‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 45 sur 72 · FERME · texte numérisé non relu

FERME

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ils allèrent aux renseignements. On leur désigna un

berger qui demeurait à dix lieues de là ;et maître Vallin ayant attelé son tilbury partit un jour pour le consulter. Le berger lui remit un pain sur lequel il fit des signes, un pain pétri avec des herbes et dont il fallait que tous

deux mangeassent un morceau, la nuit, avant comme

après leurs caresses.

Le pain tout entier fut consommé sans obtenir de résultat. |

Un instituteur leur dévoila des mystères, des procédés d'amour inconnus aux champs, et infaillibles, disaitil. Ils ratèrent. el

Le curé conseilla un pèlerinage au précieux Sang de Fécamp. Rose alla avec la foule se prosterner dans l’abbaye, et, mêlant son vœu aux souhaits grossiers

qu'exhalaient tous ces cœurs de paysans, elle supplia

Celui que tous imploraient de la rendre encore une fois féconde. Ce fut en vain. Alors elle s'imagina être punie de sa première faute et une immense douleur l’'envahit.

Elle dépérissait de chagrin ; son mari aussi vieillissait, « se mangeait les sangs, » disait-on, se consumait en espoirs inutiles.

Alors la guerre éclata entre eux. Il l’injuria, la battit. Tout le jour il la querellait, et le soir, dans leur lit, haletant, haineux, il lui jetait à la face des outrages et des ordures.

Une nuit enfin, ne sachant plus qu'inventer pour la faire souffrir davantage, il lui ordonna de se lever et d'aller attendre le jour sous la pluie devant la porte

Comme elle n'obéissait pas, il la saisit par le cou et se mit à la frapper au visage à coups de poing. Elle ne dit ’ L rien, ne remua pas. Exaspéré, il sauta à genoux sur son ne ventre; et, les dents serrées, fou de rage, il l'assom- La mait. Alors elle eut un instant de révolte désespérée, | et, d'un geste furieux le rejetant con-

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tre le mur,

eile se dressa sur son séant, : :

puis, la voix changée, sifflante :

: — J'en ai un éfant, moi, j'en ai un! je l'ai eu avec ne. Jacques ; tu sais bien, Jacques. Il devait m'épouser : e il est parti. | L'homme, stupéfait, restait là, aussi éperdu qu'elle- x Æ même ; il bredouillait :

— Qué que tu dis ? qué que tu dis ?

Alors elle se mit à sangloter, et à travers ses larmes D. ruisselantes elle balbutia : 13

er. - —- C'est pour ça que je ne voulais pas t'épouser, c'est | pour ça. Je ne pouvais point te le dire, tu m'aurais mise

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. sans pain avec mon petit. Tu n’en as pas, toi, d'éfant:

tu ne sais pas, tu ne sais pas!

I répétait machinalement, dans une surprise grandissante : 3 | |

— T'as un éfant ? t'as un éfant ?

Elle prononça au milieu des hoquets :

— Tu m'as prise de force ; tu le sais bien peut-être ? moi je ne voulais point t'épouser.

Alors il se leva, alluma la chandelle, et se mit à marcher ‘dans la chambre, les bras derrière le dos. Elle

pleurait toujours, écroulée sur le lit. Tout à coup il

s'arrêta devant elle : — « C’est de ma faute alors si je t'en ai pas fait ? » dit-il. Elle ne répondit pas. Il se remit à marcher ; puis, s’arrêtant de nouveau, il demanda : — « Quel âge qu'il a ton petiot? »

Elle murmura :

— V'là qu'il va avoir six ans.

Il demanda encore :

— Pourquoi que tu ne me l'as pas dit?

Elle gémit :

— Est-ce que je pouvais!

Il restait debout, immobile.

— Allons, lève-toi, dit-il.

Elle se redressa péniblement; puis, quand elle se fut mise sur ses pieds, appuyée au mur, il se prit à rire soudain de son gros rire des bons jours; et comme elle demeurait bouleversée, il ajouta :

— Eh bien, on ira le chercher, c't'éfant, puisque nous n’en avons pas ensemble.

pas manqué, elle se serait eee ue Mais le

fermier se frottait les mains et murmur ait HR AE de: ” — Je voulais en adopter un, le v'là trouvé, le va He Le | trouvé. J'avais demandé au curé un orphelin.

. Puis, riant toujours, il embrassa sur les deux joues sa femme éplorée et stupide, et il cria, comme si elle

ne l'entendait pas : RSR — Allons, la mère, allons voir s'il y a encore de la : 4 soupe; moi j en mangerai bien une potée.

D M Elle passa sa jupe; ils descendirent; et pendant qu’à Fo. k genoux elle rallumait le feu sous la marmite, lui, è : radieux, continuait à marcher à grands pas dans la

NW" Chisine en répétant:

— Eh bien, vrai, ça me fait plaisir; c'est pas pour dire, mais je suis content, je suis bien content.

Le tramway de Neuilly venait de passer la porte Maillot et il filait maintenant tout le long de la grande avenue qui aboutit à la Seine. La petite machine, atteléé à son wagon, cornait pour écarter les obstacles, crachait sa vapeur, haletait comme une personne essoufflée qui court ; et ses pistons faisaient un bruit précipité de jambes de fer en mouvement. La lourde chaleur d'une fin de journée d'été tombait sur la route d'où s'élevait, bien qu'aucune brise ne soufflât, une poussière blanche, crayeuse, opaque, suffocante et chaude, qui se collait sur la peau moite, emplissait les yeux, entrait dans les poumons. | Des gens venaient sur leurs portes, cherchant de l'air.

Pr Lie EN FAMILLE

Les glaces de la voiture étaient baissées, et tous les rideaux flottaient agités par la course rapide. Quelques personnes seulement occupaient l'intérieur (car on préférait, par ces jours chauds, l'impériale ou les platesformes). C'étaient de grosses dames aux toilettes farces, de ces bourgeoises de banlieue qui remplacent la distins tion dont elles manquent par une dignité intempestive; des messieurs las du bureau, la figure jaunie, la taille tournée, une épaule un peu remontée par les longs travaux courbés sur les tables. Leurs faces inquiètes et tristes disaient encore les soucis domestiques, les incessants besoins d'argent, les anciennes espérances définitivement déçues ; car tous appartenaient à cette armée de pauvres diables râpés qui végètent économiquement dans une chétive maison de plâtre, avec une plate-bande pour jardin, au milieu de cette campagne à dépotoirs qui borde Paris.

Tout près de la portière, un homme petit et gros, la figure bouffe, le ventre tombant entre ses Jambes ou vertes, tout habillé de noir et décoré, causait avec un grand maigre d'aspect débraillé, vêtu de coutil blanc très sale et coiffé d'un vieux panama. Le premier parlait lentement, avec des hésitations qui le faisaient parfois paraître bègue ; c'était M. Caravan, commis principal au ministère de la marine. L'autre, ancien officier de santé à bord d'un bâtiment de commerce, avait fini par s'établir au rond-point de Courbevoie où il appliquait sur la misérable population de ce Jieu les vagues connaissances médicales qui lui restaient après une vie

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aventureuse. Il se nommait Chenet et se faisait appeler docteur. Des rumeurs couraient sur sa moralité.

M. Caravan avait toujours mené l'existence normale des bureaucrates. Depuis trente ans, il venait invariablement à son bureau, chaque matin, par la même route, rencontrant, à la même heure, aux mêmes endroits, les mêmes figures d'hommes allant à leurs affaires ; et il s’en retournait, chaque soir, par le même chemin où il retrouvait encore les mêmes visages qu'il avait vus vieillir. |

Tous les jours, après avoir acheté sa feuille d’un sou à l’encoignure du faubourg Saint-Honoré, il allait chercher ses deux petits pains, puis il entrait au ministère à la façon d'un coupable qui se constitue prisonnier ; et il gagnait son bureau vivement, le cœur plein d’inquiétude, dans l'attente éternelle d’une réprimande pour

quelque négligence qu'il aurait pu commettre.

Rien n'était jamais venu modifier l’ordre monotone de son existence; car aucun événement ne le touchait en dehors des affaires du bureau, des avancements et des gratifications. Soit qu'il fût au ministère, soit qu'il fût dans sa famille (car il avait épousé, sans dot, la fille d'un collègue), il ne parlait jamais que du service. Jamais son esprit atrophié par la besogne abêtissante et quotidienne n'avait plus d'autres pensées, d’autres espoirs, d’autres rêves, que ceux relatifs à son ministère. Mais une amertume gâtait toujours ses satisfactions d’employé : l'accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs

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galons d'argent, aux on de sous-chef et de chef: et chaquesOis en dinant, il argumentait fortement devant sa femme, qui partageait ses haines, pour prouver qu'il est inique à tous égards de donner des places à

Paris aux gens destinés à la navigation. ee

Il était vieux, maintenant, n'ayant point senti passer sa vie, car le collège, sans transition, avait été continué par le bureau, et les pions, devant qui il tremblait autrefois, étaient aujourd’hui remplacés par les chefs, qu'il redoutait effroyablement. Le seuil de ces despotes en chambre le faisait frémir des pieds à la têté; et de cette continuelle épouvante il gardait une manière gauche de se présentèr, une attitude humble et une sorte de bégaiement nerveux. |

Il ne connaissait pas plus Paris que ne le peut connaître un aveugle conduit par son chien, chaque jour, sous la même porte ; et s’il lisait dans son journal d'un sou les événements et les scandales, il les percevait comme des contes fantaisistes inventés à plaisir pour distraire les petits employés. Homme d'ordre, réactionnaireé sans parti détérminé, mais ennemides « nouveautés », il passait les faits politiques, que sa feuille, du reste, défigurait toujours pour les besoins payés d'une cause; et quand il remontait tous les soirs l'avenue des Champs-Élysées, il considérait la foule houleuse des promeneurs et le flot roulant des équipages à la façon d'un voyageur dépaysé qui traverserait des contrées lointaines. |

Avant complété, cette année même, ses trente années

. EN FAMILLE | 135 de service obligatoire, on lui avait remis, au 1° janvier,

la croix de la Légion d'honneur, qui récompense, dans ces administrations militarisées, la longue et misérable

servitude — (on dit : loyaux services) — de ces tristes

forçats rivés au carton vert. Cette dignité inattendue, lui donnant de sa capacité une idée haute et nouvelle, avait en tout changé ses mœurs. Il avait dès lors supprimé les pantalons de couleur et les vestons de fantai-

sie, porté des culottes noires et de longues redingotes

où son ruban, très large, faisait mieux; et, rasé tous les matins, écurant ses ongles avec plus de soin, changeant de linge tous les deux jours par un légitime sentiment de convenances et de respect pour l'Ordre rational dont il faisait partie, il était devenu, du jour au lendemain, un autre Caravan, rincé, majestueux et con-

‘descendant.

Chez lui, il disait « ma croix » à tout propos. Un tel orgueil lui était venu, quil ne pouvait plus même

souffrir à la boutonnière des autres aucun ruban

d'aucune sorte. Il s'exaspérait surtout à la vue des ordres étrangers — « qu'on ne devrait pas laisser porter en France » ; etil en voulait particulièrement au doc-

teur Chenet qu'il retrouvait tous les soirs au tramway,

orné d'une décoration quelconque, blanche, bleue, orange ou verte. :

La conversation des deux hommes, depuis l’Arc de

: Triomphe jusqu'à Neuilly, était, du reste, toujours la

même ; et, ce jour-là comme les précédents, ils s'occu-

pérent d'abord de différents abus locaux qui les cho-

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136 FAIRE EN FAMLILE

quaient l’un et l'autre, le maire de Neuilly en prenant à

son aise. Puis, comme il arrive infailliblement en compagnie d’un médecin, Caravan aborda le chapitre des maladies, espérant de cette façon glaner quelques petits conseils gratuits, ou même une consultation, en s'y prenant bien, sans laisser voir la ficelle. Sa mère, du reste, l'inquiétait depuis quelque temps. Elle avait des syncopes fréquentes et prolongées; et, bien que vieille de quatre-vingt-dix ans, elle ne consentait point à se soigner.

Son grand âge attendrissait Caravan, qui répétait sans cesse au docteur Chenet : — « En voyez-vous souvent arriver là? » Et il se frottait les mains avec bonheur, non qu'il tint peut-être beaucoup à voir la bonne femme s'éterniser sur terre, mais parce que la longue durée de la vie maternelle était comme une promesse pour lui-même.

Il continua: — « Oh! dans ma famille, on va loin: ainsi, moi, je suis sûr qu'à moins d'accident je mourrai très vieux. » L'officier de santé jeta sur lui un regard de pitié; il considéra une seconde la figure rougeaude de son voisin, son cou graisseux, son bedon tombant entre deux jambes flasques et grasses, toute sa rondeur apoplectique de vieil employé ramolli; et, relevant d’un coup de main le panama grisâtre qui lui couvrait le chef, il répondit en ricanant : — « Pas si sûr que ça, mon bon, votre mère est une astèque et vous n'êtes qu'un plein-de-soupe. » Caravan, troublé, se tut.

Mais le tramway arrivait à la station. Les deux

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$ compagnons descendirent, et M. Chenetoffritlevermout

au café du Globe. en face, où l’un et l’autre avaient leurs habitudes. Le patron, un ami, leur allongea deux doigts qu'ils serrèrent par-dessus les bouteilles du comptoir ; et ils allèrent rejoindre trois amateurs de dominos, attablés là depuis midi. Des paroles cordiales furent échangées, avec le « Quoi de neuf? » inévitable. Ensuite les joueurs se remirent à leur partie; puis on leur souhaita le bonsoir. Ils tendirent leurs mains sans lever la tête ; et chacun rentra dîner.

Caravan habitait, auprès du rond-point de Courbevoie, une petite maison à deux étages dont le rez-dechaussée était occupé par un coiffeur.

Deux chambres, une salle à manger et une cuisine où des sièges recollés erraient de pièce en pièce selon les besoins, formaient tout l'appartement que M"° Caravan passait son temps à nettoyer, tandis que sa fille Marie- Louise, âgée de douze ans, et son fils Philippe-Auguste, âgé de neuf, galopinaient dans les ruisseaux de l'avenue, avec tous les polissons du quartier.

Au-dessus de lui, Caravan avait installé sa mère, dont l'avarice était célèbre aux environs et dont la maigreur faisait dire que le Bon Dieu avait appliqué sur elle-même ses propres principes de parcimonie. Toujours de mauvaise humeur, elle ne passait point un jour sans querelles et sans colères furieuses. Elle apostrophait de sa fenêtre les voisins sur leurs portes, les marchandes des quatre saisons, les balayeurs et les gamins qui, pour se venger, la suivaient de loin,

quand elle sortait, en criant : — « À la chie-en-lit ! » Une petite bonne normande, incroyablement étour-

die, faisait le ménage et couchait au second près de la

vieille, dans la crainte d’un accident.

Lorsque Caravan rentra chez lui, sa femme, atteinte

toyage, faisait reluire avec un mor-

‘parses dans la solitude des pièces.

Elle portait toujours des gants de fil, ornait sa tête d’un bonnet

-esse chaviré sur une oreille, -t répétait, chaque fois qu'on a surprenait cirant, brossant, astiquant ou lessivant : — « Je ne suis pas riche, chez moi tout est simple, mais la pro-

la en vaut bien un autre. »

Douée d’un sens pratique opiniâtre , elle était en

tout le guide de son mari. Chaque soir, à table, et puis dans leur lit, ils causaient longuement des affaires du bureau, ét, bien qu'elle eût vingt ans de moins que lui, il se confiait à elle comme à un directeur de conscience, et suivait en tout ses conseils. | Elle n'avait Jamais été. jolie ; elle était laide mainte

nant, de petite taille et maigrelette. L'inhabileté de sa vêture avait toujours fait disparaître ses faibles attri-

d'une maladie chronique de net-

ceau de flanelle l'acajou des chaises

1 rubans multicolores sans .

preté c'est mon luxe, et celui-

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buts féminins qui auraient dû saillir avec art sous un nabillage bien entendu. Ses jupes semblaient sans cesse tournées d'un côté : etelle se grattait souvent, n'importe où, avec indiftérence du public, par une sorte de manie qui touchait au tic. Le seul ornement qu elle se permi. consistait en une profusion de rubans de soie entre- mélés sur les bonnets prétentieux qu'elle avait coutume de porter chez elle.

Aussitôt quelle aperçut son mari, elle se leva, et,

l'embrassant sur ses favoris: — « As-tu pensé à Potin,

mon ami? » (C'était pour une commission qu'il avait promis de faire.) Mais il tomba atterré sur un siège ; il venait encore d'oublier pour la quatrième fois: — « C'est une fatalité, disait-il, c'est une fatalité ; j'ai beau y penser toute la journée,quand le soir vient j'oublie toujours. » Mais comme il semblait désolé, elle le consola: —

« Tu y songeras demain, voilà tout. Rien de neuf au

ministère ? »

— Si, une grande nouvelle: encore un ferblantier nommé sous-chef.

Elle devint très sérieuse:

— À quel bureau ?

— Au bureau des achats extérieurs.

Elle se fâchait :

— À la place de Ramon alors, juste celle que je vou lais pour toi ; et lui, Ramon ? à la retraite?

Il balbutia : — « A la retraite. » Elle devint rageuse,

le bonnet parti sur l'épaule :

— C'est fini, vois-tu, cette buite-là, rien à faire

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là dedans maintenant. Et comment s'appelle-t-il, ton commissaire ?

— Bonassot.

Elle prit l'Annuaire de la marine, qu'elle avait toujours sous la maïn, etrchercha :: «Bonassot==

. «Toulon. — Né en 1851. — Élève-commissaire en 1871,

« Sous-commissaire en 1875. »

— A-t-il navigué celui-là ?

A cette question, Caravan se rasséréna. Une gaieté lui vint qui secouait son ventre: — « Comme Balin,

juste comme Balin, son chef. » Et il ajouta, dans un

rire plus fort, une vieille plaisanterie que tout le ministère trouvait délicieuse : — « Il ne faudrait pas les envoyer par eau inspecter la station navale du Point-du-Jour, ils seraient malades sur les bateauxmouches. »

Mais elle restait grave comme si elle n'avait pas entendu, puis elle murmura en se grattant lentement le menton: — « Si seulement on avait un député dans sa manche ? Quand la Chambre saura tout ce qui se passe là dedans, le ministre sautera du coup... »

Des cris éclatèrent dans l'escalier, coupant sa phrase. Marie-Louise et Philippe-Auguste, qui revenaient du ruisseau, se flanquaient, de marche en marche, des gifles et des coups de pied. Leur mère s'élança, furieuse. et, les prenant chacun par un bras, elle les jeta dans l'appartement en les secouant avec vigueur.

Sitôt qu'ils aperçurent leur père, ils se précipitèrent sur lui, et il les embrassa tendrement, longtemps; puis,

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