‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 2)Chapitre 70 sur 84 · M. OCTAVE FEUILLET · texte numérisé non relu

M. OCTAVE FEUILLET

amours qu’ils ont inspirés ; leur position est très délicate, parfois même un peu ridicule, et ils passent de durs moments. M, d’Épinoy est moins innocent qu’Hippolyte et moins excusable que Pyrrhus, mais enfin il n’aime plus la princesse de Ghagres et il aime Juliette, qui pardonne. Ce n’est pas là une conversion, car, comme me le confiait l’autre jour un très aimable vieillard, ce sont toujours les mêmes qui sont amoureux. Mais, quand ce serait une conversion, je ne la reprocherais pas à M. Octave Feuillet. L’auteur de M. de Camors aime à couronner par l’expiation ou le repentir ces fautes du cœur qu’il excelle à décrire. Quand bien même on sentirait là un peu trop l’artifice poétique et l’arrangement moral, je ne m’en plaindrais pas. 11 m’est fort agréable, au contraire, que ces aventures profanes finissent, comme les récits des pieux légendaires, par le triomphe définitif du bien.

Ce n’est pas une idée médiocrement philosophique, certes, que celle de la rédemption finale des créatures. Et les dénouements heureux, les conclusions morales de M. Octave Feuillet sont irréprochables au point de vue symbolique. Le Divorce de Juliette n’est qu’une élégante esquisse, mais on y retrouve la main du maître. Je ne parle pas aujourd’hui de Charyhde et Scylla^ qui est imprimé à la suite ; ce proverbe renferme en quatre scènes une spirituelle satire de nos lycées de filles et de l’enseignement supérieur qu’on y donne aux petites demoiselles. La question est intéressante; nous y viendrons quelque jour.

Ce que j’avais à cœur de dire dès à présent, ce que je veux dire bien haut, c’est mon admiration pour l’art achevé avec lequel M. Octave Feuillet compose ses romans. Ils ont la forme parfaite : ce sont des statues de Praxitèle.

LA VIE LITTÉRAIRE

L’idée s’y répand comme la vie dans un corps harmonieux. Ils ont la proportion, ils ont la mesure, et cela est digne de tous les éloges.

On a voulu faire mieux depuis et l’on a fait des monstres. On est tombé dans la barbarie. On a dit ; « Il faut être humain. » Mais qu’y a-t-il de plus humain, je vous prie, que la mesure et l’harmonie? Être vraiment humain, c’est composer, lier, déduire les idées; c’est avoir l’esprit de suite. Être vraiment humain, c’est dégager les pensées sous les formes, qui n’en sont que les symboles; c’est pénétrer dans les âmes et saisir l’esprit des choses.

G est pourquoi M. Octave Feuillet est plus humain dans son élégante symétrie et dans son idéalisme passionnel que tous les naturalistes qui étalent indéfiniment devant nous les travaux de la vie organique sans en concevoir la signification. L’idéal c’est tout l’homme. Le Divorce de Juliette m’a fourni une occasion de rendre hommage au talent accompli de M. Octave Feuillet.

Ce qui me charme profondément dans l’œuvre du maître, c’est ce bel équilibre, ce plan sage, cette heureuse ordonnance où je retrouve le génie français contre lequel on commet de toutes parts tant et de si monstrueux attentats.

J’éprouve comme une piété reconnaissante pour les talents ordonnés et lumineux, dont les œuvres portent en elles cette vertu suprême : la mesure.

Ce matin, comme je me trouvais sur la montagne Sainte-Geneviève, au centre du vieux pays des études, j’entrai dans l’église Saint-Étienne-du-Mont, poussé par 1 envie de voir d’élégantes sculptures et des vitraux charmants, entraîné par ce penchant irrésistible qui ramène sans cesse les esprits méditatifs aux choses qui leur

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