Voir le mémoire publié par M. G. Hanotaux
a Nous luy avons veu vendre touttes ses hardes l’une après l’autre, ces meubles et le reste de ces piéreries, et engager jusques aux moindres choses pour pouvoir subsister quelques jours de plus. Elle nous fit l’honneur de nous dire un jour, estant dans les grandes Carmélites, qu’elle n’avoit plus ny or ny argent à elle qu’une petite tasse dens quoy elle buvoit ». P. 28.
PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
où elle manqua de bois et presque de pain pour son enfant. C’est le cardinal de Retz qui en témoigne :
« Cinq ou six jours, dit-il, devant que le Roi sortît de Paris, j’allai chez la reine d’Angleterre, que je trouvai dans la chambre de madame sa fille, qui a été depuis madame d’Orléans. Elle me dit d’abord : « Vous voyez, je viens tenir compagnie à Henriette. La pauvre enfant n’a pu se lever aujourd’hui faute de feu. » Le vrai étoit qu’il y avoit six mois que le Cardinal n’avoit pas fait payer à la Reine de sa pension^, que les marchands ne vouloient plus fournir, et qu’il n’y avoit plus un morceau de bois dans la maison 2. »
Mais ce dénuement était passager et résultait du désarroi que la guerre civile avait mis dans le service des maisons royales. La princesse d’Angleterre, qui avait alors quatre ans et demi, ne devait pas recevoir de ces privations une impression bien forte.
Elle avait vingt et un ans en 1665, quand il lui vint en tête de fournir des mémoires à son amie. Elle était encore trop jeune et trop occupée de sa jeunesse pour se plaire aux souvenirs de son enfance. Aussi n'a-t-elle rien dicté qui se rapportât aux premières années de sa vie. On dirait que cette jolie femme se croyait née le jour où elle fut aimée pour la première fois. Ce fut quand le duc de Buckingham la vit à Londres; elle avait seize ans et c’est de ce moment que son historien commence à la peindre.
1. Elle était de dix mille écus par mois, mais ne suffisait pas à soutenir la foule des pauvres royalistes.
2. Mémoires du cardinal de Jîetz, publ. par A. Feillet, édit.A. Régnier, t. II, p. 197.
HENRIETTE D’ANGLETERRE
III. — De la nature physique et morale d’Henriette d’Angleterre. Ses portraits.
Mademoiselle de Montpensier parle avec une malice assez agréable du charme qui enveloppait la princesse d’Angleterre et cachait en elle certaine disgrâce fort apparente d’ordinaire : « Elle avoit trouvé, » dit Mademoiselle^, « le secret de se faire louer sur sa belle taille, quoi qu’elle fût bossue, et Monsieur même ne s’en aperçut qu’après l’avoir épousée. » Voilà une bossue bien dissimulée, mais une bossue enfin; et la bonne demoiselle n’est pas seule à le dire. La Fare, fort détaché, dit que Madame, « quoiqu’un peu bossue avait non seulement dans l’esprit, mais même dans sa personne, tous les agréments imaginables ^ ».
Elle avait, en effet, le dos rond. A ce signe, comme à l’éclat particulier de son teint, à sa maigreur et à la toux qui la secouait constamment, on pouvait reconnaître la maladie que l’autopsie révéla* et qui l’eût emportée si une autre plus rapide ne fût survenue. Ces symptômes frappèrent le vieux doyen de la Faculté de médecine de Paris, Guy Patin, qui écrivait à Falconnet, le 26 septembre 1644 : « Madame la duchesse d’Orléans est fluette, délicate et du nombre de ceux qu’Hippocrate dit avoir du penchant à la phthisie. Les Anglois sont sujets à leur maladie de con-
1. Mémoires de mademoiselle de Montpensier, collect. Petitot, t. XLIII, p. 157.