I. E MYSTÈRE
La première, c'est que je les aime, dit Dieu, et celle-là
suffît.
Telle est la hiérarchie de ma grâce.
La deuxième, c'est qu'ils me plaisent, dit Dieu, et celle-là
suffit.
Telle est la hiérarchie de ma grrâce.
La troisième, c'est qu'il me plaît ainsi, dit Dieu, et cellelà suffit.
Telle est la hiéi'archie, tel est l'ordre, telle est l'ordonnance de ma j^^râce.
Maintenant je vais vous dire, dit Dieu, la quatrième C'est précisément qu'ils n'ont point aux commissures
des lèvres Ce pli d'ingratitude et d'amertume, cette blessure de
vieillissement.
DES SAINTS INNOCENTS Ce pli d'avertissement, ce pli de mémoire que nous voyons à toutes les lèvres.
La cinquième, dit Dieu, c'est que par une sorte d'équivalence,
Par une sorte de balancement ces innocents ont payé pour mon fils.
Pendant qu'ils gisaient sur le pavé des routes, sur le pavé des villes, sur le pavé des bourgs
Dans la poussière et dans la boue, moins considérés que des agneaux et des chevreaux et des cochonneaux.
(Car les agneaux et les chevreaux et les cochonneaux
Sont très considérés par le boucher et par le consommateur)
Abandonnés sur les corps de leurs mères
Pendant ce temps-là mon fils fuyait. 11 faut le dire.
C'est donc, c'est une sorte de quiproquo. Il faut le dire.
C'est un malentendu.
Voulu, ce qui est grave. Il faut le dire.
Ils furent pris pour lui. Ils furent massacrés pour lui. En son lieu. A sa place.
Non seulement à cause de lui, mais pour lui, comptant pour lui.
Le représentant pour ainsi dire. Étant substitués à lui. Eltant comme lui. Presque étant (d'autres) luis.
En représentation, en substitution, en remplacement de lui. Or tout cela est grave, dit Dieu, tout cela compte. Ils furent semblables à mon fils et le remplacèrent.
Exactement quand il ne s'agissait pas moins
Quand il n'y allait pas de moins que de le massacrer,
^Prématurément, avant qu'il fût mûr),
Quand Hérode voulait le massacrer. Tout cela se paye,
dit Dieu.
Et puisqu'ils ont été trouvés semblables à mon lils
exactement à l'heure de ce massacre.
A présent, c'est pour cela qu'à présent ils sont trouvés
semblables à l'Agneau dans celte gloire éternelle. Pendant ce temps conduit par un deuxième Joseph Mon fils fuyait vers l'antique Egypte. Ils acquéraient
ainsi.
Ces gamins, ces moins que gamins se procuraient ainsi Une créance sur nous. Monté sur un âne avec sa mère (Comme trente ans plus tard monté sur l'ânon d'une
ânesse 11 devait entrer à Jérusalem) Trente ans plus tôt monté sur un âne avec sa mère mou
fils Refaisait le voyage de l'antique Jacob. El ces enfants
ramassaient dans la mêlée.
Dans leur propre sang ces nourrissons ramassaient Une créance sur moi. Ils avaient bien raison. Heureux ceux qui ont une créance sur nous. Nous
sommes très bons débiteurs.
I^a sixième raison, dit Dieu, (je crois que c'est la sixième), (c'est une très bonne affaire que d'être pris pour mon fils et ça rapporte),
DES SAINTS INNOCENTS
la sixième raison, c'est qu'ils étaient contemporains de
mon fils.
Du même âge et nés dans le même temps. Juste à ce point du temps.
Nous aussi nous favorisons nos camarades de promotion.
Telle est la fortune que nous avons faite au temps. C'est une grande fortune ou une grande infortune pour
tout homme.
Que de naître ou de ne pas naître à tel moment du
temps.
C'est une fortune ou une infortune sur laquelle rien ne
prévaut.
Sur laquelle on ne revient pas, sur laquelle rien ne
revient.
Et c'est un des plus grands mystères de ma grâce que
cette part de fortune, Que cette part irrévocable, indéfaisable Que nous avons laissée aux biens de fortune devant les
biens qui ne sont pas de fortune ; Au charnel devant et dans le spirituel ; Au temporel devant et dans l'éternel, c'est-à-dire A la matière dans la création, et à la créature, et à la
création, et à la matière même de la création devant
le Créateur.
A ce point, dit Dieu, que nous-mêmes nous ne sommes pas indifférents à la date ; au temps ;
L E MYSTÈRE A la prise de date et que nous aimons secrètement ces
cent quarante-quatre mille parce qu'ils se sont trouvés là et nous les aimons d'un
secret amour unique parce qu'ils se sont trouvés naître là, parce qu'ils étaient, parce qu'ils se sont trouvés être Du même âge que mon fils, nés du même temps, de la
même race.
A la même date.
Enfin parce qu'ils faisaient ensemble une promotion. Non plus seulement une promotion de Juifs mais une
promotion d'hommes.
(Telle était la nouvelle loi) La promotion de Jésus-Christ.
Et indéniablement ils étaient (le temps a toujours une certaine force, apporte toujours
une certaine preuve d'indéniable) Indéniablement ils étaient Ses camarades de promotion.
(Il y a toujours dans le temps, dans la date On ne sait quoi d'irréfutable).
La septième raison, dit Dieu, pourquoi la taire. C'est
qu'ils étaient semblables à mon fils.
Et lui était semblable à eux.
(Une génération d'hommes, dit Dieu, une promotion c'est comme une belle longue vague qui s'avance d'un bout à l'autre sur un même front
DES SAINTS INNOCENTS
et qui d'un seul coup sur un même front d'un bout à
l'autre toute ensemble déferle sur le rivaçe de la mer. ainsi une génération, une promotion est une vague
d'hommes, toute ensemble elle s'avance sur un même front, et toute ensemble sur un même front elle s'écroule
comme une muraille d'eau quand elle touche au rivage éternel).
Mon fils était tendre comme eux et comme eux il était
nouveau.
Il était assez inconnu. Comme eux.
Cette grande adoration double, qui (sans cela) l'avait
déjà mis hors de pair.
La grande adoration double des bergers et des mage
était déjà un peu oubliée.
Il était redevenu assez inconnu. Et les mages s'étaient
moqués d'Hérode.
Il n'avait pas deux ans, il était comme eux. C'était un bel enfant, et sa mère le disait.
Il ne soupçonnait point encore l'ingratitude de l'homme.
Il n'avait point encore aux commissures des lèvres le pli de l'amertume et de l'ingratitude.
Il n'avait point encore aux commissures des paupières sa ride, le pli des larmes et d'en avoir trop vu.
225 innocents — 15
LE MYSTÈRE
11 n'avait point encore aux commissures de le pli de ne pouvoir point oublier.
Il ignorait encore, comme homme il ignorait les vicissitudes.
11 ignorait, comme homme il ignorait ce qui laissera
une éternelle trace, la couronne d'épines et le sceptre de roseau, et celte affreuse agonie du Calvaire, et cette agonie encore plus affreuse de la veille au soir au mont des Oliviers.
Gomme eux il était un vase d'albâtre Que n'avait encore souillé aucune trace, Aucune lie d'aucune écume.
Et c'est la sixième raison, dit Dieu, et la septième, ils
me rappellent mon fils.
Comme il était s'il n'eût point changé depuis, quand il
était si beau. Si cette énorme aventure Se fût arrêtée là. Voilà pourquoi je les aime, dit Dieu,
entre tous ils sont les témoins de mon fils. Ils me montrent, ils sont comme il était, si seulement Il n'eût point changé. De toutes les imitations de
Jésus-Christ C'est la première et c'est la toute neuve ; et c'est la
seule Qui ne soit à aucun degré Qui ne soit pas même pour un atome Une imitation de quelque flétrissure et de quelque
meurtrissure et de quelque blessure de l'âme de Jésus. C'est une ignorance totale de l'avanie et de l'affront. Et de l'injure et de l'offense.
DES SAINTS INNOCENTS
Ils ne connaissent que le meurtre, et d'avoir été tués, ce qui ne serait rien.
Ils ne furent jamais tournés en dérision.
Voilà ce que j'aime en eux, dit Dieu. Voilà en quoi, pourquoi je les aime.
Ils sont pour moi des enfants qui ne sont jamais devenus des hommes.
Des agneaux qui ne sont jamais devenus des boucs.
Ni des brebis. [Et ceux-ci suivent l'agneau partout où il ira).
Des enfants Jésus qui ne vieillirent jamais. Qui ne
- grandirent point. Or le mien profitait
en sagesse^ et en âge, et en grâce
auprès de Dieu et auprès des hommes.
Je les aime innocemment, dit Dieu. Et c'est la septième
raison.
(C'est ainsi qu'il faut aimer ces innocents) Comme un père de famille aime les camarades de son
fds Qui vont à l'école avec lui.
Mais eux ils n'ont point bougé depuis ce temps-là.
Ils sont les imitations éternelles
LE MYSTÈRE De ce que Jésus fut pendant un temps très court Car il profitait, lui. Il croissait pour cette énorme aventure.
Et la septuple raison, dit Dieu, c'est qu'ils sont ainsi
comme David les voulait.
Immaculati in via. Ainsi est l'ordre, dit Dieu. Le prophète prédit.
Mon fils dit.
Et moi je redis.
Ou encore :
Le prophète prédit.
Mon fils dit.
Et moi je confirme et je consacre.
Et mon Église confirme et célèbre.
Et consacre et commémore.
Ainsi l'Apôtre les reprend du Prophète et Jean les reprend de David. Et comme David avait voulu qu'ils fussent
Immaculés dans la voie ainsi Jean les a vus
Sur la montagne de Sion
DES SAINTS INNOCENTS Autour de V Agneau debout. Il n'y en a que pour eux.
Ceux-ci suivent V Agneau partout oii il ira. (Les plus grands saints ne le suivent apparemment pas
partout).
Ceux-ci ont été enlevés des hommes :
[d'entre les hommes, de parmi les hommes, d'être des
hommes) Les plus grands saints ont été des hommes, n'ont point
été enlevés d'être des hommes).
et dans leur bouche na pas été trouvé le mensonge : ils sont en effet sans tache devant le trône de Dieu.
Et l'Apôtre les nomme primitiae Deo, et Agno : prémices à Dieu, et à l'Agneau. C'est-à-dire premiers fruits de la terre que Ton offre à Dieu et à l'Agneau. Les autres saints sont les fruits ordinaires, les fruits de la saison. Mais eux ils sont les fruits
De la promesse même de la saison.
Et suivant l'Apôtre l'Église répète : Innocentes pro
Christo infantes occisi sunt,
les Innocents pour le Christ
LE MYSTÈRE enfants furent massacrés,
(infantes, tout jeunes enfants, tout petit enfant ne parlant pas encore)
ah iniquo rege lactentes inierfecti siint :
par un inique Roi
laiteux ils furent assassinés :
{lactentes, pleins de lait, laiteux, à l'âge du lait, étant
encore au régime du lait, nourris de lait)
ipsuni sequuntur Agnum sine macula ils suivent l'Agneau lui-même sans tache
(et le texte est tel, mon enfant, que c'est ensemble
l'Agneau qui est sans tache et eux avec lui qui sont sans tache)
Mais l'Église va plus loin, l'Église passe outre, l'Église dépasse l'Apôtre.
L'Église ne dit plus seulement qu'ils sont des prémices
à Dieu, et à l'Agneau.
L'Église les invoque et les nomme
DES SAINTS INNOCENTS
fleurs des Martyrs.
Entendant littéralement par là que les autres martyrs sont les fruits mais que ceux-ci, parmi les martyrs, sont les fleurs mêmes.
Salvete flores Marlyrum,
Salut FLEURS des Martyrs.
Couchés sur le chevalet, liés au chevalet comme des
fruits liés à Tespalier Les autres martyrs, vingt siècles de martyrs Les siècles des siècles de martyrs Sont littéralement les fruits de saison. De chaque saison échelonnés sur Tespalier Et notamment des fruits d'automne Et mon fils même fut cueilli Dans sa trente-troisième saison. Mais eux ces simples
innocents, Ils sont avant les fruits mêmes, ils sont la promesse du
fruit.
Salvete flores Martyruin, ces enfants de moins de deux
ans sont les fleurs de tous les autres Martyrs. C'est-à-dire les fleurs qui donnent les autres martyrs. Au fin commencement d'avril ils sont la rose fleur du
pêcher.
Au plein avril, au fin commencement de mai ils sont la
blanche fleur du poirier.
Au plein mai ils sont la rouge fleur du pommier.
LE MYSTÈRE Blanche et rouge.
Ils sont la fleur même et le bouton de la fleur et le coton
du bouton.
Ils sont le bourgeon du rameau et le bourgeon de la
fleur.
Ils sont l'honneur d'avril et la douce espérance. Ils sont rhonneur et des bois et des mois. Ils sont la jeune enfance.
Le dimanche de Beminiscere n'est que pour eux, parce
qu'ils se rappellent.
Le dimanche à'Oculi n'est que pour eux, parce qu'ils
voient.
Le dimanche de Laelare n'est que pour eux, parce qu'ils
se réjouissent.
Le dimanche de la Passion n'est que pour eux, parce
qu'ils furent la première Passion.
Le dimanche des Rameaux n'est que pour eux, parce
qu'ils sont le rameau même quia porté tant de fruits. Et le dimanche du jour de Pâques n'est que pour eux,
parce qu'ils sont ressuscites.
Ils sont la fleur de l'aubépine qui fleurit pendant la
semaine sainte Et la fleur de l'avant-courrière épine noire, qui fleurit
cinq semaines plus tôt Ils sont la fleur de toutes ces plantes et de tous ces
arbres rosacés.
Promesse de tant de martyrs ils sont les boutons de
rose De cette rosée de sang.
Salvete flores Martyrnm, Salut fleurs des Martyrs,
DES SAINTS INNOCENTS quos, lacis ipso in limine, Christi insecutor sustulit,
ceu lurbo nascenles rosas.
que, sur le seuil même de la, lumière, le persécuteur du Christ enleva, (emporta)
ceu turbo nascentes rosas.
comme la tempête de naissantes roses.
(c'est-à-dire comme la tempête, comme une tempête enlève, emporte de naissantes roses).
Vos prima Christi victima, Grex immolatorum tener, Aram sub ipsam simplices Palma et coronis luditis.
Vous première victime du Christ, Troupeau tendre des immolés.
Au pied de V autel même simples, Simplices, âmes simples, simples enfants, Palma et coronis luditis. Vous jouez avec la palme et les couronnes. Avec votre palme et vos couronnes.
LE MYSTÈRE Tel est mon paradis, dit Dieu. Mon paradis est tout ce
qu'il y a de plus simple.
Rien n'est aussi dépouillé que mon paradis. Aram sub ipsam au pied de l'autel même Ces simples enfants jouent avec leur palme et avec leurs
couronnes de martyrs.
Voilà ce qui se passe dans mon paradis. A quoi peut-on
bien jouer Avec une palme et des couronnes de martyrs. Je pense qu'ils jouent au cerceau, dit Dieu, et peut-être
aux grâces (du moins je le pense, car ne croyez point qu'on me demande jamais la permission) Et la palme toujours verte leur sert apparemment de
bâtonnet.
la tapisserie
de sainte Geneviève
et de Jeanne d'Arc
cahier pour le jour de Noël
ef pour la neuvaine de sainte Geneviève
de la quatorzième série ;
Geneviève. — 16
à madame Geneviève Favre
commuais urbis atque antiquae patronae infidem aeternam