Nicolas de Damas, cité par Saulcy, loc. cit., p
HÉRODIAS
Selon l’usage de tous les llérodes, il rendait à César des honneurs publics, et ces honneurs semblaient impies aux Galiléens. 11 mit une de ses villes sous le vocable de Julie, fdle d’Auguste, dont le front eût mieux porté le lierre des bacchantes que cette couronne murale.
Quand Tibère parvint à l’Empire, Antipas s’efforça de gagner la faveur du nouveau maître du monde. 11 fonda sur le bord du lac de Génézareth, au milieu des coteaux de vignes et de lauriers, une ville toute romaine, avec des colonnes, des statues, des temples, des mosaïques, et il la nomma Tibériade, en l’honneur de Tibère (an 17 ap. J. -G.).
Le prince, sensible à ces hommages, garda au tétrarque une amitié qui ne se démentit jamais. Mais les Galiléens, pauvres et pieux, de loin, en silence, regardaient ces portiques, ces idoles, avec de grands yeux pleins de fièvre et de haine.
Antipas avait épousé la fille de Hareth, émir de Pétra, qui était obéi des Arabes, dans les sables, entre la mer Morte et la mer Rouge. La fille de l’émir avait la première place dans le harem du tétrarque. Lors d’un voyage qu’il fit en Italie (on sait qu’il en fit plusieurs), il passa chez Hérode, son frère de père et fils de la seconde Mariamne, fille de Simon le grand sacrificateur. Déshérité par son père, cet Hérode vivait comme un riche particulier avec Hérodiade, sa femme, qui était aussi sa nièce et la nièce d’Antipas, étant fille d’Aristobule, leur frère à tous deux, qu’Hérodc le Grand avait mis à mort^.
1. Elle était fille d’Aristobule et de Bérénice, fille de Salomé, sœur d’Hérode.
Ou trouve, dans le tableau généalogique dressé par F. de Saulcy pour son Histoire d’Hérode, roi des Juifs (Hachette, 1867, in-8®) cette mention :
a « Hérodias, fiancée, mais non mariée à Hérode, fils du roi Hérode et de
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Dans sa maison tranquille, la petite-fille du roi des Juifs était dévorée d'ennui. L’humilité de son état l’emplissait de dégoût. Elle se sentait née pour commander aux peuples, du fond d’un de ses palais, grands comme des villes, pleins de jardins et de fontaines, pour conduire mieux qu’un homme, avec des eunuques et des affranchis, les grandes entreprises, pour faire signe au bourreau, pour posséder des coffres d’argent monnayé, des joyaux, des perles, de la vaisselle d’or, des guerriers, images de la royauté dans l’âme d’une Syrienne.
En voyant Antipas, elle songea qu elle pourrait sortir d’une condition dont elle était indignée. L’idée lui vint de se faire aimer du tétrarque. Artificieuse et très belle, elle y réussit sur-le-champ. Dans le désir qu’il avait d’elle, il lui promit de l’épouser, dès son retour de Rome, après avoir répudié la fille de Hareth.
Ce projet, tenu secret, fut pourtant découvert par la princesse arabe, qui résolut de se soustraire à l’affront. Elle feignit l’ignorance, et demanda au tétrarque la permission de se rendre à Machærous, dont la forteresse était alors gardée par les soldats de l’émir de Pétra. On le lui permit. Elle gagna Machærous, et de là se fît conduire par
Mariamne, fille de Simon. Elle se sépare de lui aussilôt après la naissance de Salomé et épouse Antipas le tétrarque. »
Mais, dans le même tableau, on lit encore : b « Hérode fiancé et marié à Hérodias, fille d’Aristobule et de Bérénice.
c « Antipas... épouse : 1® N..., fille d’Arétas, roi d’Arabie, et la répudie; 2® Hérodias, séparée d’Hérode, son premier mari. »
Il y a là, entre a, d’une part, et h, c, d’une autre part, une contradiction d’autant plus frappante qu’elle se trouve à deux endroits très rapprochés du tableau. Je pense que c’est l’indication « fiancée mais non mariée » qui est fautive. Josèphe dit bien qu’Hérodiade était mariée à Uérode fils d’Hérode le Grand et de Mariamne.
HÉRODIAS
des cavaliers nomades, de tribu en tribu, jusqu’à Pëtra, où elle apprit à son père l’injure qui lui était faite. L’émir jura de la venger, et il en attendit l’occasion^.
Cependant llérodias, quittant le mari dont elle avait une fille, mais de qui elle n’espérait ni gloire ni puissance, vint épouser le tétrarque. A ces demi-incestes, où se plaisait le sang âcre et fier des Hérodes, s’ajoutait cette fois l’adultère. Car ce mariage n’était qu’un adultère insolent. Les pieux Galiléens en conçurent une profonde horreur. Et tous ceux qui observaient la loi et vivaient selon le Seigneur, tous les simples, tous les pauvres, rougirent de voir cet homme et cette femme élevés au-dessus d’eux. La superbe llérodiade, sentant monter autour d’elle l’indignation du peuple, s’enferma dans un sombre orgueil. Mais, au fond de son cœur, elle gardait au judaïsme une haine de femme, une haine vigilante et minutieuse.
En ce temps-là, l’esprit prophétique travaillait la Judée. 11 y avait des hommes qui attendaient le royaume de Dieu. Ils étaient sobres, chastes et ne craignaient point la mort. Vers la quinzième année du principat de Tibère, on entendit parler, dans toute la Judée, d’un jeune nazir nommé laokanann ou Jean, originaire de cette ville patriarcale d’Hébron, qui gardait dans ses rochers, au seuil du désert, les sépultures d’Abraham et de Sara, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Lia. laokanann, fils de Zacharie, était de race sacerdotale. Il pratiquait, comme nazir, ces abstinences sévères qui disposent le corps à recevoir l’esprit divin. S’étant retiré dans le désert, il habitait une de ces