Page 115 de l’édition Cbaravay
PAGES D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
Montalais, vous fera savoir ce détail. » Au contraire on s’explique très bien que Madame, ayant noté rapidement, en vue de son hi.stoire intime, un fait qu’elle ne savait et ne pouvait savoir que par une de ses filles, ait ensuite indiqué qu’il serait bon, avant de rédiger ce passage, d’interroger la fille elle-même.
En 1670, Madame fit le célèbre voyage d’.4.ngleterre dont elle ne revint que pour mourir. Quand survint cette mort désolante, madame de La Fayette avait posé la plume sur le récit de la dernière entrevue de Madame avec le comte de Guiche, en 1665. Elle ne la reprit que pour écrire une relation de ces neuf heures d’inexprimables douleurs pendant lesquelles Madame montra une douceur et un courage extraordinaires constamment alliés à la plus parfaite simplicité. Dans cette relation les paroles sont en harmonie avec les choses; il faut l’avoir lue pour savoir tout ce que vaut la simplicité dans une âme ornée
II, — Note pour suppléer au silence de madame DE La Fayette sur l’enfance d’Henriette d’Angleterre.
Ayant dit que la princesse d’Angleterre, fille d’une reine exilée et pauvre, fut élevée dans la simplicité d une condition privée, madame de La Fayette ajoute que « cette jeune princesse prit toutes les lumières, toute la civilité
1. Comparez, pour mieux sentir cela, la relation delà mort d’Henriette par madame de La Fayette et la relation de la mort de madame de Beaumont par Chateaubriand (dans les Mémoires d'Outre-Tombe).
HENRIETTE D’ANGLETERRE
et toute l’humanité des conditions ordinaires^ ». Cette remarque pleine de sens et qui est le résultat d’observations nombreuses et bien faites, laisse entrevoir toute la sagesse d’âme, toute la solidité d’esprit de cette dame qui disait : « C’est assez que d’être » et qui ne s’éblouit de rien. Mais il n’était ni dans le plan de Madame, ni, par conséquent, dans celui de la comtesse de rappeler les détails de cette simple enfance, de dire comment, à Sainte-Marie de Chaillot, la mère d’Henriette Stuart faisait elle-même les comptes de sa maigre dépense 2, et comment, après le départ du prince de Galles pour l’Ecosse, la reine exilée fut abandonnée de tous ses gens, qu’elle ne pouvait payer. « L’étoile était alors terrible contre les rois », dit madame de Motteville. Et elle rapporte que, la recevant dans une mauvaise chambre des Carmélites, Henriette de France lui montra une petite coupe d’or dans quoi elle buvait et lui jura « qu’elle n’avoit d’or, de quelque manière que ce pût être, que celui-là^. » La fille de Henri IV vendit ses hardes pour subsister*; il y eut un moment