THÉOGNIS, KALLISTA
KALLISTA
Evêque Théognis, la paix soit avec toi.
Combien cette maison, confirmée en la foi,
Après un an entier qu’allongea ton absence, Accueille ton retour avec réjouissance!
0 Pasteur! que mes mains embrassent tes genoux. Les infidèles mers t’ont séparé de nous?
THÉOGNIS
Un vaisseau tyrien aux agiles antennes M’a conduit sans détour à des rives lointaines.
J’ai vu (mes yeux en sont tout éblouis encor) Alexandrie, aux murs de marbre, aux dômes d’or, Ses habitants nombreux, ses palais, ses images ;
J’ai vu tous les écrits des païens et des Mages Tels qu’un peuple de morts dans le cèdre étendu;
Et (gloire au Dieu vivant!) j’ai six fois entendu La parole des saints vaincre sous les portiques Le murmure confus des mensonges antiques.
Mais revoir ses brebis semble doux au pasteur. Donc, le mal qui rongeait tes chairs avec lenteur,
0 femme, en un moment a quitté ta poitrine Par un puissant effet de la bonté divine,
Et tu veux au Seigneur payer ta guérison Par 1 offre de ta fille, espoir de ta maison.
C’est ce que m’ont appris tes lettres bienvenues.
KALLISTA, assise près de lui.
Elles ne devaient pas te rester inconnues,
Ces choses qu accomplit pour moi le Dieu puissant, Et je te confierai la fille de mon sang,
Afin, ô Théognis, que ta droite l’élise Et 1 ordonne bientôt lectrice en ton église.
THÉOGNIS
Certes je conduirai ton enfant à l’autel,
Comme une épousé chère à l’Epoux immortel,
0 femme, mais tu sais, car ta prudence est grande, Que pour faire au Seigneur une agréable offrande Il faut une victime heureuse de s’offrir,
Un cœur prompt et joyeux brûlé d’un saint désir. Promise au lit du Roi, la Vierge du Cantique Se parfuma de myrrhe et d’huile aromatique :
C’est ainsi que l’épouse offerte au Roi des Cieux Doit exhaler l’amour comme un nard précieux.
Or, écoute et réponds, femme : Daphné, ta fille, Saura-t-elle quitter la maison, la famille,
Et la tâche facile et les jeux, les amis,
Les espoirs obstinés et les amours permis,
Comme un prompt voyageur quitte au matin l’auberge? A-t-elle fermement ceint sa robe de vierge
POÉSIES
Pour aller, appuyée au bâton de la foi,
Vers Celui qu elle entend lui crier : « Viens à moi! »
KALLISTA
Sache donc que ma fille, en qui la grâce abonde,
Ne pense et ne vit plus déjà selon le monde.
Loin du rire et des fleurs, elle n’assiste pas,
Chez un père infidèle, aux fêtes, aux repas.
Depuis un an, cachée au fond de la demeure,
Elle goûte en priant la paix intérieure.
De tout le siècle vain, pour elle, rien n’est plus.
Elle se lève.
THÉOGNIS
Louange à Dieu! tel est le signe des élus.
Le Maître a dit : « Celui qui m’aime et qui veut vivre Doit quitter sa famille et ses biens pour me suivre. » Demain, quand le Seigneur, du sein brillant des Cieux, Plongera dans la nuit l’homme silencieux,
Lorsque j’aurai porté l’offrande méritoire
Aux tombeaux des martyrs qui chantent dans la gloire,
Du bâton pastoral je heurterai ton seuil;
Vers la troisième veille, ouvre et me fais accueil,
Et livre-moi 1 enfant toute voilée et ceinte,
Afin que je la mène en la demeure sainte Où, selon son espoir, je la consacrerai En imposant les mains dans le rite sacré.
Femme, tu la verras bientôt, diaconesse,
Se réjouir en paix, dès sa tendre jeunesse,
LES NOCES CORINTHIENNES
De porter dans un pan de l’étole de lin Le pain qui doit nourrir la veuve et lorphelin,
Et d offrir chaque jour sur l’autel du mystère Au prêtre solennel le vin dans la patère.
Heureux l’arbre au lieu saint transplanté dans sa Heur Car il se chargera de fruits chers au Seigneur.
Sois bénie en tes flancs, ô femme, au nom du Père,
Du Fils et de l’Esprit, en qui ton âme espère.
KALLISTA
Qu' il en soit fait ainsi.
Musique. L’évêque Théognis les bénit et sort. Toutes s’agenouillent.