, même M. Laffitte. On voudrait croire qu’un tel exemple fit une impression profonde sur l’esprit de Carrel et que cet homme de cœur détesta dès lors ces conjurations militaires dont 1 issue la plus probable est la perte de quelques malheureux. Mais il faut reconnaître que Carrel n’eut jamais un sens juste des devoirs du soldat. Son impatience, son orgueil et plus encore le malheur des temps firent de lui un mauvais officier. Il ne cessa jamais de conspirer. En garnison à Marseille, il envoya à un journal de cette ville des attaques anonymes contre son colonel. Il écrivit aussi aux Cortès espagnoles une lettre politique qui fut saisie. C est là une conduite qu’il est impossible d’approuver, à quelque parti qu on appartienne : car elle offense grièvement l’esprit militaire et la discipline de l’armée. En 1823, quand le gouvernement prépara la campagne d’Espagne, Carrel fut laisse à Aix au dépôt de son régiment. Donnant dans cette ville de nouveaux sujets de plainte, il reçut l’ordre de garder les arrêts forcés. Cette disgrâce lui fut amère. On ne saurait nier qu’il ne l’eût bien méritée. J’ai sous les yeux une lettre qu’il écrivit alors au général baron de Damas, qui commandait la 10® division militaire. Bien qu’elle soit un peu longue, je la donne tout entière, moins encore parce qu’elle est absolument inédite que parce qu’elle me semble très intéressante et surtout très instructive.
LA VIE LITTÉRAIRE
Mon général,
J’ai reçu, à Aix, l’ordre de garder les arrêts forcés en attendant
une decision du ministre provoquée contre moi par M. le colonel Lacnau.
Je SUIS accuse par lui d’avoir cherché à exciter des troubles dans la compagnie dont je faisais partie. J’ignore ce qu’il a pu imaginer poy donner un caractère probable à cette accusation; j’ose donc reclamer de vos bontés une enquête prompte et sévère depuis le courant, jour auquel mon ordre de départ pour Aix m’a été remis, j usqu au « courant, mon départ pour cette destination. Le seul
f??® existé entre moi et la S- compagnie du
bataillon, pendant ces trois jours, prouvera l’atrocité d’une calomnie dont le but parait être de me faire passer devant un conseil de guerre sous le poids d’une odieuse prévention
Ion '““P®»"'® et l’adjudant-major de mon batail-
on attesteront que je n’ai point paru au quartier depuis l’appel du
-, . J assistais comme officier de semaine, et un billet que
J ai écrit aux sous-officiers de la 5* compagnie suffira pour me laver des provocations au désordre que l’on m’attribue. L’enquête
ane d’’ manquer de m’être favorable;^ j’en
a tendrai le résultat pour donner ma démission, fondée sur h double injustice dont je crois avoir à me plaindre. Je ne crois pas en effet, que rien puisse motiver mon renvoi au dépôt : à peine sorti e 1 Ecole mditaire, bien portant, aussi capable de servir que qui que ce soit, fermement décidé à faire mon devoir, il n’appartiLt pas a de vaines opinions de me fermer une carrière qu^on nous montre comme celle de l’honneur, à moins que des mL à peine definis ne soient des garanties de dévouement pour les uns et des
bé re i’aTni“ll°t“ ''' T""' ®''ee d® tels motifs de
etre jai pu le témoigner devant des camarades ou des étrangers
La chaleur naturelle à un jeune homme, l’aigreur qui naît du sen'
rWt m“aTs 7/“ P'®i"’®s tin caractère'
t, mais il y a loin de la aux tentatives criminelles qu’une ven
geance particulière a pu seule inventer pour me perdrl et jamais b7 dont 7 “'“du de Li les expresLnV ign !
Mes dont je saurai me laver dans l’enquête que ie demande^ le prouverai la, par des récriminations qui me sont faciles, que le mal
LA STATUE D'ARMAND CARREE A ROUEN
existant aujourd’hui dans le 29» n’est venu ni de moi, ni des officiers dont Je partage la disgrâce, et que celui, qui, contre les intentions encore inconnues du ministre et les assurances consolantes que vous-même, mon général, avez bien voulu nous donner, a peint à nos anciens camarades et subordonnés les officiers mis au dépôt comme des artisans de trouble et des ennemis du gouvernement, est le seul capable d’indisposer le régiment, si le dévouement à la monarchie, l’esprit de subordination dont il a donné de si belles preuves avant lui pouvaient cesser d’être inébranlables. C’est le colonel Lachau qui a créé parmi nous des coteries secrètes, des partis qui n existaient point, et y a distribué, classé les individus selon son caprice. Nous ne connaissions avant lui ni haine, ni défiance, ni espionnage. Il n’y avait point de nuances d’opinion pour des hommes qui servaient également bien. Le colonel s’est séparé de nous. Ses harangues scandaleuses ne nous ont jamais témoigné que des soupçons et de l’animosité. Il a souffert qu’on chantât en sa présence des couplets aussi injurieux pour son corps d’officiers que bassement adulateurs pour lui. J’en ai trop dit peut-être, mon général, mais, si les voix de tous ceux que le colonel force au silence par la terreur pouvaient s’élever avec la mienne, vous verriez jusqu’à quel point il a abusé de l’affreux principe : diviser pour régner.
— J’espère qu’avant la décision du ministre vous aurez la bonté de faire droit à ma demande. Je suis prêt à quitter le service, mais je tiens à confondre d’abord mes accusateurs. Il importe peut-être à la sage modération avec laquelle vous avez toujours commandé qu’aucun des officiers qui ont eu l’honneur de servir sous vos ordres ne soit victime de perfidies qu’une justice éclairée peut dévoiler. Dans cette confiance, j’ose vous exprimer mes regrets de ne point être appelé à combattre dans les rangs de mes camarades et vous prier de croire aux sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Mon général.
Votre très respectueux et très soumis,