‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 2)Chapitre 64 sur 84 · HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL

sortis de ma tête se mettent à danser. Ces papillons sont des indiscrets, mais qu’y faire? Quand je les chasse, il en revient d’autres. Et c’est tout un chœur de petits êtres ailés qui, dorés et blonds comme le jour, ou bleus et sombres comme la nuit, tous frêles, tous légers, mais infatigables, voltigent à l’envi et semblent murmurer du battement de leurs ailes : « Nous sommes de petites Psychés ; ami, ne nous chasse pas d’un geste trop brusque. Un esprit immortel anime nos formes éphémères. Vois : nous cherchons Bros, Bros qu’on ne trouve jamais, Bros, le grand secret de la vie et de la mort. » Et, en définitive, c’est toujours quelqu’une de ces petites Pyschés-là qui me fait mon article. Elle s’y prend. Dieu sait comment! Mais, sans elle, je ferais pis encore.

En ce moment, alors que je lis, dans le beau livre de M. Renan, les règnes de David et de Salomon, le schisme des tribus, la victoire des prophètes, l’agonie et la mort du royaume d’Israël, alors qu’avec sa science de linguiste et d’archéologue, les souvenirs de ses voyages et surtout un sens divinateur des choses très anciennes, l’historien retrouve et me montre le pasteur nomade qui voit partout des Elohim dans les mirages du désert et quelquefois lutte toute une nuit avec l’un de ces êtres mystérieux; restitue le Temple de Salomon, son pylône de style égyptien, ses deux colonnes d’airain à chapiteaux de gerbes de lotus, ses cherouhim d’or monstrueux comme les sphinx de Memphis et comme les taureaux à face humaine de Khorsabad et tout à l’entour, dressé sur les collines ou caché sous les bocages, l’impur hiérodule des temples phéniciens; suit enfin à travers les siècles l’évolution du sentiment religieux chez ce peuple singulier qui passa de l’adoration d’un dieu jaloux et féroce au culte de cette providence divine dont il

LA VIE LITTÉRAIRE

a finalement imposé l’idéal au monde, — pendant toute cette lecture attachante et forte qui m’intéresse, parce qu elle est savante, et qui m’enchante pour ce qu’elle contient d’art exquis, savez-vous ce que font mes bestioles aux ailes toujours agitées, mes petites Psychés anxieuses? Elles me montrent ma vieille Bible en estampes, la Bible que ma mere m avait donnée et qu’enfant je dévorais des yeux avant même de savoir lire.

G était une bonne vieille Bible. Elle datait du commencement du xvii« siècle; les dessins étaient d’un artiste hollandais qui avait représenté le paradis terrestre sous l’aspect d’un paysage des environs d’Amsterdam. Les animaux qu’on y voyait, tous domestiques, donnaient l’idée d’une ferme et d’une basse-cour très bien tenues. G étaient des bœufs, des moutons, des lapins et un beau cheval brabançon, bien tondu, bien pansé, tout prêt à être attelé au carrosse d’un bourgmestre. Je ne parle pas d Eve, en qui éclatait la beaute flamande ; c’étaient la des trésors perdus. L arche de Noé m’intéressait davantage. J’en vois encore la coque ample et ronde, surmontée d’une cabane en planches. 0 merveille de la tradition! j avais parmi mes joujoux une arche de Noé exactement semblable, peinte en rouge, avec tous les animaux par couple et Noé et ses enfants faits au tour. Ge m’était une grande preuve de la vérité des Écritures. Teste David curri Sibylla. A dater de la tour de Babel, les personnages de ma Bible étaient richement habillés selon leur condition, les guerriers à l’exemple des Romains de la colonne Trajane, les princes avec des turbans, les femmes comme les femmes de Rubens, les bergers en façon de brigands et les anges à la mode de ceux des jésuites. Les tentes des soldats ressemblaient

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