SCÈNE PREMIÈRE
LEDOUX, EUPHÉMIE, puis BERGERET.
EUPHÉMIE, à Ledoux.
Écoutez : j’aime mieux que vous ne fassiez rien, vous faites tout de travers.
LEDOUX
Parce que je suis un peu faible. Vous n’auriez pas un verre de vin qui cherche son maître?
EUPHÉMIE
Non! vous avez assez bu comme cela.
LEDOUX
Vous n’êtes pas gentille.
LE MANNEQUIN D'OSIER
EUPHÉMIE
Je n’ai pas besoin d’être gentille avec vous.
Bergeret entre.
EUPHÉMIE lui dit tout bas.
Monsieur, renvoyez-le, il embrouille tout.
BERGERET
Ledoux, mon ami, je vous remercie, et je vous fais mes adieux.
LEDOUX
Ah! monsieur Bergeret, vous devriez bien me prendre avec vous comme domestique. Il y a assez longtemps que je roule. Dans une place, je serais tranquille.
BERGERET
C est une illusion, mon ami. Dans la vie on n est jamais tranquille.
LEDOUX
J aurais le nécessaire; je ferais un peu de tout dans votre
maison. Essayez voir, je sens que je m’entendrais avec vous.
BERGERET
Je ne crois pas, mon ami. Tenez... (Il lui donne de la monnaie.)
LEDOUX
Alors, je m en vais... Monsieur Bergeret, (il lui tend la main.) je ne vous dis pas des boniments, mais c’est de tout cœur.
BERGERET
Adieu, mon ami.
On sonne. Euphémie va ouvrir.
LEDOUX
Monsieur Bergeret, vous n’auriez pas une petite cigarette de trop? (Bergeret la lui donne.) Merci, monsieur Bergeret : je vais la fumer a votre santé. (Euphémie rentre, a Euphémie.) Vous n’auriez pas deux ou trois allumettes?
EUPHÉMIE
Non! Allez-vous-en, voilà du monde.
Ledoux sort.