‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 3)Chapitre 99 sur 111 · SCÈNE XII GERMAINE, CHAMBRY · texte numérisé non relu

SCÈNE XII GERMAINE, CHAMBRY

GERMAINE

Vous !...

CHAMBRY

Je guettais. J’ai regrimpé. Ce qu’il devait vous ennuyer, votre rural!... Enfin nous sommes seuls. J’ai tant de choses à vous dire...

AU PETIT BONHEUR

GERMAINE

Vous guettiez?... Vous avez regr...?... Monsieur Chambry, faites-moi le plaisir de vous en aller... Vous entrez comme un voleur... Vous avez l’air de sortir d’une armoire... C’est ridicule.

CHAMBRY

Mais non, ce n’est pas ridicule. Vous voulez dire que ce n’est pas convenable. Vous avez raison, ce n’est pas convenable. Je le sens très bien.

Seulement ridicule.

CHAMBRY

Mettons inadmissible. C’est l’inconvénient de notre situation.

GERMAINE

Qu’est-ce que vous dites?

CHAMBRY

C est 1 inconvénient de notre situation. Elle est pleine d’inconvénients. Aussi, madame, il ne faut pas la faire durer. Ce serait de la dernière imprudence. C'est « avant » qu’on risque de compromettre une femme. C’est « avant » qu’on fait toutes les gaucheries, toutes les maladresses. Mais oui... Après, on s’entend, on se concerte, on s’avertit. On agit avec prudence et l’on évite les dangers. Pour compromettre une femme « après, » il faut être un polisson ou le dernier des imbéciles... ou bien encore un sau-

AU PETIT BONHEUR

vage comme Nalège... En voilà un, si une femme (la malheureuse!) avait des bontés pour lui, qui le porterait écrit dans ses yeux, en gros, comme des numéros sur des boules de loto.

GERMAINE

Monsieur Chambry, ma femme de chambre m’attend. Allez -vous-en.

Faire une imprudence « après, » c’est impardonnable. Ça ne doit pas arriver. Mais « avant, » le plus galant homme du monde ne peut répondre de rien. Je ne vous garantis pas qu on ne parle pas de nous. C’est un moment à passer.

GERMAINE

C est drôle que je ne me fâche pas davantage. Avouez que, vous-même, vous trouvez ça drôle.

CHAMBRY

C’est bien naturel, au contraire, puisque vous savez que je vous aime...

GERMAINE

Je vous souhaite Je bonsoir, monsieur Chambry...

CHAMBRY

Où allons-nous?

GERMAINE

Moi?... je vais dîner chez madame Laverne.

xiv. — 68

AU PETIT BONHEUR

CHAMBRY

Non! vous n’allez pas dîner chez madame Laverne.

Je ne vais pas dîner chez...? Vous êtes fou!... Huit heures!... Et Cécile... et monsieur de Nalège, qui m’attendent...

CHAMBRY

Ah! ça non... vous ne dînerez pas avec Nalège. Vous dînerez avec moi, quelque part, sous une tonnelle, à la campagne.

GERMAINE

Vous devenez très ridicule.

CHAMBRY. Il lui donne une plume.

Ecrivez... « Ma chère Cécile, une affreuse migraine... »

GERMAINE

Monsieur Chambry, je vous parle sérieusement maintenant, allez-vous-en . . .

CHAMBRY

Non, je ne m’en irai pas... Je ne vous laisserai pas aller retrouver Nalège. Germaine, restez, je vous aime.

GERMAINE

Allez-vous-en, je vous en prie.

AU PETIT BONHEUR

Je ne peux pas vous quitter. C’est vrai que je ne le peux pas. C est plus fort que moi... Germaine... vous me feriez beaucoup de peine. Je parle sincèrement. Vrai, vous me feriez de la peine.

GERMAINE

De la peine, pourquoi?... A cause de Nalège?

Mais oui!

CHAMBRY

GERMAINE

Oh! bien... si c est a cause de Nalège, n’ayez pas de peine. Vous n'avez pas à vous en faire, je vous assure.

CHAMBRY

Bien vrai? Vous me préférez?

GERMAINE

Je vous préfère. Êtes-vous content?...

Très content.

CHAMBRY

GERMAINE

Eh bien! allez-vous-en.

CHAMBRY

A demain, cinq heures. Vous viendrez, bien sûr? Trois marches... Je changerai le tapis pour vous.

Il sort.

GERMAINE, seule.

Au petit bonheur!

CRAINQUEBILLE

BIBLIOGRAPHIE

A. Édition originale.

1. — Anatole France || de l’Académie Française || L’Affaire Crainquebille (a) || 63 compositions de Steinlen || gravées par Deloche, E. et F. Florian || Les deux Froment, Gusman || Mathieu et Perrichon || Paris |j Édouard (b) Pelletan (b), éditeur (b) || 125, boulevard Saint-Germain, 125 ||

(a = imprimé en rouge ; b = initiale rouge.)

In-4° et in-8°jésus. Couverture blanche rempliée.

4 ff. n. ch. (3 ff. blancs, et justification de l’exemplaire), 101 pages (f.-titre, litre et texte), 7 ff. n. ch. (3 pour les tables, 1 pour l’achevé d’imprimer, dont nous donnons ci-dessous le texte, et 3 ff. blancs).

« Cette édition a été établie par Edouard Pelletan, avec le concours de Steinlen, Deloche, Ernest et Frédéric Florian, les deux Froment, Gusman, Mathieu et Perrichon pour les compositions et la gravure, et de G. Peignot pour le caractère typographique.

» Tirée à quatre cents exemplaires numérotés en chiffres arabes, elle a

été achevée d’imprimer par Lahure, le 15 décembre 1901, Ouivet étant prote, et Marpon et Dupont, pressiers. »

Le tirage comprend : d’une part, 2 exemplaires sur whatman, et 25 exemplaires sur japon ancien ou sur grand vélin (in-quarto, texte réimposé); d’autre part, 30 exemplaires sur chine, et 343 exemplaires sur vélin à la cuve des Papeteries du Marais (in-octavo jésus).

Ont été tirées en outre 25 collections d’épreuves d’artistes de toutes les gravures, dont 5 sur japon ancien et 20 sur chine.

B. Première édition ordinaire.

2. — Premier Cahier de la Quatrième Série || Anatole France || L’Affaire Crainquebille II Édition Complète || Éditions des Cahiers || Paris || 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée.

Imprimerie de Suresnes (E. Payen, administrateur) 9, rue du Pont. — In-18. La couverture blanc-crème est imprimée en deux couleurs. On y lit : « Cahiers de la quinzaine || paraissant vingt fois par an » à la place de la mention : « Éditions des Cahiers » que porte le titre. Au dos : « France Crainquebille Octobre 1902. »

14 pp. n. ch. (« Du même auteur », pp. 2 à 5; f.-titre, p. 7 ; titre, p. 9; note de Ch. Péguy, p. 12, et 1 f. blanc); pp. 15 à 62, texte; p. 63, table; p. 65, achevé d’imprimer; pp. 66 à 80, annonces concernant les œuvres d’A. France (éditions E. Pelletan) et les Cahiers de la quinzaine.

La première édition, tirée à cinq mille exemplaires, a été achevée d’imprimer le jeudi 9 octobre 1902.

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