‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 76 sur 159 · XXIV · texte numérisé non relu

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Très vieux, en la trente-huitième année de son règne, il fut dévoré d’un mal terrible, où les Juifs virent le châtiment de ses crimes et de son impiété. Consumé d'une chaleur lente, il avait une faim si vorace que rien ne pouvait le rassasier; de violentes coliques lui déchiraient les entrailles; ses pieds étaient enflés et livides. 11 suffoquait : son souffle empestait l’air. On disait que des vers paraissaient déjà sur son ventre. Pourtant il voulait vivre et régner. Les médecins l’envoyèrent au-delà du Jourdain, à Callirhoé, dont les eaux chaudes coulent dans un lac de bitume. Ils le mirent dans une cuve d’huile où il mourut presque^. 11 se fit porter à Jéricho, déjà décomposé, mais respirant encore, et se ranima pour ordonner le supplice de son fils Antipater, qui avait voulu l’empoisonner naguère et se croyait déjà roi des Juifs. Antipater périt à la veille de régner. Ce fut la dernière joie du vieil Hérode, qui, cinq jours plus tard, avait rejoint dans le Schéol ses innombrables victimes, princes du peuple, prêtres, docteurs de la loi, serviteurs, familiers, femme, fils, Ilyrcan, Soëm, Costobare, Téron, Judas, Mathias, Alexandre, Aristobule, Antipater et cette belle Mariamne qu’il aima morte, conservée dans du miel*.

Il avait d’abord désigné pour son unique successeur Hérode Antipas, son fils et le fds de Malthacé la Samaritaine. Par un nouveau testament, dicté peu de temps avant sa mort, il partageait ses Etats entre trois de ses

î. Jos., Ant. jud., XVII, vm. — De bell. jud., I, xxi.

2. Ce que dit Josèphe du projet formé par Hérode mouraut de massacrer tous les anciens de la nation enfermés dans le cirque de Jéricho ne me parait pas croyable, malgré une glose du Talmud citée par F. de Saulcy dans sou Histoire d'Hérode {1867, in-8", p. 272).

HERODIAS

fils survivants. Il instituait Archélaüs roi, avec Jérusalem pour capitale; Hérode Philippe, tétrarque de la Trachonitide, de la Gaulonitide et de la Batanée ; Hérode Antipas, tétrarque de la Galilée et de la Pérée. Mais l’iduméen n’avait jamais tenu sa puissance que de l’amitié de Rome. Son testament ne devenait valable que s’il recevait la sanction de l’Empereur. Archélaüs et Antipas, que leur père avait fait élever à Rome, comme les pupilles du peuple romain, concevaient une juste idée de la grandeur de l’Empire. A peine Hérode le Grand était-il couché, ceint de bandelettes, la cour.onne au front, le sceptre à la main, dans une chambre funèbre du château d’Hérodion, que son fils privilégié, Archélaüs, songeait à soutenir devant Auguste ses prétentions sur tout le royaume. Il étoulîa en grande hâte une révolte des Juifs pieux qui, dégoûtés de sentir sur eux la main d’Esaü, voulaient abattre le fils de l’impie qui avait violé le tombeau de David et mis l’aigle romaine sur le portique du temple. Comme il était pressé, il massacra au hasard et partit pour l’Italie avec Salomé sa tante et toute sa famille dans le dessein de voir l’Empereur et de lui demander le droit et le pouvoir de régner.

Aussitôt, Antipas, accompagné de parents et de conseillers, le suivit à Rome, afin de réclamer aussi l’héritage entier de son père. A l’instigation secrète de la vieille Salomé, qui n’avait accompagné Archélaüs que pour le trahir. Antipas allait contester devant Auguste la validité, du second testament, fait dans un temps, disait-il, où l’esprit d’Hérode le Grand était mort avant son corps.

Auguste écôuta sans impatience les humbles supplications et les subtils arguments, les plaintes et les disputes

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de ces Asiatiques; il avala sans sourciller cet âcre miel d’idumée. Puis, les congédiant les uns et les autres avec de bonnes paroles, le doux prince confirma le testament d’Hérode, à cela près que le plus favorisé des fils dut se contenter du titre d’ethnarqueb

Archélaüs retourna à Jérusalem, et prit possession de son ethnarchie, qu’il retrouva animée contre lui d’un sombre enthousiasme. Aux yeux de ce peuple religieux et fier, il était l’impie et l’étranger. Pour régner sur tant de haines, il n’avait ni l’astuce ni l’audace de son père. 11 s’endormit dans une mollesse interrompue de temps en temps par d’horribles violences. Obstinés à ronger le mors, les Juifs et les Samaritains usèrent sans trop de peine un frein si mou. Leurs plaintes incessantes fatiguèrent Auguste, qui, au bout de neuf ans, déposa Archélaüs et le relégua à Vienne dans les Gaules, où l’Iduméen put brûler l’encens à loisir dans le temple d’Auguste et de Livie (an 6 ap. J. -G.).

Son frère Philippe réussit beaucoup mieux. Ce fds d’ilérode et de Cléopâtre la Hiérosolymitaine fut un chef bienveillant et plein de douceur. 11 montra aux montagnards de l’Hermon une bonté unique dans la famille d’ilérode.

Cependant Antipas, tétrarque de la Galilée et delà Pérée, vivait en hôte fastueux chez son peuple pauvre. Plongé dans la langueur farouche d’un prince oriental, il méditait des repas savants et des ruses utiles. 11 avait deux défauts qui le rendaient très malheureux : la poltronnerie et la crédulité.

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