‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 5 sur 119 · Voir Stello. Edition Charpentier, p · texte numérisé non relu

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ALFRED DE VIGNY

l’influence des peines, des passions, des moindres désirs de l’être sympathique dans lequel il se développe. C’est là qu’on trouverait peut-être le mot de bien des existences inexplicables. Ce mot, c’est le secret d’une âme : il est profond et sacré. On peut toutefois, sans violer l’asile intérieur des consciences, deviner quelles étaient les impressions dominantes de madame de Vigny à cette époque où la femme « craint d’être émue1 ». Madame de Vigny avait vu se disperser au vent populaire sa fortune et ses privilèges; elle avait suivi, dans les prisons de Loches, son père, M. de Baraudin, vieux marin infirme et mutilé; elle était encore toute noire du deuil de son jeune frère fusillé à Quiberon, et du deuil de ce vieux père tué par la mort de son fils. L’âme fière de madame de Vigny était pleine de cet orgueil héraldique qu’il avait fallu comprimer, pleine d’une tristesse de mort pour les malheurs de sa famille et d’une haine bien excusable pour le peuple qui lui apparaissait sous l’aspect d’un égorgeur, les bras nus et sanglants. Il ne pouvait y avoir place en elle pour d’autres sentiments. Ces traits de l’âme maternelle se retrouveront un peu affaiblis dans l’âme du fils.

Cependant la République, si mâle naguère, s’affaiblissait de jour en jour; elle était dans une seconde enfance, et avait reçu un conseil de régence, le Directoire. On pressentait le coup d’Etat du 18 brumaire : la noblesse relevait la tête. C’est alors que M. de Vigny vint à Paris avec sa femme et son fils Alfred, qui avait dix-huit mois. C’est dans cette ville, pour ainsi dire, que l’enfant ouvrit les yeux;

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