‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 35 sur 72 · NE EC FT : S · texte numérisé non relu

NE EC FT : S

jusqu'au village abandonné là-bas, là-bas, vers le nord. | |

Lui, tout à coup, la saisit par le cou et l’'embrassa de nouveau ; mais, de son poing fermé, elle le frappa en pleine figure si violemment qu'il sé mit à saigner du nez; et il se leva pour aller appuyer sa tête contre un tronc d'arbre. Alors elle fut attendrie et, se rapprochant de lui, elle demanda :

— Ça te fait mal?

Maisil se mit à rire. Non, ce n'était rien ; seulement elle avait tapé juste sur le milieu. Il murmurait : « Cré coquin ! » et il la regardait avec admiration, pris d’un respect, d'une affection tout autre, d’un commencement d'amour vrai pour cette grande gaillarde si solide.

Quand le sang eut cessé de couler, il lui proposa de faire un tour, craignant, s'ils restaient ainsi côte à côte, la rude poigne de sa voisine. Mais d'elle-même elle lui prit le bras, comme font les promis le soir, dans l'avenüe,ett-clle lui dit:

— Ça n'est pas bien, Jacques, de me mépriser comme ça.

Il protesta. Non, il ne la méprisait pas, mais il était amoureux, voilà tout.

— Alors tu me veux bien en mariage ? dit-elle.

Il hésita, puis il se mit à la regarder de côté pendant qu'elle tenait ses yeux perdus au loin devant elle. Elle avait les joues rouges et pleines, une large poitrine saillante sous l’indienne de son caraco, de grosses lèvres fraîches, etsa gorge, presque nue, était semée de petites

” HISTOIRE D'UNE FILLE DE FERME . 99 gouttes de sueur. [lse sentit repris d'envie, et, la bouche dans son oreille, il murmura :

” — Oui, je veux bien.

ï Alors elle lui jeta ses bras au cou et elle l’embrassa si longtemps qu'ils en perdaient haleine tous les deux. De ce moment commença entre eux l'éternelle histoire de l'amour. Ils se lutinaient dans les coins; ils se donnaient des rendez-vous au clair de la lune, à l'abri d'une meule de foin, et ils se faisaient des bleus aux jambes, sous la table, avec leurs gros souliers ferrés. Puis, peu à peu, Jacques parut s'ennuyer d'elle; il lJ'évitait, ne lui parlait plus guère, ne cherchait plus à la rencontrer seule. Alors elle fut envahie par des doutes et une grande tristesse ; et, au bout de quelque temps, elle s’aperçut qu'elle était enceinte.

=. Elle fut consternée d’abord, puis une colère lui vint,

plus forte chaque jour, parce qu’elle ne parvenait point

à le trouver, tant il l'évitait avec soin.

| Enfin, une nuit, comme tout le monde dormait dans

la ferme, elle sortit sans bruit, en jupon, pieds nus, tra-

versa la cour et poussa la porte de l'écurie où Jacques était couché dans une grande boîte pleine de paille audessus de ses chevaux. Il fit semblant de ronfler en

l'entendant venir ; mais elle se hissa près de lui, et, à

genoux à son côté, le secoua jusqu'à ce qu'il se dres-

sât.

Quand il se fut assis, demandant : — « Qu'est-ce que tu veux > » elle prononça, les dents serrées, tremblant de fureur : — « Je veux, je veux que tu m'épouses, KA

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