‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 36 sur 72 · GE · texte numérisé non relu

GE

QUCRAEET E

de

Da 1:

PT Te = #

puisque tu m'as promis le mariage. » Il se mit à rire et répondit : — « Ah bien! si on épousait toutes les filles avec qui on a fauté, ça ne serait pas à faire. »

Mais elle le saisit à la gorge, le renversa sans qu'il pût se débarrasser de son étreinte farouche, et, l’étranglant, elle lui cria tout près, dans la figure : — « Je suis grosse, entends-tu, je suis grosse. »

Il haletait, suffoquant ; et ils restaient là tous deux, immobiles, muets dans le silence noir troublé seulement par le bruit de mâchoire d’un cheval qui tirait sur la paille du râtelier, puis la broyait avec lenteur: |

Quand Jacques comprit qu'elle était la plus forte, il balbutia :

— Eh bien, je t'épouserai, puisque c’est ça.

Mais elle ne croyait plus à ses promesses.

— Tout de suite, dit-elle; tu feras publier les bans.

Il répondit : :

— Tout de suite.

— Jure-le sur le bon Dieu.

Il hésita pendant quelques secondes, puis, prenant son parti :

— Je le jure sur le bon Dieu.

Alors elle ouvrit les doigts et, sans ajouter une parole, s’en alla.

Elle fut quelques jours sans pouvoir lui parler, et, l'écurie se trouvant désormais fermée à clef toutes les nuits, elle n osait pas faire de bruit de crainte du scandale.

HISTOIRE D'UNE FILLE DE FERME . lo!

Puis, un matin, elle vit entrer à la soupe un aûtre valet. Elle demanda :

— Jacques est parti?

— Mais oui, dit l’autre, je suis à sa place.

Elle se mit à trembler si fort, qu’elle ne pouvait décrocher sa marmite; puis, quand tout le monde fut au travail, elle monta dans sa chambre et pleura, la face dans son traversin, pour n'être pas entendue.

Dans la journée, elle essaya de s'informer sans éveiller les soupçons ; mais elle était tellement obsédée par la pensée de son malheur qu'elle croyait voir rire malicieusement tous les gens qu'elle interrogeait. Du reste, elle ne put rien apprendre, sinon qu'il avait quitté le pays tout à fait.

Ke:

Alors commença pour elle une vie de torture continuelle. Elle travaillait comme une machine, sans s'occuper de ce qu'elle faisait, avec cette idée fixe en tête : « Si on le savait! »

Cette obsession constante la rendait tellement incapable de raisonner qu'elle ne cherchait même pas les moyens d'éviter ce scandale qu'elle sentait venir, se rapprochant chaque jour, irréparable, et sûr comme la mor. :

El.e se levait tous les matins bien avant les autres et, avet une persistance acharnée, essayait de regarder sa tail: dans un petit morceau d'une glace cassée qui lui servait à se peigner, très anxieuse de savoir si ce n'était pas aujourd'hui qu'on s'en apercevrait.

Et, pendant le jour, elle interrompait à tout instant son travail, pour considérer du haut en bas si l'ampleur de sin ventre ne soulevait pas trop son tablier.

Les mois passaient. Elle ne parlait presque plus et,

ie Ai

quand on lui demandait quelque chose, ne comprenait

pas, effarée, l'œil hébété, les mains tremblantes ; ce qui faisait dire à son maître :

— Ma pauvre fille, que t'es sotte depuis quelque temps!

À l'église, elle se cachait derrière un pilier, et n’osait plus aller à confesse, redoutant beaucoup la rencontre du curé, à qui elle prêtait un pouvoir surhumain lui permettant de lire dans les consciences.

À table, les regards de ses camarades la faisaient maintenant défaillir d'angoisse, et elle s'imaginait toujours être découverte par le vacher, un petit gars précoce et sournois dont l'œil luisant ne la quittait pas. |

Un matin, le facteur lui remit une lettre. Elle n’en

avait jamais reçu et resta tellement bouleversée qu'elle

fut obligée de s'asseoir. C'était de lui, peut-être? Mais, comme elle ne savait pas lire, elle restait anxieuse, tremblante, devant ce papier couvert d'encre. Elle le mit dans sa poche, n'osant confier son secret à personne; et souvent elle s’arrêtait de travailler pour regarder longtemps ces lignes également espacées qu'une signature terminait, s'imaginant vaguement qu'elle allait tout à coup en découvrir le sens. Enfin, comme elle devenait folle d'impatience et d’inquiétude, elle alla trouver le maître d'école qui la fit asseoir et lut :

« Ma chère fille, la présente est pour te dire que je suis

à Lee LE) Re 1 MORE rt L Û AU SENTE ire ce St et PAL HN TE ae Vies x N° ARC PS bent à Le Vent NE 4

Page 1