CARRE
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‘EN FAMILIE” MANU s’asseyant, les prit sur ses genoux et fit la causette avec eux.
N Philippe-Auguste était un vilain mioche, dépeigné, sale des pieds à la tête, avec une figure de crétin. Marie-Louise ressemblait à sa mère déjà, parlait comme elle, répétant ses paroles, l'imitant même en ses gestes. Elle dit aussi : — « Quoi de neuf au ministère? » Il lui ré- — =. pondit gaiement : — « Ton ami Ramon, qui vient diner ici tous les mois, va nous quitter, fifille. Il y a un nouveau sous-chef à sa place. » Elle leva les yeux sur son père, et, avec une commisération d'enfant précoce : — « Encore un qui t'a passé sur le dos, alors. »
IT finit de rire et ne répondit pas ; puis, pour faire diversion, s'adressant à sa femme qui nettoyait maintenant les vitres : — L« a maman va bien, là-haut >?»
Me Caravan cessa de frotter, se retourna, redressa son bonnet tout à fait parti dans le dos, et, la lèvre tremblante : — « Ah! oui, parlons-en de ta mére! Elle men a fait une jolie! Figure-toi que tantôt Me Lebaudin, la femme du coiffeur, est montée pour m'emprunter un paquet d'amidon, et comme j'étais sortie, ta mère l'a chassée en la traitant de « mendiante ».
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Aussi je l'ai arrangée, la vieille. Elle a fait semblant de ne pas entendre comme toujours quand on lui dit ses vérités, mais elle n’est pas plus sourde que moi, vois-tu; c'est de la frime, tout ça; et la preuve, c'est qu'elle est remontée dans sa chambre, aussitôt, sans dire un mot. »
Caravan, confus, se taisait, quand la petite bonne se : précipita pour annoncer le diner. Alors, afin de prévenir sa mére, il prit un manche à balai toujours caché dans un coin et frappa trois coups au plafond. Puis on passa dans la salle, et Me Caravan la jeune servit le potage, en attendant la vieille. Elle ne venait pas, et la soupe refroidissait. Alors on se mit à manger tout doucement ; puis, quand les assiettes furent vides, on attendit encore. M Caravan, furieuse, s’en prenait à son mari : — « Elle le fait exprès, sais-tu. Aussi tu la soutiens toujours. » Lui, fort perplexe, pris entre les deux, envoya Marie-Louise chercher grand'maman, et il
demeuraimmobile, les yeux baissés, tandis que sa femme
tapait rageusement le pied de son verre avec le bout de son couteau. 4:
Soudain la porte s'ouvrit, et l'enfant seule réapparut tout essoufflée et fort pale; elle dit très vite: — « Grand maman est tombée par terre. >
Caravan, d’un bond, fut debout, et, jetant sa serviette sur la table, il s'élança dans l'escalier, où son pas lourd et précipité retentit, pendant que sa femme, croyant à une ruse méchante de sa belle-mère, s'en venait plus doucement en haussant avec mépris les épaules
EN FAMILLE - nr ddie
La vieille gisait tout de son long sur la face au milieu de la chambre, et, lorsque son fils l'eut retournée, elle
apparut, immobile et sèche, avec sa peau jaunie, plissée,
tannée, ses yeuxclos, ses dents serrées, et tout son corps maigre raidi. |
Caravan, à genoux près d'elle, gémissait: — « Ma pauvre mère, ma pauvre mère ! » Mais l’autre Mme Caravan, après l'avoir considérée un instant, déclara : — « Bah! elle a encore une syncope, voilà tout; c'est pour nous empêcher de diner, sois-en sûr. »
On porta le corps sur le lit, on le déshabilla complètement, et tous. Caravan, sa femme, la bonne, se
mirent à le frictionner. DAS ee leurs efforts, éllérne reprit pas connaissance. Alors on envoya Rosalie
chercher le docteur Chenet. Il habitait sur le quai, vers
Suresnes. C'était loin, l'attente fut longue. Enfin il
arriva, et, après avoir considéré, palpé, ausculté la
vieille femme, il prononça : — « C'est la fin. »
par des sanglots précipités; et il baisait convulsivement la figure rigide de Srssa mére-en pleur | rant avec . tant d'abondance
grosses larmes
Caravan s'abattit sur le corps, secoué
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