‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 3)Chapitre 108 sur 111 · BERGERET, LEDOUX · texte numérisé non relu

BERGERET, LEDOUX

LEDOUX, qui porte le sac de Bergeret sur l’épaule.

Vous voyez, monsieur Bergeret : nous avions tout le temps.

Nous en avions peu, mon ami. Et il faut toujours compter avec l’incertitude des horloges et des montres.

LEDOUX

Ah! monsieur Bergeret, vous devriez me prendre avec vous comme domestique. Il y a assez longtemps que je roule. Dans une place je serais tranquille.

BERGERET

N’en croyez rien, mon ami. On n’est jamais tranquille dans la vie.

LEDOUX

J’aurais le nécessaire. Je ferais un peu de tout chez vous. Essayez voir. ‘Je sens que je rr» entendrais très bien avec vous.

„ BERGERET

Je ne crois pas, mon ami.

Un gendarme passe, puis entre dans la gare.

LEDOUX

Pourquoi qu’il y a un gendarme dans chaque train? Probable que c’est pour arrêter les malfaiteurs. Mais c’est mal compris, parce qu’ils sont en

BIBLIOGRAPHIE

uniforme ; ils se font reconnaître et, quand on les voit, on se cache. Tandis que s’ils étaient habillés comme vous et moi... 11 y a un tas de trucs comme ça qu’on ne peut pas s’expliquer. (Cinq coups de timbre. Les deux hommes d équipe rentrent en gare.) V’ià le train qui est annoncé. (A l’un des hommes d’équipe.) Salut!

, , PREMIER HOMME D’ÉQUIPE, salue.

Salut!

LEDOUX

Vous avez toujours pas entendu parler d’une petite place pour moi?

PREMIER HOMME D’ÉQUIPE

Non, mon vieux, pas encore. (A son compagnon.) Ce qu’il est cavalant, celui-là !

BERGERET, lui donnant une pièce de quarante sous.

Eh bien, Ledoux, mon ami, je vous remercie et je vous fais mes adieux.

LEDOUX

Je vous porterais bien votre bagage au train. Mais la voie m’est interdite, il paraît que c'est le règlement. Histoire de priver les pauvres diables de leurs petits profits... Alors, préférez-vous que je porte votre sac dans la gare ou que je le laisse là?

BERGERET, distrait.

Fort bien.

LEDOUX

Vous ne pensez pas à ce que je vous dis, monsieur Bergeret. Vous pensez à autre chose. Vous travaillez toujours dans la tête. Alors, je vous laisse votre sac et je m en vas. (Il lui tend la main.) Monsieur Bergeret, je ne vous dis pas des boniments, c’est de tout cœur.

BERGERET

Adieu, mon ami!

LEDOUX

Monsieur Bergeret, vous n’avez pas une petite cigarette de trop? (Bergeret la lui donne.) Merci, monsieur Bergeret, je vais la fumer à votre santé. (A l’homme d’équipe.) Tu n’as pas une allumette?

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