‹ Œuvres complètes illustrées de Edmond RostandChapitre 35 sur 41 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, tous les Samaritains.

JÉSUS

Photine !...

PHOTINE, hors d'elle.

Ils viennent tous ! Une foule ravie !

Je ne sais plus ce que j'ai dit ; ils m'ont suivie ! J'ai couru. J'ai perdu mes bracelets. Je ris. N'est-ce pas que tous les lépreux seront guéris ? Si tu nous avais vus !... Voici des jeunes filles !... Voici des gueux avec des fleurs à leurs béquilles !... Tout le long du chemin nous chantions, nous courions, Et nous aurions bravé tous les centurions !

— Tiens, j'ai cueilli pour toi cette rose de haie... — Approche-toi, vieil homme, il touchera ta plaie !...

— Les enfants précédaient le cortège en dansant.

Et tu vois, tiens, tu vois, j'ai mis mes mains en sang, Tellement j'ai cassé pour eux de branches vertes !

— Ah ! toutes les maisons de Sichem sont désertes ! Le premier qui voulut partir, c'est ce petit.

Ce jeune homme ne croyait pas quand il partit. Et rien qu'en nous suivant il a perdu son doute : Oui, l'effort seulement de s'être mis en route !... Les marchands ne pensaient qu'à leur marché perdu ! Le prêtre a raisonné. Mais moi, j'ai répondu. Et je sentais que je parlais avec ton Verbe ! Ah ! je respire avec bonheur l'odeur de l'herbe ! Je ne reconnais plus ma voix dans l'air du soir ! Oh ! les marchands, il ne faut pas leur en vouloir !

Les femmes ont été tout de suite très bonnes.

Je ris. Je suis heureuse. II faudra que tu donnes

Ton grand manteau de laine à baiser. Nous venons

T'adorer. — Approchez ! — Je te dirai leurs noms.

Toi qui vois tout, tu vois que toutes sont venues,

Et tu les reconnais sans les avoir connues.

Celle-ci, c'est Thamar ; celle-ci, Penninah.

Il arrive des gens encore. Il y en a

Dans tous les prés voisins. La foule est très nombreuse.

J'étouffe un peu. Je \-ais pleurer. Je suis heureuse.

JÉSUS

Tu m'as conquis la \ille.

Oh ! non ! toi seul frappas Les coups. Si la victoire est grande, ce n'est pas Que, prophétesse prise entre les filles folles. Je me sois employée à porter tes paroles Là-bas ! Mais c'est que toi. di\-in Silencieux, Tu regardais d'ici la \ille, et que tes yeux Mettaient autour des murs un in\'isible siège ! Seul \-ainqueur dont la robe encore soit de neige, Tendre ennemi, beau guerrier pur, blanc conquérant. Je ne t'ai pas conquis la \ille, — elle se rend ! Ta servante ne peut t'avoir prêté main-forte ! Humble, je ne suis rien dans tout ceci : j'apporte Les clefs... Mais oui, c'est tout. J'apporte — et ne suis rien ! Les clefs de tous ces cœurs sur le coussin du mien !

UN HOMME

Pareil au mufle énorme et roux cju'une lionne Penche sur un agneau dont la blancheur l'étonné, La ville monstrueuse autour de toi se tait !

UX .\UTRE

La foulf (pii criait et cjui se révoltait, Elle est là, qui retient son souffle...

UNE FEMME

Et, bouche bée, T'écoute...

PHOTINE

On entendrait voler un scarabée...

TROISIEME TABLEAU

Une Femme. — Bénis mon petit.

UNE FEMME

Parle-nous, fais-nous boire aux célestes viviers !

PHOTINE

Regarde comme tous les rameaux d'oliviers

Tremblent dans tous les doigts sans qu'il y ait de brise.

AZRIEL

Qu'est cet homme pour que son silence suffise A me faire vibrer comme une aile, et frémir ? Mon âme feignait donc seulement de dormir ?

UN HOMME

Nous sommes ce vil peuple ignorant, idolâtre,

/. .1 .s .1 AJ A R 1 l A 1 y E Dont les Juifs t'ont parlé !

JÉSUS

Je suis votre bon pâtre.

UN AUTKK

Nous sommes les moutons maigres, méchants, maudits, Du troupeau triste et noir !

JÉSUS

Vous êtes mes brebis.

Une ouaille ne peut pas m'être moins chérie Parce qu'elle est de telle ou telle bergerie. J'irai dans tous les prés faire entendre ma voix ; J'abattrai doucement les clôtures de bois ; Dans l'herbe tomberont les piquets et les planches, Jusqu'à ce qu'il n'y ait, brebis noires et blanches Se rassemblant sous ma houlette au poids léger, Plus ([u'une bergerie au monde, et c^n'un berger.

IN JEUNE HOMME

Il me semble (pie sa ])ar()Ie me baptise !

UNE FEMMli.

rciuche mes pleurs.

UNE .M'TKE

Bénis mon petit.

UN VIEILLARD

Qu'on me dise One mon heure est \cnue, à présent je suis prêt !

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