CHARLES BAUDELAIRE
Et M. Charavay ajoute : « Nous sommes touchés de voir le charitable Baudelaire préconiser à son ancien en poésie les gelées combinées avec un vin très chaud, mais, en songeant que Vigny était alors affecté d’un cancer à l’estomac, on peut trouver quelque affectation à ce luxe d’hygiène. » (1923.)
ALFRED DE VIGNY
s’entretenait avec eux de ce ton grave et un peu lent qu’il ne quittait guère, et ne riait jamais.
Le rire est absent de ses écrits autant que de ses lèvres. Ni le rictus aristophanesque, ni l’énorme grimace rabelaisienne, ni le pli comique et douloureux de Molière, n’a ridé les traits limpides de son visage. La joie est bonne, mais la tiistesse est sainte. Alfred de \ igny n a pus le rire
Il se souvenait d’avoir servi. Il aimait à parler en soldat a son ami le general de Ricard, vieil officier du premier Empire, qui souriait tant soit peu de s entendre traiter de confrère.
M. de Vigny redevenait poète avec le fils du général de Ricard, M. Louis-Xavier de Ricard, qui avait alors publié un recueil de vers et qui dirigeait la Revue du Progrès . Il promettait un grand avenir à ce jeune homme et 1 estimait jusqu’à critiquer minutieusement et sévèrement toutes ses productions.
Ainsi, dans le commerce intellectuel de quelques bons esprits, s éteignait lentement le plus galant homme de son siècle. Sa femme se mourait près de lui. Elle le devança de six mois; ce fut, pour l’âme vertueuse de M. de Vigny, un triste mais profond soulagement : il pouvait mourir. Dès lors, il assista indifférent aux progrès du vautour, du cancer qui lui dévorait les entrailles, et dont il attribuait la naissance à ses longues veilles et à ses travaux nocturnes : car il composait la nuit, et les bruits du jour interrompaient à peine la marche lente et grave de son idee. Jusqu au dernier moment, Alfred de Vigny s’occupa des choses de la pensée; les derniers livres qu’il lut furent les Affinités électives de Goethe et un tome des
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drames historiques de Shakespeare. Il mourut le 17 décembre 1863, dans sa soixante-sixième année.
11 avait légué la propriété de ses œuvres à M. Louis Ratisbonne, homme de lettres, et son épée à M. Guillaume Pauthier, qui avait servi sous ses ordres dans le 55e de ligne.
Le corps d'Alfred de Vigny fut conduit au cimetière Montmartre. 11 n'y eut pas de discours sur sa tombe, car il avait défendu qu’on en prononçât aucun.
Cette tombe est simple et sévère; elle est inconnue des gardiens et des jardiniers, à qui personne ne la demande.
Maintenant le nom d’Alfred de Vigny brille de cette gloire discrète que donne l'admiration des bons esprits. C’est la seule gloire que le poète ait aimée, et il l’attendait avec confiance. Il haïssait la popularité à Légal d’une profanation, et voulait que sa mémoire, pareille au feu sacré, fût entretenue par un petit nombre de mains pieuses, mais qu elle ne se répandît pas comme un incendie qu’allume au hasard l’ivresse populaire et qui s’éteint sur des ruines.
"¥ Tolcl des détails bibliographiques qu’un poète, M. J.-M. de f Heredia, nous avait amicalement adressés.
Nous voulons offrir cette note dans son entier aux amis d’Alfred de Vigny.