‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 32 sur 159 · Catalogue Chambry, par Étienne Charavay, 1881. N · texte numérisé non relu

Catalogue Chambry, par Étienne Charavay, 1881. N

PAGES D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE

Madame, il faut le dire, fut la première à manquer à ce qu’elle devait à son beau-frère. Dépitée de ce que le Roi, venu à elle un peu tard, l’eût quittée si vite pour s’occuper de La Vallière, elle se mêla beaucoup plus qu’elle n’aurait dû de la lettre espagnole que Vardes et la comtesse de Soissons écrivirent à la jeune reine pour l’instruire des infidélités du Roi. Elle connut cette mauvaise action, l’approuva, ou du moins n’y contredit pas. Ce fut non pas méchanceté, mais faiblesse de sa part. M. de Gosnac disait bien qu’elle ne faisait pas toujours ce qu’elle savait devoir faire.

11 vint un temps où l’attachement qu’elle avait pour Louis XIV reçut de nouvelles atteintes. Ce fut quand elle se brouilla tout à fait avec Monsieur. Elle vit alors qu’elle ne pouvait pas compter sur le Roi. Elle écrivait, le 14 avril 1670, à l’ancienne gouvernante de ses enfants, madame de Saint-Chaumont, une lettre confidentielle qui nous montre qu’il est très délicat, même pour un souverain, d’être pris pour arbitre dans des querelles de ménage. Madame n’y cache pas son mécontentement. « Quoi que le Roi, dit-elle, de lui à moi, soit très bien disposé, je le trouve, en mille endroits, insupportable, faisant des fautes et des imprudences incroyables, sans en avoir l’intention. » Elle expose ensuite les façons embarrassées et incohérentes du Roi à son égard, et elle ajoute : « Avouez qu’un esprit un peu droites! bien étonné d’une pareille conduite. » La lettre se termine par un trait fort dur mais tracé de main de maître et digne d’un bon peintre de mœurs :

« Le Roi n’est point de ces gens à rendre heureux ceux qu’il veut le mieux traiter. Ses maîtresses, à ce que nous

HENRIETTE D’ANGLETERRE

voyons, ont plus de trois dégoûts la semaine. Voyez à quoi ses amis se doivent attendre^. »

Elle confiait ces plaintes à madame de Saint-Chaumont le 44 avril 1670. Dans les deux mois qui lui restaient encore à vivre, elle rendit, par le voyage de Douvres, un éclatant service à la France et au Roi. On peut croire qu’il lui marqua son contentement avec assez de force, bien que nous sachions qu’il n’alla pas au-devant d’elle pour ne pas déplaire à Monsieur. Il vint la voir à son lit de mort. Là, elle lui dit « qu’il perdait la plus véritable servante qu’il aurait jamais* ». Cette parole est haute et fière, à la bien comprendre. Ce n’est pas à Louis qu’elle s’adresse, mais au Roi, c’est-à-dire à l’État. C’est la parole d’une petite-fille de Henri IV, mêlée aux affaires de deux royaumes, servant la France avec zèle et qui se voit mourir au milieu de grandes entreprises.

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