MADAME BERGERET, JULIETTE
MADAME BERGERET
On est bien malheureuse d’être sensible... Un rien nous blesse, un rien nous irrite... et nous fait souffrir!... Ah!... Quand tu seras mariée, j’irai vivre avec toi.
JULIETTE
Si je me marie jamais! Et nous n’en prenons pas le chemin.
MADAME BERGERET
Laisse-moi tranquille avec ton mariage. Je t’ai dit qu’il se ferait, il se fera... Encore faut-il que vous puissiez vivre, ton mari et toi.
JULIETTE
Oh! il nous faudra si peu!
LE MANNEQUIN D’OSIER
MADAME BERGERET
Enfin, vous ne vivrez pas de l’air du temps. Écoute-moi, Juliette, je ne suis pas souvent de l’avis de ton père. Mais je suis bien forcée de dire que, pour une fois, il n’a pas tort. 11 faut attendre que nous ayons pris de nouveaux renseignements sur monsieur La Glaverie et que nous sachions à quoi nous en tenir sur cette position en expectative dont il m’a parlé... D’ici là, tu dois...
JULIETTE
Des renseignements, mais j’en ai, maman! Il m’en a donné. Il m’a expliqué ses projets. Il est très intelligent. 11 saura très bien se débrouiller. Si tu demandes sur lui des renseignements à tout le monde, nous aurons l’air de nous défier et ça le blessera peut-être.
MADAME BERGERET
Mais non, mon enfant, c’est l’usage.
JULIETTE
Mais ce sera interminable. Et si les renseignements ne sont pas comme tu les veux...
MADAME BERGERET
J’espère qu’ils seront bons.
JULIETTE
lu vois, tu n’en es pas sûre. Maman, si je n’épouse pas monsieur La Claverie, je mourrai.
LE MANNEQUIN D'OSIER
MADAME BERGERET, émue. On sonne.
Allons, Juliette, embrasse-moi. Va te rafraîchir les yeux et ne te désole pas. Je te le promets, tu épouseras monsieur La Glaverie.
Euphémie traverse la scène. On voit M. Roux traverser le jardin. EÜPHÉM1E.
Madame, c est monsieur Roux.