‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 3)Chapitre 109 sur 111 · PREMIER HOMME · texte numérisé non relu

PREMIER HOMME

Il te faut toujours quelque chose à toi... Tiens!

xiv. — 71

BIBLIOGRAPHIE

Merci, frère.

Cris :

LEDOUX

Ledoux sort enfin ; le train arrive.

— A la petite gare!

— Tout le monde descend 1

— Paris sur l’autre quai!

— Traversez la voie !

— Par ici la sortie!

*— Vos billets, s'il vous plaît!

Le deuxième homme d’équipe se place à la barrière, prend le billet d’un commisvoyageur, d’un maçon, qui porte une auge. Un jeune vicaire cherche son billet de famille pendant que passe un marchand de bœufs en blouse et melon et couverture sur l’épaule. Zoé, Juliette et Pauline entrent en scène et embrassent Bergeret. Le vicaire cherche toujours son billet en souriant, très gêné.

BERGERET

A la bonne heure! Vous avez toutes les deux très bonne mine... Comme vous êtes grandes, mes filles!

Oh! papa, entrois semaines nous n’avons pas eu le temps de grandir beaucoup.

JULIETTE

Et puis, je ne suis plus d’âge à grandir, heureusement; Pauline non plus.

BERGERET

Il faut excuser votre père qui croit toujours que ses enfants sont à l’âge où on les aime avec le plus de tendresse et d’inquiétude, à l’âge des bébés. Bonjour, Zoé.

ZOÉ

fu as toujours de bonnes idées, toi : tu nous fais venir par le train qui part de Luzance a sept heures, ce qui nous a obligées à nous lever à quatre heures et demie. Qu’est-ce que signifie ta dépêche? Qu’est-ce qu’il y a encore? C’est à toi, ce sac?

BERGERET

Oui, ce sac est à moi. Je pars pour Paris tout à l’heure... avec Pauline.

BIBLIOGRAPHIE

ZOÉ

Comment cela?

PAULINE

C'est vrai, papa?

BERGERET

C’est une vérité littérale, ma fille.

PREMIER HOMME D’ÉQUIPE, entrant, à Zoé.

Vous avez votre bulletin de bagages?

ZOÉ

Le VOICI. (Elle le cherche, le trouve et le donne. Le jeune vicaire a enfin mis la main sur son billet qui était dans la ganse de son chapeau. Il le remet à l’homme, s’excuse, rit et sort.)

ZOÉ

Tu pars... pour Paris, tout à l’heure! Qu’est-ce que tu me chantes là?

BERGERET

Oui, je pars, nous partons, moi et Pauline. Vous savez si j’ai assez maudit cette chienne de ville, où j’étais condamné à vivre dans beaucoup de tribulations et avec peu de joies. Eh bien, au moment de la quitter, je me prends pour elle de tendresse et de piété. J’en aime les vieilles pierres et les vieux arbres. Les habitants même m’en paraissent supportables... On tient aux choses par des liens invisibles qu’on ne rompt pas sans peine.

ZOÉ

Lucien, réponds-moi donc, au lieu de faire des réflexions inutiles. Tu es prodigieux! Au milieu de ta maison en feu tu te mettrais à développer des idées. Qu’est-ce que tu vas faire à Paris?

BERGERET

Je suis nommé professeur à la Sorbonne!

PAULINE

Oh ! papa ! C’est la gloire !

J’espère bien que ce ne sera même pas la notoriété.

BIBLIOGRAPHIE

ZOÉ

Enfin, c’est très joli. Tu peux être content; je le suis, moi. Et j’ai de l’ambition pour les miens. Ah! que notre pauvre père aurait été heureux s’il avait pu voir...

JULIETTE

Et moi, papa?

BERGERET

Toi, mon enfant, tu restes ici avec ta mère.

JULIETTE, satisfaite.

Ahl bien!

BERGERET

Ça te va?

JULIETTE

Oui ! Oui !

BERGERET, à Pauline.

Nous partons tous les deux. Je t’emmène parce que j’ai besoin de ta jeune sagesse pour gouverner ma maison, et parce que... Mais tu ne me demandes pas de raisons? n’est-ce pas, Pauline?

PAULINE

Oh! non, papa!

Il ne suffit pas de dire : je pars. Il faut te préparer. Quand pars-tu?

BERGERET

Dans vingt minutes.

ZOÉ

Mon pauvre Lucien! Tu n’as jamais su t’arranger. Tu ne dis rien, tu ne préviens pas, tu fais les choses tout seul et tout de travers... Les effets des deux enfants sont dans la même malle.

BERGERET

On laissera la malle ici... et ce soir on nous enverra...

ZOÉ

On nous enverra... On nous enverra... C’est facile à dire, mais tu n’en sais rien. Ah! que de complications, mon pauvre Lucien! Tu es bieninca-

BIBLIOGRAPHIE

pable de te débrouiller à Paris. Toi et Pauline, vous y serez perdus, noyés. Moi, il faut que je rentre ce soir à Luzance et je ne vois pas le moyen de...

BERGERET

Le moyen de?...

ZOÉ

D’aller à Paris... à Paris avec vous, ce qui serait bien utile, pour ne pas dire nécessaire.

BERGERET

Mais, ma sœur, je ne te demande pas de...

Je n’ai pas besoin que tu me demandes pour faire ce que je dois faire. Enfin, nous verrons ça.

BERGERET, bas à Zoé.

.J’ai à te parler. Trouve le moyen d’éloigner les enfants.

ZOÉ hausse les sourcils, soupire et dit avec autorité.

Mes enfants, nous avons à causer, votre père et moi. Laissez-nous seuls un instant, n’est-ce pas? (A son frère.) Dis maintenant.

PAULINE, à Juliette, en remontant.

Tu m’enverras ma jupe gros bleu, toutes mes blouses, mon boa de plumes... Attends.

Elle prend un crayon, une vieille enveloppe et dresse une liste, puis elles vont au fond sur le banc. Cependant Bergeret a dit à l’oreille de Zoé quelques paroles qu’on n’a pas entendues, mais qui pourraient être celles-ci : « J’ai trouvé Amélie occupée à faire des gestes significatifs avec monsieur Roux ». Les enfants s’étant éloignés, la conversation continue entre Bergeret et Zoé, mais cette fois le public entend.

ZOÉ

Quand cela?

BERGERET

Il y a eu mercredi quinze jours.

ZOÉ

Et depuis ce temps?

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