‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 11 sur 72 · A AE ES · texte numérisé non relu

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cris avec de brusques tressaillements. Quand il eut fini,

il donna la paire lilas et demanda : — « À quile tour?» Toutes ensemble s'écrièrent : — « À moi! à moil » 1 commença par Rosa la Rosse, qui découvrit une chose informe, toute ronde, sans cheville, un vrai « boudin de jambe », comme disait Raphaële. Fernande fut complimentée par le commis voyageur qu'enthousiasmèrent ses puissantes colonnes. Les maigres tibias de la belle Juive eurent moins de succès. Louise Cocote, par plaisanterie, coiffa le monsieur de sa jupe; et Madame fut obligée d'intervenir pour arrêter cette farce inconvenante. Enfin Madame elle-même tendit sa jambe, une belle jambe normande, grasse et musclée ; et le voyageur, surpris et ravi, Ôta galamment son chapeau pour saluer ce maître mollet en vrai chevalier fran-

çais.

Les deux paysans, figés dans l’ahurissement, regardaient de côté, d’un seul œil; et ils ressemblaient si

absolument à des poulets que l’homme aux favoris

blonds, en se relevant, leur fit dans le nez « Co-cori-co ». Ce qui déchaïna de nouveau un ouragan de salt,

Les vieux descendirent à Motteville, avec leur panier,

leurs canards et leur parapluie; et l'on entendit la femme dire à son homme ens'éloignant: — « C'est des traînées qui s'en vont encore à ce satané Paris. »

Le plaisant commis porte-balle descendit lui-même à Rouen, après s'être montré si grossier que Madame servit obligée de le reméttre.vertement-à sa place.

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Elle ajouta, comme morale : — « Ça nous apprendra à NH. causer au preimier venu. »

À Oissel, elles changèrent de train, et trouvèrent à

; c une gare suivante D. M. Joseph Rivet qui les atten- É- dait avec une grande charrette pleine de chaises et __attelée d'un cheval blanc. à “+ Le menuisier embrassa poliment toutes ces dames et 1e + Les aida à monter dans sa carriole. Trois s’assirent sut É L ; trois chaises au fond ; Raphaële, Madame et son frere, F 4 ka sur les trois chaises de devant; et Rosa, n'ayant point 4 É de siège, se plaça tant bien que mal sur les genoux de à 4 la grande Fernande; puis l'équipage se mit en route. F Mais, aussitôt, le trot saccadé du bidet secoua si terri- 7 blement la voiture que les chaises commencèrent à Re Ve À LE

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danser, jetant les ae en l'air, à droite, à gauche, avec des mouvements de pantins, des grimaces d. ‘effarées, des cris d'effroi, coupés soudain par une secousse plus forte. Elles se cramponnaient aux côtés du véhicule ; les chapeaux tombaïent dans le dos, sur le nez ou vers l'épaule; et le cheval blanc allait toujours, allongeant la tête, et la queue droite, uné petite queue de rat sans poil dont il se battait les fesses de temps en temps. Joseph Rivet, un pied tendu sur le brancard, l’autre jambe repliée sous lui, les coudes très élevés, tenait les rênes, et de sa gorge s’échappait à tout instant une sorte de gloussement qui, faisant dresser les oreilles au bidet, accélérait son allure.

Des deux côtés de la route la campagne verte se déroulait. Les colzas en fleur mettaient de place en place une grande nappe jaune ondulante d'où s'élevait une saine et puissante odeur, une odeur pénétrante et douce, portée très loin par le vent. Dans les seigles déjà grands des bluets montraient leurs petites têtes azurées que les femmes voulaient cueillir, mais M. Rivet refusa d'arrêter. Puis parfois, un champ tout entier semblait arrosé de sang tant les coquelicots l'avaient envahi. Et au milieu de ces plaines colorées ainsi par les fleurs de la terre, la carriole, qui paraïssait porter elle-même un bouquet de fleurs aux teintes plus ardentes, passait au trot du cheval blanc, disparaissait derrière les grands arbres d’une ferme, pour reparaître au bout du feuillage et promener de nouveau à travers

les récoltes jaunes et vertes, piquées de rouge ou de bleu, cette éclatante charretée de femmes qui fuyait sous le soleil. |

Une heure sonnait quand on arriva devant la porte

du menuisier.

Elles étaient brisées de fatigue et pâles de faim, n'ayant rien pris depuis le départ. M" Rivet se précipita, les fit descendre l’une après l'autre, les embrassant aussitôt qu'elles touchaient terre; et elle ne se lassait

point de bécoter sa belle-sœur, qu'elle désirait accapa-

rer. On mangea dans l'atelier débarrassé des établis pour le dîner du lendemain.

Une bonne omelette que suivit une andouille grillée, arrosée de bon cidre piquant, rendit la gaieté à tout le monde. Rivet, pour trinquer, avait pris un verre, et sa femme servait, faisait la cuisine, apportait les plats, les enlevait, murmurant à l'oreille de chacune : — « En avez-vous à votre désir ? » — Des tas de planches dres-

sées contre les murs et des empilements de copeaux balayés dans les coins répandaient un parfum de bois

varlopé, une odeur de menuiserie, ce souffle résineux

qui pénètre au fond des poumons.

On réclama la petite, mais elle était à l'église, ne

devant rentrer que le soir.

La compagnie alors sortit pour faire un tour dans le pays.

C'était un tout petit village que traversait une grande route. Une dizaine de maisons rangées le long de cette

voie» ‘e abritaient les commerçants de l'endroit. le

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