‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 16 sur 72 · RE · texte numérisé non relu

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È Fe 32 toit PER une brie de la petite église; et une grande émotion, une attente anxieuse, les approches de l'ineffable mystère, étreignaient le cœur des:enfants, serraient la gorge de leurs mères.

Le prêtre, qui s'était assis quelque temps, remonta. vers l'autel, et, tête nue, couvert de ses cheveux d'’argent, avec des gestes tremblants, il approchait de l'acte surnaturel.

Il se tourna vers les fidèles, et, les mains aldee vers

46 eux, prononça : « Orate, fratres», «priez, mes frères». Ils

priaient tous. Le vieux curé balbutiait maintenant tout bas les paroles mystérieuses et suprêmes; la clochette 4 tintait coup sur coup ; la foule prosternée appelait Dieu; les enfants défaillaient d'une anxiété démesurée.

C'est alors que Rosa, le front dans ses mains, se rappela tout à coup sa mère, l'église de son village, sa première communion. Elle se crut revenue à cejourlà, quand elle était si petite, toute noyée en sa robe blanche, et elle se mit à pleurer. Elle pleura doucement d'abord : les larmes lentes sortaient de ses paupières, puis, avec ses souvenirs, son émotion grandit, et, le cou

gonflé, la poitrine battante, elle sanglota. Elle avait tiré son mouchoir, s'essuyait les yeux, se tamponnaitle nez 2 et la bouche pour ne point crier : ce fut en vain; une espèce de râle sortit de sa gorge, et deux autres soupirs profonds, déchirants, lui répondirent; car ses deux voi- | sines, abattues près d'elle, Louise et Flora étreintes des mêmes souvenances lointaines gémissaient aussi avec des torrents de larmes.

Mais comme les larmes sont contagieuses, Madame, à son tour, sentit bientôt ses paupières humides, et, se tournant vers sa bellé-sœur, elle vit que tout son banc pleurait aussi. |

Le prêtre engendrait le corps de Dieu. Les enfants n'avaient plus de pensée, jetés sur les dalles par une espece-de peur dévote: et, dans l'église, de place en place, une femme, une mère, une sœur, saisie par l'étrange sympathie des émotions poignantes, bouleversée aussi par ces ‘bellés dames 4#Poenouxrque secouaient des frissons et des hoquets, trempait son mouchoir d'’indienne à carreaux et, de la main gauche. pressait violemment son cœur bondissant.

Comme la flammèche qui jette le feu à travers un champ mür, les larmes de Rosa et de ses compagnes gagnèrent en un instant toute la foule. Hommes, femmes, vieillards, jeunes gars en blouse neuve, tous bientôt sanglotèrent, et sur leur tête semblait planer quelque chose de surhumain, une âme épandue, le souffle prodigieux d’un être invisible et tout-puissant.

Alors, dans le chœur de l'église, un petit coup sec retentit : la bonne sœur, en frappant sur son livre, donnait le signal de la communion; et les enfants, grelottant d'une fièvre divine, s'approchèrent dela table sainte

Toute une file s'agenouillait. Le vieux curé, tenant en main le ciboire d'argent doré, passait devant eux, leur offrant, entre deux doigts, l’hostie sacrée, le corps du Christ, la rédemption du monde. Ils ouvraient la bouche avec des spasmes, des grimaces nerveuses, les.

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yeux fermés, la face toute pâle; et la longue nappe

étendue sous leurs mentons frémissait comme de l'eau qui coule. | ;

Soudain dans l'église une sorte de folie courut, une rumeur de foule en délire, une tempête de sanglots avec des cris étouffés. Cela passa comme ces coups de vent qui courbent les forêts ; et le prêtre restait debout, immobile, une hostie à la main, paralysé par l'émotion, se disant : « C’est Dieu, c'est Dieu qui est parmi nous, qui manifeste sa présence, qui descend à ma voix sur son peuple agenouillé. » Et il balbutiait des prières affolées, sans trouver les mots, des prières de l'âme, dans un élan furieux vers le ciel.

Il acheva de donner la communion avec une telle surexcitation de foi que ses jambes défaillaient sous lui, et quand lui-même eut bu le sang de son Seigneur, il s’abima dans un acte de remerciement éperdu.

Derrière lui le peuple peu à peu se calmait. Les chantres, relevés dans la dignité du surplis blanc, repartaient d’une voix moins sûre, encore mouillée ; et le serpent aussi semblait enroué comme si l’instrument lui-même eût pleuré.

Alors , le prêtre, levant les mains, leur fit signe de se taire, et passant entre les deux haies de communiants perdus en des extases de bonheur, il s'approcha jusqu'à la grille du chœur.

L'assemblée s'était assise au milieu d'un bruit de chaises, et tout le monde à présent se mouchait avec force. Dès qu'on aperçut le curé, on fit silence, et il

mm),

commença à parler d’un ton très À bas, hésitant, voi-

lé. — « Mes chers frères, mes chères sœurs, mes enfants, je vous remercie du fond du cœur : vous venez de me donner

je *E la plus grande joie de ma vie. J'ai senti Dieu qui

a descendait sur nous à mon appel. Il est venu, il était

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là, présent, qui emplissait vos âmes, faisait déborder vos yeux. Je suis le plus vieux prêtre du diocèse, j'en suis aussi, aujourd'hui, le plus heureux. Un miracle

s'est fait parmi nous, un vrai, un grand, un sublime miracle. Pendant que Jésus-Christ pénétrait pour la première fois dansle corps de ces petits, le Saint-Esprit, l'oiseau céleste, le souffle dé Dieu, s’est abattu sur vous,

s'est emparé de vous, vous a saisis, courbés comme

des roseaux sous la brise. » |

Puis, d'une voix plus claire, se tournant vers les deux bancs où se trouvaient les invitées du menuisier: — « Merci surtout à vous, mes chères sœurs, qui êtes venues de si loin, et dont la présence parmi nous, dont la foi visible, dont la piété si vive ont été pour tous un salutaire exemple. Vousêtes l'édification de ma paroisse; votre émotion a échauffé les cœurs; sans vous, peutêtre, ce grand jour n'aurait pas eu ce caractère vraiment divin Il suffit parfois d’une seule brebis d'élite pour décider le Seigneur à descendre sur le troupeau. »

La voix lui manquait. Il ajouta : « C'est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il. » Et il remonta vers l'autel pour terminer l'office.

Maintenant on avait hâte de partir. Les enfants euxmêmes s’agitaient, las d'une si longue tension d'esprit. Ils avaient faim d'ailleurs, et les parents peu à peu

s'en allaient, sans attendre le dernier évangile, pour

terminer les apprêts du repas.

Ce fut une cohue à la sortie, une cohue bruyante, un

charivari de voix criardes où chantait l'accent normand.

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