Sérénus, par Jules Lemaître, in
SÉRÉNUS
Après M. Ernest Renan, avee quelques autres, M. Jules Lemaître répète, sous les formes les plus ingénieuses, le mot profond du vieux fonetionnaire romain : « Qu’est-ee que la vérité? » Il admire les croyants et il ne croit pas. On peut dire qu’avec lui la critique est décidément sortie de l’âge théologique. Il conçoit que sur toutes choses il y a beaucoup de vérités, sans qu’une seule de ces vérités soit la vérité. Il a, plus encore que Sainte- Beuve, de qui nous sortons tous, le sens du relatif et l’inquiétude avec l’amour de l’éternelle illusion qui nous enveloppe. Un vieux poète grec a dit : « Nous sommes agités au hasard par des mensonges; » de cette idée, M. Jules Lemaître a tiré mille et mille idées, et comme une philosophie éparse dans des feuilles détachées.
C’est la philosophie d’un honnête homme. Vous entendez bien ce mot. Quand je dis honnête homme, je dis un esprit dont le commerce est doux et sûr, une intelligence qui ne connaît point la peur, une âme souriante et pleine d’indulgence. M. Jules Lemaître est tout cela. En ajoutant qu’il a l’ironie légère et le sensualisme délicat, bien qu’un peu vif, j’aurai fait l’esquisse de son portrait. En dépit de sa belle culture classique, il ne tient pas trop au passé. Nous l’avons bien vu un jour que nous eûmes l’idée de le mener voir, aux Beaux-Arts, l’Hermès de Praxitèle et les frontons du Parthénon. Nous étions trois mortels devant les vrais dieux et les vraies déesses, et je fus le seul tout à fait respectueux. Il arriva ce jour-là, comme d’habitude, que l’esprit ne fut pas du côté du respect. Je ne sais pas si M. Jules Lemaître admire beaucoup son temps, mais il l’aime. Paris, tel qu’il est, lui plaît beaucoup. Il y est heureux, malgré « l’ennui commun à toute créature bien née. » Le mot n’est pas de
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moi; il est de Marguerite d’Angoulême, la sœur de François 1®''.
Mais pourquoi, dites-vous, s'il aime tant Paris, nous conduit-il à Rome, chez Sérénus? Je vous répondrai qu’il a choisi, pour aller à Rome, le temps où l’on avait à Rome bien des idées et bien des sentiments que l’on a aujourd hui a Paris. Le mal de Sérénus fut l’impossibilité de croire. Sa sœur était chrétienne; elle était belle; elle avait la douceur impérieuse des saintes; elle le conduisit dans la petite église, où il éprouva des sentiments étranges et contradictoires, quelque chose de ce que sentirait un galant homme introduit dans une assemblée de spirites, SI les spirites étaient des martyrs, ou dans un conciliabule de nihilistes, si les nihilistes attendaient la mort sans la donner. Il fut saisi d’une sorte d’admiration et il éprouva en même temps d’invincibles répugnances. Voici comment il rend compte lui-même de ce double sentiment. 11 analyse d’abord les raisons qu’il a d’admirer et a aimer ces braves gens ;
« foutes les vertus, dit-il, que les philosophes avaient
disciples de Christus, transformées par un sentiment nouveau ; 1 amour d’un Dieu homme et kn Dieu cru^fif amour sensible, ardent,, plein de larmes, de confiance’ de tendresse, d espoir. Evidemment, ni les forces natu’ relies personnifiées ni le Dieu abstrait des stoïciens n’oni jamais inspiré rien de pareil. Et cet amour de Di^ ource et commencement des autres vertus chrétiennes’ leur communiquait une pureté, une douceur, une ôncrn
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rait s’il n’étLt r f ee qui l’éloigne-
t retenu par le chaste attrait de Séréna ;
SÉRÉNUS
<( L idee que mes nouveaux frères avaient de ce monde et de cette vie heurtait en moi je ne sais quel sentiment de nature... Malgré mon pessimisme persistant..., il me déplaisait que des hommes méprisassent si fort la seule vie, après tout, dont nous soyons assurés. Puis je les trouvais par trop simples, fermés aux impressions artistiques, bornés, inélégants... Un peu de souci de la patrie romaine se réveillait en moi; je m’effrayais du mal que pouvait faire à 1 Empire, si elle continuait de se répandre, une telle conception de la vie, un tel détachement des devoirs civils et des occupations profanes... J’étais choqué que ces saints fussent si sûrs de tant de choses, et de choses si merveilleuses, quand j’avais, moi, tant cherché sans trouver, tant douté dans ma vie, et mis finalement mon orgueil dans mon incroyance. »
Bientôt les chrétiens eurent le bonheur d’être persécutés. Sérénus, qui était homme de goût, resta parmi eux. Sa mort stoïque eut les apparences du martyre. Son corps fut enseveli parmi ceux des saints, dans le tombeau de la famille Flavia. Transporté à Beaugency-sur-Loire, en l’an de grâce 860, il ne tarda pas à opérer des miracles. Il rendit notamment la vue à un aveugle et la vie à la jument d’un prêtre.
Voilà l’histoire de Sérénus. Et remarquez bien que l’impossibilité de croire, qui est le mal de ce galant homme, ne sévit pas seulement dans la partie religieuse de son âme. Elle le dévore tout entier. En politique, comme en amour, il ne croit pas. Il ne trouve de raison de se déterminer que dans un certain sentiment de l’élégance morale qui survit chez lui à toute conviction et à toute philosophie. Le malheur est qu’on cesse d’agir quand on est ainsi. Il y a lieu de s’en inquiéter. Le bonhomme Franklin n’avait
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pas, tant s’en faut, autant d’esprit et de goût que Sérénus; mais il possédait le sens pratique et il sut se rendre utile à ses concitoyens. Il était laborieux; il faisait sa tâche et voulait que chacun fît la sienne.
— Quand vous serez embarrassé pour prendre une decision, disait-il, allez chercher une feuille de papier blanc et divisez-la en deux colonnes. Vous écrirez dans une des colonnes toutes les raisons que vous avez d’agir, et, dans l’autre, toutes les raisons que vous avez de vous abstenir De même qu’en algèbre on supprime les quantités semblables vous bifferez les raisons qui se balancent et vous vous déterminerez d’après la raison qui subsistera.
Jamais Serenus n’emploiera cette méthode, qui n’est pas faite pour lui Sérénus épuiserait tous les papyrus et toutes les tablettes de cire, il userait ses roseaux du Nil et son poinçon d’acier avant d’avoir épuisé les raisons que lui suggérerait son esprit subtil, et finalement il n\n
Faut-Il donc agir? Sans doute qu’il le faut! Rappelezvous le premier mot prononcé, dans le second FaZ, par le petit homme que le famulus Wagner vient de fabriqLr avec ses cornues. A peine sorti de son bocal, ce peti
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La Réception de M. Léon Saj à r Académie Française
Nous avons entendu jeudi, à l’Institut, la fourmi faire l’éloge de la cigale. La louange était piquante, inattendue, heureuse. Il faut dire aussi que la fourmi n’est pas ce que croit le fabuliste; elle est économe de la fortune publique; c’est ce qu’on appelle économiste; elle est sage, elle est laborieuse, elle n’est point ingrate et elle sait qu’il ne faut point offenser la cigale, aimée des Muses. Gela revient à dire que M. Léon Saj a parlé agréablement de ce bon Jules Sandeau, dont le souvenir est si aimable. Le nouvel académicien a dit aussi sur Edmond Abouf des choses tout à fait intéressantes. Il s’est exprimé en homme de goût, avec une élégance naturelle et la vivacité d’une
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intelligence aiguë, qu’affina la pratique des affaires. Il ne s est pas pique de littérature plus qu’il ne convenait. 11 n’est point tombé dans le travers de Philippe, roi de Macédoine, qui voulait s’entendre en chansons mieux que les chansonniers. Il a voulu rester l’homme qui goûte et qui sent. Il a bien fait; car son goût est fin et son sentiment juste. Pourtant, je le contredirai sur deux points, parce que, s il faut toujours dire la vérité, c’est surtout aux triomphateurs qu on doit la faire entendre. Mon principal grief est qu il a passé un peu lestement sur les romans de Sandeau; il n’a même pas nommé la Maison de Penarvan. Je reviendrai tout à l’heure sur ce sujet. Mon second reproche s’applique à un certain portrait qu’il a fait incidemment, en quelques traits rapides, d’une inexactitude que je tiens pour exemplaire. Il nous a montré « un maître charmant, plein de tact et de mesure, un poète très fin, qui dit les choses sans appuyer, laissant ainsi à l’auditoire le plaisir de croire qu’il collabore, en l’écoutant, avec 1 homme d’esprit qui a écrit la pièce... » En ce maître charmant, en ce fin poète, en cet homme d’esprit, il veut nous faire reconnaître M. Émile Augier. J’y éprouve, pour ma part, quelque peine, et j’affirme que le portrait manque de ressemblance. Ce n’est pas que l’auteur du Fils de Giboyer soit dépourvu de finesse et de mesure; mais ses qualités essentielles sont tout autres. Il ne dit pas les choses sans appuyer; il appuie au contraire avec une heureuse rudesse. 11 est robuste, il est ferme; il frappe juste et fort. Il a plus d’énergie que de grâce et plus de droiture que de souplesse. Ses créations ne laissent rien à eviner. Le maître les jette en pleine lumière. Elles n’ont rien d inachevé, rien de mystérieux. On n’avait qu’à nommer la Vigueur et la Probité pour faire apparaître
LA RÉCEPTION DE M. LÉON SAY
M. Emile Aiigier entre ses deux Muses. A Dieu ne plaise, monsieur Léon Say, qvie vous sachiez ces choses aussi bien que moi. A Rome, au temps de Néron, certain tribun des soldats, fils d’un honnête publicain, montrait dans l’administration militaire des talents qu’il avait précédemment exercés dans l’administration civile. 11 était laborieux et sage, mais il dormait au théâtre. Il n’en parvint pas moins à la première magistrature de l’État. Je soupçonne M. Léon Say d’avoir quelquefois sommeillé de même au Théâtre-Français pendant qu’on jouait Gabrielle ou les Fourchamhault . Il n’y a pas grand mal à cela et M. Émile Augier est le premier, j’en suis sûr, à lui pardonner. Les hommes d’État n’ont pas toujours le loisir de fréquenter les Muses; il faut seulement qu’ils ne se brouillent pas avec elles, car ce serait se brouiller avec la grâce et la persuasion, et qu’est-ce, je vous prie, qu’un président du conseil sans la persuasion et la grâce? Il faut beaucoup de choses pour gouverner, beaucoup de bonnes choses et quelques mauvaises. Ne vous y trompez pas : il y faut du goût. Sans le goût, on choque ceux mêmes qui n’en ont pas. Mon confrère et ami M. Adolphe Racot prête au héros de son dernier roman cette idée que, pour la conduite des hommes, le goût vaut l’intelligence et la probité. Je n’irai pas jusque-là; mais il est vrai que le goût suppose la justesse de l’esprit, la délicatesse des sentiments et plusieurs fortes qualités dont il est la fleur.
M. Léon Say a du goût. Il y paraît dans l’élégante simplicité, dans la clarté abondante de sa parole.
Ses discours politiques, particulièrement ceux qui traitent de finances, sont d’un art achevé. Tout y semble facile. C’est un rare plaisir que d’entendre M. Léon Say à la tribune du Sénat. La voix est claire. Au début, elle
semble un peu aigre. C’est justement ce qu’il faut pour qu on sache gré à l’orateur de l’adoucir ensuite. Dès la seconde phrase, elle ne garde d’aigu que ce qu’il faut pour bien entrer dans les oreilles. Elle les mord sans les blesser. La diction, bien qu’aisée, n’est pas coulante à exces. M. Leon Say n’a pas cette parole savonnée qui glisse et ne pénètre pas. Certes, la tribune n’est pas faite pour les orateurs pénibles; ceux-là font partager à leurs auditeurs la fatigue qu’ils éprouvent; par une sympathie involontaire on souffre de leur souffrance. Mais un orateur dont la parole est trop fluide et se répand d’un cours éo-al n inspire, dans une assemblée, qu’un intérêt superficfel.
faut que celui qui parle paraisse chercher et choisir ses idees et ses paroles. La recherche doit être rapide et le choix sûr; encore faut-il que l’un et l’autre se sentent dans quelques inflexions de la voix et dans certains ralentissements du débit. 11 faut enfin que le travail de la pensée reste sensible au milieu de l’action oratoire. M. Léon Say a ce quon peut appeler la parole vivante. Il anime les abstractions; il trouve, pour amuser et soutenir l’attention plusieurs des ressources qu’avait M. Thiers. Il explioue’
I compare il cite des exemples, il raconte des historiettes^
II est familier, il pénètre dans l’intimité des choses. Il à ces finesses qui font un piquant contraste avec la rondeur de sa personne. S’il ne sait point s’échauffer, il ne dit rien qui exige e la chaleur. Comme il est toujours maître de son sujet. Il le renferme dans les limites je son talfnt et
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tour de force, je m en garderai bien; la louange serait
LA RÉCEPTION DE M. LÉON SAY
fausse. Les questions financières sont par elles-mêmes aussi intéressantes que toutes les autres grandes questions. Pour être plus abstraites que d’autres, elles n’en sont pas plus arides. L’esprit trouve à les étudier une profonde satisfaction. Elles offrent aux déductions des bases solides et larges. Elles plaisent à la raison par leur exactitude et à l’imagination par leur étendue. Enfin, elles sont chose humaine. Elles appartiennent à l’homme par leur principe et par leur fin. Elles sont donc intéressantes par elles-mêmes et se prêtent naturellement au biendire. 11 y a un bon style de finances comme il y a un bon style littéraire.
Mais je reviens à ma querelle. Je m’y obstine d’autant plus que c’est une mauvaise querelle. J’aurais voulu que M. Léon Say dît à Jules Sandeau, dans son aimable langage, — pourquoi ne pas l’avouer? — tout ce que je voudrais dire moi-même. Au fond, nous ne reprochons jamais aux gens que de ne pas sentir et de ne pas penser comme nous.
C’est que, pour moi, Sandeau, c’est mieux encore qu’un délicat écrivain et qu’un romancier poète, c’est un souvenir d’enfance. Que de fois, en allant ou revenant du collège, je l’ai rencontré, ce brave homme dont la bienvenue souriait à tout le monde, sur les quais illustres où il était chez lui ; car ils sont la patrie adoptive de tous les hommes dépensée et de goût. L’excellent vieillard ! On peut dire de celui-là qu’il avait le dos bon, un de ces larges dos qui, visiblement, ont porté avec un naïf courage le fardeau de la vie et que les douleurs de l’âme ont courbé lentement. 11 n’était point beau, ni guère brave en ses habits. Je lui connus longtemps un grand pardessus, devenu vert et jaune, qui remontait par derrière et pendait
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en pointe par devant. Avec cela, le chapeau sur l’oreille et un pantalon à la hussarde ; en sorte que la crânerie se mêlait chez ce vieillard à la bonhomie. Les braves gens ressemblent presque tous en quelque sorte à des soldats. Sandeau, avec ses yeux limpides, son gros nez rouge, sa rude moustache blanche, son air d’innocence avait je ne sais quel air de capitaine en retraite. Je veux parler de ces vieux braves qui gardent dans le cœur et dans les yeux la candeur de l’enfance, parce qu’ils n’ont jamais cherche a gagner de l’argent et qu’ils n’ont connu dans la vie que le devoir, le sentiment et le sacrifice. Toute la personne de Jules Sandeau respirait la bonté et, quand la tristesse d’un deuil mortel s’imprima sur ses traits il avait l’air encore du meilleur des hommes.
bons^'^'^* tonne que chez les
Pour dire vrai, si, quand j’avais quinze ans, je contempla.s M Jules Sandeau, sur les quais, avec tant d interet et de curiosité, c est qu’alors je lisais ÆfcriWn pendant la classe, derrière une pile de bouquins. Oue onnête M. Ghéron, mon professeur de rhétorique, me le pardonne! Pendant qu’il m’expliquait Thucydide i’étais aux genoux de madame de Belnave. Juste cfel! Quel feu s allumait dans mes veines! J’étais bien loin, monsieur
dont vous nous faisiez le compte. J’étais ravi dans les
Je^ 1^11 r j’aimais Marianna.
Je souffrais par elle, je la faisais souffrir; mais mon
mal et le sien m’étaient chers. On m’a averti depuis que
Marinnna est un livre qui enseigne le devoir; à quile
ans II ne m enseignait que l’amour. M. Léon Say dit que
ce livre a vieilli. Il en parle avec détachement. On voit
LA RÉCEPTION DE M. LÉON SAY
bien qu’il ne l’a pas lu, comme moi, entre les feuillets de son dictionnaire grec. Non ! non ! Marianna ne vieillira jamais pour moi. Mais, par prudence, je ne la relirai jamais.
Vous concevez, après ce que je viens de dire, que je ne pouvais rencontrer M. Sandeau aux abords du palais Mazarin sans frissonner des pieds à la tête. 11 me semblait un être extraordinaire, marqué d’un sceau mystérieux. Ce que j’entendais chuchoter autour de moi, quand il passait, de son ardente amitié avec une femme illustre et de la mélancolie qu’il en avait gardée toute sa vie, me le rendait encore plus intéressant et plus extraordinaire. J’ouvrais de grands yeux avides pour voir cet être privilégié qui avait vécu dans des régions merveilleuses, inconnues, où je n’espérais point entrer jamais. Je reconnaissais bien qu’il n’était pas beau et qu’il avait l’air simplement d’un bon vieil homme. Pourtant, je l’admirais. J’éprouvais à le voir quelque chose comme le sentiment dont madame Bovary fut saisie en contemplant le vieillard qui avait été soixante ans auparavant l’amant de la reine. Voilà, me disais-je, voilà celui qui revient du pays de l’idéal. J’enviais ses souffrances. On est avide de souffrir à quinze ans.
Après cela, je ne dis pas qu’il ne faille donner raison à M. Léon Say. Marianna a vieilli et moi aussi. J’avais déjà perdu bien des illusions quand il m’arriva de lire les véritables chefs-d’œuvre de Sandeau, Mademoiselle de la Seigliere et la Maison de Penarvan. Ils ne m’ont pas troublé comme Marianna. La faute en est à moi et non à l’auteur. Du moins, ils m’ont paru gracieux. Ce sont des poèmes intimes dont les héros flottent entre la réalité et l’idéal, dans une région moyenne, où il est délicieux de se promener. Et remarquez qu’il y a dans cet idéalisme autant et plus
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de vérité que n’en peut avoir le réalisme le plus scrupuleux. Sandeau a très bien saisi le caractère de l’époque quil a voulu peindre; il a choisi avec un bonheur parfait ses personnages et son action, Balzac a peint aussi et avec un genie incomparable, les types du siècle : l’acquéreur de biens nationaux, le colonel du Premier Empire le vieux gentilhomme, etc., mais il ne les a pas fait mouvoir dans une action assez simple ; il ne les a pas fixés dans des formes assez pures; il ne les a pas enfermés dans un poeme indestructible et parfait. II les a éparpillés au long aventures infimes Sandeau, moins puissant, a été plus heureux. S il n a embrassé que sous des aspects peu variés veau T l’ancien régime en face du nou-
q™ saies
Son talent lui était bien naturel et ne devait rien à l’étude Sandeau, qui vivait dans les livres, n’en lisait guère. Ce brave homme n était curieux que de sentir. Il y a dans
irceite''''"“'\7 ®‘d’«“daL amère
que cette ame paisible et douce ne connut jamais On ne
auiîîT'* P®® bouquins. Il laisLit bien tran-
mdls Z O " s’échappent, comme des
tes, des quon les ouvre, le doute et l’inquiétude. Je
de k Maia‘ mémoire en disant que, bibliothécaire
théine oZ‘,"’ r Wblio-
ivres dans la tête pour s inquiéter de ceux qui chargeaient la salle où il siégeait à côté de Philarète Chasles On raconte a ce propos qu’un savant, qui travaillait à la
permis de te te ^ livre, s’il lui avait été
P rmis de le faire; car il en savait bien la place. C’était
LA RÉCEPTION DE M. LÉON SAY
pour se conformer au règlement qu’il le demandait au bibliothécaire. Un jour, le malheur voulut que le bibliothécaire fut Jules Sandeau. A la demande qui lui fut faite :
La bibliothèque du père Lelong, répondit Sandeau, ce n est pas ici, monsieur. Ici, c’est la bibliothèque Mazarine.
— Derrière vous, s’écria l’autre en allongeant le bras vers l’in-folio qu’il était pressé d’ouvrir.
— Derrière moi, c’est le Louvre, monsieur, répliqua doucement Sandeau.
Je me hâte d’ajouter que je ne crois pas un mot de cette histoire et que je ne la conte que pour l’amusement des bibliophiles, qui sont gens de bien.
M. Alexandre Dumas, moraliste'
l/f Alexandre Dumas est un moraliste aussi bien nu’u X. dramaturge. Voilà quinze ans qu’il partage ave . enan les fonctions de directeur spirituel de la foui humaine. Mais que ces deux confesseurs sont de tempéra ment contraire! M. Renan absout toujours. - Toutes le voies, nous dit-il, mènent au salut. — II nous apport chaque jour de nouvelles indulgences. N’a-t-il pas à so. donner jubilé le 1» janvier de Lte année, pa
avance a M. Laguerre tous les maux qu’une politiqu, etioite et violente attirera sur la France.? Si Lus\i croyons ce paisible conducteur de nos âmes, on ne peu échapper a la bonté divine et nous irons tous en paradis