LES RO M Â I A' S
O>mpo>îtion iiicdiie de
Lt * LNiiRlON il la t'.iilc ^^ronJuiUo;. M'ave\-vous entendu ■• Pjs de groupes!... Pas de rumeurs !... Qu'on se disperse!
Le
Centurion. — Ce n'est rien. C'est Jésus ! Allons, détachez-la!
LE PRÊTRE, au centurion.
Pour que l'émeute éclate, Elle dit avoir ^•u le Christ tout près d'ici ! Et sais-tu qui la folle ose appeler ainsi ? Un fanatique obscur, qui, sans doute, conspire, Un gueux de Nazareth !
LE CENTURION
Ah ! il fallait le dire !
Un gueux de Nazareth ?... Mais je vois ce que c'est !
A ses soldats.
C'est l'homme, vous savez, le simple qui passait Pour guérir les lépreux, l'homme de Galilée ! Sa présence, en effet, nous était signalée.
LE PRÊTRE
Des ordres contre lui doivent être reçus.
LE CENTURION
Un certain Josué, n'est-ce pas, ou Jésus ?
LE PRÊTRE
C'est lui-même.
LE CENTURION
Comment, c'est Jésus ? Quand je pense Que j'allais !... Mais alors, ça n'a pas d'importance ! Il ne nous porte pas ombrage, celui-là 1
Aux soldats.
Ce n'est rien. C'est Jésus ! Allons, détachez-la !
PHOTINE, délivrée immédiatement.
Ciel!
LE CENTURION
C'est un pauvre Juif pris de mélancolie. Moi-même, je le vis commettre une folie ! Mais à Jérusalem, justement, il n'y a Qu'un mois. J'étais de garde au fort Antonia D'où nous surveillons tout ce qu'on fait dans le temple. D'en haut, j'avais suivi des yeux la blancheur ample D'une robe de lin errante, et m'étais dit : « C'est quelque Essénien arrivé d'En-Gaddi. Il prêche : je le vois aux gestes de sa manche. »
— Douze robes suivaient, sombres, la robe blanche.
DEUXIÈME T A B LE A U
Et ce groupe, en causant, s'en vint jusqu'à ce lieu Où des Juifs très dévots, pour honorer leur Dieu, Font le change, installés à des petites tables, En se servant de poids rarement véritables. Sur le sol de ce temple étonnant, où l'on vend De tout, du sel, de l'huile et du bétail vivant. Traînent de vieux morceaux de cordes et de brides. Tout d'un coup, je vis l'homme aux vêtements candides Prendre un de ces morceaux, le tordre, et je le vis Fouetter tous les vendeurs qui couvraient le parvis, Et tous ces gros marchands, même les plus podagres. Fuyaient, fouettés par lui, tel un troupeau d'onagres ! Et lui fouettait toujours, d'un geste furieux. Et le peuple acclamait. C'était très curieux. Nous autres, les Romains, cela nous faisait rire. Cet homme ne peut pas inquiéter l'Empire. Il défend que du temple on fasse un vil bazar. Mais il dit : « A César ce qu'on doit à César ! »
LE PRÊTRE
Tu n'as pas entendu la femme ?
LE CENTURION, riant et remontant.
Je préfère
Ne pas l'entendre
Le Centurion. -^ Tu sais, le joli charpentier à tête blonde ?
Ce n'est pas celui-là qui troublera le monde l
LE PRÉTKE, essayant de le retenir.
Écoute-la !
LE CEXTIRIOX
J'ai mieux à faire !
LE PRÊTRE
Ouoi donc ?
LE CENTURION, railleur.
]\Iais lire, au frais, mon auteur familier. Je lis, et l'ombre d'une feuille de figuier
— Large et tremblante main qui sur le li\Te passe — Souligne d'un doigt bleu quelque beau vers d'Horace
LE PRÊTRE
]\Iais...
LE CENTURION, sèchement.
Qu'on ne vienne plus, surtout, me déranger.
Au peuple.
On vous permet ce Christ, il n'offre aucun danger.
En sortant, à un soldat.
Tu sais, le joli charpentier à tête blonde ?... Ce n'est pas celui-là qui troublera le monde !
— En route !
SCÈ NE V
Les Mêmes, moins LE CENTURION et les Soldats.
PHOTINE
Et maintenant, courons vite !
Murmures.
UN HOMME
Oh ! non !
PHOTINE
Quoi ?
UN AUTRE
L"n roi flattant César ne sera pas mon roi !
D E U X I E M E TABLEAU
UN AUTRE
C'est ainsi que le fils de David nous libère ?
UN AUTRE
Il conseille l'impôt ?
l'N AUTRE
Il accepte Tibère ?
PHOTINE
Seigneur, Seigneur, les malheureux, écoute-les ! — De quel royaume avez-vous cru que je parlais ? Quoi ! vous A'ous occupez de César, de l'Empire ? Comprenez donc un peu ce qu'on a voulu dire ! Vous qui serez les éternels Samaritains, Ne pensez qu'au seul vrai royaume, qu'aux destins Du royaume secret dont aucune province Ne vous sera jamais prise par aucun prince ! Puisqu'il faut tôt ou tard que vous soyez mangés. Que vous importe que les fauves soient changés, Et que celui, vers vous, dans l'ombre, qui se traîne, Ce soit le renard juif ou la louve romaine ? Ah ! sans savoir le nom du maître de hasard, Donnez avec dédain ce cj^u'ou doit à César !