‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 3)Chapitre 44 sur 111 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MADAME BERGERET, ROUX

Que vous êtes aimable d’être venu !

Euphémie sort.

ROUX

Vous avez pleuré?

MADAME BERGERET

C est en causant avec Juliette de son mariage. Monsieur Bergeret ne veut rien entendre. Cette enfant se désespère et cela me désole. Je souhaite qu elle épouse monsieur La Claverie, puisqu’elle l’aime... Quoique... Ah! la pauvre enfant! En voilà une qui est faite pour souffrir, comme moi! Nous sommes trop sensibles, toutes les deux, pour être jamais heureuses... Enfin, ça va bien depuis tout à l’heure?

xiv. — 43

LE MANNEQUIN D’OSIER

ROUX

Très bien. Voilà votre gant, tenez.

MADAME BERGERET

Où était-il?

ROUX

Sur la cheminée, tout bonnement, derrière un écran japonais.

Ce que je 1 ai cherche!... (Long, long soupir.) Ah! ah! mon ami !

ROUX

Vous êtes triste! Pourquoi?

MADAME BERGERET

Et si je vous disais que c’est parce que vous partez demain, trouveriez-vous cela ridicule?

ROUX

Mais, non! je trouverais ça très gentil.

MADAME BERGERET, à qui ça ne suffit qu’à moitié.

Ah ! très gentil?

ROUX

Ce serait délicieux.

MADAME BERGERET

G est vrai? Alors, vous n oublierez pas?

LE MANNEQUIN D’OSIER

ROUX, bêtement.

Pourquoi voulez-vous que j’oublie?... Je vous dois d’avoir fait mes vingt-huit jours délicieusement. Vous avez été dans mon existence une révélation soudaine et radieuse. Il y a sept ans, quand monsieur Bergeret était maître de Conférences, et que j étais inscrit à la Faculté, je lui portais mes devoirs a corriger, et je vous apercevais, vague et charmante, et je ne prévoyais pas alors...

Moi non plus... Mon ami, vous partez; vous me laissez?

ROUX

Il le faut... Mais nous avons encore à nous toute la journée.

MADAME BERGERET

Lu jour, encore un seul jour, et je vais retomber dans la nuit, avec votre souvenir, car je n’oublie pas, moi.

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