‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 39 sur 72 · LET · texte numérisé non relu

LET

D; — Tuesune brave fille, rangée, active et économe. Une Ne femme comme toi, ça ferait la fortune d'un homme. Elle restait toujours immobile, l'œil effaré, ne cherchant même pas à comprendre, tant ses idées tourbillonnaient comme à l'approche d’un grand danger. Il attendit une seconde, puis continua :

— Vois-tu, une férme sans maîtresse, ça ne peut pas aller, même avec une servante comme toi.

À Alors il se tut, ne sachant plus que dire ; et Rose le regardait de l'air épouvanté d'une personne qui se croit en face d’un assassin et s'apprête à s'enfuir au moindre geste qu'il fera.

Enfin, au bout de cinq minutes, il demanda :

— Hé bien! çate va-t-il ?

Elle répondit avec une physionomie idiote :

— Quoi, not’ maître ?

Alors lui, brusquement :

— Mais de m'épouser, pardine!

Elle se dressa tout à coup, puis retomba comme cassée sur sa chaise, où elle demeura sans mouvement, pareille à quelqu'un qui aurait reçu le coup d'un grand 28 malheur. Le fermier à la fin s'impatienta : he

— Allons, voyons ; qu'est-ce qu'il te faut alors ? Ci

Elle le contemplait affolée ; puis, soudain, les larmes 24 lui vinrent aux yeux, et elle répéta deux fois en suffo- ; quant :

— Je ne peux pas, je ne peux pas!

— Pourquoi ça? demanda l'homme. Allons, ne fais pas 4 la bête; je te donne jusqu'à demain pour réfléchir. <

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Et il se dépêcha de s'en aller, très soulagé d'en avoir fini avec cette démarche qui l'embarrassait beaucoup et ne doutant pas que, le lendemain, sa servante accepterait une proposition qui était pour elle tout à fait inespérée et, pour lui, une excellente affaire, puisqu'il s'attachait ainsi à jamais une femme qui lui rapporterait certes davantage que la plus belle dot du pays.

Il ne pouvait d'ailleurs exister entre eux de scrupules de mésalliance, car, dans la campagne, tous sont à peu près égaux : le fermier laboure comme son valet, qui, le plus souvent, devient maître à son tour un jour ou l’autre, et les servantes à tout moment passent maïitresses sans que cela apporte aucun changement dans leur vie ou leurs habitudes.

Rose ne se coucha pas cette nuit-là. Elle tomba assise sur sonlit, n'ayant plus même la force de pleurer, tant elle était anéantie. Elle restait inerte, ne sentant plus son corps, et l'esprit dispersé, comme si quelqu'un l’eût déchiqueté avec un de ces instruments dont se servent les cardeurs pour effiloquer la laine des matelas.

Par instants seulement elle parvenait à rassembler comme des bribes de réflexions, et elle s'épouvantait à la pensée de ce qui pouvait advenir.

Ses terreurs grandirent, et chaque fois que dans le silence assoupi de la maison la grosse horloge de la cuisine battait lentement les heures, il lui venait des sueurs d'angoisse. Sa tête se perdait, les cauchemars se succédaient, sa chandelle s’éteignit ; alors commença le délire, ce délire fuyant des gens de la campagne quise

de

Feu

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