‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 53 sur 72 · MESSE NO UEN FAMILLE F · texte numérisé non relu

MESSE NO UEN FAMILLE F

à son ouvrage, remplaça les bougies consumées, puis il

considéra sa mère en roulant dans son cerveau ces Là ee - | apparences de pensées profondes, ces banalités reli- 4 gieuses et philosophiques qui hantent les intelligences “à moyennes en face de la mort. Se :

Mais comme sa femme l'appelait, il descendit. Elle 4 avait dressé une liste des choses à faire dans la mati- 4 née, et elle lui remit cette nomenclature dont il fut "1 épouvanté. L Il lut : 1° Faire la déclaration à la mairie; : 2° Demander le médecin des morts: :

3° Commander le cercueil ; S < :

4° Passer à l’église ; is 5° Aux pompes funèbres ; 6° A l'imprimerie pour les lettres ; reChez le notaire; è

8° Au télégraphe pour avertir la famille.

Plus une multitude de petites commissions. Alors il prit son chapeau et s'éloigna.

Or, la nouvelle s'étant répandue, les voisines commençaient à arriver et demandaient à voir la morte. Chez le coiffeur, au rez-de-chaussée, une scène avait même eu lieu à ce sujet entre la femme et le mari penà dant qu'il rasait un client.

La femme, tout en tricotant un bas, murmura : — | « Encore une de moins, et une avare, celle-là, comme PR: il n'y en avait pas beaucoup. Je ne l’aimais guëre, c'est vrai ; il faudra tout de même que j'aille la voir. »

‘ Le mari grogna, tout en savonnant le menton du 3 ; . II

ne Arte . EN FAMILLE

patient : — « En voilà, des fantaisies ! Il n’y a que les

femmes pour ça. Ce n'est pas assez de vous embêter pendant la viePélles ne peuvent seulement pas vous laisser tranquille après la mort. » — Mais son épouse, sans se déconcerter, reprit : — » C'est plus fort que moi ; faut que j'y aille. Ça me tient depuis ce matin. Si

je ne la voyais pas, il me semble que j'y penserais toute

ma vie. Mais quand je l'aurai bien regardée pour prendre sa figure, je serai satisfaite après. »

L'homme au rasoir haussa les épaules et confia au

monsieur dont il grattait la joue : — « Je vous demande un peu quelles idées ça vous a, ces sacrées femelles!

Ce n'est pas moi qui m'amuserais à voir un mort! » —

Mais sa femme l'avait entendu, et elle répondit sans se troubler : — « C'est comme ça, c'est comme ça. » —

Puis, posant son tricot sur le comptoir, elle monta au

premier étage. |

Deux voisines étaient déjà venues et causaient de l'accident avec M" Caravan, qui racontait les détails.

On se dirigea vers la chambre mortuaire. Les quatre femmes entrèrent à pas de loup, aspergèrent le drap l'une après l’autre avec l'eau salée, s’agenouillérent, firent le signe de la croix en marmottant une prière, puis, s'étant relevées, les yeux agrandis, la bouche entr'ouverte, considérèrent longuement le cadavre, pendant que la belle-fille de la morte, un mouchoir sur la figure, simulait un hoquet désespéré.

Quand elle se retourna pour sortir, elle aperçüt, debout près de la porte, Marie-Louise et Philippe-Au-

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/ guste, tous deux en chemise, qui

regardaient curieusement.

Alors, oubliant son chagrin de commande, elle se précipita sur eux, la main levée, en criant d’une voix rageuse : — « Vou- BS:- lez-vous bien filer, bougres de polissons ! » ® Étant remontée dix minutes plus tard avec une fourrs née d'autres voisines, après avoir de nouveau secoué le | . buis sur sa belle-mère, prié, larmoyé, accompli tous

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